CHAPITRE QDATRlbnB
des BpeclatearB bî grande (va le dêscoDyrement] ( artiste, qaels que soient sa capacité, sa tendana mérite, est parfaitement assuré d'an public prit J dir.
Le fumoir de tel steamer s'est transforma I ment ainsi en café chantant moderne où chas fausse modestie, payait, surtout le soir, le trib chanson comique, romantique, sentimentale et mj loise. L'étroite enceinte ne pouvait contenir qif nombre d'élus ; on se disputait les places prtvil^ écoutait BUS fenêtres et la vieille gaîté Irançûl des prosélytes jusque parmi de pblegmatiquee pà d'Amérique. Lu fable réclamait quelquefois ses d simple couplet avait ses entrées; les chœurs s'yf
sans préparation ni trop de mesure ou i
mais le temps s'envolait rapide; l'heure fatale di feu, je veux dire celle de l'extinction des iumièa heures] venait trop vite et la fête n'en était que | rée pour le lendemain.
Elle avait d'ailleurs son écho sur le pont lui'S matelot français aime, lui aussi, à chanter le ' belle, quand la nuit est sereine, que le vent enfla les et que les roues ou l'hélice traoent aisément sillon de lumière sur l'Océan. Il a de rudes façon d'exprimer ses affections, ses regrets ou ses eq mais qu'il parle de la patrie, du combat, de la fiai joies du foyer ou de l'horreur de la tempête, sca souvent harmonieux, écoutés dans la demi-obBa
r^ aoir, ont fait vibrer plus d'une fois les fibres les plus se-
^ erètes de Pâme dos auditeurs.
n en est ainsi au dedans du steamer quand le salon des dames rassemble dans son enceinte toujours trop petite les amateurs d'une musique plus savante. Là, le grand opéra est abordé souvent avec talent, avec maestria^ avec
^ nu entrain remarquable. Nous pourrions citer des noms et rappeler des traversées où Bossini, Verdi, Meyerbeer, ^ Donizetti et Halévy (pour ne parler que des grands noms . populaires] eurent à bord de dignes interprètes. La voix de belles ou gracieuses cantatrices se jouait des inconvénients et des obstacles que le défaut d'espace et le manque de sonorité de salles trop basses d'étage apportent au développemeut des moyens les plus parfaits. On se pressait ^ à l'entrée des portes, autour des claires-voies du pont, à toutes les issues en un mot qui permettaient d'entendre la * Frima donna improvisée ; les bravos et les applaudissements ne lui faisaient jamais défaut et la fête était complète quand aux voix douces, amoureuses, tristes ou passionnées de Lucie, de Mathilde, de Marguerite, d'Eléonor, d'Azucena et de Hacbel se mariaient, dans une commune harmonie, les accents, fiers, audacieux, menaçants ou ten- " dres d'Edgar, de Guillaume, de Faust, d'Alphonse, d'Eléazar ou de Manrique.
XàQ piano servait aux intermèdes, soit que des doigts làabiles en fissent résonner les cordes dans des variations gavantes et difficiles, soit que des mains, guidées par les ijAspirations de pures mélodies, vinssent à faire revivre les
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plus douces TÛveries da génie masical allemanâ où \a chants gracienz du Jiome sweet home.
Quelquefois aux chanta succèdent les danses et, poom que la mer n'interrienne pas pour une trop sensible pirt dans la cadence générale, te quadrille, la valse, et lej par trop abominables danses tournantes entraînent to leurs mobiles méandres les groupes ardents des ïpeotitateurSj acteurs et aotrioea de l'opéra qui a pris fin, Qu'm ne croie pas ici à une exagération de conteur. Il nous serait facile de citer jusqu'à des noms de personnages !ufit<^ riquea ijuï ont mené le bal à bord des steamers françïiî malgré le nombre des années, et qui poursuivaient même jusqu'au bout les évolutions innombrables da Virginim Ssel
Si le temps ne se prête pas aux distractions de oe ^ re, il est une foule de jeux qui peuvent eni rompre la monotonie des soirées, alors que la plaie onii vent ferment le pont du navire aux longues proraenad» Celui de l'anneau perdu, du Collîn Maillard, des qiiatrt eoiua, ou des changements de places à l'appel d'un Dimin d'ordre désigné et accepté d'avance pour chaque jm etc., etc., ramènent promptcmeut la gaîté l'entrain le plus vif.
Il est enfin des jours oA la prestidigitation et les nés de la magie viennent aussi réclamer leur plane iio\ les distractions d'un passage, et je me souviendrai toTijon", de la peur d'un honorable compère accourant eu toute me demander des soins immédiats ou an antidote.
nait d ^avaler une assez grande quantité de minium au moment critique où un tout aussi honorable opérateur venait de simuler aux yeux de tous la section rapide du nez de son patient. L'illusion avait été aussi parfaite que le danger fat nul pour le bénévole et complaisant sujet.
Pourquoi ne rappellerais- je pas aussi le talent remarquable d'un grave et volumineux personnage appartenant, (le diraî-je) à la plus riche église épiscopale de New- York. Il poussait l'imitation du chant du coq et de mille autres bipèdes et quadrupèdes à un degré vraiment suprême et aurait déridé par son seul aspect le visage d'un misanthrope. Faudrait-il lui en faire un crime vu le sérieux et la dignité obligée de ses principales fonctions à Chrace church ? Nous ne le croyons guères car les rires qu'il soulevait et qui épanouissaient aussi bien sa large figure que celle de ceux qui lui faisaient un assidu cortège ne saurait indiquer que les meilleures qualités de l'âme, les plus tendres dispositions de T esprit.
Mais là ne se bornent pas les moyens sans cesse variés ou nouveaux de dépenser les instants de la réclusion maritime. Le whist, les échecs, les dames, le tric-trao, le piquet, le domino, etc, ont aussi leurs adeptes empressés et d'autres groupes préfèrent aux réunions animées ou bruyantes le charme que les causeries entraînent et les doux épanohements de l'intimité naissante.
A ceux-ci l'isolement du pont ou des tables éloignées de la foule, les longs tours et détours sur le pont supérieur, le langage des yeux ou du geste et les délicieuses
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pressions que nos ancêtres^ n'eussent certainement pas voulu nommer du mot barbare et trop mouvementé de Shake hand. On s'est rencontré déjà en Suisse, en Allemagne, en Italie ou aux stations maritimes ou thermales de France ; on s'était à peine parlé et voilà que le hasard rapproche sur le steamer ceux ou celles qu'on ne pensait plus revoir et que pourtant (cela se ressent bien vite) on est aise de retrouver. D'autres fois la connaiBsanoe n'avait pas de prologue, mais un léger service rendu, un bras o£fert pour combattre ies désastreux effets du roulis oo du tangage ont brisé la glace et fait supprimer la solennelle introduction ou présentation. La convenance s'éta* blit avec la confiance, l'amitié nait et bientôt la journée n'est plus triste ou décolorée ; elle est toute remplie par la présence ou la [pensée d'une 'personne qui plaît, qu'on aimera peut être, et qu'en tout cas on préfère actuellement h toute autre. En faut-il plus pour amener cette cour assidue qui fut de tous les temps, même de tous les âges, et dont le mot moderne, tout américain, de flirtaiion ne traduit sCirement qu'un des aspects. C'est ainsi que faisaient nos pères et qu'ils acquirent leur renommée de politesse de bonne compagnie et leurs qualités de \0 ton dont nous gaspillons fort, dit-on, l'héritage, en fils prodigues ou insouciants. En étaient-ils moins aimés qtf nous? Ce serait bien hasardeux de le croire, et jen'ii jamais contemplé les vieilles gravures ou peintures dï temps passé sans être frappé de l'air de contentement brille sur la physionomie quelquefois fort animée de
perfionnàges. Qu'on les compare à nos mines graves, dès vingt ans, et Pon sera tenté d'affirmer que le siècle n'a guère fait de progrès de ce côté.
