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BELLE AU BOIS

Les portes s'ouvrent avec mollesse, Montrant une splendeur opaline, confuse De souples colonnades clairement brumeuses Que fleurit un jour tamisé par des pétales Ou bluté par des pierres précieuses ;

Et, clairement rose, ainsi qu'une aurore pâle.

Celle qui fut le rêve du falot poète

S'éveille, bondit et s'enfuit

Au fond des nuageuses forêts violettes,

Dans le soir maintenant morose.

Loin du palais que son pied cruel a détruit,

Son pied où brillent cinq astres de perle rose.

Longtemps je t'ai ignorée : J'allais

Par la grande prairie où les herbes se cuivrent.

Sous les brises calmes ou ivres,

Que l'on croirait les ticdes ailes du soleil ;

Et par les monts d'ambre et de rose sèche

Où frisent les forêts pleines de fleurs.

Je fus le prisonnier des hautes vallées fraîches Et des îles mauves des fleuves ; En des cabanes qu'empanachent les roseaux. J'eus des visions brunes ou rosement fauves

Qui s'incarnaient quand germaient les étoiles Dans les sombres champs du ciel et des eaux ; Et, sous le vol des fulgurantes émeraudes Dont la rapide valse vire aux heures noires, Des prunelles de nuit, dans la nuit.

S'éveillaient un instant, comme phosphorescentes. Que de fois des chairs lisses ont lui Aux lointaines, aux vertes caresses fuyantes.

Et dans les senteurs gaies du matin

Ou par l'immense tristesse bleue

Des midis peuplés de mirages incertains, —

En le « jamais plus » des soirs qui meurent, —

J'allais, porté par la tempête d'un galop,

Ou la ruée grondante des courants farouches.

Ravi des songes fous qui planent sur le flot.

Ou des troubles promesses des horizons louches,.

Vers les féeries inépuisables du Nouveau.

Savais-jc, alors, qu'une beauté comme la tienne Pût fleurir un paysage, rendu plus beau

Par le charme issu de ton charme, ô surhumaine I Savais-je que, grâce au parfum que tu étais, L'air devînt doucement et puissamment perfide En les sites prodigieux que tu hantais, — Savais-je que tu m'envahirais De ta grâce formidable et languide?

Je te vis : c'était loin des llanos roux

Piqués de hauts palmiers flétris aux pennes maigres,

Dans une région d'un Sud plus doux

Qu'un souffle moite d'Océan fait plus allègre :

Comme l'air y semblait fraîchement bleu!

Quel frais désespoir délicieux

Instillait, en moi, l'haleine rose

Des champs de roses

Balsamiques et fluctueux î

O deviner, pour une heure, un monde plus suave

Et le perdre, — franchie la première colline!

Etre éternellement fouetté vers l'Inconnu!

Les longues lames d'une baie illuminée Exhalaient une plainte soupirante et grave,

Et tout à coup, chuchotante, comme ingénue ; Des hauteurs se crêtaient de blancheurs frêles, Terrasses où riaient les vifs reflets de l'eau Changeants comme d'évanescentes nacres d'ailes. Et le prisme flottant d'un vol de tourterelles Nimbait d'aériens, de vaporeux joyaux Ta beauté de soleil floral, douce apparue! D'autres ailes, plus irisées, frôlaient Tes vêtements de gaze et tes épaules nues Qu'elles voilaient et dévoilaient.

Et, bien que tu te sois évanouie

Comme un arc-en-ciel par un matin de printemps.

Quand s'évaporent les diamants

Des brèves pluies,

Je n'ignore pas, ô belle qui m'as souri,

Que tu vis et vivras non moins réellement

Que moi-même et^la peine et l'espérance humaine.

D'une vie plus subtile et plus sereine.

Plus mêlée à l'âme de l'azur,

Mais semblable vaguement à la mienne I

Que tu reviendras vers moi par un cheniin sûr

O fille du silence et des inquiétudes

Et des rêves obscurs

Des hommes qui traversèrent les solitudes,

Que mes errances n'ont cherché que ta douceur.

Aussi, pour jamais, de cette blanche hauteur

Qui domine le golfe lumineux où tombe

La chaude pitié du soleil compatissant.

Je guette les sourires du ciel et t'attends.

Et te vois envolée au vol clair des palombes.

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