‹ En Sahara à travers le pays des Maures nomadesChapitre 4 sur 57 · Pièces de cotonnade bleue · texte numérisé non relu

Pièces de cotonnade bleue

arroses parmi grand puits creuse au milieu. Il suffît de puiser l'eau et de la verser devant le puits, pour qu'elle circule au moyen de conduits, dans tout le champ. En présence de ces beaux champs, les premiers que je rencontrais, mes pensées volaient vers la France. Déjà môme, dans l'élan de mon enthousiasme, je croyais voir les campagnes et les prairies d'Europe dans leur plus belle époque de floraison. Ses jardins de plaisance même se dressaient à mes yeux, et j'y voyais se promener des figures plus souriantes, des hommes autrement habillés que ceux qui m'entouraient, et comme d'ailleurs je l'étais moi-même.

« De même pendant qu'ici, sous nos yeux, les femmes travaillaient avec ardeur pour racheter la paresse de leurs maris assis à terre avec indifférence, il me semblait que les hommes que je croyais voir se promenaient avec leurs épouses et leurs filles. Triste contraste qui venait me rappeler combien l'Afrique a besoin de réformes dans ses mœurs.

« Si Chingueti offre une vue agréable à cause des dattiers qui l'entourent, il a le désagrément, placé, comme je l'ai dit, entre des collines de sable, lorsque les vents soufflent, de quelque côté qu'ils viennent, de soulever dans l'air une masse de sable qui tombe ensuite sur les passants comme une pluie battante. C'est ainsi que le kouskoussou des habitants est rempli de sable et n'est presque pas mangeable.

« La bonne foi. et la confiance qui font du commerce une carrière honorable, président dans les relations entre les habitants de Chingueti et ceux de Ticliit. Aucun exemple de mauvaise foi ne s'est produit.

« Toute affaire, de quelque importance qu'elle soit, lorsque c'est à crédit, donne lieu à une convention écrite qui énonce les marchandises vendues, le délai et le mode de paiement.

« La caravane avec laquelle j'arrivai dans cette ville avait vendu, dans l'espace de vingt-quatre heures, huit cents pièces de guinée, pour 1.600 gros d'or (20.000 francs).

« Le gouvernement de la ville est placé entre les mains d'un vieux marabout. Doué d'une grande rectitude de jugement, malgré son âge avancé, ses arrêts de justice sont bien accueillis même par

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ceux auxquels ils sont le moins favorables, tant leur logique se prête aux inlelligences les plus vulgaires (ce sont les Arabes qui le disent). Distributeur intègre de la justice, docteur vénéré dans les sublimes versets du Koran, code de la religion, des moeurs et de la justice des musulmans, il est aimé et respecté. »

Telle est dans, son ensemble, cette grande oasis dont l'étude est pour nous de tout premier ordre.

Nous avons essayé, tout à l'heure, d'attirer l'attention sur les clïorts des Anglais, — des Anglais qui, non contents d'exercer leur influence dans le Sud-Marocain, veulent encore commander aux roules de caravanes du Sahara occidental, pour drainer à leur profit tout le commerce des régions désertiques et soudanaises... Nous avons dit que nos voisins du cap Juby avaient, par deux fois, envoyé au cheikh un émissaire chargé d'arrêter les bases d'une entente... Nous laisserons-nous une fois de plus distancer par nos rivaux?...

Si ce qui précède a été clairement exprimé, on a pu voir que nous basions sur l'accueil plus ou moins empressé fait par l'émir de l'Adrar à une mission française, la réussite ou l'échec de cette mission dans les oasis du Touat et du Gourara.

Que nous soyons bien reçus en Adrar, et nous serons tolérés au Touat'. Etre toléré au Touat! le voyageur le plus difficile ne «aurait vraiment demander davantage !

Donc, nous devrons nous arrêter longuement à Chingueti, y conclure un traité, y louer des guides et des mchara";

Et, ceci achevé, dûment nantis de lettres de recommandation d'Ahmed-ould-Aïda et de ses marabouts les plus influents, nous pourrons alors risquer la traversée de l'Ighidi, en ligne droite sur In Salah et le plateau de Tadmaït.

1. Grâce aux appuis que nous aurons su nous ménager auprès des marabuuls Yahia-ben-Osman.

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