Ici le lecteur ne peut me demander sans doute d'aller plus loin. Pourquoi tenterais-je de décrire ou de raconter cette éternelle répétition du verbe qu'ont choisi pour premier exemple toutes les grammaires, sans doute parce qu'il fallait que toutes les générations sussent en conjuguer sans peine tous les modes et tous les temps. N'estce pas toujours au fond le même thème, sans cesse repris, constamment neuf et dont personne ne se lasse tant qu'on éprouve de la chaleur et de la jeunesse à la tête ou au cœur. Amour, flamme divine qui embrase le monde après L'avoir sans doute créé et qu'il ne sera jamais donné à l'homme d'éteindre tant qu'il se ressouviendra du passé jui lui donna l'existence, ou de l'avenir qu'il ne peut s'empêcher de rêver.
Que de types divers ne me faudrait-il pas peindre! Je l'ai dit ailleurs, rien de plus variable que la composition du personnel des steamers, il change à chaque voyage Bt avec lui nécessairement les individualités qui devraient, comme en tout roman, me servir de héros ou d'héroïnes. La nationalité seule permet peut-être de saisir des différences tranchées pour les deux sexes, et il ne peut venir en effet à la pensée de rapprocher jamais dans lin commun tableau les descendants de Jacques Bonhomme, le fier Castillan, le flegmatique Allemand ou L'héritier de John Bull ou de frère Jonathan. Un contact
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do 12 jours est sans action sur des habitudes que ne peuvent modifier des années de firéquentation intime. Mus les comparaisons qu'on pourrait établir à ce point de nu n'apprendraient que bien peu de chose à mes leoteura
Pour les types féminins même embarras, mêmes obetaoies et le seul fait de l'embarquement apporte même pov ces derniers des modifications qui rendent la tâche plu difficile.
La Française, par exemple, n'est plus elle même dès qu'elle a posé le pied sur un naTire. On sent que la mer n'est qu'un pis aller pour elle et que les tempêtes des i^ gions brumeuses et froides que parcourent les steamers qui se rendent en Amérique sont entiôrement défayoraUes au développement de ses qualités distinotives : la grâce, li gaîté, l'entrain. Elle subit le voyage sur mer mais ne Pucepte que par exception. Elle se trouve dépaysée dans on milieu qui n'a rien de sympathique à ses habitudes comme à ses besoins on à ses désirs. Ajoutons qu'elle est en proie presque constamment à la désolante maladie de 1> mer et concluons qu'elle ne peut, (quelque soit notre déàr bien naturel) nous fournir l'occasion de lui faire la pio» belle part dans les descriptions de notre livre.
Il eu est presque ainsi des Espagnoles et des AllenuBdcs plus familières pourtant avec les excursions maritimes et qui s'offrent quelquefois à bord dans toute Texpan sien de leurs qualités nationales. Les premières perdent) peine alors quelque chose delà vivacité, du brillant, et de Texubérance de vie qui les distinguent. Les secoDdeî
entrent souvent de leur côté, sous les tendres couqui font songer aux romantiques et pures créations TS poètes, pour les jeunes filles ; à des lunes de miel quelles pour les jeunes femmes.
I Anglaises et surtout les Américaines sont au condre, sur les steamers, dans un monde qu'elles connt et ce sont elles qui vont me servir à esquisser les types particuliers. Toutes deux foulent en effet •rain qu'elles fréquentent de bonne heure et qui n'a énéralement pour elles d'épreuves désespérantes ou lis quotidiens. Aussi, n'en déplaise à leurs autres gnes, usurpent-elles presque toujours à bord les principaux restés sans emploi, faute de sujets des nationalités propres à les remplir.
} cordiales amies d'Outre-Manche se prêtent peu lant, je dois le dire, à des nuances bien tranchées, sont, on le sait, parfaitement reconnaissables par 'univers qu'elles explorent plus incessamment que iilleurs touristes. On les dirait calquées sur un monvariable ou stéréotypé qui n'est certes pas celui aricatnres vulgaires, mais qui offre un ensemble de gravité, de sérieux, de haute respectabilité et de costume. Impossible donc de chercher à les faire * dans nos récits sous des teintes diverses. Elles Qt d'ailleurs assez ordinairement à bord des steamers is et n'y prennent qu'une part médiocre à la vie le. J'ai cherché longtemps la cause de cette sorte enue qu'un voyageur superficiel et léger mettrait in-
240 CHAPITRE QCÀTRiiMB
failliblement au compte de la jaloosie et de la qui, pour certaines gens, doit forcément exister ( la France et l'Angleterre entrent en contact. Je y parvenir, à moins qu'on adopte comme solution • blême la réflexion humourîstiqne que m'a sagg passager, fort aimable conteur et homme d'esp: me permettra bien de lui restituer le mérite de marque.
On se rappelle cette piquante anecdote d'un man faisant demander avec instance à un voyage l'habit brillait près d'un poêle l'honneur de lui ê sente et ne prévenant naturellement que trop tard nier, vu le délai apporté dans l'introduction obli Eh bien, me disait le docteur D ***, ne cherchez leurs la cause de la réserve de vos Anglaises. Eli tendent qu'une présentation en règle pour faire L tie dans vos réunions et vos jeux. Seulement vos sées sont trop courtes ; il faut en toute grave ce de la mesure et du temps et vous atteignez Newle Havre avant que la formalité préliminaire ait ] lieu.
Les Américaines sont d'un commerce plus d'un abord plus aisé et, par suite, plus faciles à mais Dieu sait quelles couleurs ont été broyées ] faire connaître à la vieille Europe. Il n'y a pas d entre leurs panégyristes entliousiastes et leurs c acharnés et l'on serait certainement fort embarras les juger si l'on en croyait sur parole les romans,
►US de voyage et livres, dits sérieux, qu'elles ont pu ins-
lie sujet est, il est vrai, fort difficile à traiter parce que k^méricaine offre, à elle seule, les contrastes les plus tauliers, selon sa province, son âge et il faut dire aussi -on ses convictions ou le parti qu^elle a choisi ou subi CLS ces derniers temps. Française par le goût de la pare, par le désir quelquefois exagéré de plaire, ainsi que r la gaité, elle a, d'autre part, des qualités fort oppois qui en feront éternellement peut-être \in caractère xte. Il s'est opéré déplus, depuis un demi siècle surat, un tel mélange de nationalités, d'usages, de mœurs, habitudes, de tendances dans la société américaine qu'il i devenu fort embarrassant d'en tracer un portrait fidèle. ■> puis, dès qu'il s'agit de la femme, n'avons-nous pas aire à quelque chose d'insondable et d'indescriptible )rs même qu^on croit être le plus près du but I Nous ne tenterons donc point de faire mieux ou plus il que ceux qui n'ont pas craint d'écrire sur un pareil jet, bien plus d'après les rêveries de leur imagination des classifications à priori que d'après une observation •ieuse et approfondie. J'aime mieux me souvenir, et si !S impressions n'ont pas été exactes ; si ma mémoire me •t mal ; si je fais nombre d'oublis, au moins n'aura-t-on 3 à me les reprocher trop vivement après la déclaration •melle que je viens d'émettre de mon impuissance à re mieux dans une question si séduisante mais si com- )xe.
