‹ En temps de guerre; recueil d'extraits de journaux, de documents diplomatiques, etcChapitre 34 sur 68 · LUI LES SINISTRÉS DES DÉPARTEMENTS ENVAHIS · texte numérisé non relu

LUI LES SINISTRÉS DES DÉPARTEMENTS ENVAHIS

Dans notre compte rendu de la réunion tenue au Trocadéro par la Fédération des Associations des sinistrés des départements envahis, nous avons mentionné l'allocution émue de M. Nicolle, président de la Fédération et président de l'Association des sinistrés du Nord. Après avoir évoqué les joura de tristesse et d'angoisse qui virent naître la Fédération, l'orateur a exposé les mesures appropriées qui permettront aux réfugiés de retourner chez eux après la victoire.

A l'exilé, a-t-il dit, il faudra rendre sa maison, à l'artisan son métier, au mineur sa houillère, au laboureur son champ.

Le laboureur de France ! il a abandonné le sillon fécond que traçiiit sa charrue pour creuser le sillon mortel de l'humide trancliée. Il n'a connu aucune des besognes indiistrielles de la guerre. Cette terre, dont il faisait jaillir toute la vie et toute la richesse, il l'q. vue envahie par les armées germaniques et, pour la défendre, il s'y est désespérément accroché.

Et voici que, sur cette terre, l'obus ennemi l'a abattu.

Au lieu du lit conjugal sur lequel il aurait dû mourir, il est étendu sur le sol, secoué de tous les chocs monstrueux de la bataille, et devant ses yeux que la mort éteint, passent la

^Les départements envahis sont ; Aisne, Ardennes, Marne, Meurtheet-Moselle, Meuse, Nord, Oise, Pas-de-Calais, Somme, Vosges.

maison familiale, la grange et l'ëtable, et les bœufs lents, et les chevaux vigoureux. Mais la maison a été pillée, l'étable et la grange ont été brûlées et les chevaux et les bœufs sont partis.

Il voudrait entendre les voix chéries qui se feraient plus douces pour lui murmurer le dernier adieu, et ces voix là-bas mendient du pain peut-être ou un abri, si ce ne sont pas les voix affolées de femmes qui se défendent.

Et dans le cauchemar de son agonie, il se demande ce que sera demain pour ceux qu'il aime, pour ceux dont depuis des mois et des mois il n'a revu ni le sourire, ni le visage, ni même récriture chère.

Et il meurt.

Ah ! Parlement, Parlement, toi qui tiens entre tes mains souveraines l'avenir et les espérances de tant de Français infortunés, hâte-toi d'accomplir ton grand devoir national pour que nos frères expirants souffrent dorénavant de moins cruelles angoisses et que les grandes âmes de ceux qui ne sont plus puissent reposer en paix dans la sérénité de leur gloire.

En fin de séance, l'assemblée a voté, dans un élan unanime, on ordre du jour réclamant des Chambres une loi sur les dommages de guerre et insistant spécialement sur les points suivants :

1" Que la réparation s'étende à tous les dommages sans exception, pourvu que ceux-ci résultent de faits d(5 guerre, protestant contre toute restriction qui pourrait êtn; app^ortée à ce principe ;

2® Qu'afin de mieux apprécier et évaluer les dommages dans leur diversité, ceux-ci soient divisés en catégories non-limitatives ;

3** Que la procédure de constatation et d'évaluation des dommages soit modifiée do façon à assurer dans la composition et le fonctionnement des commissions plus de compétence, d'équité et de célérité. -Jaumul des Débats, 21 mar», 1916.

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