UE CAP BRETON
TA BATE DES ESPAGNOLS — LE « LA GA LOTS SON— NîkRE » — LE SENATEUR BOURINQT
Le Cap Breton f
Voilà un- pays dont on ne parle pas souvent- Il est peu connu et pourtant il a son impoir-
tance. L’île du cap Breton a iio milles de longueur, 87 de largeur, et contient, à part de grands lacs à l’intérieur, 2,650,000 acres, dont la moitié environ est cultivable. Son climat est de ceux qui produisent une vigoureuse race d’hommes, sains de corps et d’esprit. Le printemps, à l’exception de l’époque des glaces flottantes, est aussi agréable que possible ; l’été est beau, l’automne charmant, l’hiver est froid mais plaisant toujours. Le sol est généralement fertile. Il produit des légumes et des céréales, en abondance. L’élevage des animaux est rénumérateur. Où la culture de la terre est faite avec science elle donne de grands profits
Il y a au cap Breton 15,000 fermiers et 20,000 autres y trouveraient encore de la place. J’ai rencontré ici des Ecossais qui ne comprenaient pas d’autre langue que le gaélique.
Si l’agriculture est la base du progrès et des richesses nationales, le cap Breton a une assiette large et solide. En 1884 les bateaux, navires et le matériel de pêche possédés par les artisans de la mer étaient évalués à $5.325,390 : la valeur totale du poisson pris était de $1,421,287,
presque 25 pour cent du capital employé. Le hareng, la morue, le maquereau, le saumon, etc., abondent sur les côtes, et son voisinage des grands bancs met cette île dans la position peut-être la plus favorable du monde pour l’exploitation du commerce de poisson.
Les ressources minérales du Cap Breton sont inépuisables. Ses mines de charbon produisent annuellement 1,200,000 tonnes. On trouve le fer, le cuivre, le sulfure de plomb, les pierres à meule presque partout.
En 1871 sa population était de 26,454. La population est aujourd’hui de 31,258. Depuis 1867 le Cap Breton a contribué au trésor fédéral et au trésor provincial pour un total d’environ $10,428,000.
Mais n’oublions pas que pous somme à bord du Shattuck. Cette nuit il a mouillé près du bateau à vapeur le Wexford, qui vient d’échapper à une perte complète. Il est venu en collision avec une banquise dans le détroit de Belle-Isle. Il a été frappé au dessus de la ligne de flottaison. Tout ce qui pouvait être
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cassé à bord l’a été ; mais le navire s’est maintenu à flot et il vient d’être remorqué ici.
Rude tâche que celle d’être marin !
A six heures, ce matin, la machine est en mouvement. Nous nous dirigeons sur South Sydney, par un beau temps, par une belle brise. North Sydney que nous quittons est une ville composée d’églises, de quais et de grog shops. J’ai compté onze clochers dans un rayon de trois milles. Autrefois, cette petite ville faisait de brillantes affaires commerciales ; aujourd’hui South Sydney l’emporte. Les mines de charbon lui ont crée cette rivale redoutable : bientôt South Sydney sera un centre important.
Sydney est assise sur le côté gauche de la baie des Espagnols, rade sûre, bien abritée, ou viennent charbonner les navires de guerre de la station des Antilles, anglais et français.
La baie des Espagnols est fameuse dans nos annales. Elle a vu presque tous les navires des grands marins de l’histoire, du Canada. C’est ici que d’Iberville se ravitaillait ; c’est ici que l’amiral anglais sir Hovenden Walker est venu
attendre les débris de sa flotte après le désastre du mois de septembre 1711. Mes lecteurs savent qu’une tempête terrible brisa sur l’Ile-aux- Œufs, dans le golfe Saint Laurent, cette redoutable armada destinée à écraser Québec. C'est de cet événement, considéré comme providentiel qu’est venu le vocable de Notre-dame-des-Victoires, donné à la petite église de la basse ville de Québec.
Pour moi, la baie des Espagnols renferme des souvenirs tout personnels. C’est ici que je suis venu passer un mois à bord du cuirassé français le La Galissonnière, causer avec d’anciens amis et me retremper à cette bonne existence si disciplinée, si virile, si pleine de camaraderie, que l’on appelle la vie militaire. Aujourd’hui, mes yeux cherchent vainement les amis des anciens jours. Le capitaine de vaisseau Delassaux est mort ; le lieutenant de vaisseau Davoust est mort ; l’aumônier, l’abbé Hains est mort ; l’enseigne de vaisseau Siou s’est noyé à Pile Maurice, en voulant sauver la femme de son commandant, mon ami Drouin. (1) Les autres sont
(1) Voir pièce justificative à la fin de ce volume.
•SEPT JOUES
premns et dispersés, qui aux Indes, qui à la Nouvelle-Calédonie, aux Antilles, au Japon, em Cockinckine, dans le Pacifique du Sud, en Islande. Le capitaine de frégate Blanqaet du Chayla, m’écrivait dernièrement du Gabon.
— «Je commande P Ecureuil - ma station n’est pas gaie. Ce pays-ci ne représente que la tristesse, rien autre chose que la tristesse. De mes •quarante hommes d’équipage, il ne m’en reste plus que onze. Tous sont morts de la fièvre jaune Je reste seul officier:; mais n’en parlons plus, et vive la France j »
C’est ainsi que l’en se dévoue dans îa marine française et dans toutes les marines du monde.
Ma seule visite à South Sydney a été pour l’honorable M. Bourinet Ce sénateur a exercé ■depuis trente ans, les fonctions de consul de France. Très estimé, honoré de la confiance de tous, il a été aimé de tous les amiraux, de tous les officiers qui sont entrés en relation avec lui. Sa maison était un musée où s’entassaient portraits de célébrités maritimes avec autographes, souvenirs de toutes espèces. Aujourd'hui ce brave homme dort son dernier sommeil
tout près de l’endroit où il aimait tant à donner l’hospitalité.
A 28 mille de South-Sydney se trouvent les; mines de Louisbourg.
VERS. LES RUINES — ERREUR s’UN CAPITAINE