LA CHANSON DE L'EMBUSQUÉ
JJEcho des Marmites,^ journal du front, "seul quotidien périodique," publie la Chanson de V Enihusqué que voici, dont l'auteur est M. Jean Bastia :
Dans retable, où il vit solitaire
Ses pareils, même ses aînés.
Ont pour des besoins militaires ■ Eté réquisitionnés ;
( Les vaches furent abattues
[• — La guerre a de cruelles lois —
C Les vachères qui se sont tues
\ Pleurent sur. elles quelquefois.
f Dans retable il vit lamentable,
► Il pense aux copains si joyeux.
I — " Adieu ! notre petite étable ! "
Chantaient ils en quittant ces lieux —
" Gardez, a dit le militaire,
Le gros bœuf du fond," c'était lui,
Pour les besognes de la terre, ^
On l'a laissé dans le pays.
Mais quand on sut que pour la guerre Les autres étaient partis loin, ? Les poules au caquet vulgaire.
Et les canards dans leur coincoin.
Les porcs grossiers en leur langage.
Les dindons, pleins d'autorité, Se moquèrent dans le. village Dn bœuf, qui seul était resté.
^ Embusqué = anglais * slacker. '
^Marmites = obus.
Et pourtant, pour le labourage, Pour aider à rentrer le foin, De sa force et de son courage, La paysanne a grand besoin, Mais parce que, seul, il demeure, Tous les autres l'ont critiqué Et la pintade, tout à l'heure, L'a traité, tout haut, d'Embusqué.
— Journal des Débats, 29 mars, 1916.