‹ En suivant les goélandsChapitre 25 sur 31 · LIED · texte numérisé non relu

LIED

(Dessin de G. C.) Pour Germaine Coulemhier.

Voici un tout petit village,

Noir, gris et blanc ;

Triste et joli comme ceux des images

Qui firent tant voyager nos âmes d'enfants ;

Des maisons rares.

Sous des branches hivernales.

Ont, malgré la neige, une tiède quiétude ;

Et disent la douceur de l'âtre

D'où monte, en faibles nuages de bleue opale

La fumée qui tue les démons des solitudes.

L'église a froid sous son bonnet d'hermine ;

Et sa basse porte nocturne

Doit nous cacher bien peu de désespoirs errants,

Abrités dans la nef où la bise chemine

En la ténèbre pointillée d'astres lugubres

Et tremblotants.

Des peupliers font des gestes de l'autre monde,

Les pauvres, si noirement efflanqués !

Un saule, penchant sa tête ronde.

Son échine arquée.

Semble écouter des voix chuchotant dans la plaine.

Par le soir ennemi ;

Des herbes se rebroussent aux ** risées " lointaines,

Herbes, si hautes à l'approche de la nuit.

Pareilles aux khandjiars et presque maléfiques !

Et sur la rivière gelée.

Où du cristal emprisonne l'eau nostalgique,

Ivre du souvenir de l'air bleu parfumé.

Sur la rivière qui fut d'azur, —

Une douce bonne-femme emmitouflée.

Sœur des bonnes-femmes de nos images.

Va, sur le pont, à petits pas très sages ;

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Et l'œil de la bonne-femme et l'œil du clocher Et — dirai-je fort stupidement — l'œil de l'eau? Peut-être aussi les luisants de vagues rochers, Regardent le couchant d'or rouge et de topaze, Triste, triste et doux, par ce grand soir triste et beau. Et le vain rêve d'un si beau printemps prochain, Prédit par la floraison claire des nuages. D'un printemps si beau qu'il est pour jamais lointain !

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