Découvertes, etc., t. VI, p. 587 ct suivantes
Au mois de mars 1734, sur les instances des Cristineaux et des Assiniboines du lac Winipeg (qu'il appelle tantôt Népigon et tantôt Winipégon), il envoie son fils aîné, le chevalier de La Vérandrye, construire le fort Maurepas, à l’embouchure de la rivière de même nom ou Winipeg. C’est aujourd’hui le fort anglais Alexander.
Parti pour le Canada, en 1735, Gauthier de Varennes s’en revint la même année avec le P. Arneau, jésuite, et passa l'hiver au fort Saint- Charles, dans le plus grand dénuement.
Pendant l’hiver suivant, son neveu Dufrost de La Jemmeraye meurt de faim au fort Maurepas. Affamé lui-même, il envoie un de ses fils avec le P. Arneau et vingt Français chercher du secours au poste de la Kaministikwéya, sur le lac Supérieur. A peine avaient-ils fait sept lieues de chemin, qu’ils se virent attaqués sur une île du lac des Bois par une bande de Sioux, et furent massacrés jusqu’au dernier *,
« Un parti de voyageurs français, qui arriva sur ces entrefaites au secours du fort Saint-Charles, trouva les corps de nos compatriotes quelques jours après. Les têtes en étaient empilées sur les fourrures de castor qu’ils portaient tous en guise de couvertures. Le jeune La Vérandrye était étendu sur le ventre, le dos haché de coups de couteau, décapité, une béche enfoncée dans les reins et le tronc hérissé de piquants de pore- \ épic. ‘
« Le père Arneau, non décapité, avait une effroyable blessure dans l’abdomen, dont les entrailles avaient été arrachées et répandues sur le sol. La main gauche était coupée ?. »
4. Découvertes, etc., t. VI, et le Manitoba de 1885. 2, Document de la factorerie d’York, ancien fort Bourbon.
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Cette relation manuscrite donne bien le nom d’Arneau à ce missionnaire, et non pas celui d’Auneau. Cette divergeance est facile à expliquer. La consonne R, telle qu’on l’écrivait en bâtarde des xvn° et xvrut siècles, a une forme qu'il est très facile de prendre pour un V, lettre qui était tantôt consonne et tantôt voyelle diphtongue comme U. Quelques Canadiens, peu faits aux écritures onciales, auront commis cette confusion, et de Arneau auront fait Auneau.
Les archives de la factorerie d'York possèdent « un journal relié en vélin dont le contenu : it illisible, avec le mot Arneau gravé sur la reliure; plus un bréviaire imprimé à Rouen en 1701 avec le mème nom Arneau écrit sur le premier feuillet, et au-dessous les mots qui suivent : | |
« Les navires peuvent hyverner à... mâme. Rouen, 1705 et Paris 1698... Peine, tristesse, douleur. — Comp. de Jésus 1706. -— Sur la côte septentrionale du lac Supérieur 1729. — Tous les sauvages m’aiment et ont
beaucoup de confiance en moi... — L'hyver 1728 très long et des plus rigoureux... — P. F. Arneau. Rouen !. »
Accablé de chagrin et de peine, Varennes de La Vérandrye partit le 6 juin 1737 pour le Canada, et ne revint au lac des Bois que le 2 septembre 1738. Aussitôt, y laissant deux de ses fils, il repartit avec six canots équipés pour explorer la rivière des Assiniboines, suivant le désir de M. de Maurepas. Nous connaissons le résultat de ce voyage, dont j'ai déjà parlé à propos de la rivière Assiniboine ou Saint-Charles. La suite de mon voyage nous fera connaître, en temps
4, Document de la factorerie d’'York.
et lieu, et par ordre, les autres découvertes des fils de La Vérandrye. | Le traité de Paris, conclu en 1763, ayant fait passer 4 au pouvoir de l'Angleterre notre belle colonie de la Nouvelle-France, et à l'Espagne la Louisiane, les explorations des Français durent cesser en Amérique. Les pays d'En-Haut, devenus Nouvelle-Bretagne, offrirent un champ nouveau aux entreprises des Anglais. Je les raconterai au fur et à mesure que mon sujet le demandera. | 4 En 1783, il se forma à Montréal une nouvelle société des commanditaires de l’ancienne Compagnie française combinés avec l’élément écossais et puritain, allié de | |
la France. Elle prit le nom de Compagnie du Nord- Ouest, et députa dans les pays d'En-Haut des explorateurs qui marchèrent sur les brisées des Français.
