‹ En Sahara à travers le pays des Maures nomadesChapitre 31 sur 57 · Les « Fils du Lion · texte numérisé non relu

Les « Fils du Lion

EL Mehambar est un village de pêcheurs bâti sur la pointe du cap Mirik, en plein banc d'Arguin.

Pas de tentes — le vent du Nord, souvent grondeur, les coucherait par terre, — des huttes, de petits cabanons aux montants d'acacia, revêtus de broussailles, chefs-d'œuvre d'architecture nomade.

A côté de la demeure, l'atelier : une seconde hutte faite des mêmes branchages, renfermant les fdets et les nasses. Et plus loin, d'immenses claies sur lesquelles sèche au soleil le poisson pris la veille. Morues, rougets, dorades, ventres ouverts, exhalent une très forte odeur de pourriture. Des essaims de mouches bourdonnent autour de ces saletés, font bonne chère, pour venir ensuite se poser sur votre figure, tout à la joie d'avoir enfin trouvé peau blanche.

Nous les chassons en des gestes indignés, mais cela ne les empêche pas de revenir, — et, jusqu'au crépuscule, quelles insupportables taquineries !

La nuit, la mouche cède la place au moustique. Et il se trouve qu'on ne gagne rien au change, — au contraire.

C'est à faire regretter l'intérieur du Désert.

Cependant, assis bas devant la bouilloire pleine de thé, nous venons d'entamer grand palabre avec Abdallah-Ely.

Abdallah, petit vieillard à mine chafouine, ne veut à aucun prix consentir à nous livrer sa barque.

(J'ai su depuis qu'une très vive pression avait été exercée sur

le malheureux pêcheur ; — que, sous peine de voir sa case et ses provisions brûlées, il lui avait été défendu de donner quoi que ce soit aux « deux blancs. )>)

La tactique de nos bons amis les Elib et les Oulad-Dclim est aisée à suivre. En nous refusant tous moyens de transport, ils veulent nous obhger à rester dans leur pays, — doux pays où ils pourront nous voler, nous piller, voire même un peu nous tuer tout à leur aise.

— Une fois, deux fois, Abdallah-Ely, tu ne veux pas céder ton embarcation ?

— Non.

— C'est bien là ton dernier mot : tu ne veux pas ?

— Non.

— Eh bien ! nous allons te- la prendre à ton nez, à ta barbe, ton embarcation !

— Oh ! oh ! proteste Mohamed : toi pas vouloir faire ça, peut-être ? hisim-Allah ! ^

— Moi vouloir faire ça tout de suite, au contraire.

— Nous sommes seuls armés dans ce village, ajoute Bonnival. Le canot est sur son ancre, à

cincjuante mètres du bord. Sus au canot ! Et à coups de fusil si besoin est.

Idris et Mahmadou entrent aussitôt dans l'eau, tirent sur les amarres. Du rivage, nos winchesters au cran d'arrêt, nous surveillons l'opération.

La conquête achevée, et l'objet de cette conquête placé sous la surveillance de Mahmadou et de sa carabine, il ne s'agissait plus que de déterminer le patron, vieux louj^ de mer connaissant à merveille la côte d'Agneitir, à nous accompagner.

Dans ces négociations difficiles, Mohamed- Amar, enfin revenu de sa stupeur première, se montra diplomate consommé — souvent éloquent et toujours persuasif.

Il dut certainement menacer le malheureux pêcheur des foudres françaises. Il dut certainement lui dire c{ue, s'il refusait, c'en serait fait du pays maure tout entier; — que des compagnies de

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