‹ En steamer.: histoire, souvenirs, impressions de voyageChapitre 5 sur 21 · PERIODE COLONIALE · texte numérisé non relu

PERIODE COLONIALE

Nous venons de terminer l'exposition de la période ancienne, presque traditionnelle ou légendaire, des communications de l'Europe avec l'Amérique du Nord ; nous allons essayer maintenant de résumer les relations à la

(1) Gerusalemme Liberata, xv, sU 2'), 30, 31. On dirait que lo Taxfte s'est inspiré du chœur qui termine le deuxième acte de la tragédie de Médée, de Sénèque. En voici le texte : c Venient annis secula seris, » Quibus oceanus vincula renim » Laxet et ingens pateat Tellus, « Telfajsque novos detegat orbes, » Nec sit terris uhima Thule. »

« Un temps viendra dans le cours des siècles, où l'océan éiar- » gira la ceinture du globe pour découvrir à l'homme une ^orrc » immense. La mer nous révélera de nouveaux mondes^ et Thulé » ne sera plus la limite de l'univers. »

(Traduction Greslon, édition Panckouckc.)

fois plus fréquentes et plus connues qui suivirent la découverte de Colomb.

Ici notre tâche serait facile et même attrayante s'il nous était donné d'esquisser avec les développements convenables les faits principaux de cette ardente compétition de territoires, de ces audacieuses expéditions de mer qui devaient rapprocher longtemps sur les plages septeatrionales du Nouveau-Monde des représentants de presque toutes les nations européennes. Mais force nous est de nous borner à un récit sommaire, et nous nous efforcerons seulement de faire ce récit aussi complet que possible en prenant surtout pour guide l'ordre chronologique.

On sait par quelle circonstance futile Colomb ne persista pas dans sa première idée de suivre directement dans son voyage à l'ouest, en partant des Canaries, la latitude de l'île ^'ornera, qui l'eut conduit infailliblement vers les côtes de la Floride ou de la Virginie. ( I ) Martin Alonso Pinzon, l'un de ses compagnons, et commandant de la Caravelle Pintaj avait vu une nuée de perroquets voler'vers le sud-ouest de la ligne parcourue jusqu'alors. Ce signe lui parut providentiel et servit de base aux représentations pressantes auxquelles ne céda qu'à regret pourtant le chef de l'expédition en laissant porter ses navires dans la direction qui lui fit aborder l'île guanahanL (San Salvador).

(1) A peu près à l'île Eleuthera, sur le grand banc de Bahama.

Jamais vol d'oiseaux n'eut peut-être de plus graves conséquences (1). Il détourna complètement les Espagnols vers les Antilles et l'Amérique tropicale, de telle sorte que la découverte réelle du continent américain dans ses régions torrides (l®** août 1498) fut de 17 mois postérieure à celle des terres les plus septentrionales du Nouveau- Monde.

Les Anglais y parurent les premiers. Dès 1496, les vénitiens Jean et Sébastien Cabota ou Cabot, alors établis à Bristol, tentèrent en effet de persuader au roi Henri VII qu'il était possible (préoccupation constante du temps) d'aller aux Indes orientales par le nord-ouest de l'Amérique, et le 24 juin 1497, ils abordaient aux côtes de Terre-Neuve et du Labrador. (2) Ils visitèrent ensuite les côtes des Etats-Unis actuels jusqu'à la baie de Chesapeake, au dire de Pierre Martyr; revinrent à Terre-Neuve qu'ils

(1) Washington Irwing. On lit dans le Cosmos à ce propos : c Circonstance dont on ne saurait calculer la portée, puis-

» qu'elle eût pu donner à la contrée désignée sous le nom d'E- » lats-Unis une population espagnole et catholique à la place » de la population anglaise et protestante qui en prit possession » beaucoup plus tard. »

(2) On est peu d'accord sur la présence de Jean Cabot dans cette expédition. Elle est probable d'après Reinold Forster qui fait remarquer, avec juste raison, que la patente du roi fut accordée à Jean Cabot et à ses trois fils Louis, Sébastien et Sanches, et que Sébastien n'avait alors que 22 ans environ.

avaient nommé d'abord Prima vista (1) pub iierrade haccaîjaos (2) et de là opérèrent leur retour en Angleterre, ramenant dit-on avec eux trois indigènes de la dernière

île.

