‹ En veillant avec les petits de chez nous [microforme]Chapitre 28 sur 35 · ANTOINE GÉRIN-LAJOIE · texte numérisé non relu

ANTOINE GÉRIN-LAJOIE

nos chers soldats chantent aussi là-bas en songeant

Et ce chant de l'exil fait passer dans mes souvenirs une figure bien chère à tous les ‘ ‘enadiens français, la figure, mes enfants, de ne poète

Octave Crémazie, inort loin de son pays. Vous avez déjà chanté « O Carillon..»

Vous connaissez peut-être « Le vieux soldat canadien » une autre pièce de Crémazie, Le vieux so!dat souffre sous ses nouveaux maîtres, et il espère toujours que les Français reviendront. Le soir, appuvé sur son fils, il se rend aux remparts de la vieille cité de Champlain et, scrutant l'horizon, il répète

tristement : « Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas?» En relisant cette pièce de Crémazie, mes chers enfants, il me semble voir les vieillards de demain assis près des rempa:ts où sur le bord des routes silencieuses ; comme le à vieux soldat », ils souffrent, mais espèrent toujours voir revenir les chers petits conscrits de la grande guerre,

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Aimez bien Crémazie, mes petits amis aimé notre patrie ct il a tant souffert !

Elle est assez longue la liste de nos poètes Patriotes, Parmi les disparus je crois bien que le plus célèbre est AZ. Fréchette, dont je vous ai déjà cité quelques vers. Les vers que je vous ai cités au sujet de la bataille de Châteauguay sont tirés, si j'ai bonne souvenance, de la « Légende d’un Peuple ». Dans ce recueil vous trouverez les plus belles pages de notre histoire mises en vers, M. Fréchette est un poète remarquable dont les Canadiens doivent se montrer fiers. Parce qu’il fut versé plus que d’autres dans l'art de faire des vers, l’histoire se souviendra peut-être plus longtemps de lui que de l’auteur du « Vieux soldat. » Ah ! je pourrais vous faire faire connaissance avec bien des poètes de chez nous; mais j'ai promis d’être court, et je veux laisser les vivants en paix. Qui parle là-bas de l'abbé Casgrain ?.… Ce n'était pas un poète l’abbé Casgrain. Non. Il n’en a pas moins rendu de grands services à l’histoire de notre Pays, et je suis bien heureux qu’on me l'ait signalé. Nos frères acadiens, pour leur part, lui doivent beaucoup... Chèré Acadie ! Elle a beaucoup souffert ! Et l'abbé Casgrain nous à fait aimer davantage cette glorieuse martyre. Il nous a fait aimer aussi la patrie canadienne-française avec ses légendes, ses pionniers, ses

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missionnaires, ses soldats, ses écrivains, ses artistes. Saluez ce nom-là avec respect et reconnaissance.

Savez-vous que je regrette presque d’avoir commencé cette course à travers nos gloires. -Je me vois dans l'obligation de laisser de côté de grands noms, parce qu'il est tard. L'autre jour, l’un d'entre vous me faisait une réflexion qui m’a plu.

« Moi, disait-il, il n’y a rien que je trouve beau comme un orateur et un soldat. »

En effet, ces hommes-là occupent une place À part dans les destinées d’une nation, et ils ont tout ce qu’il faut pour exciter l’enthousiasme des âmes gé- Jos.-Anozrus Onarnau néreuses. Aussi volontiers, (1840-18%) ce soir, je terminerai ma petite causerie en vous donnant deux noms d’orateurs célèbres de chez nous: Chauveau et Chapleau. Il y a déjà longtemps que le premier est disparu, mais certaines pages oratoires restées de lui sont encore lues dans les classes; elles aideront toujours à conserver la mémoire de ce Canadien qui fut vraiment orateur et l’un des hommes les plus ins-

truits de son temps. Chapleau, mes petits amis, est venu après Chauveau, et il a laissé une réputation d’orateur comparable à celle de Louis-Joseph Papineau. Mais son éloquence était plus douce, plus harmonieuse que celle du tribun des temps héroïques. Comme dirait votre père ou votre grand-père, « c'était une musique qui pouvait vous tenir des heures enchaîné ».

Si je ne cite que ces noms, Ça ne veut pas dire que nous comptions seulement deux orateurs. Oh ! non. Mais je crois bien, par exemple, que là sont les plus célèbres, avec Papineau, parmi nos disparus.

