LE LAC BLEU
Oui, tu fais bien d'aimer ces poèmes écrits * Avec des pleurs, avec des sanglots et des cris ! Es-ta sûre pourtant, quand rêveuse, étonnée, Du poète blessé tu plains la destinée, Que le mal dont il souffre ait sa racine au cœur? Le. deuil de l'élégie est quelquefois trompeur: Aux tristesses de l'art une force est unie ; Une sérénité plane sur le génie ;
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La douleur peut voiler le regard languissant, Mais l*àme, en ses secrets, garde un calme puissant.
Écoute : dans un coin perdu de la Savoie, Où des Alpes sans fin la ligne se déploie, J3 sais une montagne aux smueux contours, Un sommet ignoré qu'on gravit en deux jours.
Une gorge profonde y conduit ; les vallées Y roulent des torrents les eaux amoncelées ; Le chamois y rumine et l'aigle y fait son nid. De rochers en rochers, aux fentes du granit, L'écume en jaillissant bouillonne ; l'avalanche •Y poudre les vieux pins de sa poussière blanche; Dans des sentiers étroits le pas du voyageur Hésite ; son sein bat, et son regard songeur Mesure, aux bords fuyants du rocher qui surplombe,* Le précipice obscur où s'entr'ouvre une tombe; Il cherche en vain la cime ; il rampe et, de se^ mains,