VAILLANCE ET BELLE HUMEUR DES NÔTRES
Qu'ils étaient grands, qu'ils étaient forts, qu'ils étaient beaux ncs pères, mes petits amis! Ils étaient beaux daus la prière, beaux sur les champs de bataille, beaux à la charrue, beaux quand ils jetaient dans la terre sacrée de chez nous le blé du bon Dieu. Cette terre sacrée de chez nous, au prix de combien de fatigue, de combien de sang ils l’ont conquise, ils l’ont défendue ! Et cependant, à nous les petits-fils de ces preux, des gens arrivés d’hier osent dire que les Canadiens français sont ici des étrangers! Ah! ne souffrez jamais une pareille insulte, et si l’on vous demande de montrer vos titres vous raconterez l’incomparable histoire de nos pères. Vous parlerez de Louis Hébert et de tous ces braves « habitants » de chez nous qui ne reculèrent jamais ni devant la forêt, ni devant les Iroquois, ni devant les Anglais; vous parlerez de Champlain, de Maisonneuve, de Dollard, de Frontenae, d’Iberville, de la Vérendrye, de Montcalm; vous direz que nos missionnaires, nos décou- vreurs, nos guerriers ont été les premiers à planter la croix et le drapeau de la civilisation sur la terre canadienne; vous direz aussi que les femmes de chez nous, les premières femmes du monde, vierges
consacrées, épouses, mères ou fillettes vaillantes, ont été, après Dieu, les plus fermes appuis de nos pères. Vous direz tout cela crânement, en vous tenant debout, bien droits, le front haut.
Oui, mes chers enfants, ils étaient beaux nos pères ! Et quelle force ! Quelle grandeur ! Voyezles partir de Québec à la raquette, et faire cent cinquante lieues, au milieu des neiges et des glaces, pour aller surprend voyez-les encore marcher, À travers
Pour s’en convaincre il suivre un peu depuis 1755 jusqu’à 1760, à l’heure où le drapeau de France repassa les mers. Écrives les noms du comte et du marquis de Vaudreuil, de Marin, de M. de Beaujeu, de Bougainville, de Bourlamaque, de Lévis, de Montcalm, et Souvenez-vous que tous les Canadiens de ce temps-là furent des héros,
En 1755, M. de Beaujeu se prépare à la mort, en s’approchant de la sainte table avec une partie de ses soldats, puis engage la grande bataille de la
Monongahéla. Le capitaine tombe, mais la victoire reste aux Français. Ils étaient 250 Canadiens et sauvages contre
2,000 soldats anglais et mi-
liciens des États-Unis. En
1756 c'est Chouaguen qui
est pris et rasé par M. de
Montcalm. Rigaud de Vau-
, dreuil était là avec ses Ca-
nadiens et ses sauvages. En
1757, William-Henry est en-
levé par les nôtres après six
jours de siège. En 1758,
c’est l’immortel Carillon. Ils
sont 3,600 contre 16,000.
Abercomby perd 5,000 hom-
mes; les Français en ont 377
tués ou blessés, dont 37 officiers. Oh! mes enfants, la belle bataille que celle-là ! C’est à propos de cette bataille que Montcalm écrivait à un de ses amis : « Quelle belle journée pour la France !... Ah ! quelles troupes, mon cher Doreil, que les nôtres ! je n’ai jamais rien vu de pareil. » Puis l’on se battait l’espoir au cœur et la chan-
son aux lèvres. Il fallait entendre nos Canadiens chanter la victoire de la Monongahéla, qu’ils appelaient la Malengueulée. Écoutez-les après Choua-
guen :
() Le Foyer canadien, Vol. 3, p. 18.
Anglais, le chagrin l’éloufe, Dis-moi, mon ami, qu'as-tu ?
Tes souliers sont en pantouffe, Ton chapeau z’esi rabattu, As-lu quelque maladie
Que tu n’oses découvrir ?
Apprends-le moi, je l'en prie, Car je pourrais te guérir.
Une mauvaise Piluite
Qui m'a tombé sur le cœur M'assure que dans la suile,
Je ne mourrai qu'en langueur.
N'as-tu pas quelque racine Qui puisse guérir mon mal ?
Fais-moi prendre médecine Sans aller à l'hôpital.
