‹ En Sahara à travers le pays des Maures nomadesChapitre 36 sur 57 · Fraction d'Oulad-Delim · texte numérisé non relu

Fraction d'Oulad-Delim

Cette franchise d'attitude plaît beaucoup. On continue de s'entretenir le plus amicalement du monde, — et la séparation a lieu avec force poignées de main.

La nuit est très obscure. Nous venons de camper, depuis

deux heures environ, au milieu de roches granitiques, diminutif chaos. Soudain le chamelier de garde croit entendre un bruit. Il prête l'oreille : on se dirige de notre côté... Mais qui?... Mais quoi ?...

Il donne l'éveil. Nous écoutons, attentifs. Le bruit, maintenant, vient de divers endroits à la fois : c'est le frottement d'un objet contre le sable, — moins qu'un frottement, un frôlement, très doux, très doux, exercé avec d'infinies précautions.

Pas d'incertitude. Ce sont nos bons amis de tout à l'heure, les El-ben-Omar-el-Boude, qui viennent procéder à un nouvel inventaire de nos marchandises.

Il s'agit de ne pas les laisser s'approcher davantage, car alors leurs escopettes auraient une portée sûre. Nous nous concertons à voix basse :

— Feu !... Pif, paf, poum ! tous les fusils partent à la fois.

Débandade générale : cinq, six, huit, dix, douze, quinze, vingt, trente ombres glissent rapidement, s'enfuient aux quatre points cardinaux.

C'est miracle que pas un de ces bandits n'ait été atteint !

LE pays que nous parcourons maintenant est sinistre, plein de terreur et de deuil.

Au pied de masses sablonneuses, roulées par le vent en cônes, en pyramides, en polyèdres, de grandes pierres blanches — des pierres tombales — sont dressées en angles ' . •

Le cimetière des El-Voudir^ Sans doute beaucoup de ceux qui dorment là, sont tombés sous les coups des El-ben-Omarel-Boude et des Delim.

Les caravanes qui passent dans cette nécropole perdue, s'arrêtent. Tous descendent, s'agenouillent pour murmurer le requiescai in puce du musulman :

« 0 mon Dieu, fortifiez leurs voix, au moment où ils vous rendront compte de leurs actions; ne leur infligez pas de peines audessus de leurs forces ! Nous vous le demandons par l'intercession de votre Prophète, de tous vos Anges et de tous vos Saints !

« Nous venons ici intercéder pour eux, ô mon Dieu! Délivrezles des désagréments de la tombe et des feux de l'enfer ; pardonnezleur ; accordez-leur votre miséricorde; faites que la place qu'ils doivent occuper soit honorable et spacieuse ; lavez-les avec de l'eau, de la neige et de la grêle, et purifiez-les de leurs péchés comme on purifie une robe blanche des impuretés qui ont pu la

1. Le sol, en toute celte région désertique qui nous occupe, n'étant fait que de quartz et silice très menus, ces pierres sont toujours apportées de très loin, — du Tiris, le plus souvent, à moins que ce ne soit des extrémités Est de l'Inchiri.

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