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LES BIBLIOTHÈQUES DU GOUNDAFI

ses relations avec moi, soit plutôt parce qu'il n'y en a pas ou presque pas et que leur inspection n'aurait nullement correspondu à la magnifique description que l'on nous en a faite.

Depuis notre séjour ici, ce fameux l'àleb a été invisible, bien que Si Bou Médiène ait cherché à le rencontrer par tous les moyens. Cependant le khalifa nous avait bien promis qu'il viendrait nous visiter; non seulement il n'est point venu, mais encore il a fait donner une défaite chaque fois que Si Bou Médiène a cru arriver à le voir : il était absent, il faisait sa prière, il rédigeait des lettres pour le caïd, il viendrait sûrement nous voir demain... Peut-être le khalifa lui a-t-il interdit de nous fréquenter. Je crois plutôt que Si Bou Médiène étant pour le moment le prince des savants du Goundâfi, il craint d'étaler sa nullité devant lui et de diminuer son propre prestige aux yeux de ses coreligionnaires.

Nous demandons à des gens de la zaouia s'ils connaissent des livres se rapportant à l'Imâm el Mahdi ; ils disent avoir vu le Il'olal el maouchiya qu'ils semblent considérer comme un véritable Irésor; ce n'est pourtant qu'un assez médiocre récit historique bien connu des savants européens. Ils ne connaissent le titre d'aucun autre ouvrage où il soit parlé de leur pays, et il est hors de doute pour nous ([u'il n'y a aujourd'hui au pays de rimàm cl Mahdi aucun manuscrit de ses œuvres; d'ailleurs leurs noms mêmes n'y sont plus connus de personne.

Cependant il se pourrait que les gens de la zaouia eussent

quelques manuscrits dont ils ne connaîtraient ni la nature ni la valeur, mais cela même est bien improbable. Au contraire les livres en chelh'a sont très répandus, mais ce sont presque uniquement des traductions ou des paraphrases du Mokhtacer de Khelîl, dans lesquelles la plupart des mots arabes ont conservé leur forme, ce qui donne à ces textes l'allure d'un arabe macaronique (1).

8 Mai. — Nous avons vu enfin le t'àleb du caïd. Il est venu plein de fierté et gonflé de sa science, il nous a récité sur un ton pédant et autoritaire tout ce qu'il sait sur rimâm ; c'est bien peu de chose, et il ne nous apprend rien que ne sache le dernier de nos élèves. Il ne connaît pas d'autres livres que ceux que nous possédons ; encore ne peut-il nous citer que le Qart'ds, Ibn Khaldoûn et leH'olal. Il ajoute cependant que la mère du Mahdi s'appelait Toûmert et que c'était une femme médecin qui soignait les enfants. Il nous parle beaucoup d'un certain Moumen ben 'Ali qui, dit-il, bâtit la porte de Bab Aguenaou à Marrakech! Il nous déclare enfin qu'il n'existe nulle part aucun ouvrage de rimâm el Mahdi.

Mais il nous apprend que l'on trouve assez souvent des pièces de monnaie almohades avec l'inscription bien connue: « Dieu est notre maître, Mahomet est notre prophète, le Mahdi est notre imâm. » Ces pièces sont carrées; les historiens disent que des i)rédictions annoncèrent au j)rince

(1) Nous avons, en 1901, rapporté el déposé à la Bibliothèque nationale d'Alger un de ces manuscrits. Cf. Boulifa, in Journ. asial.

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