XXV. LE RHIN. (Suite et fin
.. .J'ai, vous le voyez, mon ami, employé un mois à remonter le Rhin de Cologne à Mayence; puis, j'ai mis six semaines à le revoir et à le parcourir en tous sens. J'ai visité les burgs où personne ne monte, les musées où personne ne s'arrête, les bibliothèques où tout le monde passe. Jai osé aborder, oh! simplement en fouillant et en furetant çà et là, les vingt-cinq mille volumes de Darmstadt, les dix mille "de Neuwied, les quatrevingt mille de Bonn, les quatrevingt-trois mille de Mayence, les soixante-dix-sept mille de Cologne; plus, à Mayence les incunables et à Cologne les coloniensia, les itiiieraria Atitoniiii , la tabula peutingeriana, le geBa regnm f\tiiconim de Frédégaire, Jordanis, Paul Diacre et le moine de Saint-Gall; la chronique de Regnion, le codex Carolinm, le libellm Abkitisj Abbon sur les normands, Widukind sur les saxons, Hermold sur les esclaves; les lettres de Gre-
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goire VII, recueillies par Ulric, moine de Bamberg; le Cosniodromium de Gobelinus Persona; Albert de Stade et Albert Kranz; Vitoduarus, Henri Sterc, Paul Jove, Jean Tnthème, jEneas Sylvius, le secrétaire des conciles devenu pape, Hartmann Schedel, le médecin de Nuremberg; le livre des diètes de l'empire, le miroir de Souabe et le miroir de Saxe, la chronique de Thuringe et la chronique d'Alsace. . . Je ne vais pas au bout de cette énumcration homérique ou rabelaisienne. J'ai donc un peu feuilleté les livres; j'ai surtout beaucoup questionné les ruines, ces livres de pierre. J'ai beaucoup cherché. Ai-je un peu trouvé.? Vous en déciderez.
Que reste-t-il du passe dans les ruines du Rhm.'' Voilà la question que je m'étais posée et que j'ai tâché de résoudre. Ce travail, si curieux, si beau et si tentant, n'a encore été fait par personne. J'ai eu l'idée de l'ébaucher. Un meilleur que moi l'achèvera. Hélas! le temps passe. Chaque jour, je ne saurais trop le répéter, les ruines rentrent dans le sol, les tours s'affaissent en décombres, les décombres se résolvent en poussière, la poussière s'envole, et avec elle les faits, les mémoires, les traditions, les ombres des hommes du passé! Chaque écroulement est une rature sur les siècles; chaque démolition fait un trou dans l'histoire; et avant peu, il ne restera plus que quelques lettres déformées et inintelligibles du vieux registre de granit que j'ai essayé de déchiffrer.
Nous restituons à la belle et longue lettre d'Heidelberg ce passage qui en faisait partie et qui en avait été détaché.