Si tu veux faire merveille,
Et le guérir comme il faut,
Tu prendras une bouteille
De la poudre de Rigaud,
Trente dragées de Montcalme, De Villiers vingt-el-un grains, De Ligneris une dragme :
Tu guériras pour certain
Ou tu crèveras Pour certain. (1)
Et ça continuait sur e train-là. On mettait tout en chansons : William-Henry, Carillon, etc., etc.
Nos pères cherchaient toujours le beau côté des choses. Leurs exemples nous disent bien haut qu’il faut lutter jusqu’au bout avec courage et gaieté, même quand tout semble perdu. Vous grandissez, vous allez devenir des hommes. Qui sait ce que vous réserve l'avenir? I] apparaît tant de choses à l’horison ! Jetoz-vous dès aujourd’hui entre les bras de la divine Providence, et n'oubliez jamais que la paix de l’âme est promise à la bonne volonté, et que ce bien-là l’emporte sur les trésors de la terre.
Oui, l’on se battait en chantant, et cependant la maladie faisait des ravages. Puis avec la maladie s’avançait le spectre de la famine. Dès 1757, à Québec on était réduit à quatre onces et même à deux onces de pain par jour. Le 26 février 1758, M. Doreil écrivait : « Le peuple périt de misère: les acadiens réfugiés ne mangent, depuis quatre mois, que du cheval et de la morue sans pain; il en est déjà mort plus de trois cents. Le peuple
Canadien en est toujours réduit, ainsi que nous, au quart de livre de pain par jour. A l'égard de la viande, on oblig: ceux qui sont en état d’en manger, de prendre moitié cheval à six sous la livre. Nos soldats sont à la demi-livre de pain par jour depuis
le premier novembre, trois livres de cheval, trois livres de bœuf, deux livres de pois et deux livres
de morue par huit jours Ils prennent leur mal en patience. »
t, parce qu’ils souffraient pour la Patrie, et parce qu’il voulaient
garder chez eux le drapeau de France ls souffrirent encore com jusqu’en 1760. Comprenez-vous, mes enfants sommes chez nous ici,
me cela, plus que cela,
Vous reviendrez, n’est-ce pas, chaine? J'ai encore des choses à Vous dire sur les
derniers jours de la domination française chez nous, 14 mars 1918,
CARILLON — LES PLAINES D'ABRAHAM — SAINTE- FoyE — LA FIN DE LA DOMINATION FRANÇAISE
Jean et Charles m'ont demandé de parler encore de Carillon. «C’est un nom, disent-ils, qui nous fait grandir d’un pouce en cinq minutes, tant il nous rend fiers de notre race. » Je le veux bien, mais à la condition que Jean et Charles, et tous les autres, vous me chantiez les beaux vers dc notre poète national Crémazie :
O Carillon, je te revois encore,
Non plus, hélas ! comme en ces jours bénis, Où, dans tes murs, la trompette sonore Pour le sauver nous avait réunis...
Bien !... Sentez-vous comme c’est doux d’être Canadien? O Carillon, tu seras toujours imprenable dans le cœur des petits de chez nous !
Mes petits amis, le fort de Carillon était bâti à mi-chemin entre le lac Georges et le lac Champlain.
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Le 8 juillet 1758, les troupes françaises, sous le commandement général de M. de Montcalm, attendent, dans le fort de Carillon, l’arrivée de l’armée anglaise. A midi et demi, l’armée anglaise apparaît, puis s’avance dans un ordre admirable devant les retranchements silencieux.