IG
1142 CHAPITRE QUATSIÈMB
L^Âmérîcaine est toujours très oeoupée d'elle même et tellement éprise de son individualité qu'elle s'adjoge, sans discussion, une supériorité réelle, non seulement sur chacune de ses compatriotes, en particulier, mais enerae sur toutes ses compagnes qui ont eu l'irréparable malbeor de naître ailleurs que sur les territoires de Tindinsible Union. Les derniers événements n'ont pas peu e<mtribtté à développer cet instinct natif de leur intelligence, pe^ fectionné par le système qui préside à leur éducaticm et à leur instruction, et c'est de très grand sang-froid que j'û plus d'une fois entendu des dames américaines plaindre avec une conviction entière le sort matériel, moral 08 intellectuel des Européennes.
Que peuvent en effet savoir, sentir et penser les panvres femmes de l'Ancien-Monde, privées presque absolument de la lecture des volumineux journaux des Etats* Unis ou des tracts répandus en quantités innombrables dans chaque échoppe d'Amérique, jusque dans les station les plus misérables des longues voies ferrées, sans compter ceux qui sont semés sur les wharfs ou quais des granè ports et sur les bancs des promenades publiques !
A supposer même que ces semences précieuses eusseat, en général, un tout autre sort que celui de la plupart de* grains de sénevé de l'Evangile, quelle régénération peuton bien franchement attendre d'iD telligences pour lesquelles les lectures publiques les plus prolongées et!» plus répétées ne paraissent pas avoir acquis d*attraitquel progrès enfin pourrait se faire dans des esprits aase»
frivoles pour n'avoir encore fondé aucune bibliothèque, aucun cours public, aucun collège médical, aucune religion, aucune association d'émancipation de la femme, rien enfin de sérieux et de viril !
Un tel arriéré ne peut être évidemment rattrapé dans la marche si rapide de la civilisation hâtive de notre monde sublunaire. Aussi devons -nous renoncer complètement aux vastes satisfactions de la pensée, aux spéculations élevées de l'esprit, si communes en Amérique, pour jouir simplement, comme dos pères, des horizons restreints iu coin du feu, des relations purement intimes de la famille ou de l'amitié, ou encore des jeux et cris par trop prosaïques de nos petits, (1)11 est évident, en effet, que nous ne pouvons faire autrement, nous autres Européens, que partager, sous ce rapport, le sort de celles qui affectent la plus grande modestie eu ne se comptant que pour une simple moitié de notre existence.
Et cependant, disons-le, peut-être ces dernières auraient-elles quelques pas à faire dans la voie d'instruction pratique si remarquable aux Etats-Uois et dont nous ne critiquons ici que les exagérations ou les tendances excentriques que rappellent, en Europe, nos bas-bleus litté-
(1) Il 7 a peut-être un fonds d'amertume dans ce reproche fait par quelques américains de nos jours aux françaises. Tallejrand avait dit méchamment de celles qu'il voyait : « Les «^ américaines ne font pas d'enfants, elles font des petits. »
iii CHAPITRE QUATRIÈME
raîrcs ou politiques. Nous gardons bonne souTenance le nos causeries avec de charmantes jeanes filles dont le savoir réel ne nuisait en rien à la grâce et à la bcanté. Il y a temps pour tout dans la vie des dames ; les soins de leur maison ou de leurs enfants sont compatibles avee la culture de leur esprit, et le charme des lettres n'est qu'un attrait de plus en elles. Noas avons éprcavé bien des fois cet attrait à bord, soit aveo des personnes que leur âge et leur position sociale avaient mises en mesure do voir et do bien juger les choses du monde, soit avec des enfants rieuses et gaies chez lesquelles nous constitiens, non sans quelque étonnement, autant de profondeur d'idées que de connaissances variées.
Plusieurs de celles-ci surtout ne s'effaceront pas de mi mémoire.
L'une revenait seule en Amérique après avoir parconru l'Europe qu'elle avait rapidement mais sûrement appréciée et qu'elle aimait davantage peut-être qu'elle n'osait se l'avouer à elle-même, tant son patriotisme était dértloppé et presque exclusif Rien ne pourrait rendre exactement l'impression que faisait sa physionomie brune e* vive sur laquelle étaient clairement écrites en premièn; ligne une fierté de caractère et une ténacité d'opinionî peu communes. Ce cachet viril, empreint sur une jeuD« tête, avait à la fois quelque chose d'attrayant et d'étrange, et cette double impression devenait plus durable dèa qu'on avait pu sonder ce que renfermait d'élévation et de chaleur une organisation au premier abord trop réseryce
et sévère. Elle aimait peu les distractions de la musique et du chant bien qu'elle en sentît en artiste les douceurs et le charme et qu'elle ne mît aucune fausse modestie h faire preuve de ce genre de talent ; mais elle préférait à tout les conversations prolongées et savait, je ne sais comment, faire oublier, en les poursuivant jusqu'aux limites les plus extrêmes, le contraste éclatant de sa jeunesse avec l'étendue et la maturité des opinions qu'elle soutenait.
Ce type que je n'ai pu sans doute tracer aussi nettement qu'il est resté vivant dans mon esprit ne s'observe pas aussi fréquemment qu'on Ta prétendu parmi les Américaines, mais je n'hésite pas à déclarer qu'il doit être inscrit parmi ceux de la classe la plus distinguée de tous les pays, autant par son originalité que par la réunion extraordinaire de qualités rarement associées.
A côté de celle qui me pardonnera bien sans doute d'avoir voulu rendre hommage à ce que son caractère offrait de sûres, franches et cordiales relations, je placerai un autre type tout aussi élevé mais d'un genre très distinct et qui peut prétendre davantage à représenter l'Américaine d'une manière générale.
Chez celle-ci, plus de désir féminin de plaire, plus d'attraction superficielle et même plus de sensibilité, bien que tout fût mis en œuvre pour cacher ce sentiment sous les dehors d'une sorte de scepticisme qui cadrait mal avec l'âge. Et pourtant le cœur avait parlé, impérieusement peut-être ; mais, soit fierté innée, soit crainte de décep-
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tion, soit toute autre raison, il avait dû se tûre, laissant seulement dans Pexpression générale du yisage la trace du combat. La Bichesse, le Nom, la Beauté se trouTÛent là réunis, et cependant que de satisfactions absentes ne pouvait-on pas deviner dans le regard. La tristesse même se trahissait parfois dans rexpressîon de la pbysionoime alors qu'un nuage du passé venait sans doute assomVm Pâme.
C'est un fait remarquable d'observation que l'Américaine semble ô^étudicr autant à cacher ses impressiott réelles que d'autres font une ostentation trop naïye, trop imprudente ou trop calculée de leurs intimes pensées. Lt liberté entière dont on jouit aux Etats-Unis pendant li vraie période d'expansion de la femme rend sans contl^ dit cette défiance nécessaire, mais le doute perpétuel pesi avoir aussi ses dangers car l'indifférence simulée, qu'ont taxée de froideur absolue, ne protège pas plus de l'erreur dans le choix des affections que le hasard ou les convenances qui président ordinairement à ce choix en Europe. Comme l'a dit avec vérité un auteur de notre temps: « En toute chose il y a un moment pour être heureui; )• quand on le laisse passer en disant : il n'est pas temp » encore, ou toute autre fadaise, il est souvent trop tari » le diable rit et marque un point. »
Les dames sont en Amérique plus constantes qu'oD ne le suppose, et je crois même qu'elles résument, sous ce rapport, à un degré très élevé, la ténacité particulière de leur nation» L'absence, l'éloignement, les distractioB«i
même ordonnées par Pautorité des parents, n'émoussent pas les sensations profondes qu'elles ont ressenties. Froissées mais non converties ; jamais oublieuses quand elles ont vraiment aimé, elles restent fidèles, et, sachant que la patience est une arme, elles appellent souvent le rojage à leur aide comme consolation puissante ; puis, après avoir parcouru l'Europe, elles retournent plus éprises et plus résolues que jamais.