Au surplus, je mets de rôté, dans ce concours, nos orateurs de la chaire : nos évêques, nos prêtres. Nous avons eu des orateurs remarquables dans uotre clergé, vous ne l'ignorez pas. Vous n’ignorez pas non plus que l’éloquence de la chaire c'est la guerre à l'erreur, aux passions mauvaises sous toutes leurs formes. Le prêtre est done le soldat du Christ. En admirant l'orateur et le soldat, n'oubliez jamais le prêtre. Mais je vous reparlerai peut-être de notre clergé, si vous continuez votre assiduité au Foyer pendant les vacances.

Admires, aimez bien ceux qui ont apporté leur part de gloire à la Patrie, mes enfants; que votre ambition soit de les imiter. Bonsoir !

20 juin 1918.

Voir: Biographies canadiennes, Cangrain; Manuel d'héatoire de la lt. canadienne-française, l'abbé C. Roy. en; Man >

ÊVvÊQUES CANADIENS

La semaine dernière vous avez vu passer dans notre cinéma quelques-uns de nos historiens, de nos poètes, de nos romanciers et de nos orateurs. Cette semaine, sans déranger nos appareils, nous allons simplement faire passer sur la « toile » des évêques de chez nous. Ils ne passeront pas tous, ce serait trop long; vous ne les verrez pas longtemps, non plus, pour que nous puissions en voi un plus grand nombre.

Vous souvenez-vous de ce grand évêque qui resta toute une veillée avec vous, il y a quelques mois, je crois ?... Qui se souvient de Mgr Plessis ? Allons ! Y a-til longtemps qu'il est mort?... Je suis content de vos réponses.

Je vous ai dit, il me semble, que Mgr Plessis avait obtenu la permission de diviser son immense diocèse. Connaissez-vous le nom de l’évêque choisi et envoyé par Mgr Plessis à la Rivière-Rouge ?.… Vous ne le savez pas. Regardez bien sur l'écran ou la « toile » de notre cinéma : Ah ! notre toile n'est pas assez longue. Vous ne voyez pas la tête du premier évêque de la Rivière-Rouge. Aussi, je dois vous dire, mes chers enfants, que Mgr Provencher mesurait six pieds et quatre pouces de

hauteur. Vous comprenez pourquoi l'écran ne suffit pas. Mais ce colosse ne faisait pas peur aux enfants, allez ! Il était si bon pour tout le monde. Mgr Provencher fut sacré évêque, aux Trois-

Rivières, le 12 mai 1822. Missionnaire à la Rivière-Rouge depuis 1818, il retourna au milieu de ses ouailles avec le titre d’évêque de Juliopolis, » Vous comprenez que ce fut une grande affaire que l’arrivée d’un évêque au Nord- Ouest. La très grande partie de ces gens-là n'avait jamais vu, ni de près, ni de loin, un évêque. Comme ces gens-là étaient heureux.

Mes chers enfants, l’évêque de la Rivière-Rouge Me Provencuer n'avait pour cathédrale (1787-1853) qu’une petite chapelle préparée par lui-même en 1818. Et puis, vous vous imaginez bien que le tramway électrique ne passait pas devant sa porte. L’évêque missionnaire charroyait son bois; on le voyait derrière sa charge, marchant tranquillement, son chapelet à la main. Il travaillait, il priait, il catéchisait, faisait de longues et pénibles courses À travers son interminable diocèse.

Ces courses apostoliques, elles étaient parfois terriblement difficiles. Écoutez celui qui fut le second évêque de la Rivière-Rouge et connut les rudes labeurs des temps héroïques de Mgr Provencher : «Je n'avais pas l’idée que des hommes pussent s’aventurer dans de parcils chemins », écrit Mgr Taché après un voyage par le chemin du Bois... « Jamais grandeur ne fut plus embourbée que la mienne pendant les vingttrois jours qu’il me fallut mettre pour arriver à Pembina. Tous les jours, et bien des fois par jour, nous étions dans la boue jusqu'aux genoux, et dans l’eau jusqu’à la ceinture. »

nseigneur Mgr Taché fut d’abord

” his ad le coadjuteur de Mgr Provencher avant d’être son

successeur, Arrivé tout jeune Frère Oblat, il n'avait pas inspiré tout de suite une grande confiance. En le voyant, Mgr Provencher ne put s'empêcher de dire : « On m'envoie des enfants; ce sont des hommes qu’il me faut. » Mais à l’œuvre on connaît l'ouvrier. Quelque temps après, le bon évêque écrivait : « Des Taché et des Lafièche, vous pouvez m'en envoyer sans crainte.» En effet, ces

jeunes missionnaires, dont l’un devint l’évêque de Saint - Boniface, et l’autre l'évêque des Trois- Rivières, n'étaient certainement pas les premiers venus.