Pas un coup de feu. Et les colonnes anglaises s'avancent, s'avancent toujours ; elles veulent simplement enlever la position à la baïonnette:; elles sont à quarante-cinq pas du fort. Soudain on entend : «Feu!» Montcalm (1712-1700) a donné le signal. La bataille est commencée Un ouragan defer et ae plomb laboure les colonnes anglaises qui, dans la tempête, poursuivent leur marche à travers les abattis placés tout exprès sur leur chemin. Le feu des Anglais répond au feu des Français. Ah ! si vous aviez vu le brouillard, si Vous aviez vu le feu, si vous aviez entendu la fusillade ! C'était terrible !. -. Les Anglais n’en peuvent plus, ils reculent. Mais Abercromby, leur Commandant, ordonne de recommencer l'attaque. Ils reprennent leur élan ; c’est l’élan du désespoir. Ïls tombent, se relèvent foulent aux pieds les
cadavres, crient, jurent et s’avancent. Quelle journée, mes petits amis ! Les masses anglaises hittèrent ainsi pendant sept heures. Sept heures ! Ce furent, vous comprenez, des heures d'angoisse et de triomphe. Tout vous conter serait trop long, mais je puis toujours vous dire que M. de Montcalm était beau à vo: : su milieu de ses braves. Quelle activité ! quelle t voure ! Il est partout à la fois, et stimule l’ardeur des soldats. Et puis, Bourlamaque, Senezergues, Lévis, Pouchot, ceuxlà aussi sont des hommes ! Si vous aviez vu les Canadiens quand Lévis leur cria : En avant, les Canadiens ! Ah! je vous promets que MM. de Raymond, de Saint-Ours, de Lanaudière, de Gaspé, leurs commandants, n’eurent pas hesoin d’aller les chercher par la main. Les Anglais, mes enfants, tombaient comme les blés qu'on fauche l’automne. C'était triste de voir culbuter les beaux grands montagnards d’ Écosse, et les autres de même, mais il failait bien les empêcher de prendre le fort de Carillon. Aussi pourquoi voulaient-ils le prendre ? Quand les Anglais eurent assez de morts à compter, ils décidèrent de sn aller. N’empêche que la journée du 8 juillet 1758 fut une belle journée pour les gens de chez nous.
Mais il faut que je ine hâte.
Après la bataille de Carillon, nos pères continuèreni de se battre. Ils avaient bien des rai-
sans rie” dir, 71) Je Vous assure. Les Anglais n'étaient pas des gens s s! commodes, Ça ne faisait pas longtem;s ous se avaient déporté les Acadiens, Le Massacr: du Dp
le
ut
es D es > vous le promets, le place du drapeau 6, français chez nous.
5 La population du Canada était en 1759, de ', 82,000, (1) Eh bien ! savez-vous combien il à fallut de soldats anglais pour vaincre ce petit * peuple-à ? Devines. .
Comme on manquait de vivres, Cependant, mes petits amis, Pour vaincre ce petit peuple de vail- , il fallut environ 82,000 soldats anglais. Donc
(G) Le Canada de L. Dussieux, p. 213.
Antruo nus omaamase marrer
EH nr + verser en stés
autant de soldats anglais qu'il y avait d'habitants en Canada. Ah ! si la France avait eu le temps et les moyens de nous secourir, toute l'Angleterre s’y serait mise et les Canadiens auraient tenu bon toujours.
L'année 1759 fut une année de malheur pour nous. Les Anglais envoyèrent contre Québec une armée commandée par Wolfe. Deux autres armées devaient le rejoindre, Le gouverneur Vaudreuil avait trouvé 15,000 soldats dans la colonie. Retcnez bien ce nom de Vaudreuil, c’est le nom du dernier gouverneur de la Nouvelle-France; c’est le nom d’un Canadien français qui souffrit beaucoup pour notre patrie. Vaudreuil donc avait rassemblé 15,000 soldats dans la colonie, Pour constituer cette petite armée on avait pris tous les hommes depuis seize ans jusqu’à soixante. En outre, il y avait 5,300 soldats de troupes régulières...
La lutte s’engagea plus ardente que jamais.
Carillon et Saint-Frédérie tombèrent aux mains des Anglais, ainsi que Niagara. Puis le 27 juin Wolfe parut devant Québec. La chère cité de Champlain eut beaucoup à souffrir. Toute la basse ville fut détruite. Ensuite Wolfe essaya de débarquer du côté de Montmorency, mais il dut renoncer à son entreprise, après avoir perdu 600 hommes.
pas Une septembre 1759, Wolfe, avec hommes, sans qu’on s’y attendit, passa par l’Anse au Foulon, et dans le plus profond silence, alla s'installer sur les plaines d'Abraham. Quand le soleil se leva Montcalm vit les Anglais Campés aux portes de la ville. Comment faire ?
