HABITANTS
Anselme (Marie-Jeanne), veuve d’un sergent canonier, tué au siège de l’île royale, 15 janvier 1719, Ro-
chefort, à vie.. . . .
108 liv
Amiot (Marguerite), fille d’un habi-
tant. 27 septembre 1745, Rochelle,
à vie . . .
Aubin (Marie!, veuve de François
Bénard, 1722, Bordeaux, à vie .
Amien (Geneviève), Leblanc, Roche-
fort, à vie .
Audirac (Marguerite Dumesnil), veuve d’un habitant du Canada,
Rochelle, à vie . 54 “
Berbudeau (Marie-Anne), fille d’un ancien chirurgien, 24 mai 1750,
Rochefort, à vie . 160 “
Branet (Marguerite Normandeau), épouse d’un chirurgien, 20 juillet 1710, Romegoux, à vie . 108
S.EPT JOURS
Breau (Marguerite), Guedry, veuve d’un habitant tué au siège de Québec, 27 septembre 1724, Roche -
fort, à vie .
Beaudoin Ducluseaux (Marie-Magdeleine), fille d’un habitant, 7 avril
1732, Bordeaux, à vie .
Barbier Duplessis (Anne) fille d’un chirurgien, 21 avril 1737, Roche-
fort, à vie . . . .
BarbLr Duplessis (Gilette), sa sœur,
28 juillet 1744, ide7n . . .
Barré (Anne) le Manquet, veuve d’un capitaine de navire, 1712, le
Hâvre, à vie . .
Besançon (Marie-Agathe) fille d’un ancient habitant, 1759, Rochelle,
à vie . . .
Blacquier (Barbe), fille d’un sergent des troupes de Miquelon, 1773,
idem, à vie .
Blacquier '(Marie-Anne), sa sœur, 1771, idem . . .
108 liv.
xo8 “
et
te
Beaumoncel (Marguerite), La Lande,
veuve, 1758, le Hâvre, à vie .
Bornic (Jeanne), à vie .
Nota. — Employée à compter du premier janvier 1783, par décision du premier août suivant, et n’a jusqu’à ce jour fait aucune réclamation ; Brichet (Marie-Agnès et Marie-Françoise), à vie . .
Nota. — Employées à compter du premier janvier 1785, sans réclamation.
Bornic (Marie), à vie .
Nota. — Employée à compter du premier janvier 187.3, n’a point réclamé.
Bertrand (Reine), veuve l’Hermitte,
Rochelle, à vie .
Bourgeois (Françoise), fille d’un habitant de Saint Pierre et Miquelon, 1744, idem , jusqu’à 18 et 20 ans.*..
Brunet (Elizabeth), ci-devant habitante des dites îles, idem, à vie .
Claparet (Louise- Angélique), Fouchue, veuve d’un négociant, 1739,
Rochelle, à vie . .
Claparède (Renée), fille d’un négociant, Viols-le-Fort, près Montpellier, à vie . .
Casting (Jeanne-Elizabeth), fille d’un habitant, 28 mai 1755, Rochefort,
à vie . . .
Carbonnèle (Marie-Marguerite), fille d’un capitaine marchand, 24 septembre 1765, Charente, à vie .
Corperon (Anne - Madeleine) fille d’un habitant, 27 octobre 1753, Rochefort, à vie .
150 liv.
Chatou (Louise), fille d’un arpenteur,
17 septembre 1754, Toulouse, à
vie . . . . 108 “
Chailloux (Marie), veuve d’un habitant, 1735, Rochefort, à vie . 54 “
Clermont (Pierre-Augustin), ancien
habitant, 1734, Cherbourg, à vie... 108 “
Chalois (Françoise) Guérard, veuve,
Saint-Malo, à vie .
Cœttret (Angélique), fille d’un gardemagasin à l’île royale, 1752, Viols-
le-Fort, près Montpellier, à vie .
Camus (Marie) femme de Louis Devaux, Paris, à vie .
Chapuis, veuve d’un pêcheur de Louisbourg, à vie . .
Nota. — Employées du premier janvier 1738, par décision du premier août suivant, n’ont point réclamé.
Caurtel (Anne), veuve Gentil, 1734, le Hâvre, à vie .
