‹ En route pour la mer Glaciale [microforme]Chapitre 16 sur 93 · PE CU · texte numérisé non relu

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qu’elles y pourrissent. Sans attendre l’extirpation de ces vieux chicots, on gratte et on ensemence promptement cesol viergesommairement déblayé par l'incendie, et l’année d’après il rapporte au centuple. Au bout de trois ans, on passe une forte chaine autour des souches calcinées, on y attèle plusieurs bœufs, et on extrait assez facilement ce bois miné par le feu et corrodé par les pluies.

La vallée de l’Ontario est sablonneuse sur un parcours immense. Les sables, tantôt jaunes et adhérents, y sont le plus souvent meubleset de la plus pure silice. Il est probable que les cinq grands lacs canadiens ne formaient primitivement qu’une seule mer d’eau douce à laquelle ces sables servaient de fond. Dès la première année de culture, ce sol ingrat est susceptible de rapporter autant que la terre forte et végétale ravie aux forêts, le meilleur de tous les terrains. Mais ensuite, il a besoin d’un engrais abondant pour continuer à demeurer fertile.

F ‘862,onen vendait l’arpent (91 ares) une piastre etu quart, c'est-à-dire 6 fr. 50. Et c’était cher.

34 lieues de Moatréal et à 60 de Kingston nous traversons Toronto, dont le nom iroquois signifie Lieu du conseil. C’est une belle et grande ville de 70,000 âmes qui avait alors pour évêque un Français très original, Mgr de Charbonnel. Son siège comptait 45,000 catholiques. Mais les orangistes, ces turbulents sectaires, ont fait de Toronto leur principal boulevard. Cette ville n’est point d'ailleurs une cité française. Ce fut lord Simcoë qui en jeta les fondations en 1794, après la conquête du Canada par l’Anglerre. Il l’appela Eittie-York, nom qui ne put prévaloir sur celui de la localité où la ville s’éleva.

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R À W anglo-saxon, ainsi que nous le voyons dans les mots Walles i de la ® (Galles), Welsh (Gaulois), Wardour (Gardeur), Warenne (Garenne), War (Guerre), William (Guillaume), etc.

on de ’ Ce pays était autrefois le territoire de chasse des

mpte- L | Missi-Sagwas, aujourd’hui à peu près éteints. On n’en

endie, { compte plus que 721 de tout sexe et de tout âge, dans

out de } la campagne environnante.

uches Ë Une ville bien pittoresque est Guelf', sur les pentes

extrait Ÿ d’un gracieux vallon au sol accidenté, ayant de jolies \

dé par j maisons, un air propret et heureux qui fait plaisir, Son j origine est allemande.

pere * à Puis nous traversons successivement Saint-Péters-

rents. { bourg, Breslau, London, Berlin, Hambourg.et je ne

silice. Ÿ sais plus combien d'autres cités européennes que les

ens ne 1 génies ou les songes ont fait naître sous nos pas, ou

douce 4% quilsont transportées d'au delà des mers afin d’exciter

emière %Æ con nos cœurs d’inutiles regrets. Nous avons déjà salué

e rap- % Montpellier et le Maine, bientôt nous visiterons Salem |

ie aux ®@ ou Jérusalem et Sion; puis nous nous reposerons à :,

uite, il H Marseille. Comme on le voit, c’est un fort joli voyage h

uer à | | en zigzag qne nous faisons.

; Mais voici le lac et la rivière Sainte-Claire qui nous 4 piastre __ barrent le passage. Comment allons-nous traverser | Ê cette frontière naturelle du Canada pour passer dans h nous M les États-Unis ? Un ponton garni de rails se détache de ie Lieu Æ la rive droite et vient s’emboîter exactement contre le 10,000 ® quai où aboutit la voie canadienne. Aussitôt la vapeur is très 1 est lâchée dans les tiroirs, le train tout entier passe du mptait ® quai sur le gigantesque ponton qui, se remettant en 4 bulents 5 M marche lui-même par la vapeur, se maintient dans une levard. position perpendiculaire au courant au moyen d’éper- : ise. Ce À \ 4794, F . Prononcez Welf. Geci me confñrme dans une de mes pré- é, appela Une assertions que le G franco-tudesque est l’ équivalent du à

vers qui roulent sur un cable-chaïîne. II retourne ainsi s’encastrer au rivage américain sur lequel nous reprenons notre course sans sortir du wagon.

Il n’y a qu’en Amérique qu’on voit de telles machines : des ponts qui marchent. On nous en promet de semblables pour l’an de grâce 1987, et nous en serons les inventeurs.

