X PRÉFACE
Nous avons donné peu de références ; avons-nous en cela cédé à quelque esprit nouveau ? Beaucoup, lassés des excès de l'analyse, écœurés du maniement des jeux de fiches, souhaitent d'abandonner les savants exposés sociologiques pour le pur i"écit historique, où vit la réalité. Mais pouvionsnous manquer à citer l'avis des maîtres de la science, quand ils étayent notre modeste opinion de leur haute autorité? Nous avons seulement pensé que la forme et le cadre de nos récits, excluaient un trop grand déploiement d'érudition.
L'ouvrage dont nous offrons aujourd'hui une partie n'est qu'un tableau du Maroc aux temps du « vieux Makhzen » , temps déjà révolus. Il y a dans la vie des peuples ce qu'en biologie on appelle des « variations brusques » : en dix ans ils vivent un siècle.
La peinture de l'ancien régime marocain, en laissant mesurer les changements passés, permet peut-être d'envisager ceux de l'avenir. Mais nous ne prétendons pas ici contribuer immédiatement à la solution des questions marocaines. C'est une illusion que de croire que la science peut servir à gouverner; on confond ainsi ses données et son but. Elle est une fin et non un moyen.
C'est là le point de vue de l'école sociologique française à laquelle nous devons tant. On sait que, d'après elle encore, les plicnornèncs collectifs sont proprement des choses. Nous croyons fermement à l'existence de quelque réalité collective, sans oubUer toutefois la réalité de l'individu. L'histoire est donc une discipline nécessaire, car elle raconte l'individuel.