‹ En veillant avec les petits de chez nous [microforme]Chapitre 19 sur 35 · LEUR · texte numérisé non relu

LEUR

se.

étés

en OT

lébile, en demandant à Dieu pardon pour ces monstres. Écrivez : Lawrence, Winslow, Boscawen.

Ce que je vais vous raconter au sujet des habitants de Grand-Pré eut lieu, ne l’oubliez pas, en bien d’autres centres. Plus de dix mille Acadiens furent de la même façon brusquement arrachés à leurs foyers. (1)

A Grand-Pré, le colonel Winslow somma les vieillards, les jeunes gens, et jusqu'aux enfants mâles de dix ans de se réunir dans l’église, le vendredi, 5 de septembre 1755, pour recevoir certaines communications qu’il avait à leur faire de la part du gouvernement. A trois heures précises, quatre cent dix-huit Acadiens de tout âge étaient réuni: dans l’église. Les portes furent alors fermées cet gardées, et puis Winslow, « gros Anglais, jouffiu. rubicond, avec des yeux à fleur de tête, » fit son apparition dans le chœur. Il venait donner connaissance à son auditoire des ordres qu’il avait reçus du gouvernement. Après avoir rappelé les bienfaits dont l'Angleterre avait comblé les Acadiens

(4) « Un certain nombre de ceux qui restaient en Acadie cherchèrent leur salut dans les bois, ou se mirent sous la protection du gouvernement de Québec. Quelques centaines de colons seulement restaient de 15,000 ou 16,000 descendant: des cent cinquante familles françaises émigrées en Acadie au cours des cent cinquante années de domination française.» La race française en Amérique, rar Desrosiers et Fournct, p. 140.

— Peut-on pousser l'hypocrisie plus loin ? — ;] dit: «Je vais Vous faire connaître les instructions et les ordres de Sa Majesté, qui sont que vos terres et vos maisons, et votre bétail et vos troupeaux de

« Les ordres Péremptoires de Sa Majesté sont ue tous les habitants français de ces districts soient déportés; et, grâce à la bonté de Sa Majesté, j'ai reçu l’ordre de Vous accorder la liberté de

effets que vous Pourrez emporter sans surcharger les navires qui dbivent vous recevoir. Je ferai

commander. »

Winslow termina son discours en les déclarant tous prisônniers du roi...

Pouvez-vous Vous imaginer ce qui se passa

dans les cœurs des pauvres Acadiens prisonniers dans l’église de Grand-Pré ?

Mais ce fut encore bien plus triste quand commença l’embarquement des prisonniers. On avait promis de ne pas désunir les familles. Eh bien, ce furent les jeunes gens, au nombre de 141, qui durent partir les premiers. Remarquez que beaucoup de ces jeunes gens n'étaient que des enfants de dix à douze ans. Ah! quelle fut lamentable cette scène ! De l’église au lieu de l’embarquement il n’y avait pas moins d’un mille et demi. Les pauvres mères, les sœurs, les fiancées suivaient en pleurant, en gémissant, en criant des mots d’adieu à ceux qui s’en allaient... Et puis, les mêmes scènes se renouvelèrent quand arriva le tour des hommes mariés. A toutes les prières, les supplications, les soldats anglais répondaient en pointant leurs baïonnettes. Le premier embarquement avait eu lieu le 10 septembre, et le dernier eut lieu le 20 décembre. Dans l'intervalle les vieillards, les femmes, les enfants, les infirmes avaient dû s’embarquer aussi. Quelle journée que celle du 8 octobre ! La route qui conduisait à l’embarque ment était véritablement la voie douloureuse. Des invalides, de faibles femmes chargées de fardeaux tombaient épuisés de fatigue; ils se relevaient devant les menaces et les baïonnettes. Puis, au moment de l’embarquement tous ces malheureux furent entassés pêle-mêle dans les navires. D’après la tradition, ce fut le 8 octobre que les

Ajoutez à ait les Pauvres Acadiens

Sans aucun souci de leur Et les exilés furent dis-

Et quand le crime fut Perpétré, on ne vit plus Partout dans les riches Campagnes de l’Acadie que

montait au-dessus des maisons i qui s’assem-

EE

Mais, durant que les vainqueurs, installés en paix aux foyers déserts des Acadiens, moissonnzient les riches plaines d’Annapolis et de Grand-Pré, de Memramcook et du Petitcodiac, le petit peuple martyr, protégé par le Dieu des faibles et des humbles, se reconstituait tranquillement. Semant des croix sur sa route, il revenait, l'espérance au cœur toujours, vers la patrie d’origine, il revenait des États-Unis, de d’Est et du Sud; ou bien il s’arrétait, dans son long et pénible pèlerinage, sur les côtés du Labrador, aux îles de la Madeleine, aux Antilles, dans la Nouvelle-Angleterre, dans l’île du Prince-Édouard. Notre province de Québec elle-même compte de nombreux descendants du peuple martyr. Saint-Jacques-de-l’Achigan, Saint- Grégoire, Nicolet, Yamachiche, Saint-Gervais et Saint-Charles, près de Québec, sont remplis d’Acadiens. Voulez-vous que je vous donne des noms d’Acadiens? Écoutez-moi. Landry, Le Blanc, Melançon, Vincent, Benoît, Brassard, Hébert, Boudrault, du Gas, Guilbault, Thibaudeau, Cormier, Doucet, Thériault, Roy, Comeau, Pelletier, Gaudet, Blanchard, Bourgeois, Martin, Robichaud, Trahan, Pellerin, Bellivaux, Clairmont, Charest. , Ce sont des noms que vous connaissez déjà, n’est-ce pas ?

A présent, mes petits amis, si vous voulez vous convaincre davantage que le bon Dieu protège ses

ee nm CT OO eg CT 1

En

enfants qui l’aiment, et qu’il est plus fort que les hommes les plus méchants, songez que le petit peuple acadien est plus beau que jamais, qu’il est toujours français et catholique malgré tout. Il grandit, grandit en nombre et en influence sous la garde de Dieu et de sa Mère, la Vierge de l’Assomption.

Vous vous souviendrez, n'est-ce pas, de cette page d'histoire, et quand on vous parlera du peuple acadien vous saurez que c’est un peuple martyr ?

7 mars 1918.

Page 1