PRÉFACE XI
L'individuel sort du collectif et il le fait. Le flot se forme de la mer, laisse briller sa crête écumante, déferle et s'engloutit; tel le génie émerge de la foule, l'illumine et se réintègre dans la masse obscure. C'est le mystère du genre et de l'espèce, le problème ardu sur lequel restèrent penchés les esprits du moyen âge.
Quelle est cette réalité qui absorbe ainsi l'individu, cet « élan vital » qui nous entraîne tous vers un but inconnu ? quelle est cette voix dont l'écho retentit dans nos âmes? La flamme intérieure qui brûle en chacun de nous s'allume-t-elle donc à quelque feu que nous ne faisons encore qu'entrevoir, comme l'astre chanté par le Dante? « Lorsque j'arrivai au pied de la colline, — Là où se terminait cette vallée, — Qui m'avait rempli le cœur d'effroi, — Je regardai en haut, et je vis que ses crêtes — S'éclairaient déjà des rayons de l'astre — Qui guide l'homme dans tous les chemins. » [Enfer, ch. i, 4.)
Le voyageur, cherchant à comprendre ce qu'il observe, s'égare dans les insolubles questions ; puis, quand les ailes lui ont manqué, il se contente d'avoir aperçu une lueur incertaine et revient à l'action.