C'est en 1853 que mourut Mgr Proven: i:er.

Ah ! cet évêque comme il était bon, comme il :;ait humble, comme il aimait les âmes !

Son successeur ne manquait pas des qualités nécessaires à la continuation d'une telle œuvre. Il n’avait que vingt-sept ans quend il fut fait évêque, mais la vertu, la science, l'expérience des missions l'avaient bien préparé à ses sublimes fonctions. Savezvous comment on appelait,

hé chezles sauvages, le P. Ta.

(1818-1898) ché et son compagnon M.

Laflèche? On les appelait

«les hommes de la Prière ». Comme Mgr Provencher, les jeunes missionnaires comprenaient bien que sans la prière c’est en vain que l’on travaille. Combien de fois, mes petits amis, n’aije pas rencontré Mgr Laflèche, le vieil évêque des Trois-Rivières, “grenant son chapelet dans js rues de sa ville tpiscopale ! Je crois bien

qu'il n'allait jamais à la promenade sans avoi son Chapelet à la main. Le plus grand ora teur de son temps, qui nous dira toute l’éloquenc: qui lui venait de la prière ?

Cependant, après avoir prié longtemps, avoñ catéchisé, le P. Taché et M. Laflèche trou raient des loisirs pour étudier, pour cultiver la terre, pour faire la cuisine, confectionner des meubles, construire des bâtiments. Il fallait être capable de tout dans + missions lointaines. Mgr laflèche passa do ans au milieu des sauvages: Mgr Taché, con: vous le savez, mourut évêque de Saint-Bconiface,

Ces deu grandes âmes furent deux âmes sœurs, et el cherchèrent toujours ensemble la plus grande gioire de Dieu. Dans une longue vie d’évêque, mes chers enfants, il y a des épreuves | ien lourdes parfois. Mgr Taché ct Mgr Laflèche les connurent ces épreuves, et ils en partagèrent les douleurs, comme ils avaient partagé les souffrances de leurs jeunes années de missionnaires.

En 1890, les écoles catholiques étaient abolies, et les droits du français supprimé au Manitoba; en 1894, les spoliateurs de 1890 décrétaient la spoliation et la confiscation de toutes les propriétés acquises par les catholiques manitobains pour des fins scolaires. En fal!ait-il davantage pour faire saigner le cœur du grand évêque et du grand patriote

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que fut Mgr Taché ? Écoutez, mes petits amis, un évêque qui souffre beaucoup : « Nous pouvons dire en toute sincérité que ce imalheur torture notre âme et notre cœur plus que tout ce que nous avons éprouvé de pénible dans notre vie...» Le pauvre évêque écrasé sous le poids de la croix tomba malade. Mgr Laflèche, de son côté, écrivait, parlait avec sa plus merveilleuse éloquence, pour réclamer les droits de la minorité persécutée. Vous comprenez que cette cause leur était bien chère à ces deux vieux missionnaires. Ah ! que l'injustice peut aller Join parfois ! Malheur aux peuples injustes, aux peuples persécuteurs du Droit et de la Vérité! C’est sur la terre que sont punis les peuples coupables.

Et les deux champions eurent à supporter encore bien d'autres souffrances, je vous assure. Les vaillants soldats ne craignent pas le champ de bataille quand ils croient la justice menacée, mais ils reviennent souvent avec des blessures mortelles. Ce sont ces blessures, mes enfants, qui couchèrent dans la tombe le vaillant soldat du Christ, Mgr Taché. Voulez-vous savoir pour qui furent ses dernières pensées ? Écoutez le texte de son dernier sermon : « Laissez venir à moi les petits enfants. » Ses dernières pensées furent donc Pour les enfants comme VOus. Il inourut le 22 juin 1894. Quatre ans plus tard, son ami Mgr

Lafièche s’en allait vers Dieu à son tour, et disait à une sauvagesse du Manitoba résidant aux Trois-Rivières, qu’il n'avait jamais cessé d'aimer les chers enfants du Nord-Ouest. Ces deux grands évêques ont beaucoup aimé les enfants. Si vous aviez entendu les belles choses, toutes simples, qu'ils disaient aux enfants !

L'âme des enfants, ce fut aussi la grande préoccupation du successeur de Mgr Taché. Ailons ! Quel est le nom du successeur de Mgr Taché?

