‹ En temps de guerre [microforme]Chapitre 3 sur 66 · INDIGNATION DE LA SERBIE · texte numérisé non relu

INDIGNATION DE LA SERBIE

Une note officieuse du gouvernement de Belgrade s'élève‘ avec énergie contre les accusations de certains journaux de Vienne et de Budapest: “La Serbie comme tous les peuples civilisés, déclare cette note, est remplie d’indignation à l'égard de l'attentat de Sarajevo et de ses auteurs, Nous avons peine à concevoir que la presse allemande puisse inculper la Serbie et l’attaquer au sujet de cet attentat inqualifiable, Le 8ouvernement royal prendra des mesures envers les éléments .suspects fixés sur le territoire se *3 mais le gouvernement royal regretterait que le développement des bons rapports politiques et économiques pût être entravé en raiscn d’événements dont la Serbie et son Souvernement ne sauraient être rendus responsables.”

Tout porte à croire que le gouvernement du roi Pierre est de bonne foi quand il tient un Pareil langage ; mais on connaît le

proverbe: “Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il est enragé.” Le parti militaire autrichien trouve l’occasion bonne de prêcher la guerre sainte contre les Serbes, Tous ses efforts et tous ceux de sa presse tendent depuis dimanche à proclamer que les Serbes sont enragés et qu'il faut ‘“enfumer leur tanière” avant qu'ils aient communiqué la rage à toute la monarchie dualiste.

—Gazette de Lausanne, 3 juillet, 1914.

(Extraits de la nots communiquée par le Comte Szecsen, Ambassadeur d’Autriche-Hongrie, À M. Bienvenu-Martin, Ministre des Affaires étrangères p. i.,! le vendredi 24 juillet, 1914, à 10 h. 4 du matin.)

Vienne, le 24 juillet, 1914.

Le Gouvernement impérial et royal s’est vu obligé d'adresser

jeudi le 23 juillet courant, par l’entremise du Ministre impérial

et royal à Belgrade, Je note suivante au Gouvernement royal de Serbie.

L'histoire des dernières années et notamment les événements douloureux du 28 juin ont démontré l'existence en Serbie d’un mouvement subversif dont le but est de détacher de la Monarchie austro-hongroise certaines parties de ses territoires. Ce mouvement, qui a pris jour sous les yeux du Gouvernement serbe, est arrivé à se manifester au delà du territoire du royaume par des actes de terrorisme, par une série d’attentats et par des meurtres.

Il résulte des dépositions et aveux des auteurs criminels de l'attentat du 28 juin que le meurtre de Sarajevo a été tramé à Belgrade.

1p. i.= par intérim.

Ce résultat impose au Gouvernement impérial et royal le devoir de mettre fin à des menées qui forment une menace perpétuelle pour la tranquillité de la Monarchie,

C’est pour atteindre ce but que le Gouvernement impérial et royal se voit obligé de demander au Gouvernement serbe l’énonciation officielle qu’il condamne la propagande dirigée contre la Monarchie austro-hongroise, c’est-à-dire l’ensemble des tendances qui aspirent en dernièr lieu À détacher de la Monarchie des territoires qui en font partie, et qu’il s'engage à supprimer, par tous les moyens, cette propagande criminelle et terroriste,

Afin de donner un caractère solennel à cet engagement le Gouvernement royal de Serbie fera publier à la première page du Journal oficiel en date au 26 juillet l'énonciation suivante :

Cette énonciation sera portée simultanément à la connaissance de l’armée royale par un ordre du Jour de Sa Majesté le Roi et sera publiée dans le Bulletin officiel de l'armée.

Le Gouvernement royal serbe s'engage en outre :

(Suivent dix articles dont nous donnons les 5e et 6e seulement.)

5. À accepter la collaboration en Serbie des organes du Gouvernement impérial et royal dans la suppression du mouvement subversif dirigé contre l'intégrité territoriale de la Monarchie.

6. À ouvrir une enquête judiciaire contre les partisans du complot du 28 juin. se trouvant sur territoire serbe; des organes délégués par le Gouvernement impérial et royal prendront part aux recherches y relatives.

— Documents diplomatiques.

(M. Boppe, Ministre de France à Belgrade, à M. Bienvenu-Martin. ) Belgrade, le 25 juillet, 1914.

M. Pachitch vient de me donner connaissance de la réponse qui sera remise ce soir au Ministre d'Autriche.

Le Gouvernement serbe accepte de publier demain au Journal officiel la déclaration qui lui est demandée; il la communiquera également à l’armée, par un ordre du jour ; il dissoudra les sociétés de défense nationale et toutes autres associations susceptibles d'agir contre l’Autriche-Hongrie; il s'engage à modifier la loi sur la presse, à renvoyer du service de l'armée, de l'instruction publique et des autres administrations, tous fonctionnaires dont la participation dans la propagande sera prouvée; il demande seulement que le nom de ces fonetivnnaires Jui soit communiqué.