Ce Toyage n'exerça sans doute aucune infiuenoe sur l'esprit des Anglais et de leur roi, car Sébastien Cabot prit, peu après, du service à la cour d'Espagne pour le compte de laquelle il découvrit particulièrement le Bio de la Plata et une partie des côtes du Brésil.

Cependant la recherche du passage aux Indes par le nord de l'Amérique ne fut pas abandonnée et les Fortsgais ne tardèrent pas à s'engager résolument dans une voie qui rappelle tant de douloureux souvenirs et que le hasard devait un jour faire trouver, sans grand profit pour rhumanité (3).

(1) Les prêtres Islandais Adalbrand et Thorwald Helgason l'avaient appelée en 1285 la nouvelle terre, fundu nyia laxi (Mém. de Rafn, p. 29).

(3) En raison de l'abondance du poisson nommé Baccalltos fil mouillée des Espagnols) par les indigènes et que les Aile* mands et les Hollandais appellent Kabbéliau. — On désigne encore la morue sous ce nom dans quelques provi^ce8 de France.

(2) Le mot hasard est peut être de trop quand il s'agit do résultat heureux d'entreprises et de recherches qui sont, pt' elles-mêmes, les preuves les plus étonnantes de l'audace et de la ténacité du génie de l'homme^ audax lapeti genuSf aud^^

Le premier martyr de cette pénible entreprise fut Guspar de Cortéréal dont le nom ne figare même pas dans un grand nombre de dictionnaires historiques ou géographi-

omnia perpeti. Audacieuse race de Japhet, ardente à tout entreprendre.

On sait pourtant que la réalité du passage au nord de l'Amérique fut pour la première fois démontrée par une baleine dani le flanc de laquelle des pêcheurs du détroit de Behring trouvèrent un harpon portant, selon l'usage, avec la date de la blessure, le nom d'un navire alors en pèche à l'entrée du détroit de Davis dans l'Atlantique. Le commandant américain Af-Clure contourna depuis, en avril 1853, le nord du continent américain en franchissant sur la glace les 40 milles qui séparaient le point où restait enclavé son navire Vlnvestigator, de l'Ile Melville visitée par le capitaine Parry en 1820. Quand on songe à la longue liste des victimes obscures ou illustres de la recherche du passage ainsi découvert, on est sûrement en droit de regretter la fatale inspiration qui a fait s'engager successivement dans une voie si peu pratique des hommes aussi énergiques et aussi heureusement doués que les Franklin et les Bellot, pour ne parler que des modernes. Nous admirons et respectons certainement l'énergique persistance de lady Franklin armant, à ses frais, navires sur navires pour retrouver son mari qui existait du reste pendant les premières expéditions envoyées à sa recherche, mais nous réservons plus de sympathie pour des entreprises telles que celles du percement de l'isthme de Suez, de Tachèvement des voies ferrées du monde ou de l'extension des services à vapeur de l'Océan. De pareils progrès ont de tout autres conséquences pour l'homme que la découverte géographique incomplète de régions inhabitables !

ques et qui reconnut pourtant, en 1500 ou 1501, la baie de la conception à Terre-Neuve, lo St Laurent, le Labrador et le détroit d'Hudson, c'est-à-dire précisément ce que les colons normands du Groenland et de l'Islande nommaient, plusieurs siècles ayant, le golfe du Markland (1).