Conard (Marguerite) femme de Louis Harel, ancient habitant de Saint- Saint-Pierre-et-Miquelon, 1756, Rochelle, à vie . . .
Dutraque (Marie-Anne), fille d’un négociant, 2 novembre 1718, Rochefort, à vie .
De Covinac (Jeanne), fille d’un habitant, premier mai 1749, Saint-
Thomas-des-Bois, à vie . 300 liv.
^bumoncel (Geneviève), Clermont, veuve d’un négociant 19 mars 1719,
Rochelle, à vie. ., . 200 “
Dumoncel (Geneviève;, sa fille, 21
décembre 1737, idem, à vie . 150 “
Dumoncel (Barbe-Fran^oise-Jacqueline), idem , 28 janvier 1751, idem,
à vie . 150 •“
Dumoncel (Marie), autre idem , 21
avril 1747. idem , à vie...... 150 “
Dumoncel (Jeanne-Lo ise), autre,
idem , 30 avril J756, idem , à vie - 130 “
Didion (Marie - Jeanne;, Lessêne, veuve d’un habitant, 20 juillet 1727,
idem , à vie . . . 150 “
Ducheneau (Joséphine), fille d’un habitant tué au siège de Québec,
1748, Rochefort, à vie . . . 108 “
David (Jacques), soldat blessé au siège de l’île royale, 5 avril 1785,
Rochefort., à vie.. . 108 “
igë
David (Marie-Landert), sa femme 23
octobre 1718, idem , à vie . 108 liv.
De Rudder (Julienne), fille d’un habitant, 15 juin 1750, idem , à vie... 108 u Dominique (Geneviève-Grault), fille d?un gardien des magasins du roi,
19 décembre 1741, la Tremblade,
à vie . . . 108
Dupont (Marie - Catherine - Au vrai), veuve d’un officier marinier et créole, premier janvier 1726, Bayonne,
à vie . . . . 153 iL
Dupont (Françoise), fille d’un habitant, 4 août 1729, idem,, à vie . 108 “■
De Laforest (J eanne-Lafargue), veüve d’un ancien pilote, 13 décembre
1728, Rochefort, à vie. . : 150 “■
De Laforest (Jeanne)j sa fille, 28 décembre 1^62 , idem, à vie... . ..... 108
De Laforest (Marie-Catherine), 9 mai
I735)àvie . . . . . 108 “
I>’Accaret (René), fille d’un habitaht,
Bordeaux, à vie . 150 iL
Dugué (Cécile de Pinet), femme d’un
sergent des troupes de l’île royale,
2 décembre 1782, Taillebourg, à
vie . 108 liv.
Doyer (Jaquemin), veuve Gautier, 59
ans, Saint-Malo, à vie . 54 “
Duplex Silvain (Marie - Geneviève), fille d’un juge royal de Saint-Pierre et Miquelon, le 10 octobre 1723,
Vannes, à vie . 150 “
Daguerre (Angélique), 28 août 1729,
à vie . 108 “
Nota. — Employée depuis 1783 par décision du 1er août de la dite année, et n’a point fait jusqu’à ce jour de réclamation.
Pixel (Marie-Françoise), fille d’un habitant de Louisbourg, 1764, Bordeaux, à vie .
Pixel (Joséphine - Cécile), sa sœur,
1763, idem, à vie .
Fixel (Barbe - Louise ), autre idem, 1762, idem, à vie .
54 liv.
Fautoux (Marie-Jeanne), fille d’un négociant, 25 mai 1744, la Ro¬
chelle, à vie . 300 liv.
Fleury (Olive), femme de Jean Ma-
randel, 1750, Saint-Malo, à vie . 108 “
Gauthier (Marie), fille d’un habitant,
14 octobre 1759, la Rochelle, à vie. 108 “ Grandbois (Jeanne-Elizabeth), Pilon,
1723, le Hâvre, à vie . 54 “
Guyot, (Marguerite), Painbœuf, à vie.. 54 “ Gaudet (Anastasie Doré), veuve Bou- 54 “ drot, le Hâvre, à vie . 54 “
Hiriard (Cécile), fille d’un habitant, 22 novembre 1741, la Rochelle, à
vie . •. .
