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Tl\AVERSÉE DES TERRES-HAUTES. 207
y récolte du blé, ce l’orge, des pommes de terre et toutes sortes de légumes. Le fort ainsi que la mission y élèvent de beaux troupeaux de bêies à cornes et de chevaux. On y voit aussi des porcs, de la volaille, et je crois même des moutons. Le poisson abonde dans le lac et constitue à peu près la seule nourriture des habitants avec les pommes de terre, le gros gibier ayant presque entièrement disparu de celte contrée. Quant au gibier ailé et aquatique, il y fourinille. Au mois de septembre 1873, je vis deux Cris vendre aux missionnaires cinq cents canards qui étaient le produit de leur chasse de quelques jours. Pendant une semaine, pères. sœurs, orphelins et écoliers ne mangèrent plus que du canard en toutes sauces.
La population peau-rouge de Pfsle à la Crosse appartient à deux souches. La famille hilliné y compte 230 Cris de bois. La fmmille dènè y possède 600 Tchippewayans de la tribu des Th-lan Ottiné où gens du Bout de la Tête. Ces derniers Indiens sont tous chrétiens. lepuis nombre d'années et de très braves gens, Ils reçurent la foi dès 1845. Leur bonhomie, leur douceur et leur honnèteté dlispensent le fort Isle à la Crosse de: s’entourer de palissades et de bastions. C’est une factos rerie ouverte à tout venant.
Plusieurs de ces Tchippewayans sont d’ailleurs des. Métis qui portent des noms français, tels que les Mau
gras, les Pattenotte, les Jolibois, les Gladu, les Janvier,
les Lafleur , les Poitras, etc. Ils ont des parents de: mêmes noms parmi les Cris. D'autres tribus de la même contrée offrent aussi ce mélange hybride. Ces sang-mêlés sauvages ou plutôt nomades sont donc des descendants de voyageurs et de coureurs de bois
français et canadiens, qui devancèrent les Hearne, les, .
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Frobisher et les Mackenzie dans ces pays, et y devinrent ensuite les premiers serviteurs de la Compagnie du Nord-Ouest.
Voilà ce qu’un auteur canadien, qui à écrit avec esprit et élégance surle Nord-Ouest, aurait dû remarquer avec simplicité, au lieu de s’extasier sur les yeux bleus, les cheveux châtains, les traits réguliers et le teint fleuride ces prétendus Peaux-Rouges. J'en ai dit autant des Sioux Mandanes. Beaucoup de Cris offrent au touriste le même phénomène, qui n’en est point un pour qui les connaît, puisqu'on ne le remarque plus en Europe et partout où il y a eu de semblables croisements.
A lextrémité du lac, nous nous arrêtâmes à un village de Tchippewayans chrétiens pour y administrer un moribond. Ces Dénè venaient de passer par un schisme qui faillit tourner à l'envers leurs pauvres têtes. Son auteur fut un fou théomane qui se donna à ses compatriotes pour Jésus-Christ réincarné. Son nom indien était L’in-azè, le Petit-chien, un pur sauvage. Il se fit dès lors appeler le Fils de Dieu, Nioltsi bé yazè. Ces cervelles faibles de sauvages donnèrent en plein dans le panneau et se mirent à adorer le farceur. Abusant de la simplicité de ses adeptes, le Petit chien fils de Dieu essaya de leur persuader qu’il aurait, s’il le voulait, le pouvoir de les changer en bêtes.
— Khou, Khou, disait-il souvent à son disciple favori, Khatäré, la Doublure en peau de lièvre, presque aussi fou que lui, Khou, kkatchinè sas la anédja : Allons, allons, bon. te voilà presque métamorphosé en ours. Maintenant marche à quatre pattes et grogne comme cet animal, ajoutait l’insensé. C’est cela, t’y voilà. Encore quelques jours d'apprentissage et ta transformation sera complète. |
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Un jour, il prit envie au Petit chien de se dépouiller de ses vêtements et de se mettre en costume paradisiaque. Tous les fous ont de semblables lubies. Il persuada même à ses sectateurs d’en faire autant.
— Le royaume de Dieu est arrivé, leur disait-il. Nous allons récupérer nét:e innocence primitive et ressembler à Adam et Eve dans le jardin des délices, Rejetons donc bien vite tout ce que nous tenons des pervers. Et il paya d'exemple.
Aussitôt, voilà les Tchippewayans qui allument un grand feu dans lequel ils jettent non seulement leurs vêlements mais encore leurs ustensiles et jusqu’à leurs armes. Puis ils vont se promener pieusement dans Îles bocages, comme Adam et Ëve, attendant la réalisation des promesses du Fils de Dieu réincarné.
On aurait de la peine à croire et à comprendre une telle aberration, si l’histoire ne nous apprenait que nombre de peuples européens ont passé par la même phase delunatisme religieux qui produisit les Adamites, les Pauvres hommes, les Flagellants, les Anabaptistes; et si nous ne voyions encore les mêmes fous s’imposer à la foule crédule et y faire des adeptes sous les noms de Mormons, Shakers, Quakers, Free-lovers et Spirites.
Aujourd’hui que les cerveaux tchippewayans sont rentrés dans leur assiette normale, ces Indiens rougissent de s’être montrés si crédules et si dénués de bon sens. Mais ils n’ont pu pardonner tout à fait au Petit-chien de les avoir si cruellement mystifiés. Pénitent et converti, cet homme est demeuré dans un état de honte et d’abjection dont il ne sortira pas de sitôt. Il s’est trop fortement compromis.
Les lacs Clair et du Bœuf, que nous traversons ensuite, sont deux jolis bassins très pittoresques. Le