Le Canada forme actuellement douze provinces qui sont Québec, Ontario, l'ile du Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, Manitoba, Colombie britannique, Keewatin, Asinniboïa, Saskatchevan, Alberta et Athabasca.

L'île de Terre-Neuve et la colonie du Cap Breton ont refusé jusqu'ici d’entrer dans le Domaine Canadien. Le territoire du Noid-Ouest en fait partie sans constituer une province.

La superficie totale du Dominion est, en chiffres ronds, de cinq millions et demi de kilomètres carrés; c’est-à-dire à peu près la superficie de la moitié de l’Europe. Mais sa population est loin de répondre à d’aussi vastes dimensions, puisqu'elle est neuf fois moindre que celle de la France. Elle ne compte que 4,334,810 âmes. Sur ce nombre plus du quart est d’origine française. On compte, en effet, 1,400,000 Canadiens issus de notre sang.

Le Canada possède 16,907 kilomètres de chemins de fer et de fils télégraphiques qui relient les deux Océans depuis le mois d’avril 1886. La Compagnie du Grand- Trunc seule en a 2,233 kilomètres, dont 366 dans les États-Unis. Le Canadian Pacific en possède 4,585 kilomètres, l'International 1,353, le Great Eastern 1,451 ; enfin le chemin de fer du Nord 546 kilomètres.

En 1880, la marine du Canada comptait 2,997 na-

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vires marchands de tout tonnage, dont un bon nombre à quatre et cinq mâts. Ils jaugeaient ensemble 550,448 tonnes.

Les pêcheries canadiennes ont de tout temps été très importantes et constitué une des principales branches du commerce de ce pays. En 1880, ces pècheries ont rendu 699,189 quintaux de morue, 63,377 barils de maquereaux, 198,268 barils de harengs, 4,895,692 boîtes de homards en conserve, 1,668,088 litres d'huile de foie de morue; et les seules pêcheries du Nouveau- Brunswick ont rapporté à cette province 14,654,520 fr.

De son côté, la Colombie Britannique apporte au pays son contingent de richesses par les rendements de ses mines d’or du Caribou (Haut-Fraser). En 1880, ces mines ont rapporté 4,831,150 francs de rendement. De 1858 à 1880, elles ont fait entrer en Canada 225,504,445 francs. Est-il étonnant, après cela, que le budget du Canada ait enregistré, en 1881, un boni de 20,663,715 francs? Heureux pays qui peut avoir une telle somme à son service pour parer à toutes les éventualités de l’avenir, sans avoir à emprunter à ses nationaux ou aux puissances étrangères!

Et voilà ce qu'ont produit les quelques arpents de neige que l’on méprisait tant en France au siècle dernier!

Un pays ne s’enrichit que lorsqu'il force l'étranger à recevoir ses produits et qu’il admet le moins possible de produits étrangers en franchise. Cela coule de source. Plus il entre d’argent dans un pays, plus vite ses habitants arrivent au bien-être. Mais cela ne se peut que par une exportation concidérable. Si, au contraire, l’importation étrangère l'emporte sur l’exportation, le pays s’appauvrit d'autant. parce que son argent passe à l’étranger: Eh bien, en 1882, l'exportation

du Canada en exc“da l’importation de 33,396,095 fr. C’est assez ‘ire :: reite somme entra dans les coffres du public cc

Cette expor! 4 consiste en produits des pêcheries, en or provenant des jï'nes canadiennes, en bois de construction et de bâtisse, en chevaux, bœufs, vaches et moutons, en objets manufacturés, tels que beurre, fromage, elc., en numéraire et divers.

Le pays se nourrit lui-même. Il produit des céréales à raison de 26 minots 3/4 par acre (40 ares) pour le blé, 58 minots pour l’avoine, et 55 minots pour l’orge.

Les pommes du Canada ont une réputation acquise. On en compte, dit-on, 841 espèces. C’est probablement exagéré puisque à Paris on ne connaît en tout que 232 variétés connues. Je pourrais presque en dire autant de la pomme de terre, qui, d’ailleurs, est originaire de l’Amérique. Le chanvre, le lin, le tabac, le maïs, la tomate et autres légumes, le melon, la pêche, la prune et la poire y viennent à maturité. On ne peut en dire autant du raisin. Il ne vaut pas mieux que celui du Nord de la France et ne fait pas de meilleur vin.

Les chantiers de bois de construction de l’Ottawa occupent annuellement 25,000 ouvriers. Une seule compagnie emploie 4,500 charrettes à deux chevaux et 4,600 chevaux libres. Elle consomme 100,000 boucaux de lard et 75,6 )9 boisseaux d'avoine.

