‹ En route pour la mer Glaciale [microforme]Chapitre 39 sur 93 · Pierre Margy, Découvertes, ete., t. VI, p · texte numérisé non relu

Pierre Margy, Découvertes, ete., t. VI, p

de quarante-trois ans à celle de Charles Stuart IE, les titres de la Compagnie de la Baie d'Hudson étaient fictifs aux yeux des Français du Canada, jaloux de conserver leur prépondérance dans le pays et de ne pas se laisser prendre entre deux feux.

En effet, les Anglais de la Nouvelle-Angleterre, s’appuy ant sur le changement de drapeau du sieur Chouart, étaient allés construire dans la mer d'Hudson les forts Albany, Moose et Severx.

Ce fut le point de départ de la guerre qui ensanglanta la Nouvelle-France et qui fit avorter dès son berceau notre helle colonie. Le défaut d'initiative d’un gouverneur français amena bien des maux sur cet infortuné pays. En politique il n’y a pas de faute légère. La moindre peut devenir la cause de grands désastres.

En 1686, d’autres Français dont on ignore les noms découvrirent la rivière Sainte-Thérèse ou de ia Mer, qui se jette dans la baie d'Hudson, parallèlement au fleuve Bourbon. Elle fut plus tard appelée Hayes River par les Anglais. |

De 1686 à 1687, le capitaine Le Moyne d’Yberville et le chevalier de Troyes se rendirent à la baie James par le cours de l’Ottawa, les lacs Témiskaming et Abbitibi, et la rivière de même nom qu’ils découvrirent. Ils surprirent les Anglais dans les forts Rupert, Monsipi et Kikitchouan, dont ils s’emparèrent, ne leur laissant que le seul fort Albany.

En 1688, M. de Noyon, chargé sans doute de quelque autre mission secrète pour le sieur Des Groseillers, se rendit à l’extrémité du lac Winipeg, après avoir hiverné à l’entrée du lac des Bois, sur la rivière Winipeg, « qui ccaduit, dit-il, au lac des Assiniboiles et de là à la mer du Ouest ». Les Assiniboines lui proposèrent de

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le conduire jusqu'à cette mer, où ils devaient aller en guerre au printemps « contre une nation dont les hommes n’ont environ que trois pieds et demi à quatre de haut, et fort trapus ‘ ».

Il est probable que les instances faites par les gouverneurs de la Nouvelle-France au sieur Chouart ne réussirent pas à le détacher des Anglais; car, en 1694, Le Moyne d’Yberville passa de nouveau dans la baie d'Hudson, cette fois par mer, captura et coula à fond trois vaisseaux que les Anglais y tenaient, prit Port- Nelson et le détruisit, pour reconstruire une seconde fois le fort Bourbon.

Deux ans après, en 1696, le traité de Ryswick reconnut comme propriété de la France toutes les terres de la baie d'Hudson et du Labrador, à l’exception du seul fort Albany, qui fut laissé à l'Angleterre. Pourquoi laisser au Chananéen un pied dans la Judée ? Nouvelle faute politique.

Ce traité tranchait cependant la question en faveur de la France. Malheureusement celui d'Utrecht, conclu en 1713, renouvela la difficulté en cédant à l’Angleterre la baie d'Hudson et son territoire. Cette clause élargissait le pied-à-terre que nos bons voisins avaient adroitement conservé au nord de la Nouvelle-France. Il aurait fallu que l’on indiquât à ce territoire des limites précises. Rien de plus vague que la teneur de cette clause, surtout lorsqu'on l’applique à la mer. Quel est, je vous prie, le territoire de la Méditerranée, celui de l’Adriatique, de la Manche ? On se demande réellement si les hommes politiques de cette époque avaient la

4. Les Esquimaux de la baie d'Hudson. Pierre Margry, Découvertes, etc., t. VI, p. 496 à 500 passim.

moindre notion de géographie; ou plutôt on s’aperçoit clairement que les Pays d'En-Ilaut étaient si peu connus des gouvernants qu’il leur était. impossible de rien préciser, de ne pas laisser matière à litige dans les expressions mêmes de leurs traités.

Par une clause spéciale, les Français ne pouvaient être déboutés des droits qu’ils avaient acquis dans le pays, en vertu de la charte royale de 1627. L’Angleterre garantit à la Compagnie du Castor le même appui dont elle jouissait sous le gouvernement de la France. De plus, la France se réservait la possession des terres situées au nord et au nord-ouest du Canada et de la Louisiane. Qu’était-ce donc, encore une fois, que le territoire de la baie d'Hudson ?

Cinq ans après, en 1718, les Anglais bâtissaient le fort Prince of Waëles, devenu depuis le fort Churchill; tandis qu'en 1722 les Français construisaient un fort sur la rivière Winipeg, à sa sortie du lac la Pluie.

Bien que la France eût perdu ses droits de possession sur les terres que baignaient les eaux de la mer d’Iudson, elle avait encore en sa possession le reste du continent, dans l’intérieur duquel la Compagnie anglaise d'Hudson's Bay n'avait jamais mis le pied. Tout au contraire, la Compagnie française du Missi- Sipiy, fondée en 1717, et celle des Sioux, établie dix ans après et à laquelle appartenaient MM. de la Vérandrye et de Saint-Pierre, n’avaient cessé d'y envoyer leurs coureurs de bois, leurs voyageurs et leurs agents.

. Afin de s’assurer un droit définitif sur ces contrées occidentales, et pour éviter à l’avenir tout litige entre la France et Angleterre, le comte de Maurepas, mi- nistre des colonies sous Louis XV, manda de France, en 1728, à Pierre Gauthier de Varennes, sieur de La

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Vérandrye, qui alors commandait le fort français du lac Nipigon construit par Du Luth, « de s’avancer à l’ouest jusqu” la rivière d’Assiniboine (sic), pour voirsi(comme on le croyait) l’océan Pacifique roulait au-dessous de la Terre-Haute'.» Varennes avait ordre de prendre pos-

session de ces pays nouveaux au nom de la France.

Ce que l’on entendait ici par Terre-Haute, c’était le coteau des Prairies ou du Missouri. Rien de si naïf, eu égard à nos connaissances actuelles, que cet ordre ministériel de s'informer si le Pacifique ne baignait pas la base septentrionale de cet insignifiant plateau du Manitoba.

La Vérandrye suivit la route qu’avaient ouverte avant lui les explorateurs français depuis Chouart des Groseillers. Il descendit, le 26 août 1731, jusqu’au lac de la Reine, y jeta les fondements du fort Saint-Pierre, au débouché de ce lac, puis il s’en revint hiverner au lac Supérieur. En juin 1732, il repartit avec ses deux

{ils aînés, son neveu M. Dufrost de La Jemmeraye, le

P. jésuite Messager et cinquante Français. il arriva le 44 juillet au fort Saint Pierre, où se trouvaient déjà les Indiens Monsonis ou Munsis et de la Graisse d’ours, et s’en alla ensuite construire le fort Saint-Charles, sur le lac des Cristineaux ou des Bois.

En 1733, Varennes descendit la rivière Winipeg, à

. laquelle il donna le nom de Maurepas, bien qu’il ne

l’eût pas découverte, remonta la Rivière Rouge, qu’il

appelle à tort rivière des Assiniboines, et y construisit

les forts Pierre et Rouge, le premier à cinq lieues du

-lac Winipeg, le second à seize lieues, et au confluent

de l’Assiniboine proprement dite.

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