‹ En route pour la mer Glaciale [microforme]Chapitre 30 sur 93 · Le mot Kamaw signifie eau en cris comme en holtentot · texte numérisé non relu

Le mot Kamaw signifie eau en cris comme en holtentot

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A partir de cette latitude (46° 24° nord) jusqu’à la mer Glaciale, on ne rencontre pas le moindre reptile venimeux, pas la moiudre plante vireuse, à l’exception de la ciguë aquatique ou carotte à Moreau. Sur les eaux de la rivière, j'ai admiré un magnifique grèbe à collier rouge (podiceps rubricollis), que la Compagnie recherche à cause de sa peau avec laquelle on fait des manchons estimés.

Au-dessus de nos têtes, les grands arbres qui nous enfermaien. de manière à nous laisser l'illusion d’une forèt, recéluient quantité d’aires de l'aigle à tête blanche ou aigle pècheur (Haliætus albicilla). J'ai vu jusqu’à huit de ces rapaces planer au-dessus de nous en décrivant de grands cercles. On me dit que cet oiseau présente ce phénomène que ses couples se reforment aussitôt qu’on les a démembrés. Un pasteur d’Assiniboya a vu une allusion à ce phénomène ornithologique dans ce passage de la Bible : Renovabitur ut aqu:le juventus tua.

Les Cris ct les Tchippeways font du tonnerre (Piésiw) un grand aigle. Ils croient avec les Anciens que ce rapace en produit les grondements par le bruit de ses ailes, et les éclairs par le feu de ses regards. Aussi, se gardent-ils bien de détruire l'aigle, des plumes duquel ils se parent pour la guerre.

Cependant, l'International continuait ses spéciosilés d’une manière peu glorieuse pour ses constructeurs ct encore moins pour son Capitaine-cocher. Un jour, elle éprouvail une commotion et nous manquions sauter. Un autre jour, elle brisait les rondelles en fonte de sa roue de moulin placée à l’arrière. Une troisième fois, un piston se détraquait et, faute de fonctionner, manquait faire éclater la chaudière. Bref, c'était tous les jours des alertes à faire perdre l’appétit et le summeil.

LE: DAKOTA ET LA MISKWA-KAMAW-SIPIY. 151

Le 25, nous atteignimes le fort américain de Pembina. Il est construit sur la frontière anglaise. On compte de ce point 273 kilomètres depuis Georgestown, 112 jusqu’au fort Garry et 177 jusqu’au lac Winipeg. Ainsi donc, nous n’avions pas mis moins de cinq longues journées pour parcourir 69 lieues de rivière, Nous devions en employer encore deux et demie pour franchir les autres 98 lieues. A pied, un homme eût fait autant de chemin dans le même temps.

Je n’ai point dit que les passagers de i International s’attendaient à être arrêtés et dévalisés par les Sioux el les Tchippeways mécontents. Le fait est que, de crainte d’une surprise nocturne, nous avions toujours en vedette sur le pont des gens armés de carabines et de revolvers. L’antipathie de ces Indiens pour les Américains se reportait naturellement sur tous les étrangers quels qu'ils fussent. Ils n'avaient pu voir sans le plus grand mécontentement la construction du nouveau vapeur, et le bruit courait parmi les Métis que nous serions immanquablement arrêtés en route par les sauvages. La présence à bord des trois cents chercheurs d’or canadiens, tous armés jusqu’aux dents, rassurait la Compagnie Burbank et ceux des passagers qui ne portaient point d’armes sur eux, inter quos ego.

Tout à coup, à un brusque détour de la rivière, un formidable «wi! wi! wi! nous accueille au passage, et trois cents Tchippeways nous saluent de bruyantes démonstrations. 1] faut toujours ménager la susceptibilité des sauvages. La vapeur fut donc stoppée, et l'Znternational aborda à la rive gauche de la rivière comme si nous avions affaire à des amis.

Il n’y avait cependant qu’à jeter un coup d’œil sur le costume fantaisiste de ces Anich-inna-béwok (les trois

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fois hommes) pour se convaincre qu'ils avaient revêtu leurs oripaux de guerre, et n'étaient accourus à la rencontre de l'International, avec c'es apparences amicales. que pour mieux dissimuler leurs véritables intentions, et s'emparer du nouvel engin que les Longs-Couteaux du Sud venaient de lancer à travers les plaines du Dakota.

Notre nombre et nos armes en imposèrent à ces sauvages, renommés pour leurs instincts féroces. Ils les portèrent à simuler une amitié qui n’était pas dans leur cœur.

Ils avaient la tète ornée de plumes d’aigle, dont le nombre correspond à celui d’ennemis qu’ils ont scalpés. Leur visage cuivré et grotesque était peint de rouge, de noir et de blanc, ce qui ajoutait à leur laideur. Leurs cheveux hérissés étaient liés avec des louffes de crin de cheval. D’aucuns les portaient tressés et pendants sur la face. Les hommes avaient sur l'occiput une rondelle de cuivre poli du diamètre d’une tonsure. Plusieurs. à l’exception des mitasses et d'un pagne carré, semblable au petit tablier des francs-maçons, étaient entièrement nus sous leur couverture. Mais. mème ceux qui avaient revêtu des blouses en peau d’élan ou de bison, laissaient à l’air'et exposaient à la vue cette portion notable de notre individu que nous recouvrons par le fond du pantalon.

Sice costume quelque peu primitif avait été net, il aurait pu avoir le mérite du pittoresque. Mais comment rendre la saleté et l'odeur de ces nippes dégoùûtantes que ne dépeint jamais le crayon de l’artiste ?

Voyant que les choses tournaient à bien, des femmes et des enfants se montrèrent bientôt d’un air lubrique et effronté, mais respirant encore la méfiance.

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