Lévis était à Montréal, Bougainville était occupé audessus de Québec, 11 fallait . - Pourtant livrer bataille. vs Le combat commença. Wolfe (1720-1787) et Montcalm étaient deux grands £uerriers, nies petits amis, Des deux côtés 1a Vaillance des solgénéraux fut admirable.
traversée par nt lui dire que ]
et entra dans la ville. On lui #NNONÇA que dans trois heures il serait mort, et tranquillement il urmura : «Tant mieux, je ne verrai pas les Anglais dans Québec. » Sa mort fut
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celle d’un héros chrétien. Quelques jours plus tard, Québec rendue à la dernière extrémité capitulait. Et nos pères espéraient toujours. Ce qu'ils avaient souffert, Dieu seul le savait. Malgré tout, ils voulurent se ranger encore une fois sous les drapeaux de la France. Quel dévouement ! Des enfants de douze à treize aps, des vieillards de quatre-vingts ans se rendaient au camp et voulaient à tout prix défendre la patrie. Plus de la moitié de l’armée du Chevalier de Lévis se composait de ces recrues volontaires. Quand on défend son village, mes enfants; quand on se bat pour protéger ses biens, sa famille, son égiise; quand on marche audevant de l’ennemi pour sauver la vraie patrie de l’invasion étrangère, oh !la mort est bien peu de chose. Le 28 avril 1760 se livra la grande bataille, la bataille suprême de Sainte-Foye. Murray commandait les troupes d'Angleterre, Lévis les nôtres. Quelle journée encore, mes chers enfants ! « L'eau et la neige, qui couvrait encore le sol par endroits, étaient rougies du sang que la terre gelée ne pouvait boire, et les malheureux blessés nageaient dans des mares livides où l’on enfonçait jusqu’à mijambe.» (1) Voyez ces braves de chez nous, reste d’un peuple qui veut rester français et catho-
(1) Histoire du Canada de Garneau.
À lire : Montcalm et Lévis, de Casgrain; Montcalm de Chapais; Histoire du Canada de Ferland, ete.
is, c’étaient
les Anglais com-
core ils ne l'emportéraient hommes des leurs sur le
e, ils prirent Ja fuite. Chez les
la victoire re. ; Le lendema La vieille cité de
apparaît là-bas. Qu va-t-elle arborer ? Oh!sice France ! On
Sainte-Foye qu’à se t les renforts de /’ i
es chers enfants, la d me.
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Montréal ne pouvait pas soutenir un siège, avec ses pauvres murs et ses 3,500 hommes. Non il ne le pouvait pas; il capitula À son tour. Le chevalier de Lévis brisa son épée et fit brûler les drapeaux, afin de ne pas les rendre à l'ennemi.
C'était fini.
Quand à Québec, à Montréal, aux Trois-Rivières, dans nos campagnes, la triste nouvelle fut connue, comme les vieillards durent gémir, comme nos mères durent pleurer ! Et puis, durant que dans chaque famille on évoquait le souvenir des morts tombés au champ d'honneur, durant qu'on songeait au drapeau de France parti pour toujours peut-être, l'Église canadienne était dans le grand deuil : Mgr Pontbriand, le saint évêque de Québec, miné par ses travaux continuels et par le chagrin de voir sa ville épiscopale aux mains des Anglais, venait de mourir à Montréal.
Partout des ruines, partout des deuils. Mai:
l'espérance vivait toujours au cœur de nos pères... Longtemps ils attendirent le retour des anciens
drapeaux... Et puis, la France catholique avait
jeté sur nos bords une semence immortelle; elle nou: avait laissé la foi qui fait des miracles. Les souffrances n étaient pas finies pour nous, mais nous devions vivre quand même; nous devions être « le peuple du miracle ».
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Réarïwr MILITAIRE — GOUVERNEMENT CIVIL ABSOLr
La semaine dernière r. 48 avons été témoins des efforts de nos pères pou: conserver le drapeau de la France au Canada; nous avons vu nos soldats épuisés, sans munitions, sans Pain, écrasés par le nombre, capituler à Québec et à Montréal. Jamais un peuple ne pourra faire plus que nous avons fait pour la défense de la patrie.
Oui, mes enfants, nos pères consentirent À voir les couleurs d'Angleterre remplacer celles de France, Mais c'était moyennant certaines conditions : le libre exercice de la religion catholique devait être sauvegardé, ainsi que les propriétés des Canadiens. Sans ces conditions-là acceptées par les Anglais, la bataille n'aurait certainement pas
été finie... Et puis, les Canadiens, en Passant sous la domination anglaise, avaient droit aux privilèges des sujets britanniques ordinaires ; ils n'avaient Pas consenti à se soumettre à l'autorité du roi d'Angleterre pour devenir les esclaves des Anglais, ils étaient trop braves ct avaient l’âme trop haute pour cela.
Cependant, au lendemain des capitulations de Québec et de Montréal, nos pères vécurent sous le