‹ En voyageChapitre 48 sur 65 · IV. DE VARENNES À VOUZIERS · texte numérisé non relu

IV. DE VARENNES À VOUZIERS

De Varennes à Vouziers, il n'y a pas grand'chose. A Grand-Pré une assez belle église du treizième siècle, dont le clocher, charpente, plomb et ardoise, est percé vers son milieu d'une baie curieuse que j'ai dessinée. Sur la colhne qui domine le village, il ne reste plus rien du château de M. de Joyeuse qu'un incendie a ruiné il y a deux ans. Le tombeau de M. de Joyeuse est dans l'église, une noble tombe en marbre noir comme le seizième siècle seul savait les sculpter.

Du reste, un jardin de huit lieues, à travers lequel court la route bordée de sorbiers dont le soleil d'août allume toutes les belles grappes rouges. De temps en temps on rencontre un carré de sarrasin qui ressemble à une grande fourrure de petit-gris étalée sur la plaine, et de tous les côtés les champs pleins de fleurs envoient dans l'air des veines de parfums que vous traversez avec délices.

Après Grand-Pré, une forêt se présente. Les collines sont âpres. La route grimpe. Les villages disparaissent. A peine voit-on par intervalles à travers les branchages une hutte de charbonniers bâtie en mottes de gazon ou dans une clairière une tuilerie qui fume à plein toit. Au bout d'un quart de lieue tout vestige humain s'efface, excepté la route qui étincelle sous les pieds des chevaux.

On cause dans la voiture. Cette forêt est assez dangereuse, dit-on. L an passe, on y arrêtait les voyageurs. En ce moment, j'aperçois derrière un gros chêne trois hommes en blouse, tout hérissés de barbe et de favoris, coiffés de chapeaux déchiquetés et armés d'énormes bâtons. Je questionne le conducteur. Comme la route n'est pas sûre.

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ce sont de braves gens qui surveillent amicalement la torêt. J'avoue que je les avais pris pour autre chose. Rien ne ressemble à un loup comme un chien.

D'ailleurs la forêt a des endroits magnifiques. Par moments, c'est une immense cathédrale de branches. Les verdiers et les bergeronnettes sifflent à qui mieux mieux dans ces protondes broussadles, et les nuées volent joyeusement au-dessus de ces beaux arbres. Quant à la loute proprement dite, c'est un vrai chemin de Champagne, il m'a paru qu'on entretenait avec soin les trous et les fondrières.

— QiLJ a-t-il i Vouziers? demandais-je à mon conducteur. Il m'a repondu : Un sous-préfet. J'y ai trouvé un portail de la renaissance. Un ravissant portail, composé d'une grande archivolte accostée de deux plus petites; le tout fouillé en mille détails fourmillants par le ciseau le plus tendre et le plus spirituel. Au-dessus des archivoltes la Révolution a décapité et le .temps ronge tous les jours quatre nobles statues de la plus superbe tournure.

Pour aller de Vouziers à Reims, dix-sept heues par la grande route, treize par le chemin de traverse. J"ai pris le chemin de traverse. En Champagne, la route royale et le champ des bœufs se valent.

Ici, plus rien, qu'un désert. Des chaumes à perte de vue. Dans les treize lieues, on rencontre quatre villages. L'auberge d'un de ces villages s'appelle l'A.uherge de la plume an vent J'ai noté l'enseigne qui m'a paru originale et jolie. Les voyageurs trouvent ce pays hideux. L'horizon est pourtant d'une belle ligne et les bords de la route végètent fort richement. Voici ce qu'on disait dans la voiture : — Mauvaise terre, labourée avec un seul cheval! — Cela ne vaut pas 100 francs l'arpent, cette terre-là, gageons ! — Voilà de l'avoine dont je ne donnerais pas 6 francs le sac au marché de Vouziers. — Il y avait en effet dans ce champ plus de coquelicots que d'avoine. Moi, je les écoutais parler et j'admirais en combien de belles fleurs bleues, blanches, jaunes, rouges et violettes peut se résoudre une vilaine terre livide et crayeuse.

Un autre fragment inédit du"Vbyage terminait la Lettre XXV, Le Rhin, qui, dans la première édition, était la dernière du livre.

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