Quant à la participation dans l'enquête de fonctionnaires autrichiens, il demande qu’on lui explique comment elle s'exercerait; il ne pourrait accepter que celle qui correspondrait au droit international ou aux relations de bon voisinage.

Il accepte toutes les autres exigences de l’ultimatum et déclare que si le Gouvernement austro-hongrois ne s’en contente pas, il est prêt à s’en remettre à la décision du tribunal de La Haye, ou à celle des grandes puissances qui ont pris part à l'élaboration de la déclaration du 31 mars,

Bopps.

— Documents diplomatiques.

dé L'HEURE GRAVE

L'émotion qui nous étreint à toutes les phases de ce grand procès! d'assises et qui se fait chaque jour, à mesure que le dénouement approche, plus poignante est dominée aujourd’hui par une anxiété supérieure.

igrand procès.—Procès de Mme Caillaux qui avaic tué Gaston Calmette, directeur du Figaro, le 16 mars précédent. Le 28 juillet elle fut acquittée,

FA

En quelques heures vient de surgir L-usquement la question suprême de vie ou de mort: la guerre. En face d'elle tout se retire au second plan, même le crime qui nous a coûté le plus cher des amis.

La guerre? Si improbable encore, Dieu merci, qu’elle soit, et si éloignée peut-être de nous par je ne sais quelles forces mystérieuses et bienfaisantes, son image pourtant n’effraye personne en notre pays. Nous sommes depuis deux ans déjà comme familiarisés avec elle et prêts à en supporter Vhorreur.

C'est que nous avons rarement traversé une pareille tourmente et que la vie que nous menons maintenant en France, parmi une suite ininterrompue de crises politiques et financières, nous a fouetté le sang au lien de l’alourdir. La paix, certes, d’abord —et c’est le plus ardent désir de tout homme civilisé—la paix à laquelle sont dus tous les sacrifices, sauf celui de l'honneur.

En regardant les Français, luttant et hurlant les uns contre les autres, se déchirant dans la presse, au Parlement, à la Cour d'assises, on est tenté de les mal juger. On peut nous croire énervés et affaiblis par nos divisions. Quelle erreur !

Divisés, oui, évidemment, nous le sommes, parce que, dans nos raisérables querelles politiques, il n’y a plus d'idéal, ni de nobles passions: il n'y a plus que des intérêts. Mais que demain le sort de la patrie soit en jeu: c1 verra le formidable élan et le cœur unique de la race.

Ce que nous serions, si la guerre éclatait j'en ai eu l'impression hier au Palais de justice.

À Ja suspension de l'audience, les premières dépêches d'Autriche arrivèrent. Elles étaient pleines de menaces, La conflagration générais était possible, Tous les jeunes avocats discutèrent gravement sur la redoutable éventualité, Ils ne

montrèrent ni forfanterie ni angoisse, et parfois même ils savaient sourire. L'un dit: “(a va nous faire de belles vacui.ces |” Ils s'interrogeaient sur leurs régiments et sur leurs armes, et je vis deux adversaires qui, la veille, s'étaient presque outragés se serrer la main, sans s’en apercevoir, machinalement,

Tels sont les sentiments et les espérances qui doivent nous guider dans les lourdes journées qui £’annoncent, D'instant en instant, les nouvelles vont nous arriver, rassurantes ou, au contraire, tragiques. Elles nous trouveront confiants et forts, et le cœur préparé à défendre la patrie, s'il le faut et si les efforts pour lu paix demeuraient vains. Car elle ne semble pas irrémédiablement compromise et des volontés fermes peuvent encore l'imposer: des barrières peuvent encore être dressées entre les deux ennemis. —A. C.

—Le Figaro, 26 juillet, 1914,

{*# Bienvenu-Martin, à M. Ker£ Viviani, Président du Conseil, à bord de la France.) Paris, le 28 juillet, 1914.

L'Ambassadeur d'Autriche à fait une démarche pour annoncer que son gouvernement prendrait demain des mesures énergiques pour contraindre la Serbie à lui donner les satisfactions et les garanties qu'il exige de cette puissance; le Comt Szecsen ne s'est pas expliqué sur ces mesures ; la mobilisat' ,n, à partir du 28 juillet, paraît certaine d'après notre atta hé militaire à Vienne.

Bien venu-MARTIN.

— Documents diplomatiques.

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