DANS CJVE PETITE CHAMBRE
le (Juc ci'Eughien et quelques bravaches de l'armée de Condé.
Mais, loin de là : le petit Bonaparte ne parla pas plus du chevalier de Saint-Réjanl et de ses entours, ijue si ha machine infernale n'eût jamais existé ; il ne dit pas un mot de la cerlaine dame d'oiitre-Rhin , cousine de Charette ; ce qui remil du l)auiue dans le sang de son interlocuteur et le persuada qu'il ne savait rien. Le consul , tout au contraire, le caressa de paroles flatteuses, le complimenta sur les sages idées législatives et d'administration qu'il avait émises au Sénat , sur ses discours et sur quelques vues d'amélioration qui étaient en partie les siennes. Puis, la conversation devenant plus inlime , le général sonda le sénateur sur ses connaissances en diplomatie et même en finances; il appréciait déjà sufiisamment son mérite comme jurisconsulte, lis causèrent ainsi environ une demi-heure, ce ijui était une
faveur bien rare de la part d'un honmie aussi expédilif et aussi avare de son temps que le jeune général. Bien des témoins de ce colloque intime et presque amical en furent jaloux, et ne manquèrent pas d'en tirer mille conjectures plus ou moins vraisemblables. Les uns prétendaient que Monsieur le sénateur Bussy de Compiègne allait passer à la présidence de la cour de cassation; d'autres le faisaient chef de la trésorerie , ministre des relations extérieures, et l'installaient déjà dans l'hôtel de la rue du Bac ; ou allait jusqu'à le nommer grand-juge et ministre de la justice au lieu et place de monsieur Bégnier; enfin secrétaire d'état en remplacement de ce bon Monsieur Maret, qui fut fait depuis duc de Bassano.
Mais tous ces bruits dénués de fondement tombèrent devant les colonnes du Moniteur Universel , qui annonçait , quelques jours après, que M. le sénateur Bussy de Compiègne,
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ex-c!épulé à la Convention , chargé d'une mission particulière par les consuls , parlait pour un long voyage, pendant lequel il devait présider la consulta législative de la république Cisalpine ; former six départements du Piémont; asseoir les bases des traités par lesquels l'Espagne^ nous abandonnait le territoire de Parme; et les états de Naples , celui de l'ile d'Elbe, de Porlo-Longone et la principauté de Piombino. De là le plénipotentiaire devait se rendre à Rome pour y régler avec le Saint- Siég^ les préliminaires du concordai , et enlin se transportera Berne, pour s'entendre avec la diète helvétique ; ce qui devait amener plus tard la Confédération Suisse , dont le général Bonaparte se déclarait le médiateur.
C'était encore un nouveau coup de fortune bien subit, bien inattendu, et un témoignage de confiance auquel il devait être d'autant plus sensible. Le bon sénateur, toutefois, no quiua
pas Paris sans quelques regrets; car à vue d'œil, tant de travaux divers devaient exiger une absence d'une ou deux années ; mais le maître avait parlé, il fallait se taire, remercier et partir sans retard. Il partit donc , mais plein de dévoiimenl et forcé à l'admiration envers le jeune consul qui, le tirant delà foule, l'avait élevé en moins d'une année jusqu'à la dignité d'ambassadeur. Il monta dans sa chaise de poste, accompagné cette fois de deux secrétaires , en s'écriant : décidément ce petit Bonaparte est un grand homme.