Que mes aimables lecteurs veuillent bien me pardonner cette longue statistique. Encore une petite page et je n’yreviendrai :s.

Le gouvernement du Domaine Canadien se compose d’un vice-roi ou gouverneur général nommé à temps par la couronne d’Angleterre, d’un cabinet de treize ministres choisis parmi les membres du Parlement,

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dont le siège est à Ottawa, ville présidentielle; d’un sénat composé de soixante-dix-sept membres nommés à vie par le vice-roi en conseil; enfin d’une Chambre de deux cent onze députés élus pour cinq ans par la voie du scrutin secret, dans chacune des provinces.

Toutes ies parties du Domaine Canadien qu: :°nt arpentées, se divisent en cantons (fonnships) du + milles carrés (97 hectares 08 arès) contenant &!acuu trente-six lots d’un mille carré, dont le prix vase 60 15 à 26 francs par arpent ou acre(40ares) payables à iernie.

Ce qui reste de sections paires dans chaû: : rinton, c’est-à-dire seize sections, est distribué gratuitement à raison de 160 acres (64 hectares) à titre d’homestead, avec droit à l'achat d’un lot contigu à raison de 12 fr. 50 l’arpent, à titre de préemption, payables dans trois ans.

L’homestead ou établissement, confère au colon le droit de propriété sur la terre qu’il a reçue. La préemption est le droit qu’a le colon jouissant d’un homestead d’acquérir un nombre égal d’acres dansle voisinage de son établissement.

Pour en finir avec les chiffres, je donne ici l’évaluation de l& population aborigène, c’est-à-dire sauvage, en l’année 1885, d’après le rapport du département des affaires indiennes. Je dois avertir que ceschiffressont exagérés bien que quelques-uns soient inférieurs à la réalité. En somme, jeconsidèrecerecensementcommeinexact.

De race Hilliné ou Hillinoise. , ... 80.481 âmes. De race Hurone et Iroquoise. . ..,. 8.388 »

De race Kanzas ou Siouse, ..,... 2.000 »

De race Ninna ou Pieds-Noirs. ... 7.631 »

De race Qquiché et Tête-Plate . ... 36.483 » De race Dënèé et Dindjié, . ....,.. 17.038 »

De race Innok ou Esquimaude. ... 9.016 »

Grand total, .. 131.197 sauvages.

Le 9 Nous voici dans les États-Unis et dans l’État de Michigan, ancien pays français. La vue du lac [uron me reporta vers les rivages aimés de la Méditerranée lorsque ses ondes calmes et bleues réfléchissent l’azur du ciel de Provence par une sereine soirée d'été. Le soleil incandescent s’éteignait dans le cristal des eaux. L'éther se mariait avec la lumière jaune du soir pour former des teintes d’une douceur infinie dans leurs dégradations. Quel est le peintre qui reproduira ces | tons chauds et moelleux? J’ai retrouvé ces mêmes teintes sur les bords du Missi-Sipiy et de la Rivière Rouge, mais nulle part ailleurs. On dirait qu’une partie de la lumière dorée du soleil s’est fondue dans l'air. En effleurant les régions plus denses du zénith, ce jaune passe au vert avant d'atteindre au bleu et au violet. Du ‘ côté de l'horizon, au contraire, ils se résout en rouge vif en passant par l'orange. De sorte que la voûte du firmament, si on la contemple de l'occident à l’orient, présente toutes les couleurs du spectre solaire. : Je n'hésite pas à dire qu’un tableau peint dans ces conditions de coloris irisé, serait refusé d’emblée L au Salon. Aucun juge de l’art ne voudrait admettre la : réalité de ses teintes. Combien souvent le grand peintre U | de la nature n'est-il pas ainsi en désaccord avec les dE peintres de convention!

Sur la leinte de gomme-gutte des fonds, des nébules cirrhiques, teintes du vermillon le plus vif par les derniers regards de l'étoile du jour, se dispersaient sur la marge du lac comme des dragons fantastiques; tandis que sur le disque rouge et énorme du soleil, une flottille

de barques de pêche se détachait en noir comme des grillons emprisonnés dans un globe de cristal. Tout près de nous, les ondes glauques du lac Sainte-Claire reproduisaient dans leur sein des rivages délicieux aussi fidèlement que l’eût fait un miroir.

