LA VIOLETTE D'OR
Dans une petite prairie, riante et que j'aime à regarder, pousse une fleur que je connais bien... dans un peu de fumier. Et quand vient à régner le gai printemps, la fleur en sa jeunesse prend une bonne nourriture. ... Et puis après, elle, faible et tendre encore, le vent qui vente toujours la couche sur le sol. . . . Et puis, bientôt vient le froid des mauvais jours, qui lui ôte la vie et la fait retourner au fumier, berceau de son enfance. . . .
La belle prairie olX naquit la petite fleur, c'est le monde trompeur où nous vivons, qui nous abuse et nous enlève
la lumière de vie Et nous perdons la vraie voie et
passons nos jours dans les faux plaisirs sans nous retourner jamais vers le lieu d'où nous venons. . . . E^ pour cela, abandonnés de Dieu, nous sommes livrés à la soufrance qui nous mène au tombeau.
Et la fleur de la prairie, c'est vous, c'est moi, c'est nous tous, qui, à notre arrivée en ce monde, y trouvons de prime-abord bonne et fortifiante nourriture. . . . jusqu'au jour où l'esprit du mal nous pousse aux péchés. — Comme il a mis la jolie fleur dans la prairie, Dieu a mis au-dessus de nos têtes la voûte azurée avec son soleil brillant — image du paradis. . . . Bien fou est celui qui se livre au
démon de l'orgueil. Son âme sera triste quand elle quittera la terre.
Le fumier &oh natt la fleur, c'est le limon duquel naquit Adam, qui engendra les premiers pères de notre
chétive existence Et nous, avec grand labeur et au
milieu des souffrances, nous courons par les hauts pics et les profondes vallées à la recherche des aliments de notre vie. . . . Et lorsque nous mourons, tout notre avoir nous quitte et nous descendons tout nus dans la tombe.
Le vent cruel qui souffle sur la fleur et la couche dans le fumier, c'est Tavarice, et cette convoitise insatiable qui nous induit à tromper les hommes et nous fait vivre sans honneur. Pour cela, le méchant esprit s'empare de nous et nous tient en son pouvoir. Et le froid qui vient tuer la petite fleur, je dis que c'est l'impitoyable mort, qui triomphe à la fin et nous porte dans la vile demeure du cimetière....
Les jeunes filles balançaient la tête en mesure, et cette occupation les intéressait peut-être plus que les paroles de la romance. Quant au chef des gendarmes, il exprima du dédain pour le chanteur et sa chanson :
— Apportez -lui du vin, Jean ; mouillez-lui son sifflet !... Un tas de bêtises !... Est-ce là ce qu'il a de mieux à nous chanter?... Donnez-lui du vin et donnez-m'en aussi!... Donnez-en à tout le monde !... Monsieur l'ami de l'ami de l'ami, prepez du vin pour montrer que vous n'êtes pas ran-
cunier... Mesdemoiselles, buvez du vin !... Que tout le monde boive, et qu'il nous conte ensuite son histoire d'amour !...
Après beaucoup d'agitation et de remue-ménage pour remettre en place tout ce monde, et tout l'embarras qu'on eut à servir le vin à tant de gens, les ordres arbitraires du chef des gendarmes furent exécutés. Le troubadour, pendant ce temps-là, glissait le dos de sa main sur sa guitare, l'accordait, pinçait ses cordes et esseyait quelques passages de l'air qu'il allait jouer. Quand le capitaine signifia enfin que tout le monde était prêt, il reprit le chant qui avait d'abord attiré leur attention.
Qui veut entendre aujourd'hui Le vieux récit des amours, Fraîches et jeunes toujours.
De deux beaux et chers enfants, Aucassin et Nicolette, Rossignolet et fauvette ?
Nous allons chanter ici Les misères qu'il souffrit Et les prouesses qu'il fit Pour sa tnie au clair visage.
Il n'est homme si chagrin, Si marmiteux, si malade, Qui ne soit ragaillardi Par cette histoire amoureuse, Tant douce elle est,
isè KN SÔll NOM