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CHAPITRE IV

LES GRANDS LACS CANADIENS

Poésie de la vie au désert, — Lac des Deux-Montagnes. — Kings-

ton. — Le lac Ontario. — Samuel de Champlain et ses décou-

vertes, — Toronto. — Traversée du lac Sainte-Claire. — Une 4 page de statistique. — L'État de Michigan. — Les Grands si Lacs. — Colonie française du détroit Sainte-Claire. — Le lac à Erié, Se

Le 5 mai 1862, je quittai Montréal après y avoir séjourné vingt jours. Je faisais partie d’une petite caravane desix personnes, dont un évèque missionnaire, un jeune prètre récemment ordonné, M. Grouard, deux instituteurs irlandais et un gentleman canadien très original.

Peu d’années avant cette époque, le voyageur qui se 14 rendait dans les Pays d’En-haut était encore obligé de uivre la voie découverte et tracée par les premiers coureurs de bois français et les jésuites. Il remontait le cours de l’Ottawa, passait par le lac Nipissing, traversait le lac Supérieur, remontait la rivière Large ou Kaministikwéya, et redescendait la rivière Winipeg î jusqu’au lac de ce nom. De là, il se dirigeait où il vou- É lait. Il était au cœur des pays d’En-haut.

En 1862, ces distances étaient bien raccourcies par la vapeur; néanmoins la ligne du chemin de fer du-

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Grand Tranc n’allait que jusqu’au Missi-Sipiy, grâce à des embranchements américains. Elle s’arrètait à La Crosse, un ancien fort français. Au lieu des trois mois qu’exigeait la première route, il ne nous fallut que vingt jours pour franchir les sept cent quarante lieues qui séparent Montréal du fort Garry.

Le Pégase aux naseaux fumants et aux ailes de feu vient encore de dévorer cet espace, et les vingt jours se trouvent réduits à cinq. En moins de dix J'ai traversé le continent tout entier, en 1882.

Mais ne me parlez pas de ces voyages à vol d'oiseau que font les modernes. Laissez-moi revenir sur le passé, évoquer l’heureux temps où j'ai parcouru des déserts aujourd’hui peuplés, dans un canot d’écorce ou sur le dos d’un coursier peu ombrageux, campant sous la calotte du firmament, au bord du rapide qui souffle ou de la mare qui boucane ; heureux temps où je faisais des rêves d’or sur un rocher moussu, bercé par lc.vagissement des grands arbres ou par les mugissements lointains des cataractes. Epoque bénie où je trouvais de la poésie dans un repas de pémican assaisonné d’airelles aigres ; où mes délices étaient de contempler l’aurore boréale du pont couvert de ballots d’une barque devenue mon lit de camp et ma chambre à coucher; où le nec plus ultra des plaisirs du nord étaient un voyage à cheval de soixante-quinze jours, en été, ou bien, en hiver, une marche forcée de quarante-cinq Jours à la raquette, dans des pays inconnus et inhabités.

Mais, à Montréal, on faisait déjà de la prose, en 1862. Nous devions en avaler pendant 520 lieues de s/eepingcar et de bateau à vapeur.

Au conîluent de l’Ottawa avec le Saint-Laurent, mes

Sr

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yeux sont stupéfaits des dimensions colossales des deux

is | { cours d’eau. Cette expansion est si vaste qu’on l’appelle nos 4 Lac. C’est le lac des Deux-Montagnes. L’ile Jésus sépare ï ; que l’Ottawa en deux bouches que nous traversons sur des 4 iaties ponts immenses. Parvenus sur la rive occidentale, nons Xi disons adieu au Bas Canada et aux souvenirs de la M ls feû | mère-patrie. Nous n’avons pas encore quitté la terre ni jours ; illustrée par nos aïeux; mais des noms anglais ou ; ne + germaniques écorchent nos oreilles et embrouillent les È 4 pages si rares de l’histoire. À au Kingston! prononcé avec toutes les modulations : Te # d’une serinette par la voix flûtée d’un Anglo-Saxon, à n dés nous annonce une ville importante, mais anglaise. Pri- : sutue mitivenicnt elle fut un simple fort français fondé, vers à npant 1672, par Le Cavelier de la Salle, sous les ordres de 4 e qui M. de Courcelles, gouverneur du Canada. Il s'appelait + où je 4 comme le fleuve, Katarokwi. Ce poste militaire avait * é par ‘ ho été destiné à contenir les Iroquois alors gonflés d’orgueil o gisse- par la victoire qu’ils venaient de remporter sur les k, a je “ Andastes et les Chouanons, tribus siouses maintenant x säGat. ® éteintes. | à CON À Aujourd’hui, Kingston compte 30,000 âmes et est 3 aliote 4 devenu le siège d’un évèché qui renferme 88,000 catho- % ibre À liques. Elle est à 278 kilomètres de Montréal, ce qui hobd LR fait 173 milles anglais!.

jours, |. Le soleil du lendemain nous montra la surface opa- : qu à. 4 line du lac Ontario. L’Ontario! Qüe de scènes riantes pintié à ou terribles cette mer d’eau douce n’évoque-t-elle pas ® dans les souvenirs d’un lecteur de Cooper ? Le chercheur 1862. 4 de pistes et le tueur de daims ont vécu là. En ces lieux eping- 1 chassèrent et guerroyèrent le Wyandott et le Mohawk, 1

tds 1. Le mille anglais vaut 1,609 mètres.

c’est-à-dire le Huron et l’Iroquois du romantique écrivain. Là, rêvèrent Unkwa et Fleur-des-Bois, et plus d’un jeune et bel officier.

Dérisions de la réalité! L'homme à face pâle a passé en ces lieux, et toute cette Odyssée s’est envolée dans le Far-North comme une vision de nuit. Le Sioux et l’Onenda ont été pourchassés par la guerre, la famine et la petite vérole, horribles Parques. Le vent de lorient & soufflé sur l'Ontario, et toute cette défroque d’antan s’est éparpillée comme paille qui vole.

Les environs du lac Ontario formaient le territoire propre des Iroquois des cinq nations. Ils l’avaient conquis sur les Sioux, à la pointe des leurs zagaies et à coups de témahigan. Mais Samuel de Champlain, qui venait d’assurer un établissement aux colons français en faisant défricher le sol de l’île de Montréal et en concluant une alliance défensive et offensive avec les Onendas ou Hurons, Samuel de Champlain jetait tou-

Jours ses regards vers l’ouest où il espérait pouvoir découvrir la Chine. Un coureur de bois lui ayant dit qu’il existait dans cette direction une mer d’eau douce, il voulut vérifier le fait et remonta dans ce but la rivière des Ottawa ou Oreillards. Il ne trouva rien ; ce qui n’était pas étonnant puisqu’il tournait le dos à l'Ontario.

En 1615, les Onendas et les Ottawa réunis vinrent implorer son appui contre les Iroquois. C'était une guerre inégale comme celle que nous soutenons dans l'Orient contre les Annamites et les Tonkinois. Cependant le devoir et le caractère chevaleresque du gentilhomme l’empêchèrent d’hésiter. Il partit du Sault Saint-Louis, remonta l’Ottawa, découvrit le lac Nipissing, à 60 lieues au nord du lac Huron’; puis, redescen-

dant vers le sud, il parvint à Kahiagwé, sur les bords

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