Nous en avons connu qui ressemblaient à celles-ci et il ne serait peut-être pas impossible de chercher les raisons profondes des ressemblances ou des oppositions des types précédents dans certaines conditions territoriales dont on a récemment fort controversé et même nié la légitimité. Mais il nous faudrait aborder pour cela de hautes questions d'origine, d'éducation, d'instruction, de climat et par conséquent de mœurs et d'idées qui ne peuvent être du ressort de notre livre. Je reprends donc le simple récit de mes impressions personnelles en insistant seulement sur la réalité de types que j'ai tenu à faire figurer ici parce qu'ils ont été toujours oubliés dans les livres qui ont la prétention de peindre sans partialité la société américaine. On a épuisé par contre les portraits oi\ s'étalaient avec complaisance la coquetterie et la légèreté, pour ne pas dire plus, des dames de la République aux 35 étoiles. C'est le canevas ordinaire d'une foule d'ouvrages où la variété et la multiplicité des exemples exclut presque nécessairement la pensée d'une observation personnelle et digne de ce nom. On a pu voir plus haut
ce que nous pensons de ces appréciations mensongères oa exagérées ; nous n'y reviendrons donc point.
Je ne nie pas certainement qu'il y ait en Amérique, ainsi que sur les steamers, des dames avides d'hommages, d'éloges, de compliments et, en première ligne, d'une assiduité rigoureuse. Le diable ne peut perdre de bob pouvoir au-delà des mers puisqu'il a la fonction, d'&ntres disent le droit, de tenter toutes les mortelles. £?€ a péché dès longtemps; Galatbée n'aimait à être vue et ne fuyait derrière les saules que pour mieux y attiicr ses adorateurs ; Cléopâtrc a balancé la fortune et les destinées des plus grands empires. Pourquoi le Vieux- Monde aurait-il le privilège de types que les poètes de tous les temps ont chantés, qu'ont tenté d'imiter, sasi y parvenir, les sculpteurs de tous les âges etqneli froide raison moderne absout presque de leurs défauts, spécialement pour notre mère commune, en raison de l'excellence des pommes et de l'ennui du perpétuel tête à tête du paradis ?
Qu'importe d'ailleurs s'il est des âmes qui n'ont d'autre but sur la terre que de satisfaire leurs vanités, leurs passions ou leurs caprices. A celles-là le règne éphémère, les plaisirs d'un moment sitôt transformés en longs jours d'amertume et les triomphes qui ont toujours un triste lendemain. Je n'essaierai pas plus de dire leurs joies que leurs peines; leurs gloires que leurs revers, sans leur jeter mon blâme ou mes bravos. N'ont-elles pas la splendide excuse de leur éclatante beauté, de leurs talenU
OU de leurs charmes ? Et puis leur règne doit être si oourt qu'il emprunte à cette durée précaire une sorte do droit à la tolérance que nous respectons entièrement.
Voir du reste la règle dans l'exception aboutit en somme à imiter ce voyageur s 'empressant de noter sur ses tablettes que toutes les femmes de Blois étaient d'exactes copies d'une servante rousse, laide et acariâtre dont il avait subi la vue et le mauvais service. On l'a fait trop souvent au sujet des Américaines et nous pourrions pourtant citer parmi celles que nous avons connues des exemples parfaits ^.'honorabilité, de dignité et de distinction dont la réunion fortuite pendant tel voyage formait une société des plus agréables et des plus choisies. Que de mères douces, l)onnes et dévouées à leurs enfants n'avons nous pas vues ? Xieurs noms se presseraient aisément sous notre plume, si Tious pouvions ici trahir leur modestie, mais uqus ne nous dispenserons pas pour cela de terminer notre revue par une simple relation. Elle prouvera, mieux qu'une longue dissertation, qu'il est, de l'autre côté de la mer, des âmes douées des plus belles qualités du cœur, même vis-à-vis de ces êtres devenus, aujourd'hui même, les protégés de fantaisie de tant d'honorables personnages ou de vertueux journaux. Je n'en ai pas choisi l'exemple pour faire un plaidoyer d'esclavagiste, car je ne suis qu'historien, mais, n'en déplaise aux Beecher Stowe de conviction ou de parti, il est plus que douteux qu'on puisse rencontrer dans la famille la plus puritainement abolitioniste des preuves
S50 CHAPITRB QUATRIÈME
de comparaion, d'abnégation et même de tendresse pareilles à celles dont nous avons été témoin à bord.
Une famille da Sud fayait la gnerre fratricide qui venait de lui ravir à la fois la tranquillité, le bonheur, la richesse, et qui avait brisé ses affections les plus saintes. Elle entraînait avec elle, sans les compter, sans regrets et sans autre pression que celle de sa bonté, un bon nombre de serviteurs et de servantes, presque tous trop vieux ou trop jeunes, dont les parents valides avû^t déserté, aux premiers jours de la lutte, Phabitation qô les avait nourris et élevés. N'était- il pas naturel de cédet aux excitations qui répétant le mot liberté avaient onblii de dire un mot du devoir paternel ou filial !...
Cette famille, ainsi réduite à des femmes par les désastres et les batailles, prenait le chemin de la France, terre bénie vers laquelle gravite toujours le malheursni ou l'opprimé. C'était un triste exode, car aux chagrins de l'abandon du pays natal se joignaient des privations eî des peines secrètes on même temps que le corps lui-fflôin« subissait les inconvénients matériels d'une transition snbite de la vie large et des chaudes températures des contrées tropicales aux rudes conditions climatériques à» mers du Nord. La maladie survint. Elle frappa, parai ces servantes qui n'avaient trouvé de refuge qu'anprèJ de leurs anciennes maîtresses, la plus vieille, la plu* chétive, la plus inutile enfin ou la plus gênante aux yem des idées régnantes de progrès éclairé. Le mal fut grsT* dès le début ; promptement augmenté par l'âge ; les Borsf
qu'il exigea, jusqu'au terme fatal, furent de ceux que connaissent seuls les âmes dévouées et les pauvres gens. Mais deux sœurs, jeunes encore, se firent les anges du chevet de la mourante, lui prodiguant à mains pleines les trésors de consolation de leur cœur et les secours de leurs bras. Je ne raconterai pas leurs veilles, leurs fatigues, leur sèle, et je ne révélerai pas les touchantes marques d'affection qu'elles donnèrent jusqu'à la fin à leur vieille esclave qiii les leur rendait dès qu'un témoin indiscret ne pou-
^ Tait assister à ses élans de reconnaissance et de respect
. . disparus aujourd'hui des relations entre serviteurs et maîtres. Je me contenterai de dire que celles qui donnèrent ce bel exemple de charité chrétienne, dans le sens le plus magnifique du mot, ont laissé après elles dans le souvenir de
- touB ceux qui assistèrent à leur dévouement une sensation , durable d'admiration et de sympathie. Le siècle a beau se
. fidre égoïste, utilitaire et positiviste, il est encore au cœur des hommes des cordes qui vibrent, des fibres qui sentent, des sentiments qui se réveillent au contact d'une belle
" action.