Quel est l’évêque qu’on appelle encore le «€ grand blessé de l'Ouest » ? Ah ! vous l'avez reconnu. oui, c’est Mgr Langevin. Lui aussi, je vous assure, il a beaucoup souffert pour la cause des enfants, et je crois bien qu’il est mort épuisé par ses blessures. Un jour on alla jusqu’à vouloir arracher aux murs des écoles le crucifix, l'image du Christ Rédempteur. « Venez le prendre ! » s’écria le champion du Christ, le grand évêque. Et le Christ resta là pour veiller sur les enfants et les bénir.

Et la patrie Canadienne-française mes enfants, comme il voulait que nous en soyons fiers! Un jour, le grand archevêque interpelle un enfant d'école, un enfant de votre âge.

De quelle nationalité es-tu mon enfant ?

— Canadien-français, répond le petit garçon, timide, en se levant.

On,

— Non, pas comme cela, reprend l'archevêque, de cette voix qui fit courir surtant d’auditoires le frisson de la grande éloquence. Droit, la main au front, dis maintenant : Canadien-français ! Mon enfant, quand on appartient À la première race du monde, on doit en être fier !

Vous n'’oublierez jamais, n'est-ce pas, cette leçon d’un grand évêque et d’un grand patriote ?

Il y a déjà longtemps que nous parlons de nos évêques missionnaires. Il me resterait pourtant encore d’autres silhouettes à faire passer sur l'écran du cinéma. Ce ne sont pas des silhouettes de missionnaires, mais elles n'en sont pas moins intéressantes.

Votre grand'mère a-t-elle déjà parlé devant vous de Mgr Bourget, l’ancien évêque de Montréal? C'est le 8 juin 1885 que mourut Mgr Bourget. Ce nom d’ ue, mes chers enfants, vient se placer naturellement avec celui de Mgr Provencher, de Mgr Taché, de Mgr Laflèche. Le Canada n’a pas connu d'apôtres plus dévoués à la cause du Christ et de son Église que ces quatre

saints évêques qui furent des frères d'armes et des amis

Mer Bourget a été l'homme de toutes les bonnes œuvres : fondateur de communautés relii » Protecteur des vieillards délaissés, des orins, refuge des pécheurs, consojateur des

affligés, secours des pestiférés, champion des droits sacrés de l’Église; il a combattu toujours et partout le bon combat, en proie bien souvent à d’indicibles souffrances. Ah! vous ne savez pas, vous, mes chers enfants, ce qu’un cœur noble et sensible peut souffrir au cours d’une longue vie !.…. N'oubliez pas que Mgr Bourget fut l’un des plus vaillants défenseurs des écoles catholiques, par conséquent des enfants de votre âge.

Encore une silhouette sur l'écran de notre cinéma, et ce sera tout pour ce soir.

Voyez-vous cette figure grave, ce maintien distingué? C'est bien le fidèle portrait du premier cardinal canadien, de son Émi- Aie soi nence le cardinal Tasche- (1799-1885) reau, archevêque de Québec.

Mgr Taschereau finit ses études classiques à l’âge de seize ans. Ça veut dire qu’il avait beau- ‘coup de talent, et que le bon Dieu voulait le faire aller rapidement dans la carrière extraordinaire qu’il devait parcourir.

Comme Mgr Bourget, comme beaucoup d’autres prêtres, Mgr Taschereau, dès ses premières années sacerdotales, ne craignit pas de s'approcher

ET je

” des pestiférés de 1847, et de leur prodiguer ses soins les plus assidus et les plus tendres. Ce ministère qui faillit le conduire au tombeau, ne fut qu’un incident dans sa longue et laborieuse vie de prêtre et d’évêque. Professeur, directeur, supérieur au Séminaire de Québec, il 23 fut l’un de ces éducateurs dont le dévouement, la science, l'esprit d’apostolat laissent un souvenir ineffaçable dans un collège. Archevéque, cardinal, rien n’échappa à sa sollicitude pastorale. Il ne négligea rien de ce qui pouvait contribuer au bon- “heur éternel et temporel | ‘ de ses ouailles. A l'ins. NP mr tar de Mgr Laflèche, de Le Cardinal T'ascuerr au nos évêques en général, (1820-1898) après avuir donné les enseigne ments de l’Église, il prêchait la nécessité de la colonisation, de l’agriculture. Notre premier cardinal fut un grand cardinal et un grand Canadien.

Il faudra pourtant parler encore de notre clergé. Il a fait tant de choses ! 27 juin 1918.

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