‹ En veillant avec les petits de chez nous [microforme]Chapitre 33 sur 35 · LA DERNIÈRE CAUSERIE · texte numérisé non relu

LA DERNIÈRE CAUSERIE

Ce n’est pas sans émotion, mes chers enfar que je commence, ce soir, ma dernière cause Savez-vous que je m'étais accoutumé à venir ve voir toutes les semaines, — depuis quarante-qua semaines, et, de penser que nous allons nous sé} rer, peut-être pour longtemps, ça me fait quelq chose au cœur. Vous avez été si bons, si sages, va avez paru aimer si fort la Patrie et ses gloires.

Mais il est une espérance qui me consol j'espère ne pas vous quitter entièrement. Sin causeries étaient mises en volume... En veilla avec les petits de chez nous et Pour les petites de ch nous ne seraient-ils pas les bienvenus dans v petite: bibliothèques? Durant les longues soiré d’hiver, à la maison, est-ce que les petites causeri d'histoire ne vous aideraient pas, vous et v petites sœurs, À passer le temps utilement? 1] puis, à l’école, après avoir vu et revu nos déco vreurs, nos missionnaires, nos saintes femmes, nc martyrs, nos soldats, nos pionniers, tous nos chan pions, est-ce que vous ne comprendriez pas mieu combien c’est un grand honneur d’être Catholiqu et Canadien français ?

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Permettez-moi, mes enfants, de vous conter une histoire. Il y a quelques années, un curé canadien-français se trouvait à Genève, en Suisse, Traversant un jardin public, il rencontra sur sa route un gamin d’une dizaine d'années, — « Dans quel pays sommes-nous? », dit M. le curé — « En Suisse ! mais vous ne le saviez pas ? » dit l’enfant étonné. — « La Suisse, c’est un pays inconnu, qui n’a jamais eu d'hommes célèbres ? » poursuivit le curé canadien. — Il n’en fallut pas davantage pour faire monter le sang à la figure du petit patriote de Genève. — « Comment ? » dit l'enfant, en se redressant, et du feu plein les yeux, « vous n'avez jamais entendu parler de Guillaume Tell ? »... Cette réponse indignée du petit Suisse de dix ans fit un grand plaisir au Curé canadien. Il se dit : aussi longtemps que la Suisse aura des enfants comme celui-là, personne ne pourra la réduire en

esclavage. (1)

Mes petits amis, si quelqu'un d’Ontario ou d’ailleurs osait vous dire que la nation canadiennefrançaise est une nation de rien et ad’elle ne compte pas de grands hommes, que feriez-vous ?.… Quelle belle leçon d’histoire et de dignité ne pourriez-vous pas donner à ceux qui ne vous connaissent pas, ou

(1) Voulez-vous connaitre le nom de ce curé canadienis? C’est M. l'abbé Pierre Jutras, curé actuel de La Baie-du-Febvre, un patriote, mes enfants,

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ne veulent pas vous connaître ! Malheureusemer ceux qui mettent aujourd’hui votre patriotisme l'épreuve sont bien différents du vaillant Cu canadien-français dont je viens de vous parler.

En attendant, n’oubliez pas que l’éducatio patriotique la plus complète est celle qui nous vien de la Religion. Si l’on retranchait de notre his toire nationale les pages écrites par l’Église ou sou son inspiratioà, que nous resterait-il à

Demain vous serez des hommes; vous sere aussi des chrétiens fervents, c’estentendu. Et vou. grandirez chaque jour avec la suprême ambitior d’être quelqu’un dans le monde, pour la plus grandi gloire de Dieu.

Vous chercherez toujours et partout la Vérité dans les sentiers de l’honneur et du devoir, et vous aiderez vos frères à fuir le mensonge, Pour riez-vous autrement rester dignes de nos pères ?

A iexemple de Champlain, de Jean Nicolet;

‘de Maisonneuve et de tant d’autres, vous lirez

souvent l’évangile et la vie des saints.

Au matin des lourdes tâches, sur les champs de batailles ou ailleurs, vous vous souviendrez de Dollard des Ormeaux et de M. de Beaujeu à genoux à la table sainte. Le Dieu de l’Eucharistie, c’est le Dieu des armées.

Vous vous souviendrez aussi que les plus belles victoires sont celles que l’on remporte sur soi-

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même, car « celui qui s’est vaincu, rien ne le vain-

cra, ni les éléments, ni la fortune, ni le péché, ni e

la mort...»

Et ces victoires, plus belles que celles des grands capitaines sur les champs de bataille, vous les remporterez en fuyant l’ami corrompu, le livre impie et corrupteur, le tableau impudique et l’image obscène, en fuyant toute société légère ou mondaine, capable d’énerver votre volonté et de troubler votre cœur. Vous remporterez sûrement des victoires merveilleuses par le travail, l’obéissance, la prière, la fréquentation des sacrements.

Ces combats, mes chers enfants, il vous faudra les soutenir demain, après-demain, toujours, jusqu’à la fin de votre vie. La vie de l’homme est un combat continuel, un sacrifice de tous les instants. Le sacrifice, apprenez donc dès maintenant à le pratiquer. C’est le sacrifice qui procure le plus de bonheur sur la terre; c’est lui qui donne la paix au moine dans sa cellule, le sourire à la vierge du cloître; c’est lui qui fait naître les grandes œuvres et les grands peuples; c’est lui qui ouvre les portes du ciel à l’âme-chrétienne.

Il n'y a pas longtemps, une fillette allait mourir, Elle appela son petit frère et lui dit ces paroles que vous garderez bien pour vous-mêmes : « N'oublie jamais qu’au moment de la mort on

ne regrette pas d’avoir fait des sacrifices pour le . bon Dieu. Fais beaucoup pour le bon Dieu...»

Et je Vous dis ces choses, mes enfants, parce q'ie je suis prêtre et que vous êtes chrétiens; je vous les dis aussi parce que prêcher le patriotisme aux petits Canadiens français, sans prêcher la doctrine de l’Église, c’est perdre son temps.

Vous aimerez donc beaucoup votre pays, mais vous aimerez avant tout et par-dessus tout Jésus et son Église. N'est-ce pas, du reste, ce que vous ont enseigné Jacques-Cartier, Louis Hébert, Mgr de Laval, Dollard des Ormeaux, tous ces pionniers, ces martyrs, ces chefs de la race, dont les noms sont gravés pour toujours dans vos âmes d'enfants ?

Encore un mot, et je vous dis adieu. Bientôt

Vous ne serez plus des enfants, et vous quitterez votre mère, votre père, vos frères, vos sœurs, la maison qui abrite aujourd’hui votre heureuse enfance; vous irez peut-être bien loin de la petite patrie, peut-être loin de la grande patrie, Oh! alors, mes petits amis, promettez-moi donc que vous relirez souvent votre catéchisme, l’évangile, et puis, autant que possible l’histoire sainte, l’histoire du Canada et la vie des saints. Aux heures sombres, de lassitude, de découragement, d’écarts peut-être, comme ces livres vous apporteront des lumières, des forces, du courage ! Ils feront passer devant vous tout un monde de souvenirs

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ensoleillés, vous attireront vers le Dieu de votre mère et des petits enfants ; ils ouvriront devant vos regards des horizons plus larges et pleins d’espüirs; ils vous rendront capables de toutes les vertus et de tous les héroïsmes.

Bonsoir, mes petits amis, mes petites amies ! Priez pour moi. :

18 juillet 1918.

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