A quoi bon, après cela, chercher à décrire longuement 1 d'autres types, ou à créer des personnages de fantaisie ou
de roman toujours inférieurs, en mal comme en bien, aux ^-.i'éalités qui se rencontrent à chaque pas du chemin de la
*"* F. A peine nous reste-t-il d'ailleurs, pour terminer notre
^ ^tude, à dire un mot de la partie masculine du personnel V ^^B steamers. Elle ne pouvait prétendre évidemment à la -. $!l^emièr6 place dans un milieu résultant principalement
252 CHAPITRE QUATRIÈMB
de la fusion des sociétés française et américaine, les plus polies du monde.
Ici moins d'individualités tranchées en raison d'une moindre part dans la vie commune. Les hommes sont dans les cifilisations modernes, et ont dil être dans toos les temps, des chiffres qui n'avaient de valeur réelle que selon la position que leur assignaient les Dames. C'est peut-êtie trop diminuer leur rôle, mais aussi quelle excuse pour les fautes générales de l'humanité et quelle soumission ani récits de la Genèse ! Mon opinion doit donc compter sur des approbateurs parmi les gens sincères. Or la règle qui régit l'univers est applicable à tous les titres aa petit monde du bord où se rencontrent bon nombre d'oisifs tenant peu à faire le solde d'aucun compte sociaL
Beaucoup demandent en effet aux seules enivrantes la* peurs du tabac les distractions qui font couler les heures et, pour eux, la longueur de toute traversée pourrait être mathématiquement évaluée par le procédé que fait connaître le spirituel Knickerbocker dans sa désopilante histoire de New- York. Tout se réglait, d'après lui, durant les premières années d'occupation hollandaise sur l'île de Manhattan, par quantité de pipes fumées : « Manière de toiser » admirablement exacte, ajoute-t-il, car une pipe dansl» » bouche d'un vrai hollandais n'est jamais sujette à ces » accidents et à ces irrégularités qui mettent continuelle" » ment les horloges en défaut. »
Resterait seulement à démontrer que les Américains et ceux qui les fréquentent ont reçu pour héritage cette re-
irqnable précision des premiers possesseurs du sol <t^ ew-York. La substitution d'une autre habitude à ceU^
la pipe pourrait faire concevoir quelques doutes sur c^ înt, ou du moins tendrait peut-être à introduire des él îxits nouveaux dans la solution du problème.
Une autre classe do passagers a pour spécialité 1 étuc^ s moindres incidents de la mer et surtout leur démon ^ ition publique. Dès qu'ils ont franchi deux foÎB Poce^^ professent. Ce sont eux qui, dès le matin, consulto^ ^ ciel, le baromètre, la brise et le sillage. Ils assiégé ^ ^ tableau du point de midi, en contrôlent les chiffres ^ ^ I comparant aux longues listes de leurs carnets de ^^^^^ s précédents, et je laisse à deviner leurs imprécation ^ itre le vent, ou leurs critiques, lorsque le ciel n'a ^ ^ nné satisfaction plénière à leurs prédictions de rapiclj . ^ de distance parcourue. Leur agitation eat extrê^ ^ :tout autour de la machine dont ils scrutent tous ) > mvements et près des matelots chargés de ramené^ ^ rd les lignes de loch employées pour mesurer appro^. tivement la vitesse du navire. C'est quelque cbo^"^ nalogue à Tempressement de la mouche du coche ^ ^ limitable Lafontaine et leur triomphe est complet, Iç^^ ire radieuse, quand un néophyte de la mer, aussi cq^^ t que naïf, vient les consulter et leur demander u^. * iation maritime suffisante. ^
L côté de cette partie turbulente et affairée du persou^^^, steamers se rencontrent presque à chaque traversée u deux passagers dont Pattitude contraste singulière
ment avec lo mouvement perpétuel des précédents. Ceuxoî s'isolent en général de la foule dont ils semblât n'é* pouser jamais les caprices, les distractions ou les amusements, mais on les reconnaît sans peine à la préoccupation écrite sur leur visage et qui trahit le but réel de leur voyar ge. Ils appartiennent à la classe des inventeurs et continuent de notre temps les migrations et pérégrinations des Bumsey, des Fitch, des Fulton et de tant d'autres, soit vers r Europe, soit vers F Amérique, pour aller proposer les trésors de leurs découvertes, de pays en pays, sans antre récompense, le plus souvent, que celle de leurs deviovanciers. Bace vaillante, énergique et convaincue qui siit d'avance les déboires qu'elle devra essuyer et que riea n'arrête pourtant dans sa voie douloureuse, tant la force du Dieu qui est en elle est irrésistible.
Il est sans doute parmi ces deshérités de l'humanité des rêves creux, des intelligences dévoyées ou folles, mais aussi parfois que de bon sens, que d'idées pratiques et même que de génie ne trouverait-on pas chez ces hommes dont on n'attendra sans doute que la mort pour adopter les systèmes.
Ils le savent et ont appris aussi par triste expérience que rien n'est plus facile que de les dépouiller pendant leur vie du mérite de leurs inventions, mais ils ne peuvent cependant résister au désir de trouver un auditoire complaisant pour l'explication des théories qu'ils ont établies, ou des transformations que la vulgarisation de
GOHHB ON VIT ▲ BORD âÔ5
leurs idées doit opérer infailliblement dans telle région de la science ou des arts.
Plusieurs, favorisés du Dieu Plutus, (nous n'avons pas besoin de dire que ce sont les moins nombreux) n'aspirent même qu'à la généralisation et à l'adoption de leurs principes sans autre but qu'une reconnaissance honorifique de leurs travaux et pourtant le succès couronne rarement leur persévérance. Nous avons expérimenté, nous-même, à bord d'un steamer un système télégraphique d'une simplicité et d'une sûreté irréprochables, n'exigeant aucun appareil particulier, pouvant s'accommoder à tous les autres et enfin d'un enseignement complet possible en quelques minutes à de simples manœuvres. Ce système, d'une rapidité incroyable, avait eu l'étonnant bonheur d'être examiné, vanté et, qui plus est, utilisé même sur une grande échelle dans presque toutes les contrées de l'Europe. Des attestations les plus détaillées et approbativeë certifiaient ses avantages reconnus par d'imposantes
autorités militaires ou scientifiques et l'inventeur était
encore à poursuivre et à solliciter l'adoption de son invention dont la première date porte, dans une brochure imprimée, le chiffre de l'an 1 829 ! ( 1 )
(1) Le Bavant M. Swaiin de Philadelphie m'excusera bien d'inicrire ici son nom bien connu des amis de la science. Je ne croit pasy en écrivant ces lignes, ajouter beaucoup aux nombreux témoignages rédigés à l'appui de ses idées, mais je n'ai pas youU
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Il est enfin une masse compacte de persomiages appartenant à tous les âges, à toutes les professions, à toutes les nationalités et qui fournit les acteurs principaux des scènes les plus brillantes de la vie intime des steamers. Parmi ceux-ci plusieurs ont déjà parcouru presque tout le monde, poussés par ce désir de l'inconnu qui n'a jamais trouvé plus de moyens faciles et rapides de se satisfaire qu'à notre époque et leurs récits sont souvent pleins d'attrait. Ils sont sûrs de capter l'attention dès qu'ils exposent les richesses de leurs observations personnelles ou les comparaisons que ces observations les ont conduits à établir entre les divers pays qu'ils ont visités. Je pourrais même dire qu'ils seraient la grande attraction de la plupart des traversées des packets, si leurs longues courses sur le globe n'avaient pas eu pour conséquences naturelles les irréparables outrages de l'âge et si la jeunessse ne réclamait pas ses droits.
laisser passer l'occasion de tester aussi en faveur d'une invention marquée au coin d'une véritable originalité. Qu'il se console du reste da retard apporté à la généralisation de l'emploi de son système et qu'il ne croie pas surtout que sa qualité d'étracger soit une des causes qui s'opposent à son triomphe définitif- En France nous pourrions citer bien d'autres exemples, parmi nos nationaux, de cette injustice notoire envers des inventears qui n'ont épargne ni leurs peines, ni leur argent pour l'expérimentation publique de découvertes dont ils ne voulaient tirer aucun profit personnel.