Parvenu à ce point, (cap Chidley et Button's Island) Gaspard de Cortéréal crut avoir atteint le but en voyant la mer s'étendre vers Touest. Il s'empressa de venir annoncer à Lisbonne sa découverte, repartit pour explorer le détroit qui devait conduire directement à la Terre des Epices si désirée, mais on n'entendit plus parler de lui, soit qu'il ait péri dans les glaces, soit qu'il ait été assassiné par les sauvages. Son frère Michael, parti à sa recherche, eut le même sort et il fallut la défense formelle du roi de Portugal pour qu'un troisième frère, Jean Vasquez de Cortéréal, n'allât courir les mêmes dangers.

Après ces héroïques marins vinrent les français Jean Denys et Thomas Aubert ou Hubert. Le premier fit voile

(1) Cette portion de la côte américaine fut d'abord nommée Terra verde par Cortéréal, qui appela, le premier, la partie située sous le 5Ue degré de latitude Terra de Labrador^ parce qu'elle lui parut propre à la culture. Sébastien Munster Timita dans sa cosmographie en désignant les mômes parages sous l'appellatioa Terra agricolœ. Mais plusieurs cartes du temps portent seulement le nom de Corterealis pour toute l'étendue des terres découvertes par ce navigateur. Il n*a pas été plus heureux en cela que Colomb.

da port 'de Honflenr, en 1506, avec un pilote de Rouen nommé Camart et publia la première carte de la partie de Terre-Neuve qu'il avait abordée. Le second quitta Dieppe en 1508 sur le navire la Pensée pour le mùmo pays et ramena dit-on à Paris le premier sauvage du Nouveau-Monde qui y ait été vu. (1)

Jean Verrazani, Florentin au service do François l^^ les suivit en 1523 (2) puis en 1524 après une crolsiôro active contre les Espagnols, croisière qui l'avait conduit dans les parages de Madère (3). Il est assez difficile, il cet vrai, de bien déterminer le point du Nouveau-Monde qu'il reconnut d'abord, après les 50 jours do sa navigation h l'ouest depuis les îlots déserts voisins do Madère, mais on s'accorde cependant à le placer en Géorgie, aux environs des villes actuelles de Savannah ou de Wilmington. Verrazani parcourut ensuite successivement presque toute lu côte nord d'Amérique et tout particulièrement les havres de New- York, de Longisland, de New-Port, do Nantuckot et ceux de la nouvelle Ecosse. Revenu on France, il rc-

(1) Dès Tannée 1504, des pécheurs basques, bretons et normands faisaient la pêche de la morue sur le grand banc de Tcrre< Neuve et sur la côte maritime du Canada. (Charlevoix).

(2) On ne connaît cette première expédition que par une lettre de Verrazani à François le"", datée du 8 juillet 1524. Il y suppose que le roi savait son succès et les particularités du voyage.

(3) Son départ de cette île eut lieu le 17 janvier 1525.

partit bientôt pour prendre possession des terres qu'il avait explorées avec plus de soin que ces devanoiers, mais il périt, d'après Bamusio, dans ce nouveau voyage, massacré, comme Cook devait l'être plus taxd, par les indigènes avec lesquels il avait établi dans sa précédente expédition d'excellentes relations.

Les Espagnols parurent enfin dans ces parages d'où le hasard les avait détournés ; ils n'y firent toutefois qu'une apparition (peut-être douteuse), sous le commandement de Velasoo et leur avidité pour l'or ou l'argent y fut, dit-on, si peu satisfaite qu^ils ne laissèrent pour témoignage de leur passage que le souvenir d'une exclamation qui sert encore à désigner le pays qu'ils méprisèrent. L'expression Canada n'est autre en effet qu'un dérivé de deux mots castillans aca nada. Kien ici. Les français qui les entendirent répéter par les indigènes les prirent pour une désignation indienne et l'usage a consacré depuis cette singulière dénomination (1).

