PERIODE MODERNE
Ici encore nous ne ferons point d'excursion dans le domaine de l'histoire générale des premières applications de la vapeur utilisée comme moteur pour la navigation.
D'autres, plus autorisés que nous, ont écrit avec talent toutes les phases des essais qui constituent en quelque sorte les étapes franchies par l'esprit d'industrie pour arriver à l'emploi définitif et avantageux de cette force ; et nous citerons leurs livres pour que nos lecteurs puissent j recourir au besoin. Nous croyons seulement qu'il peut être utile de faire pour cette période de notre historique, comme pour la précédente, le résumé chronologique des faits qui ont préparé l'état actuel de nos communications avec l'Amérique.
Ces faits forment une sorte de période de transition entre le passé et le présent; il est par conséquent important de les connaître. Leur exposition nous permettra d'ailleurs de rappeler, chemin faisant, des noms qu'on doit s'efforcer de sauver d'un injuste oubli, car ils ont été portés par des hommes qui contribuèrent à hâter le progrès dont nous jouissons aujourd'hui; travailleurs trop Ignorés qui ne trouvèrent, presque tous, d'autre récom-
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pense de leurs labeurs que la misère, les déoeptioDs et les souffrances.
Nous no citerons du reste que les entreprises suivies d'exécution, et notre chapitre se trouve naturellement divisé en trois articles correspondant :
Le premier, aux essais d'application de la vapeur au voyages sur les fleuves et sur les côtes;
Le second, aux essais de navigation transatlantique;
Le troisième, à l'établissement de services réguliers sur P Océan.
T. — Essais d^application de la Vapeur aux voyof» sur les flev/ves et près des côtês.
En première ligne se présente l'essai, sans doute trèa imparfait mais incontestable (1), du français Denys P^^ sur les Eaux de la Falda en Allemagne. Cette tentative fut annihilée dès son berceau, comme on le sait, par It destruction, à Munden, du bateau de l'inventeur qoi voulait descendre le Wéser pour se rendre en Angleterre (1707).
Puis vient l'expérience de Perrier sur la Seine en 1 774
(1) Voir la correBpondance de Papin avec Leibnitz retrouva en 185Î par M. Kuhlmann, professeur à l'Université du Hanovre, et les autres documents publiés par ce dernier.
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et celle du Marquis de Jouffroy sur la Saône le 15 juillet 1783. Quand on lit les détails de ce dernier essai fait en présence de 1 0,000 spectateurs, émerveillés ; aux applaudissements des membres de l'Académie d'une des premières villes de France; on serait tenté de croire qu'un succès aussi complet, préparé avec autant de persévérance que de génie, devait avoir pour conséquence immédiate l'adoption d'une idée dont la merveilleuse utilité venait d'être démontrée. Pourtant il n'en fut rien. L'inventeur vit, au contraire, se dresser contre la réalisatien de ses plans les fins de non recevoir du gouvernement d'alors et l'opposition la plus absolue de l'Académie des sciences de Paris. Il ne lui manqua même pas les sarcasmes de la classe sociale à laquelle il appartenait ; société frivole et légère qui, ne respectant plus rien, riait de tout, même de ce qu'elle était tentée d'admirer. La Bévolution approchait d'ailleurs ; les esprits avaient d'autres préoccupations que celle de songer À des rêveries^ -et Jouffroy, stimommé dérisoirement Icù Pompe^ dut porter en exil ses regrets et son invention.
Les anglais James Taylor et Patrick Miller ne furent pas plus heureux dans leurs tentatives de navigation à l'aide de la machine de leur compatriote Symington sur les eaux calmes de la pièce d'eau de Dalswinton en Octobre 1788 et plus tard, en Décembre 1789, sur le Canal de Forth et Clyde. Quant aux inventeurs eux-mêmes : le dernier, refusé dans sa demande de pension au gouvernement, ne reçut qu'en 1 825, et sur la cassette du Boi, un secours
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dérisoire et mourut dénué de ressources. James Tajior n ^obtint rien pour lui-même et il fallut Pintervention pressante de deux grands seigneurs anglais pour que sa veuve reçut une pension viagère de 50 livres sterling avec dot de même somme pour ses deux filles. Patrick Miller était riche, il ne sollicita rien ; on Poublia complètement.