Sans elle point de fêtes ou de soirées joyeuses, poiut de chants, de jeux, de danses ou d'épanchements secrets. Point de gaité pendant les journées de la réclusion au dedans des salons, point de soupirs quand l'heure de la liber- - -té va sonner ; rien enfin de cette expansion de la vie qui exige pour être absolue les charmes et la fraîcheur des vingt ans. C'est le printemps toujours riant et la chanson toujours nouvelle, le thème que chaque génération reprend et qui semble toujours d'hier. Qui voudrait ne pas convenir de sa puissance mériterait de ne jamais jouir des plaisirs qui doivent succéder à ceux de l'amour, ceux de l'amitié et de l'esprit.
Pourquoi décrire maintenant l'histoiri de liaisons au début desquelles le hasard préside le plus ordinairement ; dont les progrès, la marche ou la terminaison n'ont d'autres règles que le sentiment, et qui quelquefois sont aussi peu durables que la trace laissée sur les vagues par le passage du vaisseau. Il en est pourtant qui marquent un sillon plus profond dans le monde infini de la pensée et c'est sans doute à leur mémoire que l'on doit d'oublier si vite les ennuis , les fatigues et les privations des voyages sur mer. Les longs trajets maritimes sont au fond monotones et tristes, assombris trop fréquemment par les tempêtes et les dangers. Mais qu'une sympathie soit née pendant leur durée; qu'un souvenir ait été évoqué par "^ine rencontre fortuite ou qu'un de ces mille riens d'oiï :3iaissent spontanément nos jouissances ait été rappelé, et Ha métamorphose est opérée. L'âme vit aussi bien de ses
aifections passées que de ses rêves d'avenir. Elle les embellit sans cesse et s'y reporte avec complaisance, sans songer au milieu dans lequel elle est retenue par de péniblcs liens.
Là, sans doute est tout le secret de Pattrait des voyages et surtout celui de l'oubli complet des mauvais jours qui n'en marquent que trop souvent la durée. Cet oubli remarquable, après les excursions lointaines du marin, Test aussi pour les courtes traversées de l'Atlantique et la meilleure preuve qu'on puisse donner de ce fait est la description de cette période du voyage où la terre apparaît au loin comme un point plutôt deviné qu'entrevu. Jamais spectacle ne produisit d'émotion plus vive. Les esprits les plus indifférents, ou les plus misanthropes; les passagers qu'on n'a jamais vus jusqu'alors et dont la venue sur les ponts cause la surprise de véritables apparitions ; s'émeuvent à la nouvelle qui a bientôt parcouru tout le steamer. Tous viennent chercher à l'horizon la ligne grise si ardemment désirée. La joie éclate sur toutes les figures et se traduit par mille excentricités, par milltr folies, dont la plus originale et la plus habituelle est certainement Tétrangeté des paris qui s'engagent alors sur l'arrivée du pilote. On ne met pas seulement d'enjeux sur l'instant béni oi\ il doit monter à bord, mais encore sur le numéro que porte sa voile, sur son âge, son état de célibat ou de mariage, le nombre de ses enfants, leur sexe. sur la couleur de sa barbe, sa taille ou tel détail de ses vêtements. Toutes ces particularités donnent lieu â un
assaut de fantaisie et des sommes considérables sont même engagées dans cette fièvre de défis qai n*a de supérieure que celle du iurf ou des tables de jeu.
L'excitation, cet excitement si chéri des Américains, est enfin à son comble quand la lourde machine du Packet ralentit soudain sa marche pour recevoir celui qui, toujours le bien venu, a de la peine à fendre la foule avide de l'interroger.
Dès lors le voyage semble à son terme et notre récit de la vie particulière du bord finit aussi. Nous n^avons eu d'autre prétention en le traçant que d'être impartial et vrai. Notre seul désir était d'être un historien complet et fidèle. Puissions-nous avoir réussi.
Quand, sur terre, on approche d'une grande ville, le voisinage de la riche cité se trouve aisément indiqué par le mouvement plus considérable des voyageurs et des véhicules qui se croisent ou se succèdent dans leur marche hâtive. Un spectacle analogue s'observe quand on arrive près des grands centres maritimes et les preuves de l'activité humaine ne se rencontrent, peut-être, nulle part à un aussi haut degré qu'à l'entrée de New- York.
Les pilotes, sûrs d'un salaire rémunérateur en raison de la multiplicité des arrivages, viennent souvent à 100 et même 200 milles des côtes, bravant la mer et la tempête, et l'on serait presque tenté de les taxer d'imprudence dans leurs courses audacieuses sur l'Océan si la simple vue des petits navires qu'ils montent n'inspirait toute quiétude. Il n'est rien de plus gracieux que ces goélettes dont les voiles de coton, éclatantes de blancheur, apparaissent à des distances incroyables. Bien n'est plus rapide et plus
262 CHAPITRE CINQUIËHB
marin, pour employer une expression consacrée. Qui les a vues une fois en conserve le souvenir comme celui de modèles d'élégance nautique, de solidité et de confort qu^on ne saurait dépasser, mais qu'il serait avantageux d'imiter partout. L'alcyon se berce moins mollement sur la vague et craindrait d'entrer en lutte de vitesse avec elles si Dieu n'avait semblé supprimer tous les obstacles à la puissante action de ses ailes en leur donnant pour théâtre les champs immenses de Pair. Il tourne et retourne moins coquettement autour du vaisseau et son apparition, jadis redoutée des marins qui n'y voyaient qu'un signe précurseur d'orages, le cède encore, comme présage, à la venue du guide expérimenté qui doit conduire le steamer jusqu'au port.
Dès que le pilote paraît sur le pont la satisfaction des passagers est, en effet, complète. Les acclamations et les questions le suivent jusqu'à la passerelle où l'attend le capitaine et, s'il n'a pas de salutations banales à rendre, au moins jouit- il, comme les souverains, du pouvoir de faire largesse. Jamais faveurs, libations ou fêtes ne valurent la distribution des journaux que dans leur sollicitude invariable tous les pilotes américains apportent avec eux. Heureux celui qui peut parvenir à saisir une des feuilles vers lesquelles toutes les mains sont tendues et s'il est peu d'élus, sur les steamers comme au ciel, les jouissances ne sont pas absolument exclusives à bord, car les groupes se forment vite autour de ceux que le hasard, ou quelque intelligence secrète, favorise. Le cercle des audi-
teurs est alors certainement pins attentif que celui des conférences les plus renommées.
Pendant ce temps le steamer, un moment arrêté, a repris sa marche en redoublant d'efforts vers le but, comme un noble cheval de course. Il est plus heureux même que ce dernier car la tâche des larges poumons de sa machine, loin de s'augmenter à mesure que se franchit la distance, se trouve au contraire diminuée vers la fin de la carrière. C'est, sur de grandes proportions, l'histoire du sage Esope choisissant parmi les fardeaux des esclaves ceux qu'on devait consommer en chemin. Libre de l'énorme poids du charbon que les fourneaux ont absorbé chaque jour, la course du packet devient sans cesse plus rapide au point de pouvoir rivaliser avec celle des trains ordinaires des voies ferrées, (5 lieues à l'heure) terme actuel de l'ambition la plus élevée des constructions navales à grande vitesse.