De son côté, la Compagnie de la Baie d’Iudson ne demeura pas inactive. Elle envoya Samuel Hearne faire des découvertes dans le nord du continent. Mais ses eflorts furent moins heureux et moins nombreux que ceux de la Compagnie du Nord-Ouest. |
Ces découvertes effectuées, trente années s’écou- vx lèrent sans que les deux compagnies rivales pensassent | à autre chose qu’à réaliser les plus gros et les plus prompts bénéfices, au détriment de chacune d’elles, par le commerce des pelleteries. Elles employaient leurs loisirs à des querelles sanglantes et à des empiétements mutuels auxquels les Indiens prenaient sou- | vent part; elles bâtissaient fort contre fort et comptoir contre comptoir.
Le monde civilisé ignora cet état de choses scandaleux jusqu’à la première expédition par {erre du capitaine de vaisseau sir John Franklin, en 1820, pour
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la découverte du fameux passage du nord-ouest. Il envoya au gouvernement anglais un rapport si altristant de ce qui se passait dans les contrées de la Nouvelle-Bretagne, qui par leur éloignement étaient soustraites à tout contrôle, que la Couronne obligea les deux compagnies rivales à mettre en commun leurs intérêts. L’union s’en fit le 26 mai 1821. Le personnel de la Compagnie du Nord-Ouest fut conservé comme étant le plus apte à la vie et aux aventures de ce pays; parce qu’il comprenait les trois éléments écossais, franco-canadien et métis-français. Mais on maintint la la raison commerciale anglaise d’Honorable Compagnie de la Baie d’Hudson.
Cette compagnie mixte obtint, pour un bail de vingtun ans, du gouvernement anglais, la concession de toute la Nouvelle-Bretagne, à l'exclusion du Canada civilisé, avec les privilèges que comportaient les chartes de 1627 et de 1667.
Ce bail fut renouvelé en 1838, avant son expiration, ce qui maintint les droits et privilèges de la Compagnie d'Hudson jusqu’en 1863. Mais à cette époque il ne fut
-pas repris, et le pays redevint libre. En même temps la
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mains de la Société Internationale financière, avec un profit net, pour les actionnaires de la baie d’Iludson, de 200 ‘/,. Cest-à-dire que l'ancienne société, qui jouissait d’un capital de 12,500,000 francs, retira du
: Nord-Ouest près de 28,000,000.
En 1865, la Société Internationale financière remit le Nord-Ouest sur le marché, en en élevant la valeur à un capital nominal de 48,000,000 de francs, et elle en opéra la réalisation avec un profit net de 12,500,000
-francs, en deux ans.
La troisième société qui fit cet achat se trouva donc dans un état précaire; puisque, après avoir déboursé 2,000,000 sterling, il lui devenait nécessaire de réaliser + des profits nets quatre fois plus considérables que ceux obtenus par les deux compagnies qui l'avaient précédée, afin de rentrer dans ses débours et de fournir à ses actionnaires des dividendes satisfaisants.
Que fit alors cette troisième Compagnie de la Baie d’Hudson ? Elle revendit, en 4867, à la Couronne d’Angleterre des droits de propriété du sol, de juridiction 7} et de monopole commercial qui étaient éteints depuis quatre ans, et reçut néanmoins du gouvernement la bagatelie de 37,500,000 francs à titre d’indemnités. En outre, elle en obtint la jouissance de 45 hectares, 50 ares de terre arable autour de chacun de ses postes commerciaux qui se trouvaient dans la zone fertile des territoires du Nord-Ouest.
Par cette vente, tous les territoires du Nord-Ouest redevinrent libres de fait. De droit, ils l’étaient depuis 1863. Ils furent aussitôt ouverts au commerce et devinrent partie intégrante du Domaine Canadien, qui reçut un vice-roi ou gouverneur général, et s’administra lui-même, quoique pour le compte de la Couronne.
Il se fonda alors plusieurs autres compagnies de négociants en fourrures, qui élevèrent des forts où bon leur sembla, sans que la Compagnie d'Hudson eût le droit de s’en mêler, mais aussi sans qu’elle perdit F celui de fonctionner, ni qu’elle fût obligée d’évacuer le pays.
Ce fut de la part de cette puissante société financière une combinaison plus qn'’habile.
Le gouvernement anglais est prudent. Il est probable qu’en faisant une aussi large concession aux
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prétentions exagérées de ces négociants, il voulut prévenir à jamais pour l’avenir toute espèce de récriminations et détruire jusqu’à l’ombre des droits que possédaient les anciens possesseurs de ch. rtes royales. Le droit qui est établi sur l’autorite royale a tant de prestige aux yeux des Anglais.
