‹ En SibérieChapitre 6 sur 34 · AVANT-PROPOS XV · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XV

nouveaux. La nature du sol, le régime des eaux, la faune et la flore présentent des différences essentielles avec là Russie. Ces plaines, inondées périodiquement à la fin de Tété, ne sont plus des terres à seigle, mais des terres à maïs; ces pâturages plantureux ne sont plus accessibles à des milliers de bêtes à cornes, car* les troupeaux y sont régulièrement fauchés par des épizooties. De plus, la grande route qui traverse la contrée, c'est-à-dire le fleuve lui-même, suit la frontière chinoise. Dès lors, la colonisation ne présente plus seulement ici un caractère social et agricole, mais en outre un caractèrp politique. C'est qu'en eflet, pour faire face à la Chine, il faut à la Russie -des

hommes en ces parages, non pas seulement des soldats comme ceux qu'elle accumule à Vladivostok , mais aussi des agriculteurs , gardiens inconscients de la frontière contre l'invasion jaune. Voilà pourquoi, dans cette seconde Sibérie, si différente de l'Europe, presque tout est organisé par les soins du Gouvernement, désireux d'y créer, fût-ce artificiellement, un courant d'immigration. En deçà du Baïkal, les colons travaillent pour eux-mêmes et par eux-mêmes; au delà du rempart de la Transbaïkaliç, ils sont presque exclusivement dirigés par le Gouvernement. On ne saurait donc s'étonner que cette seconde partie, moins accessible à mes habitudes et à mes goûts, m'ait moins séduit que la première, et que j'aie parlé

5 tendresse de la Cisbaïkalie, où j'ai )sque partout cet horizon de plaines, i, ces bouleaux et ces trembles, que yeux en écrivant ces lignes dans un lé au cœur même de la Russie, lorsque je me recueille et reviens par ;ette immense terre de Sibérie, j'oublie ans et ces critiques. Ce pays n'est pas B l'on peut comprendre par un seul aison, car la raison y est trop souvent 'est pas avec nos préventions d'Occiinvienl de l'aborder. 11 faut, oubliant i-pensée, se laisser glisser durant des t des semaines, au courant lent de ses ères paresseuses, n'observant sur leurs I décor que celui de l'immuable forêt it laisser son regard errer nonchalamî steppes neigeuses que le soleil courtes roses; il faut se réjouir naïvement lie, de l'adorable ûoraison que le prinne follement, en prodigue, aux replis us de la terre vierge, ces fleurs multiirea, ces grands lis jaunes, ces orchiques, ces églantines qui viennent s'épalu bord du cbemin, comme un sourire ni passent; — et, lorsqu'on aura joui de toutes ces splendeurs, lorsqu'on es revers, aussi, ces fleuves énormes s, ces forêts envahissantes et indes-

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