(1) Quelques historiens attribuent la môme exclamation de dépit à Cortéréal qui, désappointé de ne pas rencontrer d'abord le détroit qu'il cherchait, prononça plusieurs fois devant les indigènes du fleuve Saint- Laurent les mots portugais ca nada, rien ici. On a du reste beaucoup contesté la légitimité de cette étymologie, et le P. Charlevoix, après Cartier, n'y voit qu'un dérivé de kannata, mot iroquois qui signifie une collection de huttes. D'autres font venir la même dénomination de Ican ou can bouche et aday pays, mots appliqués au fleuve Saint-Laurent. Je dois cependant ajouter que le savant Forster fournit un

HISTOIRE RÉTROSPECTIVB 34

Peu d'années s'écoulent et Jacques Cartier part de St Mâlo le 20 avril 1534 arec deux navires montés par 122 hommes pour se rendre aux Terres Nouvelles ( l) qu'il atteignit le 10 mai après une remarquable traversée de 20 jours. La neige et la glace couvraient encore le sol au niveau de la baie de Bonavista, et Cartier fut ainsi conduit à contourner l'île, à visiter la baie des chaleurs au Labrador ainsi que les côtes du golfe St-Laurent qu'il quitta le 15 août. Il rentrait le 5 septembre à son port de départ terminant ainsi son voyage avec uncrapidité et un bonheur tout à fait exceptionnels, même aujourd'hui, pour des navires à voiles. (2).

C'est à ce hardi navigateur que la France dût ses premiers établissements fixes sur les rives de ce magnifique fleuve, le St-Laurent, qui baigna longtemps la Nouvelle France, Il en avait visité presque toute Tétendue dans un second voyage entrepris le 19 mai 1535 et terminé seulement au printemps de l'année suivante et il y revint en-

assez bon argument en faveur de la première opinion. Il assure avoir vu souvent sur d'anciennes cartes de cette partie de l'Amérique ca da nada. Promontorium nihili, promontoire de Rien

(1) On donna longtemps et indifféremment ce nom aux îles et aux côtes du continent du Labrador, du golfe St-Laurent et de PAcadie.

(î) Les deux navires de Cartier n'étaient que de 60 tonneaux de charge.

oore en 1540 précédant le noble Picard François de La Roque, seigneur de Roberval, que François i«' avait créé le 15 janvier de la même année, son lieutenant général e vice-roi au Canada, Hochelaga, Saguenay, Terre-Neuve Belle-Ile, Carpon, Labrador, grande baie et Ile de Bacca laos.

C'est en 1542 seulement que ce dernier vint résidei dans les nombreuses terres de son commandement et que s'élevèrent, non loin de l'endroit où fut bâti Québec, les premiers forts de la colonie naissante devenue si prospère plus tard en d'autres mains que celles de ses premiers fondateurs.

Trois ans avant, en 1539, Ponce de Léon avait pris possession, au nom des Espagnols, de la Floride et de la Lonisiane. Peu après, Jean de Soto, débarqué à Tampa (côte occidentale du premier pays) finit, après des efforts prolongés pendant deux ans, par atteindre le Mississipi, en traversant les pays qui forment aujourd'hui les Etats d'Alakma, de Géorgie, de Mississipi et de la Louisiane. Sod exploration, poussée dans le roi des fleuves et même, selon quelques historiens, à 200 lieues dans les terres de l'ouest n'ei\t pas de résultats sérieux. Les Espagnols de Soto, repartis pour le Mexique, ne reparurent guère dans la Floride qu'en 1565 pour y poursuivre de leur double haine d'orthodoxes et de conquistadors les protestants qui, sur le conseil do Coligny, avaient été fonder une Colonie à Fort-Royal en donnant au pays voisin le nom de Caroline, en l'honneur du roi Charles IX. ( 1 502)

Après cette date reparaissent les Anglais avec Baleigh qui tenta de s'établir en 1585 dans Pile de Koanoke (Caroline du Nord) ; (1) puis le français Champlain (1603) fondateur de Québec en 1608, gouverneur du Canada pour Henri IV (1620) et le premier explorateur de l'intérieur des terres de l'état actuel de New- York. (-2)