C'était de la sagesse et de la munificence; mais il y ent en apparence des lésés, et, comme c’est toujours le cas, ceux qui souffrirent de cette combinaison furent les petits et les humbles. Je veux parler des Métis français et écossais de la colonie d’Assiniboya ou de la Rivière Rouge.
Cette petite république avait été fondée en 1811 par un laird écossais, membre du comité de la Baie d'Hudson, nommé Thomas Dundas, earl of Selkirk. Il avait acheté de sa compagnie une concession de 186,644 kilomètres carrés (200,000 milles) en superficie, Les limites de cette colonie, qui prit le nom d’Assiniboya ou de Red-River Settlement, étaient la frontière américaine, au sud, le 52° 30’ 2”, de latitude, au nord.
Le Canada français, l'Écosse, la France et la Suisse fournirent les éléments de cette intéressante communauté, qui serra ses rangs dans un intérêt commun, en déposant tout fanatisme religieux, toutes rancunes de race; et qui, par ses alliances avec la population peau-rouge, qu’elle trouva attachée au sol, se donna une alliée puissante et procréa la nation des Métis.
Il y eut à l’origine d’Assiniboya, en 1811, cent seize familles écossaises presbytériennes, quatre-vingt-douze familles canadiennes françaises catholiques, plus cent quatre soldats français des régiments de Meudon et de Vatteville, qui venaient d’être licenciés après la guerre de l’Indépendance, et que lord Selkirk enrôla à Mont-
réal, en 1815. On aime à voir ce libéralisme désintéressé du noble laird.
En 1821, deux cents Suisses français et vaudois arrivèrent à Assiniboya, de Genève, Vaud et Neufchâtel. Ils s’établirent sur la Seine, avec les Meudons et des Métis français catholiques venus de Pembina, dans les Etats-Unis.
Les Écossais établirent les paroisses de Kildonan. Saint-John, Saint-Pol et Saint-Andrew. Les Français fondèrent celles de Saint-Bonifacce, Saint-François Xavier, Saint-Charles, Saint-Norbert et Sainte-Agathe.
Quatre ans après l’arrivée des Suisses, un soldat de Meudon alla s’établir sur les bords du Missi-Sipiy, au lieu où s’éleva depuis la ville de Saint-Pol, capitale de la Minnésota, et y jeta les fondements de cette ville.
Cette même année, 1825, les Meudons et les Suisses, en proie à la famine, abandonnèrent la Rivière-Rouge, au nombre de deux cent quarante-trois hommes, pour aller se fixer les premiers dans le voisinage de Saint- Pol, sur la rive droite de la rivière Saint-Pierre ou Minnésota, à son confluent avec le Missi-Sipiy et tout en face du fort Saint-Antoine, devenu fort Snelling.
Ils y fondèrent le village de Mendotta, que j'eus la satisfaction d’évangéliser en avril 1876. Ses excellents habitants, descendants de nos compatriotes, me virent avec tant de plaisir et firent tant d’instances pour me retenir parmi eux, qu'ils m’arrachèrent des larmes d’attendrissement.
Les Suisses descendirent jusqu'à Saint-Louis du Missouri.
Au point de vue commercial, la colonie d’Assiniboya constituait un des districts pelletiers de la Compagnie
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de la Baie d'Hudson : celui de Red-River. Son gouverneur était celui de cette même société, et résidait au fort Garry; parce que, après la mort de lord Selkirk, qui arriva à Pau, en France, ses héritiers avaient revendu la seigneurie d’Assiniboya à la Compagnie d'Hudson.
Les pauvres colons d’Assiniboya n'étaient donc plus que des tenanciers et des fermiers de la Compagnie, eux qui étaient accourus à la Rivière-Rouge dans l'espoir de devenir propriétaires libres sous un protecteur noble et magnifique.
Les Métis reprochaient à la Compagnie d'Hudson, en 1867, de les avoir sacrifiés impitoyablement à ses intérêts mercantiles en leur refusant jusque-là toute espèce de droit au commerce, au point que des Métis avaient été emprisonnés au fort Garry pour s’y être livrés!
Outre son gouverneur, la colonie de la Rivière-Rouge possédait encore un conseil colonial choisi parmi les colons les plus influents, un évêque catholique et un évêque anglican, un clergé pour chacune de ces dénominations , un juge en chef aidé de plusieurs juges de paix (Justices), un tribunal dnnt les sessions étaient trimestrielles et dont les membres étaient rétribués par la Compagnie d'Hudson.
Les revenus publics y avaient leur source dans les droits d’entrée, qui étaient de 4 °/, sur les prix d'achat. Tout s’y vendait à des prix exorbitants, dont quelquesuns n'étaient pas moindres de 50 à 200 ?/, sur le prix de revient en Angleterre.