Bientôt apparaît la terre d'Amérique. D'abord les plages basses de Long Island que les hommes de l'expédition française de Verrazani foulèrent, peut-être, les premiers ; puis, à l'horizon, les sommets des Highîandsy célèbres dans les guerres de l'Indépendance américaine. Plus près, Sandy hooky large presqu'île do sable qui marque Ventrée de VHudson et dont les cèdres ombragent le monument funèbre des douze garde-marines du vaisseau de guerre anglais V Assistance. Ces jeunes gens, égarés à la poursuite de quelques déserteurs, y périrent dans la nuit du 3 1 décembre 1 783 accablés de fatigue et enseve-
;.';)i CHAPITRE CINQUIÈME
lis sous le poids d*ane des plus mémorables chutes de noigo qu'on ait vues en Amérique.
En ce point le fleuve présente sa large entrée, mais la voie du steamer devient tortueuse à travers les bancs de sable ou de vase qui contribuent à former la barre infranchissable, à certaines heures de la marée, pour les grands navires. Cet obstacle dépassé, le packet sait le chenal balisé par les bouées et se hâte vers le port qu'on entrevoit à peine encore. De nombreuses voiles paraissent et sont rapidement perdues de vue. Parfois, un steamer, partant pour l'Europe, salue de son pavillon celui qui touche au terme de sa traversée et sa rencontre est toujours acclamée de hourras. On dirait, à le voir s'élancer vers la patrie déjà si loin, qu'il veut s'empresser d'emporterun dernier adieu à ceux qu'on a laissés.
Peu à peu le paysage se circonscrit et devient pks riant. Les sites pittoresques de Staten Island et ceux de la partie de Long Island qui leur sont opposés commencent à se dessiner. Les forteresses des Narrows étalent leurs redoutables embrasures que la guerre récente avait fait hérisser de canons. Le steamer salue le pavillon de? Sf ai' s and Stripes (1) et le panorama de New- York se développe sous les yeux charmés des passagers. On ne sait en effet qu'admirer le plus en présence de la foret «les mâts de navires, des flèches élancées des mille ét^lise?
(1) Allusion aux étoiles et aux bandes horizontales du drapeau national des États-Unis.
et de l'entassement immense des maisons ou des édiUces qui forment, sur VHudson et VEast Hiver les villes de New- York et celles de Brooklyn, de New'-Jersey, de Sohoken, àeWiîîiamsburg et à^Astoria, ceinture brillante de la cité Impériale.
Encore un retard. Il faut recevoir à bord les délégués de l'intendance sanitaire, de la douane et des journaux. Ceci accompli, quelques tours de roues ou d'hélice font atteindre la pointe avancée de la batterie qui vit s'élever les premières maisons et les premiers enclos que les Hollandais décorèrent, au début de leur occupation, du nom do nouvelle Amsterdam.
« Il était en effet avantageux et prudent, dit le spirituel » Knickerbocker, de donner à la nouvelle colonie le nom » d'une grande cité de l'Ancien Monde, car cela devait » l'induire à imiter et à surpasser son homonyme en gran- » deur et en renommée. »
New- York, du reste, a réalisé pleinement l'ambition de ses premiers fondateurs, donnant ainsi raison à la boutade du même auteur qui ajoute : « C'est ainsi que les » petits morveux d'enfants pour qui l'on va chercher, » dans l'antiquité, des patrons guerriers, législateurs, » saints ou autres grands personnages, ne manquent ja- » mais de les prendre soigneusement pour modèles et de » devenir grands hommes à leur tour. »
Dès lors l'œil ne sait oi\ s'arrêter tant il y a de variété dans le spectacle incessamment mouvant des navires de toutes dimensions, de toutes formes qui sillonnent les eaux du fleuve. Aux radeaux immenses où s'entassent les
marchandises se mêlent les petits retuorqaears, véritables fiacres ou coupés de rivière, ainsi que \ea ferry hoats^ rues mouvantes chargées de voitures, de charriots et de piétons. Des steamers partent pour toutes les directions et au milieu d'eux circulent majestueusemeut ces splendides bateaux de rivière, aux étages superposés, dont la ricbe ornementation extérieure trahit l'admirable élégance et le luxe intérieurs.
Le packet s'avance lentement à travers ces flottes pacifiques auxquelles se joignent, en été, les barques de plaisir et d'excursions, couvertes de mille drapeaux et banderolles. Il atteint enfin le wharf (débarcadère) sur lequel il doit déposer ceux qu'il a portés josques là et, lorsque des liens puissants ont enchaîné sa fougue au rivage, il lance bruyamment dans l'air les blancs flocons de 9 vapeur, comme un dernier cri de victoire.
C'est le signal de la fin du voyage et point n'est besoin sans doute d'ajouter que cette phase est la plus courte- 1 1 Quels que soient les charmes des traversées, quels qnêlv soient les souvenirs qu'elles doivent laisser dans le cœm. \ personne ne résiste au désir de quitter au plus vite le sol ] mouvant du steamer pour celui plus solide de la terre. U n désertion est générale et aussi prompte que le permettant ^ les formalités de la douane ou l'embarras des voitures qj d'hôtel ou des express chargés du transport des bagagei p| Une bonne étreinte de main, un signe d'adieu, un souhait \\ de bon retour ferment la scène et le navire, si animé ilj Hj a peu d'instants, devient désert et silencieux.
Ici se termine aussi notte tâche car décrire complètement New- York exigerait des développements que ne peut comporter notre œuvre. Un livre entier suffirait à peine et nous ne pourrions du reste qu'empiéter sur le domaine d'une foule d'ouvrages, volumineux ou concis, purement historiques, littéraires ou fantaisistes, dans lesquels la grande cité américaine a été étudiée sous les aspects les }lu8 divers.
Elle forme, en somme, une vaste agglomération sans aractère tranché, sans cachet bien particulier, en dehors e l'extrême activité de la circulation des personnes et es choses. L'étranger, un moment étonné, est, toutefois, isez promptement désillusionné quand il compare la réafcé , qui l'entoure et le presse, avec les descriptions qu'aft.ient pu lui faire les Américains toujours fort enthou- Etstes de leur pays.
Que dire de ses rues et même de Broadway qu'on op- ^fie, je ne sais trop à quel titre, aux magnifiques boule- »~Yds ou cours de nos grandes villes ? Il est incontesta- ^ pourtant que si l'une des administrations municipales > la vieille Europe, et surtout de France, laissait s'accuiziler autant d'immondices qu'on en heurte à chaque pas ^Kew-York, elle ne tarderait pas à être l'objet de récri- Lxiations aussi persistantes que justifiées et je passe com- ^tement sous silence les mémoires ou livres qu'un sem- ^ble mépris des lois les plus simples de l'hygiène y ferait ^tre. L'Américain, libre, s'occupe peu de ces détails et fcquiète encore moins de voir se perpétuer la sordidité des
marchés, la malpropreté des quais et le mauvais entretien de la voirie de sa métropole commerciale. Il réserve si sympathie pour ses pompiers, rendus il est vrai nécessair res par le nombre quotidien et F importance des incendiea, et recherche peu du reste si les superintendants élus pom veiller à ces soins ont d^autres soucis que ceux de rentrer au plus vite dans leurs frais et débours d'élection.
