LU
VERS INSÉRÉS DANS LE VOLUME INTITULÉ : « TOMBEAU DE THÉOPHILE GAUTIER. »
Je n'ai jamais cru, maître auguste, A ta placidité sans tin :
Plus d'un gourmet souffre la faim Devant le plat d'or qu'il déguste.
Ces délicats, qu'on juge heureux Au banquet de leur fantaisie,
i94 LE MAL DU POfiTE.
Ont des fatigues d'ambroisie Dans leurs appétits douloureux.
Tous ceux dont Toreille est si tendre, Tous ceux dont rœil est si perçant, Épris d'un idéal absent, Voudraient mieux voir et mieux entendre!
L'artiste lutte obscurément Au plus profond de sa cervelle :
Chaque beauté qu'il nous révèle Garde le secret d'un tourment.
Ce qu'il nous prodigue et nous livre, C'est sa substance, c'est sa chair !
Son moindre rêve coûte cher; Il meurt dans sa toile ou son livre!
Tant de visions, dans les airs
Flottant au hasard confondues, .
tant de sonorités perdues Qu'on voudrait fixer en concerts ;
Tant de tableaux qu'on voudrait peindre, De parfums qu'on voudrait humer, De formes qu'on voudrait aimer, D'horizons qu'on voudrait atteindre,
Font un supplice qui n'est su Que de ces martyrs, fous ou sages, Dont nous scrutons les fiers visages, Oii nul effort n'est aperçu I
Ton impassible quiétude.
Gomme un masque toujours serein.
Des psychologues d*outre-Rhin Eût défié la longue étude.
Tout Voyant semble an endormi Qui peut oublier ou décrire Le mystère de ton sourire Et de tes yeux clos à demi?
On aurait dit que ta paupière Redoutait nos tristes réveils!
Il faut de plus ardents soleils A ces amants de la lumière!
Même aux regards de Tamitié Tu simulais Tindifférence, Pour mieux voiler une souffrance Qui se dérobe à la pitié!
Ta mort a fini cette guerre Où Tathlète que rien n'abat Se livre à soi-même un combat,
Qui reste ignoré da vulgaire.
Retoarne à Timmense inconnu !
Prends dans tes étreintes puissantes Les figures éblouissantes Dont ton rêve s'est souvenu !
Chercheur de plages chimériques, De mer en mer toujours trompé, A nos mensonges échappé, Vole aux divines Amériques
Laisse-nous les pâles décors, Les teints flétris, les molles danses!
Les âmes ont des confidences Plus merveilleuses que les corps?
Quitte ces fantômes sans nombre Que ton amour avait fêtés;
LK UAL DU POfiTE.
Toncbe enfin les réalités Dont ta ne cAressais qae l'ombrel
Le sommeil c&lme et souriant Qui dans la tombe t'accompagne A plus de conlears que l'Espagne, Et de rayons que l'Orient I