Nous arrivons ainsi à Tépoque de la création de cette dernière ville, et si l'on ne reconnaît pas de titres sérieux aux visites du prince Madoc ou de Jean Verrazani, c'est à Henry Hudson que revient l'honneur d'avoir découvert la rivière qui porte encore aujourd'hui le nom du hardi marin dont la fin fut si triste (3). Hudson n'était plus alors au service d'Angleterre. Il était mandataire delà compagnie hollandaise des Indes Orientales quand il reconnut l'île magnifique que couvrira bientôt entièrement la cité impériale des Etats-Unis et que son premier gou-

(1) Le premier enfant européen qui ait vu le jour sur le (erritoire aujourd'hui possédé par les Etats-Unis y naquit le 18 août 1587, d*Ananias Dave. C'était une fille qui fut nommée Virginie, du nom que sir Walter Raleigh s'était proposé de donner à cette partie du continent, en l'honneur de la reine Elisabeth.

(•2) Il mourut en 1635.

(3) Iludson fut abandonné dans un canot, et presque sans vivres, avec son fils et sept malades, par son équipage mutiné, qui ne voulait plus poursuivre ses audacieuses recherches dans les régions glaciales du nord de l' Amérique.

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vemeor Minuit acheta pea après 24 dollars aux I nés (1626).

Doit-on rappeler que le premier contact, sur ce du littoral, des civilisations européenne et américa: loin d'être triste ? la joie fut poussée jusqu'à Tivr* le nom de Manhattan ou mieux de Manahachtanieni né à l'île cédée rappelle encore son singulier baptêi nom n'a d'autre traduction indienne que celle du de rivresse générale, the place where they ail got à

Les HollandaîlB régnèrent plusieurs années sur h ges de la rivière d'Hudson oi\ siégeait leur Nouvelle terdam (New-York). Cependant dès 1606 Jacqu< avait déjà réclamé, à titre exclusif pour l'Angleter se fondant sur les expéditions des Cabot, tout le li actuel des Etats-Unis.

Malgré ces prétentions, qui devaient triompher ] suite, d'autres nations avaient, dès ce temps, forn établissements dans ces parages. Les Suédois occu] ainsi les deux rives de la Delaware en 1638, ainsi c Pensjlvanie qu'ils avaient nommée Nouvelle Suède ; leurs colonisations furent éphémères. Les HoUandai emparèrent en \ 655, et ces derniers durent eux-n céder bientôt (1664) leur principale station aux Ar La Nouvelle Amsterdam devint par suite la Noi York en l'honneur du duc de ce nom , frère d Charles II.

Parvenus à ce point de notre sommaire chronolo nous n'essaierons point de dire l'activité des relatio

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1a France et de l'Angleterre avec les contrées dont elles ae partagèrent pendant de longues années la possession. Nous noterons seulement quelques dates et quelques faits relatifs au double mouvement de colonisation de ces deux nations.

Celui des Anglais ne s'effectua d'abord que sur les côtes. Il commença, dans l'état actuel de Massachusetts (1620), par une colonie de puritains. D'autres sectes religieuses persécutées en Angleterre émigrèrent, vers le même temps, dans le New-Hampshire, le Marjland en 1633, le Comiecticut en 1635 et le Bhode-Island en 1638. Les deux Garolines et la Pensylvanie furent occupées en 1662 et 1681 sous Charles II ; la Géorgie en 1732 sous George II.