Herpain (Jeanne-Marie), fille d’un ha-
bitant, n septembre 1744, idem...
Herpain (Marie- Périne), fille d’un
habitant, 22 octobre 1751, idem...
Hébert (Marie Athalie, veuve), 1752,
le Hâvre, à vie .
Hébert (Louise-Félicité), fille de Jean, habitant de Saint-Pierre et Miquelon, 1782 . ... 72 liv.
Nota.— Jusqu’à dix-sept ans.
Imbert, veuve d’un négociant, 1723,
Bordeaux, à vie . - . 150 “
Jourdan (Agnès), Rochelle . 108 “
Jouet (Charles), ancien habitant,
Miquelon . 2oo “
Lartigue (Marguerite-Hertel-Courvoisier), épouse d’un négociant, 23 septembre 1727, Ile de France, à
vie . . . ’• . 250 “
Lessène (Marie-Madeleine), fille d’un habitant, 24 août 1733/ la Ro'
rochelle, à vie . 100
Lessène (Catherine-Maurin), veuve,
1730, la Rochelle, à vie . 108
Lessène (Marie-Madeleine), fille de la
précédente, 1768, idem .
Labrouche (Jeanne-Madeleine), fille d’un habitant, 7 septembre 1038,
Paris, à vie .
Livère (Thérèse), fille d’un pouilleur de Québec, mort à Cayenne, 1er septembre 1746, Rochefort à vie. Lagonnaire (Jeanne-Marie), fille de Biaise habitant, 28 mai 1729, Bordeaux, à vie. . . . .
Lagonnaire (Catherine), sœur de la
précédente, 23 avril 1740, idem .
Lagonnaire (Marie), fille de Cyprien,
autre habitant, 17-41, idem... .
Lagonnaire (Catherine), sœur de la précédente, 20 septembre' 1743,
idem . . .
Lagonnaire (Marguerite), autre sœnr,
21 septembre 1747, idem .
Lagonnaire (Claire), idem, 22 octobre
1749, idem .
Lelièvre (Jeanne), fille d’un habitant, 1741, Miquelon, à vie .
108 liv.
Lelièvre (Jeanne), femme d’un habitant, 1736, Saint-Malo, à vie .
Lapierre (Rosalie Hébert), veuve de
Joseph, 1745, le Hâvre, à vie .
Landry (Anne), fille de Pierre et femme et Jean Melançon, le Hâvre,
à vie .
Le Moyne (Françoise), fille d’un habitant, Saint - Pierre-et - Miquelon,
à vie .
Le Moyne (Jeanne), veuve Laustalet,
idem . .
Lefour (Maurisette), veuve de Gilles
1726, Rochefort, à vie .
Le François (Anne), veuve Martin,
1721, la Rochelle, à vie .
Lavergne (Marguerite), femme Dou-
cet, le Hâvre, à vie .
Lavergne (Ovide), idem .
Le Borgne (Jeanne), habitante, 1782,
la Rochelle .
Nota. — Jusqu’à 17 ans.
Legros (Louise), femme d’un habitant, 1748, à vie .
72 liv.
Letourneur, ancien habitant . -... 120 liv
Nota. — Employé du 1er janvier 1787 par décision du 6 mai suivant, n’a pas réclamé.
Maurin (Elisabeth Gauthier), veuve d’un capitaine marchand, 12 janvier 1727, Bessac près-Marmande,
à vie . . 200 a
Milly (Louise), fille d'un habitant, 4
août 1 723, ‘la Rochelle, à vie . 150 “
Milly (Françoise), fille d’un habitant,
11 avril 1719, la Rochelle, à vie... 150 u Milly (Marie-Jeanne), idem , 22 mai
1739, idenu . - . 150 u
Morel (Marie - Reine - Paris), veuve
d’un négociant, 16 mars 1 716, idem. 160 *“ Martin (Marie), fille d’un sergent, 22
janvier 1765, Rochefort, à vie . 150 “
Malguerie (Marguerite-Saux), femme d’un habitant, 1747, la Rochelle, à vie . 200 “
Mukin (Christine), orpheline émigrée
de Cayenne, Rochefort, à vie . 108 liv.
