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SOUS-MARINS ET PAQUEBOTS

Au moment même où lord Mersey, le président du tribunal chargé de l'enquête sur la Gestruction de la Lusituniai faisait connaître sa décision, au moment où il constutait que le but de l’auteur de cette destruction était non seulement de couler le navire, mais de noyer les passagers et qu'aucure excuse ne pouvait être invoquée en faveur de cet assassinat en masse, on apprenait qu'un nouvel attentat du même genre venait d’avoir lieu à peu près au même endroit, dans les environs de Queenstown. Il s'agissait encore d’un paquebot anglais portant un certain nombre de sujets des Etats-Unis, mais, cette fois, le navire l’'Orduna suivait la direction inverse, il se rendait de

lla Lusitania, torpillée le 7 mai, 1915 ; 1,364 personnes noyées.

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Liverpool à New-York ; il sera donc difficile à la presse et à la diplomatie allemandes de prétendre, comme elles l'ont fait— faussement d'ailleurs—dans le cas de la Zusitunia, que le paquebot était chargé d'armes et de munitions à destination des belligérants. Heureusement, ce nouvel acte de piraterie n'a pas été couronné du même succès que son devancier : le bateau n’a pas été atteint par la torpille qui lui a été lancée ; les obus tirés par le sous-marin ne l'ont pas frappé non plus, grâce aux habiles manœuvres de l’Orduna, et la poursuite engagée par les Allemands n’a Pas réussi davantage, Mais, dans cette circonstance, aussi bien que dans l'affaire de la Lusitania et dans celle du Falaba, le caractère criminel de l'attaque n'est Pas contestable, puisqu'elle avait lieu avec l'intention bien arrêtée d’anéantir, corps et biens, un bâtiment de commerce inoffensif et puisqu'aucun avis préalable n’a été donné avant que la torpille fût lancée. Les dépêches d’Amérique nous annoncent que la nouvelle a augmenté encore l'indignation, déjà fort vive, éprouvée par la population des Etats-Unis. On le conçoit sans peine, d'autant plus que le comte Bernstorff venait précisément de déclarer au secrétaire d'Etat que le fait de la Zusitania ne se renouvellerait pas, Nous sommes curieux de voir comment le Bouvernement allemand expliquera l'incident de l’Orduna dans sa prochaine note. Mais peut-être cette note n'aura-t-elle pas l’occasion de voir le jour si la réponse que prépare en ce moment M. Je président Wilson coupe court à la continuation du dialogue diplomatique engagé depuis six mois entre Berlin et Washington. —Vournal des Débats, 20 juillet, 1915.

RÉFLEXIONS D'UN IMMOBILISÉ

Il y a toujours des gens qui veulent aller plus vite que les violons. Ne trouvez-vous Pas que ces ‘‘impatients,” qui ne

cessent de s’énerver et qui énervent les autres, sont une race

aussi puérile qr'« celle des bavards et aussi insupportable que celle der agités? Ces avale-tout-cru ne font qu'une bouchée des armées allemandes ; ils parlent du passage des Carpathes comme du passage de l'Opéra ; ils se figurent qu'on gagne une bataille comme une partie de dominos et qu’on peut en gagner plusieurs dans la môme journée, Quel dommage que le général Joffre et le grand-duc Nicolas ne les aient pas pris avec eux dans leur état-major ! : Il vous auraient déblayé le Nord, nettoyé l'Argonne, achevé de reconquérir l'Alsace et envahi la Prusse en un tournemain. Quel dommage surtout qu’on ne puisse pas les enfermer, tous, dans un estaminet de concentration où ils apprendraient la stratégie aux garçons de café!

Soyons patients, comme de vrais hommes. Le temps et la destinée travaillent, chaque jour, pour nous. La patience est une vertu française : les hommes de nos fortes races du Centre, ceux du Cantal, du Rouergue et de l'Auvergne sont patients et c’est une de leurs robustes qualités. Les Bretons, les Normands, les Bourguignons et les Champenois le sont aussi ; nos méridionaux eux-mêmes, ceux de Toulouse et de Marseille, sont patients, malgré une ébullition apparente qui n’est que la vapeur du sang-froid, et leur exubérance verbale, qui ne les empêche pas, à l'occasion, de savoir se taire ; “ Patience et longueur de temps . . . ” est un proverbe de chez nous. Les femmes françaises elles-mêmes, qui passent à tort pour être nerveuses, nous ont, depuis le début de cette guerre, donné des exemples admirables de patience, de constance dans l'épreuve, de longanimité héroïque et silencieuse. Sachons nous montrer dignes d'elles et les imiter.

Ne nous impatientons que contre nous, quand nous serions tentés de perdre patience et de nous laisser aller à l’énervement ; maîtrisons nos nerfs et fortifions nos muscles, La patience est d'emploi constant dans la vie ordinaire 6ù nous sommes tous à

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la merci d’une surprise et d'un accident ; c!le s'impose comme un devoir national dans les heures de crise où la fermeté de l'esprit public est faite du sang-froid et de l'énergie de chacun de nous, On a défini ln patience “l'art d'espérer” ; elle est aussi l’art de durer et de vaincre. Méditons notre victoire en sachant l'attendre, sans négliger pour cela de la hâter. La victoire est semblable à ce courrier de Marathon que tout un peuple regarde venir de loin, messager de gloire , Attendons-la, en retenant nos acclamations, au lieu de trépigner

sur place et de soulever, sous notre trépignement d'impatience, un nuuge de vaine poussière qui nous ernpêcherait de la voir plus tôv ..,

Civis, Journal des Débats, 21 juillet, 1915,

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