Dans le lac Ontario, l’eau est d’un blanc d’opale; au lac Huron elle est verte. Celles de l'Ottawa, du Saint- Laurent, de la Saskatchewan sont laitcuses. Enfin dans le Missi-Sipiy, la Minnesota et le Wisconsin, les eaux sont couleur de rouille.

Le lac Huron communique avec le lac Michigan par un simple détroit où les Français avaient construit le fort Michili-Makinak ou Grande-Tortue, sur l’île de ce nom. L’île Manitoulin le divise en deux grandes baies. Il reçoit les eaux du lac Supérieur par un bras de rivière très rapide qui porte le nom de Sault Sainte-Marie.

C’est au sortir du lac Huron que se trouve la véritable source du Saint-Laurent. Il y porte le nom de rivière Sainte-Claire. Aprèsavoir couru pendant 44 kilomètres, il forme le lac de même nom; puis se rend au lac Érié sos le nom de rivière du Détroit, sur un parcours de 2, 150 mètres, après avoir reçu la Thames,

A sa sortie du lac Érié qu’il traverse, le Saint-Laurent se précipite dans l’Ontario par la rivière et la cataracte de Niagara. Cette dernière a 40 mètres de haut. Après avoir franchi l'Ontario, ce fleuve mesurerait encore 825 kilomètres de cours, d’après les Canadiens. Mais je n’admets pas qu'il porte ce nom au delà de l’île d'Orléans qui en est le delta de l’époque moderne. Là se trouve la véritable embouchure du Saint-Laurent. Au delà, l’eau est salée, son lit n’est plus qu’un fond de mer couvert d’algues et de varech; on y pêche du poisson de mer, du homard et des coquil-

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lages ; des troupes de dauphins s’y jouent constamment L au soleil. Cela peut-il s’appeler un fleuve? Certainement Ou que le courant se fait sentir bien au delà de Pile Dt: d'Orléans; mais cela a également lieu pour tous les s’a fleuves du monde, et c’est à tort que ce rétrécissement sin du golfe continue à porter le nom de Saint-Laurent. tro # En tout, le Saint-Laurent mesure 4,022 kilomètres I 500 mètres de cours. Mais le Mackenzie, le Youkon et ; L mic le Missi-Sipiy lui sont encore supérieurs en parcours. l'an Le lac Huron a une attitude de 200 mètres. Le lac pio Supérieur n’en a que 33 de plus. Le premier mesure ans 360 lieues de circuit, le second 500. Le premier a gist 84 lieues de long sur 80 de large; le second 148 sur 120. À Lal La profondeur du lac Huron est de 120 à 200 mètres; # fonc celle du lac Supérieur de 160 à 200 mîtres. #4 dère Ces beaux lacs sont donc de véritables mers médi- Ë de

terranées. La seule chose que je ne conçoive pas, c'est que les Canadiens en soient aussi fiers que s’ils en eus- ) sent eux-mêmes creusé les bassins.

Les cinq grands lacs canadiens couvrent une superficie de 40,225 kilomètres carrés.

— « Ditrdit! » crie le conducteur de sa voix la plus gutturale. Cela veut dire Détroit ; la première grande æ Dét ville américaine où nous nous arrètions. Un omnibus ® pin, nous conduit à Russel-Hôtel pour y souper et y passer 4 vait

la nuit. C’est un établissement bien tenu et d’un grand M que genre, mais où, faute d’espace, nous dûmes coucher bor deux par deux dans le même lit. Le Détroit est une ui ville de 50,000 âmes au moins, pavée, éclairée au gaz, pers

ayant, comme toutes les villes de l’Union américaine, de pro( larges artères, de belles maisons, des banques, de ; splendides boutiques et une profusion d’églises appartenant à une foule de sectes.

er

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Voilà ce que les Yankees ont su faire des forèts des Oumiamis, des Potlawalamis et des Maskoutimis. Mais Ditrôit ne fut pas toujours tel. Il fut un temps où il s'appelait le Détroit Sainte-Claire et n'était qu'une simple colonie française. Qui s’en souvient dans notre trop oublieuse patrie ?

La découverte du lac Iluron et la fondation du premier établissement français au Détroit datent de l’an 1610. Mais les coureurs de bois .qui en furent les pionniers ne nous ont pas légué leurs noms. Trente-six ans après, d’autres Français dont l’histoire a enregistré les hauts faits, les Jésuites Brébœuf, Joggues, Lallemand, Daniel et Raimbault, cinq martyrs, s’enfoncèrent jusqu'aux extrémités du lac Huron et y fondèrent, entre ce lac et le Supérieur, les villages chrétiens de Saint-Joseph, Saint-Michel, Saint-Ignace et Sainte- Marie, devenus aujourd'hui des villes. Ils y évangélisèrent les Hurons et les Tchippeways, les uns et les autres haïs et traqués par les féroces Iroquois. Surpris par ces derniers, ces missionnaires en furent mis à mort avec des raffinements de cruauté qui font frémir.