Milly la Croix du Trouy (Anne-Françoise), fille d’un capitaine marchand, Paris, à vie . . 108 “
Poujet jAnne), fille d’un habitant, 20
août 1747,- la Rochelle,- à vie . 108 “
Poujet (J udiih), veuve Josse, ci-devant
habitante, 1721, idem, à vie . . 54 “*
Rocher (Madeleine), fille d’un char¬
pentier, entretenu en cette qualité à la Martinique, 12 octobre 1766,
Rochefort, à vie . . 54 “
Phélippot (Marie-Anne), fille d’un soldat et d’un habitant pêcheur, 9 septembre 1715, Saint-Malo, à vie. 54 “ Portes (Marie - Catherine - Martel), femme d’un habitant, 1725^ la Rochelle, à vie . 162
Portes (Angélique), fille du précédent,
1756, la Rochelle, à vie . 54 “
Portes (Françoise-Thérèse), sa sœur,
28 février 1767, idem , à vie . 54 “
Portés (Marie -Catherine), idem 14
août 1766, idem, à vie, . . 54 “
Portes (Geneviève), idem, à vie . 54 “
Picheau (Réné), ancien habitant,
1723, Saint-Malo, à vie . 54 “
Plock (Marie-Madeleine), fille d’un
habitant, 1737, idem, à vie . 54 “
Pichaud (Thérèse), fille d’un habitant pêcheur, 20 février 1741, la Ro-
chelle, à vie . . 108 “
Perrin (Marie), veuve de Jacques,
habitant, Rochefort, à vie . 54 “
Querton (Jeanne - Barbe - Grénard), veuve d’un habitant, 8 janvier 17.2.2, Rochefort, à vie . . . 108 “
Raux (Angélique- Allaire), veuve, Saint-Malo, à vie
Rambourg (Jérome), charpentier,
1745, la Rochelle, à vié . 108 “
Rambourg (Marguerite ’Groussain), femme du précédent, 1744, idem, à
vie . . 54 “
Robion (Marguerite), veuve Gil,
1732, Toulouse, à vie . . 108 “
Radoux (Victoire), femme de Jean
Begaud, 1750, la Rochelle, à vie... 144 “ Radoux (Marie), femme de Jeru Joly,
1 75 7, idem, à vie . 144 K
Rayer (Thérèse), veuve Hemingre,
1 753» idem, à vie . . 144 “
Rosse, ancien habitant, idem , à vie... 120 “ Nota. — Employé du 1er janvier 1787, par décision du 6 mai suivant, n’a pas réclamé.
Saint-Martin (Geneviève), fille d’un habitant, 2 janvier 1728, Angers,
à vie . , . . 200 “
Sémer (Elizabeth), Saulnier, 1759,
le Hâvre, à vie . 54 “
Saunnier (Marguerite), orpheline,
idem, à vie . . 54 “
Tranchard (Françoise), veuve Goupil, ancien habitant de Saint-Pierre-et- Miquelon, 1702, Saint-Malo, à vie. 144 “
Thérèse, sauvage de nation, la Rochelle . 108 K
Vagnier (Valentin), Allemand, devenu aveugle à Cayenne, 1745, Roche-
fort, à vie . .
Vrignaud (Louise), fille du sieur Iger,
Bordeaux, à vie . .
Vrignaud, sa sœur, idem, à vie .
Vicette (Marie), femme de Pierre Chaufaud, ancien habitant des îles Saint-Pierre-et-Miquelon, 1756, la Rochelle, à vie .
Yon (Marie), veuve Jehume, ci-devant habitant des dites îles, la Rochelle, à vie . 168 liv.
Zémard, fille du premier mariage de Madame Milly, e'pouse d’un juge de Saint-Pierre-et-Miquelon, la Rochelle, à vie . 168 “
Total 45,696 liv.
Rochefort, le 17 septembre 1790.
(Signe'), Bergevin de Quesmaud.
Vu par nous, Intendant de la Marine.
(Signé), C. Charlot.
En voilà long ; mais voici des pièces qui ne doivent pas passer inapperçues.
Plus tard sous le tribunal, en date du 17 floréal, on traita de nouveau la question des' Acadiens et des Canadiens réfugiés en France.
C’était sous la présidence du citoyen Chabot, de l’Ailier.
L’ordre du jour comporte ce récit.