En dehors de ces essais Européens, l'Amérique s^était aussi engagée dans la même voie. Fitch faisait ses premières expériences sérieuses en 1785 et 1787 sur 1» Delaware. James Rumsej, conseillé par Francklin, réussissait comme Fitch la même année, et ce qa*il n^est peut être pas inutile de faire remarquer, c'est que ces deux derniers inventeurs, découragés de l'accaeil fait à leur proposition par leurs compatriotes, partirent l'un et l'autre pour l'Europe oi\ ils espéraient trouver plus d'i^ pui. Malheureusement l'époque n'était pas devenue plus &vorable dans le Vieux -Monde pour l'appréciation d'idées aussi nouvelles, et Fitch, réduit promptement à l'extrême misère, dut bientôt quitter la France pour revenir dans son pays où il mit fin à ses jours (1793). Presque «i même temps, Bumsey mourait lui-même en Angleterre, au moment d'atteindre le but de ses ardents désirs. Ses associés firent en effet marcher son bateau sur la Tamise, contre le vent et la marée, avec une vitesse de quatre nœuds.
Après ces deux Américains paraît Fulton qui ne s'oe* cupa pour la première fois des questions qui se rattachent
à PapplicatioD de la vapeur à la navigation que sur les conseils de Rurnsej. La réalisation pratique de cette féconde idée approchait. Long serait le récit de la vie laborieuse de cet homme extraordinaire, né en 1765 à Little Brîtain dans TEtat de Pensylvanie. Chez lui les aptitudes étaient aussi variées que remarquables. Apprenti joaillier, peintre ambulant, artiste de mérite, dessinateur de machines à Birmingham, inventeur de systèmes de canalisation, de moulins à scier* et à polir le marbre, de machines à filer le chanvre et le lin, et à fabriquer des cordages; il excella dans toutes ses entreprises. Plus tard, il imaginait en France des torpilles destinées à faire sauter les vaisseaux. Il introduisait, le premier à Paris, le Panorama, et enfin faisait voguer, avec l'aide de son compatriote Livingston, le premier bateau à vapeur qui eût réellement marché sur la Seine (9 août 1803) .
Comme pour le Marquis de Joufiroy à Lyon, le nombre des spectateurs était immense ; l'Académie avait envoyé pour ses témoins Bougainville, Carnot, Bossut et Perrier ; le bateau de Fui ton, long de 33 mètres sur 2 1/2 de large, fut mis en mouvement à plusieurs reprises et marcha 'contre le courant avec une vitesse d'une lieue et demie par heure. Les recueils scientifiques et les journaux du temps déclarèrent l'invention merveilleuse et sublime ; mais quand il fallut passer outre et fournir les moyens d'expérimenter le système sur une plus grande échelle, les obstacles de tout genre surgirent ; les refus formels suivirent de près, et Fulton, aussi peu écouté en Angle-
terre qa^cn France, reprît le chemin d^Amériqae. Il (Jevait y réussir.
Que cet homme illustre ait eu comiaissance de Pessai fait par W"* Symington, en mars 1802, entre le port Dundas et Glasgow, sur le navire Charlotte Dundas^ c'est ce qu^il est impossible de contester, mais il lui restera Péternelle renommée d'avoir bien vite dépassé tous les inventeurs qui Pavaient précédé, et la gloire durable de la résolution pratique, décisive, du problême ardemment poursuivi. C'est le 10 août 1807 que Fulton fit son premier voyage sur le Clermont^ entre New- York et Albany, et nous croyons que le lecteur nous pardonner! d'entrer dans quelques détails sur cette expérience dont les conséquences ont exercé et sont destinées à exercer une influence incalculable sur les destinées du monde. Il nous saura gré sans doute de céder la parole à l'inventeur lui-même pour la relation de ce premier voyage. Voici 1» note que Fulton adressait à l'éditeur du citoyen américain de New- York à son retour d' Albany.
» Monsieur,
» Je suis arrivé cette après midi à quatre heures sur » mon bateau à vapeur parti d' Albany. Gomme le succès » de mes expériences me fait espérer que de semblables » bateaux sont appelés à prendre une grande importance » dans mon pays ; afin de prévenir toute opinion erronée » et de donner aux amis des inventions utiles la satisfa(>- » tion qu'ils désiraient, je vous prie do vouloir bien ac- )> corder votre publicité aux résultats suivants :
^ « J'ai quitté New- York lundi à une heure et je suis » arrivé à une heure le lendemain mardi, c'est-à-dire en
i » vingtHjuatre heures, à Clermont, habitation du chan-