Parlerai-je de l'architecture des maisons qui réalise a plus haut degré le rêve de ceux qui critiquent amèremeii le style caserne des larges artères modernes de Paris ?U fantaisie la plus complète y préside et Part trouve difficile ment son compte dans le plus singulier mélange de cosstructions de toutes les formes, de toutes les époques, de tous les âges. Le voisinage immédiat de ces essais, graidioses ou grotesques, produit les effets les plus heurtes, a» mémo temps que Pemploi de matériaux des colorations Is plus diverses et les plus opposées augmente, s'il est possible, la discordance. La teinte chocolat domine cependant au milieu des maisons jaunes ou blanches et seule, à mo» avis, trouve grâce devant le goût, car la pierre du Conne^ ticut qui sert à bâtir les édifices de ce genre se prête bie> à la sculpture et donne aux riches demeures un véritatk cachet de grandeur.
Noterai-je le nombre vraiment étonnant des égliseSt asiles particuliers ou communs des milles sectes et congrégations religieuses qui se disputent les croyants américains. Plusieurs sont réellement do beaux monuments q» ne dépareraient pas les capitales de l'Ancien Monde, et
:.je ne craignais de soulever, par un seul mot, toute une jntro verse, je pourrais ajouter que la liberté tient sous 5 rapport toutes ses promesses. L'ordre et le recueillclônt sont remarquables, quelle que soit la nature de k réunion.
Quant aux hôtels si vantés, ils laissent certainement à àsîrer dans le confortable et la délicatesse des tables laîs ils offrent un avantage inappréciable et qu'on ne kurait trop signaler de notre temps ; celui d'un chiffre ivariable et modéré pour chaque journée de séjour. C'était ae vieille mode française , presque oubliée de nos jours à les additions de nos hôtelleries tendent sans cesse à itter d'exagérations et de détails avec les parties les Lus renommées des Apothicaires des siècles passés. Le leuz proverbe compter sans son hôte n'expose au confire à aucun mécompte aux Etats-Unis.
Enumérerai-je enfin les distractions de New-York si icessaires à indiquer à tout nouveau débarqué sur une srrc nouvelle ? Elles sont sûrement nombreuses, sinon très limées, car à la multiplicité des théâtres tragiques ou uniques se joint une foule de spectacles ou d'exhibitions •• toute nature parmi lesquels figurent, en première ligne, SI Minstrels. C'est, avec la mystification connue sous le -Ma pompeux de Musée Barnum, la grande attraction yalaire et, chaque soir, la foule toujours enthousiaste ' rend applaudir des acteurs, sans doute abolitionistes, K représentent, déguisés et peints en nègres, la vie, les iiurs et les travers de ceux pour lesquels la philan-
S70 CHAPITEB CIHQUlftMl
ibropie broyante éprouve en ce moment un retoi fection.
J'omets, et pour cause, les Bar^BoofnSf les C SaJoong et les innombrables Lagêr bê^rs situés gé ment dans les premiers sous-sols des maisons, ton de réunion rien moins qu'aristocratiques, quoiqi firéquentés. Je dob ajouter, cependant, que New-7( sède aussi sa Maison Dorée et ses restaurants à la qu'il renferme des établissements charitables et tentiaires admirablement isolés dans deux des He rivière de l'Est. Les hommes d'études y trouvent ment à satisfûre largement leur curiosité dans de fiques bibliothèques dont les conservateurs, qnel<] différents des nôtres, semblent n'avoir qu'une seule cupation, colle de complaire à leurs visiteurs. J rais citer d'autres exemples du caractère essentiel pratique d'autres institutions américaines, spécia de celles qui ont pour but la vulgarisation de l'instr mais le cadre de notre livre ne nous permet qu'ai mération sommaire et nous la terminons en signale arrivants la promenade fashionable de Central F l'admirable cimetière de Green Wood à Brooklyn première n'en est encore qu'aux promesses réalisée nos parcs parisiens, le second n'a rien qui puisse 1 comparé par la beauté des sites, la richesse des moni rappelant souvent le style des hypogées d'Egypte e par le caractère sévère éminemment approprié à s tination. C'est la seule chose vraiment belle de la {
té, et Part a su tirer un merveilleux parti d'un sol acci- 3ntéque recouvrent aujourd'hui de majestueux ombrages, 5 sombres allées et des lacs entourés de saules gigantesles. Nous avons souvent erré dans ces Champs-Elysées en jnsant aux poétiques descriptions de Virgile et nous ne >urrions mieux rendre l'impression qui nous en est rese qu'en disant que la mort, ainsi placée au milieu des »lendeurs de la nature, semble avoir perdu de son époumte et paraît le repos d'une longue journée de labeur.
La terre d'Amérique est d'ailleurs favorisée entre tou- !S. Elle a les plus grands lacs, les plus puissantes chutes 'eau, les plus longues vallées, les fleuves les plus étendus, s forêts les plus ombreuses et l'art n'a presque rien à ,ire, en dehors des villes, pour multiplier les sites enlanteurs. Staten Islande les rives de VHudson et ^East River ^ les vertes campagnes de Long Islande K)ur ne parler que des environs de New- York) offrent 1 voyageur mille excursions gracieuses et rendues faciès par la multiplicité des voies ferrées ou des bateaux ai se détachent, comme autant d'îles flottantes, des prinipaux points de l'immense pourtour de la grande ville.
On peut visiter aisément, dans le voisinage, Flushing, hney Islande Jamdïca^ Eockaway beachy les cascades c Paierson. Le trajet entier de VHudson jusqu'à J.Zany est, à lui seul, une merveille, et c'est aussi la prelière étape vers la grande attraction des Etats-Unis, les butes du Niagara.
Quelques heures ou quelques jours suffisent du reste
i72 CHAPITRE CINQUIÈME
pour transporter du Nord au Sud de l'Union les touristes que n'eflfraient pas le récit quotidien des accidents des chemins de fer ou des steamhoats. Les trains rapides et les steamers ont bien enlevé quelque poésie aux excursions lointaines dans les immenses forêts, les vastes territoires ou sur les grands fleuves dont Fenimore Cooper, plus historien que romancier, a fait le théâtre des actions de se» héros. Mais les spectacles grandioses que Chateaubriand avait aussi décrits et chantés dans les Natchei, et le charmant épisode d'Atala ont encore conservé de tels charmes que nul ne peut rester indifférent à leurs beautés. Le désert même a de sauvages attraits, il attire, et là se trouveraient, sans aucun doute, les raisons de cette force qui pousse sans cesse vers l'Ouest les émigrants toujours plus nombreux que chaque steamer apporte aux terres Américaines. Uu temps viendra où la vapeur fera rapidement franchir, de New-York à San-Francisco de Californie, les larges plaines et les solitudes dont l'Indien nomade îivait seul le secret, il y a peu d'années, et nous ne craiguons môme pas d'avancer qu'un avenir prochain verra les touristes du Yieux-Monde prendre aussi régulièrement le chemin du Nouveau que leur foule empressée se rend aujourd'hui vers les contrées classiques des voyage^ d'Europe : la Suisse, l'Italie et TOrient.
Pour nous que les douceurs du Sweet home retiendrou'. sans doute désormais loin des pays que nous avons si souvent visités, loin des steamers qui furent longtemps notre demeure, nous garderons toujours des uns et des autroî
il'
souvenirs que Péloignement et l'absence embellissent ^ent et rendent plus chers. Ils ont guidé notre plume dant que s'écrivaient ces lignes, et s*il est une seule ! amie qui ait conservé, comme nous, la mémoire des •s passés, qu'elle en soit bénie. C'est pour elle que nous sons le touchant adieu du poète :
Farewell, farewell and if for ever Still for ever, farewell I