De colons réfugiés exposent le dénuement absolu dans lequel ils se trouvent et réclament l’exécution de la loi du 27 germinal an VII qui leur accorde des secours. Ils font observer que malgré leurs vives sollicitations il leur est dû trois mois d’arriéré de l’an IX et quatre mois de l’an X.
Ils demandent que le Tribunal veuille bien être leur organe et leur appuis auprès du Premier consul.
Lucien Bonaparte. — Je convertis en motion la demande qui vous est faite par les colons réfugiés. La paix leur offre sans doute une perspective plus heureuse ; mais le mal se fait promptement et se répare toujours avec lenteur. Rien n’est affreux comme la position de l’homme qui se trouve placé entre la prospérité passée et la prospérité à venir. Les colons réfugiés ressemblent à ces matelots qui longtemps battus par la tempête, découvrent enfin le port objet de toutes leurs espérances. Je demande que le Tribunal appuie auprès du Gouvernement la pétition qui vient d’être lue.
Boissy cü An glas. — J 'appuis la proposition très humaine de notre collègue Bonaparte ; mais je demande, dans le cas où le Tribunal voudrait émettre un vœu sur la pétition qui vient d’être présentée, que cette pétition soit renvoyée à une commission qui fera son rapport.
Le Tribunal se trouve à prononcer le renvoi au gouvernement.
Dernièrement M. Foursin Escande le secrétaire de la légation canadienne de Paris, publiait un curieux document. En voici la teneur.
Pétition n° 608 déposée par M. Cantagrel, député de la Seine. — Le sieur Prévost, à Paris, s’adresse à la Chanbre pour obtenir un secours.
Motifs de la commission.
- M. Prévost, ancien avocat, âgé de quatreving-dix ans, qui a été dix ans, de 1830 à 1840, professeur au collège de Saint-Jean d’Angely, qu’il n’a quitté qu’en obtenant un congé, et quatre ans, de 1844 à 1848, juge de paix dans la même ville, demande qu’il lui soit 1 alloué un secours annuel, soit à ces deux titres, soit comme ancien Canadien.
La commission remarque que, si M. Prévost n’a pas été maintenu au poste de juge de paix, cela peut tenir sans doute à ce que le Gouvernement ne fut pas content de son service ; mais elle rappelle qu’à ce moment troublé (1848) beaucoup de juges de paix furent remerciés qui ne méritaient pas de l’être.
A ces divers égards, elle s'en rapporte à ce que pourra décider le Gouvernement après un nouvel et mûr examen.
Comme Canadien, M. Prévost semble être
dans une situation plus favorable si son récit est
exact, et il porte toutes les marques de la-
sincérité ; il aurait, comme descendant des
Canadiens, un droit à une pension qu’il aurait
touchée jusqu’en 1877 , époque à laquelle, par
une erreur ou par une disposition administrative
dont il ne peut donner le motif, il fut confondu,
— lui, seul Canadien survivant dès lors. — dans /
la liste des colons de S lint-Domingue.
Mais tandis que la pension des Canadiens devait suivre le dernier survivant, celle des colons de Saint-Domingue avait un terme fixe, et elle l’avait atteint.
Le pétitionnaire aurait donc été victime d’une •erreur ou d’une disposition non motivée et abusive ?
Ce serait donc à bon droit qu’il réclame la pension qui lui a été indûment supprimée ?
La commission appelle sur ce malheureux vieillard aveugle, chargé d’un fils impotent, toute la bienveillante sollicitude du Gouvernement, auquel elle renvoie la présente pétition, ne sachant pas bien q..el ministère cela peut concerner spécialement aujourd’hui. — (Renvoi au président du conseil.)
Enfin plus tard, le Paris Canada , publiait sous le titre les Acadiens en frange les documents suivants qui aideront à compléter l’histoire de ces malheureux exilés. Voici d’abord la lettre de M. Farjon.
Boulogne-sur-Mer, 13 juillet 1887.
Cher Monsieur.
En parcourant l’un des derniers numéros du Paris-Canada , j’ai été très intéressé par le récit des misères des Acadiens transportés en Europe
par les Anglais et notamment du groupe de ceux qu’unnaufrage avait amenés à Boulogne en 1759.
