LA GUERRE
L'Autriche a déclaré la guerre à la Serbie. Une partie de l'armée autrichienne doit avoir passé le Danube et la Save. Belgrade, toute proche de la frontière, peut être occupée à l'heure où le Matin paraît.
L'armée serbe, on le sait, ne pouvant défendre la capitale, s'est concentrée en arrière.
Maintenant que le conflit a éclaté, peut-on le limiter, le " localiser," comme disent les diplomates ?
Il est encore permis de l'espérer, parce que l'Angleterre, la France, l'Italie s'y efforcent, parce que l'Allemagne, bien qu'elle ait repoussé la proposition de sir Edward Grey, semble
vouloir limiter l'opération autrichienne à une " démonstration militaire," et surtout parce que la Russie témoigne en ces circonstances périlleuses d'un calme absolu.
En tout cas, si les hostilités sont commencées entre l'Autriche et la Serbie, les pourparlers continuent entre les chancelleries européennes.
L'Attitude de la France
Dans les' heures graves, les grandes nations ne prouvent leur force que par leur calme.
A quelques manifestants près, la France est calme. La foule même, qui attend sur le boulevard, devant le Matin, l'affichage des dépêches, se contente de les lire, de les commenter et de passer.
On nous épargne ces campagnes de fausses nouvelles qui énervent une opinion publique et peuvent, à une heure donnée, entraîner ies gouvernements mêmes.
La France ne doit pas avoir et n'aura pas un geste qui puisse paraître une menace pour la paix. Elle travaille de concert avec l'Angleterre à empêcher la catastrophe qui menace l'Europe et la civilisation. Elle sait que pour atteindre ce but, il faut qu'en ce moment elle n'ait même pas de nerfs. Elle n'en aura pas.
Les mouvements de troupes qui se produisent en Allemagne, elle ne a'en étonne ni ne s'en inquiète. Il est trop naturel que dans une heure de crise tous les peuples prennent leurs précautions.
Koas avons lu dans les journaux allemands que la presse française prenait un ton découragé. Pardonnons-leur, car ils entendent mal notre langue.
** C'est là un aveu de Tirapuissance militaire de la France, qui prendrait un autre ton si elle se sentait archipréte," écrit la Deutsche Tageszeitunç.
Les journaux allemands se trompent. La France est prête.
Les groupes les plus opposés, y compris les socialistes, sont représentés dans cette sous-commission.
Qu'on n'attende donc de ce pays ni violence ni faiblesse.
Tous les partis sont unanimes pour. tenter de limiter ce que le
groupe socialiste unifié du Parlement a appelé hier une
"entreprise de violences sans précédent et qui fera un jour
retourner contre le germanisme impérialiste l'abus qu'il fait
de la force brutale."
—Le Matin, 29 juillet, 1914.
(M. René Viviani, Président du Conseil, Ministre des Afifaires étrangères, aux Ambassadeurs de France à Saint-Pétersbourg et à Londres.)
Paris, le 30 juillet, 1914.
M. Iswolski est venu cette nuit me dire que l'Ambassadeur d'Allemagne a notifié à M. Sazonoflf la décision de son' Gouvernement de mobiliser ses forces armées, si la Russie ne cesse pas ses préparatifs.
Le Ministre des Affaires étrangères du Tsar fait remarquer que ces préparatifs n'ont été commencés qu'à la suite de la mobilisation par l'Autriche de huit corps d'armée et du refus de cette puissance de régler pacifiquement son différend avec la Serbie. M. Sazonoff déclare que, dans ces conditions, la Russie ne peut que hâter ses armements et envisager l'imminence de la guerre, qu'elle compte sur le secours d'alliée de la France et qu'elle considère comme désirable que l'Angleterre se joigne sans perdre de temps à la Russie et à la France.
La France est résolue à remplir toutes les obligations de l'alliance.
René VmANi.
— Documents dijtlovuxtiques.