D'un autre côté, il ne sortait rien de la colonie, bien que l’exportation fasse la richesse d’un pays. Tout y entrait. Par là on peut juger de la difficulté que les Métis avaient à vivre et de leur extrême pauvreté. Ceci æxplique pourquoi nos compatriotes préféraient la vie
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nomade, et allaient chercher une subsistance abondante et facile au milieu des grands troupeaux de bisons que nourrissaient les vastes prairies de l’ouest.
Les seules ressources des habitants d’Assiniboya étaient la chasse, la pêche, le commerce des pelleteries, les voyages par entreprise, pour le compte de la Compagnie de la Baie d'Hudson ou des missionnaires, et quelques petites industries privées.
Il est facile de comprendre maintenant comment, après la cession du territoire du Nord-Ouest à la couronne, ou plutôt au Domaine Canadien, les colons d'Assiniboya s’attendaient, eux aussi, dans leur simplicité de demi-nomades, à recevoir une indemnité proportionnée aux sacrifices qu’ils s’imposaient, ou tout au moins à être consultés a: ant que les terres sur lesquelles ils avaient vu le jour fussent vendues au Canada, avec leurs tenanciers, sans qu’il leur en revint une obole.
Jusque là ils ne s’étaient pas rendu un compte exact de leur position vis-à-vis de la Compagnie d'Hudson, dont ils n'étaient plus que les fermiers. Cette expropriation forcée souleva leur indignation et exalta les griefs déjà assez grands qu’ils nourrissaient contre la Compagnie. Elle détermina la colonie d’Assiniboya à s’ériger en république libre et à se donner un prési= dent, dans la personne du Métis français Louis Riel, homme instruit qui avait fait son droit et qui devint plus tard un des membres influents du parlement canadien.
Si nos braves Métis avaient pu seulement prévoir qu’ils avaient tout à gagner à devenir sujets canadiens; s’il leur avait été donné de savoir que cette puissante compagnie qu'ils haïssaient devait descendre au rang d’une simple association de marchands; que le gouver-
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nement du Dominion qu'ils repoussaient devait faire de leur petite colonie une riche province; que toutes leurs terres leur seraient rendues gratuitement, et qu'on élèverait la propriété familliale gratuite à 64 hectares carrés, avec faculté d’en acquérir encore autant à raison de 12 francs 50 seulement les 40 ares, ah ! certes ils auraient accueilli avec joie et allégresse les agents du gouvernement canadien, lorsqu'ils vinrent prendre possession du fort Garry.
Malheureusement, leur premier pasteur, Mgr Taché, qui aurait pu les éclairer et les conseiller, était en Europe. Deux ou trois prêtres influents, mais enthousiastes et mal renseignés, firent eux-mêmes et laissèrent commettre aux Métis de telles fautes politiques, qu’ils faillirent brouiller les affaires et déterminer une guerre civile dans ces déserts jusqu'alors si paisibles. Il fallut que l’évêque fût renvoyé promptement par le Souverain Pontife dans son diocèse bouleversé, pour que le calme s’y rétablit et que la position des Métis s’élucidât tout à fait.
La colonie franco-écossaise d’Assiniboya n'existe plus, bien que ce nom, cher à nos souvenirs, ait été conservé et donné à une nouvelle et jeune province canadienne de ces parages. Le temps a marché; mais on n’a aucun reproche à adresser au gouvernement canadien, qui est le modèle des bons gouvernements.
Là où s’étendait, en 1862, une plaine immense, sans autres horizons que les hauteurs lointaines de Silver- Heights, s’alignent maintenant les rues et les avenues d’une grande et belle cité de 50 à 60,000 âmes, qui a englouti l'élément métis au point de ne l'y rendre pas plus discernibie que dans le reste du Canada. Ce génie, que l’on nomme le progrès du siècle, a opéré là, comme
ailleurs en Amérique, des prodiges auxquels nous ne sommes point accouturtés de ce côté-ci de l'Atlantique. Il ne m’appartient point de les regretter, puisque cette œuvre est voulue par la divine Providence. Mais je ne veux pas promener plus longtemps ma pensée et ma plume sur un sujet qui, pour moi, vieux sauvage, est dépourvu d'intérêt, parce qu’il me replonge dans cette ancienne civilisation que j'avais cru quitter pour toujours, à mon départ de France, et de laquelle j'ai voulu retirer le lecteur, pendant quelques heures, afin de lui faire savourer les joies et les parfums du désert, Retournons-Y,
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