J’ai prié M. Ernest Deseille, archiviste de la ville et secrétaire de notre société académique, de vouloir bien faire quelques recherches à ce sujet. Avec un soin et une patience. .. d’archiviste, M. Deseille me paraît avoir épuisé la question. Pensantque cela pourrait avoir quelque vakur pour vous et pour vos lecteurs, je vous adresse en communication le résultat des fouilles de M. Deseille, savoir : i° une liste des noms qu’il a pu retrouver (118 sur 179); 20 la copie des documents d’archives concernant « les Canadiens » , et les extraits des registres de catholicité s’appliquant à leurs naissances,, décès et mariages ; 30 une notice.
Veuillez agréez, cher Monsieur, l'assurance de mes meilleurs sentiments.
F. Farjon.
Puis vient la notice de M. Ernest Deseille. Elle est curieuse à plus d’un titre.
« Les Canadiens, » dit-il, « sont arrivés ici de l’Acadie, le 26 décembre 1758 et sont partis le
SEPT JOUES
22 novembre 1764 pour la Cayenne dans le vaisseau nommé Les Deux Frères, appartenant à MM. Guillaume et Jean-François Coilliot » etc. {Livret de J. Cuvillier — Bull. Soc. acad. , t. 1).
Ainsi s’exprime Jacques Cuvillier l’unique contemporain qui, à ma connaissance, ait parlé de cet événement intéressant à plusieurs titres.
Pour trouver des renseignement sur le nombre des expatriés et sur leur séjour en notre ville, il faut parcourir un grand nombre d’actes déposés aux archives communales, dont le dépouillement attentif permet d’ajouter à la note si concise du chroniqueur boulonnais que les Canadiens, au nombre de 179 (lettre de l’intendance, arch. comm.) transportés par les ennemis de l’Etat (Requête de J. Dugast, n0 1563) et qui habitaient en majorité sur la paroisse de Saint-Pierre et Saint-Paul, en l’île Saint-Jean (Reg. de cathol.), avaient été forcés par la tempête d’aborder à Boulogne (Reg. de cath., acte du 23 décembre 1759)-
Peut-être m’excuserait on si, à propos de cet épisode du grand drame colonial, je répétais ce que l’histoire dit de la lutte qui amena la perte de
la colonie française par excellence, si je m’indignais contre la barbarie que les Anglais renouvelèrent au xvme siècle d’une déportation en masse de vaincus dont l’indomptable amour pour la mère-patrie était le seul crime ; mais cette répétition, si intéressante qu’elle pourrait être, n’en serait pas moins une répétition, tt je comprends différemment le devoir des travailleurs de province. S’ils veulent être utiles, qu’ils disent simplement ce que personne n’a dit, ce qu’ils peuvent dire sur le témoignage de document non connus, n’eussent-ils que deux lignes de texte nouveau, ces deux lignes s’ajouteront au trésor de l’histoire, tandis qu’en agissant différemment ils restent des compilateurs dont tout le mérite est dans l’habilité de démarquage, habilité" que quelques-uns poussent assez loin. Ne les troublons pas plus que leur conscience ne les trouble en leur petit métier et revenons aux Canadiens.
La date d’arrivée précisée par J. Cuvillier, reçoit une espèce de confirmation dans un acte de décès, inscrit sur le registre de l'hôpital, le 27 décembre 1758. Il y eut dès le lendemain une
première victime : les autres allaient suivre à peu d’intervalle et dans une proportion effrayante, comme nous le verrons bientôt.
Cent soixante-dix-neuf malheureux, étaient tombés comme une charge supplémentaire sur une ville déjà obérée. On conçoit l’embarras de notre échevinage : logement, chauffage, subsistance, il faut pourvoir à tout, et l’on a'pourvu .a tout si nous en croyons le mémoire de Deulin (arch n» 211) où est inscrit le prix du montage des lits et le salaire de six hommes qui aidèrent à charger le bois porté aux capucins « pour les Canadiens » .
Les bonnes âmes s’émurent aussi, et le bureau des pauvres étendit ses charités sur les naufragés.
Mais il était du devoir de nos magistrats de faire connaître à l'intendant de Picardie que la ville n’aurait pu continuer longtemps à subir une pareille charge qui incombait au gouvernement, et l’intendant leur répondait, le 6 janvier 1759, de s’entendre avec le subdélégué.
