‹ En voyage: poésies. Récits et souvenirsChapitre 12 sur 65 · LE MIROIR · texte numérisé non relu

LE MIROIR

Je les retrouve! ainsi j'obserrais, j'écoatais, J'admirais. Aujourd'hai, suis-je ce que j'étais? J'attendSy j'appelle en vain l'émotion intense Des jeunes souvenirs évoqués à distance; Où sont-ils, ce prestige et cet enchantement Indicibles, qui n'ont peut-être qu'un moment ?

C'est la môme clairière où j'écartais les herbes ; Voici les genêts d'or dont j'arrachais des gerbes; Les chênes sont plus hauts, les saules plus penchés : Mais les oiseaux chanteurs y sont toujours cachés; Sur les mêmes coteaux grimpent les mêmes vignes; Ce sont, à l'horizon pourpré, les mêmes lignes, £t les petits clochers au tintement si pur Ou*on aurait dit des voix s'envolant dans l'azur I

Mais ces tableaux, dont l'âme alors était ravie, Je les vois à travers les brumes de la vie.

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Toajoars s'épaississant dès qu'on est loin da seail; A travers les ennuis, les mécomptes, le denil. Les sens plos émoassés, la raison pins savante, Toat ce qai froisse, irrite, hamilie, éponvante Et décourage! Ainsi, quand nous Tinterrogeons, La nature est la même, et c'est nous qui changeons! Rien n'a pu l'altérer : c'est nous seuls que tout blesse ; Nous mesurions sa force, et non notre faiblesse; Avec d'autres pensers, nous avons d'autres yeux; Nous la jugeons moins belle, étant déjà trop vieux; Notre propre bonheur nous la peignait plos tendre; Jeune, on lui donnait tout : vieux, il faut tout reprendre! Je trouve moins de charme aux lointains carillons; Les champs ont moins de fleurs et moins de papillons; Je sens ce que l'esprit met de soi dans les choses : El la nature en nous fait ses métamorphoses!

Elle n'est qu'un miroir, et nous rend nos rayons :

Elle a beau se montrer, c'est nous que nous voyons;

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