Concurremment à ces colonisations anglaises marchait la colonisation française dans la Nouvelle Ecosse, les îles du golfe St-Laurent et l'intérieur du continent lui-même. En 1683 le français Lasalle, parti du Canada, parvenait au Mississipi et prenait possession de la Louisiane au nom de Louis XIV. Cette belle province acquit promptement une grande importance par les soins du célèbre Lemoynu d'Iberville dont le frère Lemoyne de Bienville établit un fort dès le 21 avril 1700 sur l'ile Dauphin, dans la rivière de Mobile (1). En 1717 s'élevîiit la Nouvelle-Or-

(1) La pierre sur laquelle avait été gravée l'inscription usitée en pareille circonstance a été retrouvée le 5 août 1864, par es

léans ; en 1735, Vincennes, dans l'Etat d'Indiana. Mai bientôt des discussions s'élevèrent entre rivaux trop proches voisins et si nous n'entrons pas dans les détails de combats commencés dès 1754, c'est qu'il nous faudrai faire l'histoire presque entière du xvii* et du xviii* siècle Il nous faudrait discuter les causes et les incidents de; guerres européennes dont le retentissement se fit toujonn sentir en Amérique ; raconter les phases diverses de h lutte acharnée que se livrèrent dans les plaines américai nés deux nations appelant tour à tour à leur aide les san vages et cruels instincts des peuples qu'ils prétendaient avoir mission d'initier à des religions d'amour ou au] bienfaits de la civilisation. Tous les événements de ce guerres sont connus d'ailleurs, et si nous signalons la dat^ du traité de 1763 qui consacra définitivement le succè: des Anglais, c'est pour flétrir une fois de plus la mémoii( du Boi qui le signa, sans se douter peut-être de la pert< qu'il rendait irréparable.

Ne fallait-il pas, du reste, que la France payât largement ce qu'avait coAté de honte à l'orgueil de la grand<

soldats confédérés , en creusant des tranchées pour la défense d» Mobile. On lit sur cette pierre :

« Le 21 avril 1700, le sieur de Bienville, à la tôte de 150 de se * compagnons, débarqua sur cette terre, et après en avoir pri » possession au nom du roi de France, l'appela pour l'aveni -» l'île Dauphin en l'honneur de Monseigneur le grand-dauphin » protecteur de son entreprise. %

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^ Marie Thérèse sa lettre à sa bonne amt^ madame de Pom- 3« padour I Et puis, Voltaire n'avait-ii pas répondu d'avance ^ aux protestations généreuses de quelques cœurs patriotiij ques que c'était bien du bruit pour quelques arpents de ^ neige; quand Montcalm et sa poignée de braves mouraient .^ abandonnés en faisant leur devoir !

Nous n^empiéterons pas davantage ici sur le récit des grands événements qui suivirent cet abandon d'un pays resté français malgré l'absurde opinion de ceux qui pré- ^; tendent encore aujourd'hui, dans certaines régions mémo ^ fort instruites de la société, que nos compatriotes sont incapables de fonder des colonies durables (1 j. La guerre

fl) On ne saurait vraiment trop s'élever contre cette ihôoric, qui affirme, au bénéfice des races dites anglo-saxonnes, l'inaptitude des races dites latines à coloniser les terres nouvelles. H n'est pas de système plus opposé aux faits, et on n'eût pu gu6re songer à soulever une pareille question jusqu'à notre époque. Aucunes colonies n'ont eu de destinées plus belles que Saint- Domingue et même Bourbon, la Martinique et la Guadeloupe. La langue et les idées françaises sont encore toutes puissantes au Canada, à l'île Maurice, dans la Louisiane, dans l'ouest des Etats-Unis et sur les bords du Mississipi, partout enfin où nos pères s'étaient établis et ont longtemps régné. L'Espagne a laissé son empreinte indélébile sur les immenses territoires qui formaient autrefois les plus beaux fleurons de sa couronne. Il en a été ainsi du Portugal tant que ce noble pays a su se garder de l'influence de l'Angleterre. Or, partout où ces nations ont dominé, les peuples conquis n'ont pas cessé de conserver une majo-

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de l'indépendance américaine à eu ses historiens et ses héros dont les livres et les immortelles actions n'ont pu besoin d'être rappelés. A peine signalerons*noas Padmi* rablc entraînement des volontaires qui, sous la condnite de Lafajcttc, et d'accord avec le gouvernement de Louis XVI, coururent au secours des Insurgents dont Washington fit un peuple grand et libre.