Que fut-il arrêté alors ? D’après une lettre du 12 mars suivant on apprend que les Canadiens,
assimilés aux troupes de garnison, recevaient une solde du roi, — six sous par tête, je crois, — et qu’ils étaient logés chez les habitants comme les soldats, avec plus de gêne, cependant « à cause des femmes et des enfants » (arch. comrn. n° 917). C’est pour remédier à cet inconvénient du logement, à cette charge pouvons-nous ajouter, car. les Boulonnais avaient encore à supporter le régiment de Vierzay, que le maire et les éche vins, sous la date du 12 mars 1759, écrivaient à l’intendant s’il ne jugeait à propos d’envoyer les Canadiens dans les villes voisines, de les mettre à Desvres où ils trouveraient à vivre à bon compte et de l’ouvrage pour tous, soit aux champs, soit dans les forêts, soit comme ouvriers d’une petite manufacture de fracs établie depuis longtemps. (Arch. comm. n° 917).
L’intendanL comprend bien la sollicitude de nos échevins pour leurs administrés ; mais il ne veut pas que ce soit aux dépens des malheureux déportés et il répond qu’il va examiner la proposition. Il tient surtout à ne pas foire sortir les Acadiens de Boulogne sans les mettre tout d’un coup en état de gagner leur vie, parce qu’il pré-
voit qu’il cesseront de recevoir les secours du roi dès qu’ils quitteront la ville.
Ces secours étaient modiques et devenaient insuffisants lorsque la maladie atteignit tour à tour chaque famille exilée, épuisa toutes leurs ressources, tout leur crédit. Alors la charité inspira à l’un de nos magistrats un système de comptabilité dont il fit plus tard un aveu naïf à l’intendant d’Amiens auquel il écrivait, le 2.2 février 1763, qu’il avait reçu du caissier de 1’o.ctroi les sols accordés aux habitants de l’île Saint- Jean, comme si ces habitants étaient restés au nombre de 179, car les sols de ceux qui mouraient servaient à payer les dettes contractées dans leur maladie. (Arch. cotnm. n° 938.)
Dans cette colonie transplantée il y avait des exilés de tout âge, depuis les vieillards septuagénaires jusqu’aux enfants à la mamelle ; les misères supportées avaient débilité leur corps ils furent une proie facile pour la mort qui les faucha sans pitié.
Que pouvaient-ils faire pour gagner leur subsistance en une petite ville sans industrie autre que la pêche et la course. La course de mer !
Mais voilà ce qui va le mieux aux jeunes gens valides : ils y trouvent les moyens de se venger contre les Anglais, leurs bourreaux. Tous n’ont pas la male-chance de Joseph Dugast, l’un d’eux, embarqué comme novice à bord du corsaire la Marquise de Nazelle, qui pour entrée en exercice, subit un échouement, la perte de ses effets et refus d’autres vêtements. Comment travailler à peu près nu, au mois de février, à bord d’un bateau ? La rigueur du temps le force à quitter le Tréport oh se trouvait le bâtiment et à venir chercher à Boulognne les secours qu’on lui refusait.
Fut-il soupçonné de désertion par l’armateur?
A peine arrivé en notre ville, il se rend chez le père de cet armateur qui promet d’en parler à son fils.
Ce fils a mauvaise tête, semble-t il. Du moins on apprend par une enquête que, se faisant suivre de quatre fusiliers d’un prochain corps de garde, il se met à la recherche de Joseph Dugast. Lorsqu’il sait qu’il se chauffe chez Mme Sauvage, il entre sabre nu, dans cette maison, et sans explication en porte deux coups
S'ëpi; jours
sur le bras du novice. D’un troisième coup il menaçait la tête, lorsque l’intervention d’un voisin sauve la victime d’une mort certaine.
C’est du moins ainsi que Dugast raconte l’aventure. Mme Sauvage et deux autres témoins ne parlent que des coups de sabre sur le bras, dont le sang jaillit abondamment, Dugast fut tellement saisi « qu’il n’eut la force ni de se plaindre, ni de crier » .
