RÉPONSE
Paris.
Il faut dans tout terrain la place d'une tente! Je sais à Bougival un chalet qui me tente.
L'horizon, que i*on touclie, expire à Saint-Germain Mais on y peut monter par un très bon chemin.
Carnet ds voyage, 1880.
J'ai va de mon wagon trois villes aujourd'hui. On dirait de chacune : c< Ici loge l'ennai! > Je me demande à quoi la volonté s'exerce, Puisque ni l'industrie ou l'art, ni le commerce N'ont éclairé ces murs du plus pâle renom.
Sur la carte un point noir ; mais un souvenir, non! Nuls débris, nul portail classé, nulle statue Qui simule une gloire et qui la perpétuel Des places sans héros, des gares sans buffets!
Ili LASSITUDE.
Ce sont trois bourgs qu'on a décorés de préfets, Et qui sont peints à fresque, au rebord de la route, Pour varier la vue et rappeler, sans doute.
Que la France, après tout, est un pays peuplé, Où les hommes aussi poussent comme le blé!
Est-ce l'ennui vraiment? — Brave fonctionnaire. Qui vas d'un pas égal à ta tâche ordinaire; Rentier qui fais, le jour, ta promenade aux champs. El règles ton sommeil sur les soleils couchants; Petit bourgeois lettré, d'allure solennelle.
Qui peux, chaque matin, lire sous ta tonnelle Tes auteurs préférés et ton journal ami; Commerçant au repos, qui fus jadis fourmi.
Et sais goûter, après ton dernier inventaire, Dans ton logis bien clos un loisir volontaire, Et, las de politique et timide au scrutin,
De nos bruyants débats n'as qae Técho lointain;
Officier, poar qui l'âge a sonné la retraite,
Qui réunis au coin du feu, dans ta chambrette,
Un vieux groupe d'amis dont la ûdélité
Donne au whist familier des airs d'éternité;
Petites gens, serrés au seuil de vos boutiques,
Devisant, tous les soirs, d'intérêts domestiques,
Vivant de voisinage et vous tendant la main.
Sûrs de recommencer un même lendemain ;
Médecins, percepteurs, juges de paix, notaires,
Mieux fixés à vos murs que vos pariétaires,
Vieux chevaux au manège ensemble condamnés,
Qui trouvez assez grand le cercle où vous tournez ;
Vous tous, les ignorés, les humbles, - la province, —
Dont la vie est si simple et d'un tissu si mince,
Dois-je vous plaindre? A qui le poids est-il plus lourd?
Vaut-il mieux que le jour soit trop long ou trop court?
Vaut-il mieux que la vie ait ou non sa décharge,
Et qu'on reprenne haleine, et qa*on ait cette marge? Vous distinguez encor le mois et la saison; Vous avez le jardin derrière la maison, Où l'espalier se noue en fruits de toutes sortes ; Vous regardez passer le temps devant vos portes, Tandis que nous courons après lui, triples fous ! Les plus déshérités, est-ce nous? est-ce vous?
Amie, en y songeant, voilà bien des années
Que je ne connais plus les tranquilles journées,
Le bois oii l'on s'endort, la rive ou Ton s'étend.
Le bateau qui s'oublie au large de l'étang,
La ronce ou l'on s'attarde à voir la libellule.
L'herbe où l'on cherche un monde étrange qui pullule,
Les sentiers où les sphinx vous effleurent 4e front,
£t, le soir, le silence infini qu'interrompt
Un aboiement lointain, triste, sans rien d'intense,
Qai donne an sentiment de Tobscure distance.
Et qa'on entend» toujours plus rare et plus voilé,
Par delà les jardins, sous le ciel étoile,
Quand on est revenu dans la maison discrète,
Où la lampe s'allume, où le souper s'apprête,
Avec le rire libre ou les graves propos !
Ah I je sens la fatigue I ah I j'ai soif de repos!
J'ai trop vécu, trop vu, trop lutté pour la vie !
Le repos ! le repos! irrésistible envie !
Un lendemain bien vide après le jour rempli,
Dans ta moindre vallée et dans ton moindre pli,
Nature ! un de ces coins que tu gardes peut-être
Pour tes meilleurs amis, dignes de le connaître ;
Une roche cachée, un vieux tronc de sapin
Que n*aura pas encor marqués le « Club Alpin > ;
Une case rustique à satisfaire Horace,
Sans fâcheux, sans journaux, sans lourde paperasse,
Avec l'odeur des foins et le bruit des ruisseaux,
Et le lierre, et la rose arrondie en berceaux, Et, tout le jour, la douce et fière solitude 1 Un seul livre, celui de Dieu, pour toute étude; Une voix seulement, la tienne ; un seul espoir, Vivre jusqu'au matin, puis vivre jusqu'au soir 1
Car de quoi s'âgit-il, après tout ? 0*être à môme, De regarder la mort bien en face ! — dilemme! Être heureux dans cette ombre, être obscur, être oisif. Ou bien, dans la fournaise ardente, brûlé vif. Être quelqu'un, livrer son cœur, jouer son àme, S*agiter jusqu'au bout dans Tenfer, dans la flamme, Lutter encor, lutter toujours» lutter en vain: Peut-être se survivre, en tout cas vivre enfin ! Faut-il opter? Mon choix, sans doute, serait sage, Et tu l'approuverais dans ton prochain message! Qui sait? peut-être, un jour,— et ce jour n'est pas loin,-
Nous viendrons, nous aassi, chercher un petit coin
Dans une verdoyante et calme perspective,
Pour y goûter la paix, — la paix définitive!
Quand, lassés des salons où nous fûmes fêtés.
Nous aurons épuisé toutes les vanités;
Quand nous aurons connu, de Paris et du monde,
Tout ce qui stérilise et tout ce qui féconde;
Quand nous aurons frôlé les grands hommes de près,
Sondé les passions, scruté les intérêts,
Serré discrètement la main des politiques,
Coudoyé les croyants, les chercheurs, les sceptiques,
Salué le génie, applaudi le savoir,
Tenté de tout comprendre, essayé de tout voir;
Quand nous aurons assez dépensé de nous-mêmes
Pour les devoirs certains ou les vagues problèmes;
Quand nous aurons senti qu'il est temps de vieillir,
De se faire oublier et de se recueillir,
Et que le sage doit, même avant qu'il ne meure.
Ébaucher uq < ci-gU » au froat de sa demeure : Alors nous panirons, sans tourner le regard ; * Nous nous ferons un nid, — le dernier, —quelque part, Avec nos souvenirs aimés, nos deuils, nos fêtes 1 £t Ton dira : < Ce sont des bourgeois très honnêtes, Qui ne font point de bruit et dont nul ne dit rien, Mais qui sont doux au pauvre et sèment quelque bien ! * Et nous aurons aussi la maisonnette basse, Et le verger derrière, et, tout autour, l'espace : Et ce vieux que je vois, au milieu du chemin. Sourire et faire un geste amical de la main A cette bonne vieille assise à sa fenêlre, — Qui sait? — ce sera moi, ce sera loi peut-être! Et nous croirons, penchés sur la ligne de fer, Voir notre passé fuir dans ce rapide éclair !