De curieux documents, récemment publiés, ont mis en pleine lumière la participation constante, d'abord secrète mais toujours active, de l'infortunée victime dn 21 Janvier 1793 à cette noble revanche des humiliations que son prédécesseur avait consenties. L'esprit du règne de Voîtain a fait presque oublier ces patriotiques efforts succédant i de honteuses concessions ; mais les nouvelles générations seront moins injustes. Elles tiendront plus de compte qu'on ne l'a fait jusqu'à présent des adulations prodiguées par ridole du xviii® siècle et de beaucoup de gens dn nôtre aux puisssances du temps. Elles reliront la comparaison de Louis XV à Trajan, et les lettres à Frédéric de Pmflse après notre désastre de Rosbach. Et qu'on ne nous trouve pas sévère dans ces lignes ; un homme qu'on ne soupçonnort

rito considérable et de mêler leur sang à celui de leurs vain- (jueurs, tandis que les races anglo-saxonnes ont toujours fait le désert devant elles. On cherchera dans peu d'années un Indien aux Etats-Unis, et les Anglais auront bientôt dépeuplé la Noavelle-Zélande. Au Mexique sept millions d'habitants, sur huit millions, sont indigènes! ! I

pas, Louis Blanc, a dit en parlant aussi de Voltaire. « Le » génie mérite qu'on le salue, mais il doit souffrir qu'on le * juge ; il n'y a d'inviolable au monde que la justice et la » vérité» (1).

Nous pouvons du reste, en terminant cette partie de notre livre,résumer sous une forme saisissante l'accroissement extraordinaire des communications du vieux monde avec l'Amérique du Nord, depuis les premiers établissements Européens jusqu'à la fin du xvni« siècle. Il suffit, en effet, de donner quelques chiffres fournis par l'augmentation du nombre des émigrauts attirés sur l'an des points du littoral américain,

New- York par exemple comptait, en 1614, quatre maisons auxquelles fut jointe un an plus tard une redoute pour défendre les premiers celons apportés par les capitaines Hollandais Adrian Plock et Hendrieck Christiaanse. On y voyait en 1656, 120 habitations entourées do vastes jardins et une population de 1000 âmes. En 1677, 366 maisons représentaient déjà plus de 95,000 livres sterling.

Entre ces deux dernières époques avait eu lieu la conquête anglaise (1664), la reprise par les Hollandais (1673) et la cession définitive aux premiers. (1674.) Dès lors la prospérité de la ville prenait de telles proportions que de 1749 à 1750, 286 navires quittaient le port chargés de

(1) Histoire de la Révolution Française^ t. 1. p. 'W?»

marchandises do toute sorte. En 1 773 la population a\rait atteint le chiffre de 21,794; elle était de 23,743 en 1786; de 33,181 en 1790, de 60,489 en 1800 (1).

La guerre de Tlndépendance et celles de l'Europe, an commencement du xix® siècle, apportèrent quelques retards dans CCS accroissements dont aucun pays n'a fourni de tels exemples ; mais la paix générale eut à peine assoupi les grandes luttes du continent Européen que l'émigration reprit le chemin du Nouveau-Monde et cette marche d'Orient en Occident qui semble être celle de l'humanité.

Bientôt les relations tendirent à devenir plus régulières. Elles ne pouvaient l'être cependant avant l'apparition de cette merveilleuse force que quelques esprits d'élite avaient certainement entrevue, désirée et poursuivie sans pouvoir l'assouplir à leur volonté. Je veux parler de la vapeur, et nous touchons ainsi à la troisième période de l'histoire que nous nous sommes donné la tâche de tracer.

(1) En 18-25, 166,089 ; en 1835, 270,068 ; en 1845. 371,223; en 1855, 629,810. Le recensement de 1860 a donné 881,734.

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