La bonne Mme Sauvage veut le protéger mais l’armateur, le fils Bray, l’insulte, la menace, et oblige sa victime à le suivre chez son père (Arch, n° 1563).
Voilà bien un procédé de corsaire.
Si tous les armateurs ne ressemblaient pas à celui là, le métier présentait d’autres dangers. On constate bientôt qu’il y a sept Canadiens dans les prisons d’Angleterre, et nos registres de catholicité portent mention de services chantés pour le repos de l’âme de deux d’entr’eux « morts au service du roi » prisonniers de guerre
Mais qu’étaient ces dangers qui avaient leur gloire auprès de celui que les exilés trouvèrent
dans l’acclimatation ! Jamais colons ne furent plus éprouvés que ceux-là 1
Au lendemain du naufrage on trouve une première victime, un enfant de trois ans.
Le mois suivant, janvier 1759, sePt décès frappent l’enfance et la jeunesse, de 9 mois à 18 ans :
En mai une fille de 17 ans.
En octobre, une femme de 72 ans.
Ce n’est rien jusque-là, mais une épidémie de petite vérole prend vingt-un sujets, de la minovembre, à fin décembre et cinq dans le mois suivant, soit 26 décès sur les r7o réfugiés restant de la colonie, presque la sixième partie en deux mois et demi.
Les naissances ne compensaient pas. A peine nés, les enfants semblaient voués à la mort et six jeunes Acadiens nés en notre ville sont morts le deuxième ou le cinquième jour de leur nais sance.
Que de deuils coup sur coup, frappant parfois la même famille jusqu’à l’extinction. Quels regrets alors pour le pays natal où ils vivaient, repoussés de la terre où ils mourraient.
L’année 1760 prit encore six victimes, trois en 1761 ; deux en 1762 ; quatre en 1773 ; quatre en 1764 : en totalité 56, triple dîme payée à l’acclimatation par les 179 naufragés de l’île Saint-Jean.
Et les alliances entre elles, que révèle la liste de ces familles que j’ai dressée d’après les actes de baptême, de mariage et d’enterrement de nos paroisses, ont fait de leur séjour à Boulogne un deuil continuel pour toutes, et dans ce deuil, la misère, l'amertume du pain de l’exil. Sa Majesté toujours désireuse de réduire les secours que, du reste, elle. devait étendre à d’autres Canadiens débarqués à Lorient. Oh 1 la pénible situation.
A Boulogne on s’en émut ; pour leur venir en aide, on puisa même à la caisse de charité du pays. Une somme de 600 francs fut prise dans la bourse des pauvres, afin de soulager leur misère ; on pria l’intendant d’autoriser que sur reliquat de compte provenant de l’emprise dont nous avons parlé ci-dessus, quand notre échevinage percevait les sols des décédés, on dépensât ce qu’il fallait pour acheter des sonliers
et des chemises aux plus pauvres, lors de leur de'part de Boulogne.
En 1763 on parlait de Sainte-Lucie où ils devaient être envoyés ; mais d’après le livret de J. Cuvillier ils ne partirent que le 22 novembre 1764 pour Cayenne. Le capitaine Duhamel, du Tréport, commandait le vaisseau qui fit la traversée, déclarée très heureuse, en quarantedeux jours, sans maladie aucune.
Mais comme si la mort avait eu regret de n’avoir pas frapper les passagers, elle enleva le capitaine dans son trajet de Cayenne à la Martinique.
Etaient-ils tous partis ? N’y a-t-il pas dans notre population des descendants de ces exilés ayant trouvé une nouvelle patrie et une nouvelle demeure familiale ?
Je consulte les noms de ma liste et dès le second je rencontre Firmin Aucoin qui en 1785 se marie à Boulogne et qui devient le père de Mme Haffreingue Aucoin dont l’un des fils a le prénom du grand-père.
Il y a des Sauvé, et M. Ernest Quignon est le descendant des Quignon Sauvé.
Il devait s’en trouver d’autres encore, sans doute, mais j’avoue mon ignorance à leur égard et il est sage de temps à autre de dire : je ne sais pas. C’est une assez bonne conclusion et ce sera la mienne.
Ces renseignements précieux ne doivent pas être perdus et c’est pour cette raison que je les consigne dans ces notes de voyages.