Revue d'ethnographie, etc
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divisée par une cloison qui séparait la pièce où nous couchions d'avec une petite salle faisant suite à notre chapelle domestique. Notre chambre avait d’abord reçu trois lits informes en gros rondins garnis d’un treillis en lanières. Ils furent remplacés par des cadres de marine superposés. Chacun avait le sien. Dès lors, le pauvre frère put se délasser quelque peu de toutes ses fatigues, tout en fabriquant pour l’hiver notre provision de savon et de chandelles.
Après avoir obtenu un lessif avec des cendres bouillies, il y mêlait de la graisse fondue et un peu de résine de sapin, et faisait bouillir le tout jusqu’à épaisissement et mixtion parfaite. Retirant ensuite ce mélange du feu, il y jetait du sel pour que, en s'unissant au lessif, il format un alcali qui pût décomposer le mélange et en précipiter la matière grasse. Et le savon ou plutôt la perlasse se trouvait fabriquée. L’eau en était égoultée, puis la pâte, d’un vert pâle, coupée en morceaux-cubiques, était mise à refroidir.
Comme on le voit, notre vie de Robinson ne cessait pas de continuer.
La fabrication de la chandelle nous occupa tous les deux. Le procédé est des plus simples. Nous préparions quantité de mèches d’égale longueur avec des fils de coton en pelote. Nous les enfilions dix par dix sur des brochettes de bois. Nous remplissions ensuite d'eau tiède une barrique dans laquelle nous versions une chaudière de suif d'élan fondu et bien chaud. Puis nous trempions dans ce suif une et chacune des dizaines de mèches, que nous mettions ensuite à égoutter et à figer, en reposant les deux extrémités des broches sur deux tréteaux. Quand toutes les mèches avaient été trempées nous recommencions l’opération autant de
fois que cela était nécessaire pour que les chandelles atteignissent le calibre désirable.
Une troisième occupation fut la teinture en noir de vêtements en peau ou en laine, au moyen de l'écorce d’aune bouillie avec du moulard de meule. Ce genre de teinture est usité au Kamtchatka ainsi que chez les Sibériens septentrionaux.
Outre mes éludes linguistiques, je donnais des leçons de calligraphie, de géographie et d’arithmétique aux deux jeunes Métis qui nous servaient; tandis que l’évèque administrateur faisait la classe ei le catéchisme en langue crise aux époux Piché, dont la femme était une Savanaise protestante qui désirait embrasser la foi catholique.
Ainsi s’écoula ma vie de Robiæson jusqu’au 8 décembre, jour où j’entrepris mon premier voyage à la raquette. Ainsi se termina ma première année passée dans le Nord-Ouest.
Nous aurions bien désiré alors que les personnes qui nous avaient nargués et raillés, trois mois auparavant, vissent les résultats que nous avions obtenus par la puissance de la volonté et l'énergie que donne la nécessité. J'admirais le courage et la persévérance de notre supérieur, qui avait déterminé et créé cet établissement en dépit des hommes et des événements, bien que je n’aie jamais compris pourquoi il nous avait imposé cette tâche, ni pour quelle raison il avait choisi un tel emplacement.
L'œuvre résolue, elle n'avait pu être mieux exécutée, eu égard à la saison, à nos faibles ressources et aux ouvriers qui nous avaient aidés.
Mais M. Boisramé était sur les dents. Son estomac, dégoûté du poisson bouiili ou rôti, ne digérait plus.
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Lui et moi soupirions après la viande qui n’arrivait pas, parce que la température s’obstinait à demeurer calme, et que, pour chasser l’orignal, le vent est nécessaire, Les travaux étant finis, il ne nous r’itait plus à moi qu'à étudier, à Boisramé qu’à se reposer. M. l’administrateur crut mieux faire : il nous envoya tous deux à l’île de l’Orignal pour y passer les fêtes avec le bon M. Eynard.
Dès lors commença pour moi une série de voyages qui devaient me conduire enfin au fort Bonne-Espérance, dans le bas Mackenzie, et ne plus cesser pendant vingt ans.
J'espère bien pouvoir les raconter à mes bienveillants lecteurs en temps opportun.