Soixante-dix ans après la fondation de la colonie du

Détroit Sainte-Claire, le récollet parisien Louis Henne-

pin, du couvent de Saint-Germain, qui la visita, écrivait « que le Détroit est plus beau que le Niagara; que ses berges sont de vastes prairies où la vue est bornée par des coteaux couronnés de vignes, d'arbres

fruitiers, de bocages et de forêts si bien disposés que persoune ne voudrait croire que la nature seule ait pu

produire un point de vue aussi charmant. »

La nature avait créé le point de vue, les coteaux, Ja

1 prairie et les forêts ; mais les vignes et les arbres frui- Méliers n'étaient pas de son fait. Leur présence au Détroit

MER GLACIALE. ÿ

ne peut être attribuée qu’à l'initiative de ses habitants, les coureurs de bois qui s’y étaient établis en 1610. A moins qu’il ne faille voir dans cette gracieuse peinture qu’un effet naturel de l'imagination du pieux explorateur, ce que j'ai peine à croire.

En 1700, M. de Lamotte-Cadillac construisit au Détroit le fort Pontchartrain pour y défendre l’entrée des grands lacs. Quelques années après, la France y renvoya un renfort de colons qui, en se mélangeant avec la population tchippeway, procréèrent des Métis et assurèrent l’avenir de la colonie; parce qu’on sait bien que les Métis demeurent aux lieux qui les voient naître. Néanmoins, le Détroit demeura un centre d’explorations et de commerce de fourrures pour les coureurs de bois français, qui, de là, s’élançaient chaque année vers la Rivière Rouge du Nord.

« Cinq fois, dit un écrivain américain, einq fois le drapeau changea de maîtres au Détroit, sans que ces Français songeassent à l’évacuer. Tour à tour française, anglaise et américaine, cette cité naissante redevint encore anglaise pour appartenir définitivement à l'Amérique.

« Jusqu’en 1830, les Yankees ne songèrent point à s’y établir pas plus qu’à coloniser l'immense État du Michigan. Les titres non encore éteints des Indiens. les principes et les opinions des premiers colons français, et, par-dessus tout, la barrière qu’élevait entre le Détroit et les États du Sud le Marais-Noir, mirent jusque-là obstacle à l’arrivée des immigrants.

« Forts du droit seigneurial que leur donnaient les anciennes chartes françaises coloniales, les Français demeurèrent paisiilement possesseurs de leur domaine,

jouissant de leurs petites maisors construites le long de

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la rivière du Détroit Sainte-Claire. Cette disposition donnait à ce bras de rivière une apparence de colonie florissante, alors qu’à 600 mètres en arrière de leurs terres tout était encore forêts et marécages.

« Cette ligne de cabanes s’étendait de la rivière au Raisin, tributaire du lac Erié, jusqu’au lac Sainte- Claire. Il y avait là des Français agriculteurs, d’autres qui faisaient le commerce des pelleteries; il y avait des coureurs de bois illustrés par la plume de Cooper * ; des voyageurs qui circulaient en canot d’écorce sur l’immense surface du lac Supérieur. Ils vivaient fraternellement avec ces mêmes tribus que nous, Américains, considérons comme perfides et cruelles?. Leurs coureurs de bois pénétraien! au delà du Mississipi ; leurs voyageurs s’en allaient du lac Supérieur au Saint-Laurent, paisiblement et avec succès et profit, alors que les marchands fourreurs appartenant aux autres nations vivaient dans un continuel danger d’être massacrés, Tels étaient les colons français du Détroit.

« Tous ces colons étaient catholiques et dévoués à leurs prêtres quiles avaient suivis sur la terre étrangère. Ils assistaient à la messe le dimanche, puis dansaient paisiblement, le soir, sur la verte pelouse, la gigue et le menuet, comme les bons paysans de Bretagne et de Normandie, patries de leurs ancêtres.

. € Lorsque les Américains voulurent s'établir dans ces parages, les droits de ces premiers colons ne furent pas toujours reconnus ni défendus par les hommes de loi yankees. Bien souvent le couteau et le poignard

1. Notons avec soin ce témoignage américain, par lequel il conste que les héros de Fenimore Cooper ne furent autres que. des Français travestis en Anglais.

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