R. DE S
René de Sorbières à Auguslin Sanajou .
" C'était au milieu du jour; — comme j'étais dans la cahute, elle envoya Esther m'appeler. — J'arHvai auprès d'elle avec empressement.
« — Me pardoijnez-vous devons déranger? dit-elle.
« Je répondis par un sourire qui devait exprimer suffisamment que je lui pardonnais.
(( — Nous, voudrions , cohtinua-t-elle , planter des pervenches dans notre petit jardin, et nous voulons vous demander la permission d'en arracher quelques touffes.
c( — Je vous en choisirai moi-même que je vous enverrai demain matin.
« — J'avais un peu peur de la pluie, me dit-elle en me mofttrant des vapeurs sombres qui montaient à ITiorizon.
« Je répondis de Tair et du ton le plus indifférent que je pus prendre :
« — Si par hasard vous vous trouviez surprise parla pluie, il y a là une cahute où Ton serre les outUs de jardinage où vous trouverez un abri.
«Elle me regarda fixement et d'un air interrogatif . « — A moins, continuai-je, — ce qui vaudrait mieux, — que vous fissiez Thonneur de frapper à la maison et de vous y mettre à couvert.
« J*agissais en ce moment comme ce député qui, voulant obtenir un bureau de tabac pour sa vieille servante, demandait en même temps la pairie pour lui-même, — afin qu'on lui accordât la première chose pour adoucir le refus de la seconde.
« L'offre hardie de la maison rendit toute simple et toute modeste l'offre de la. cahute sur laquelle on se replia. — Elle s'inclina légèrement sans répondre. — Tenez, dis-je, voici où on met la clef. — Par ce on^ je voulais faire comprendre que c'était un endroit 6anà1
appartenant à la vieille Bérénice et au jardinier autant qu'à moi. — Puis, je la saluai et partis, laissant la caliute ouverte, — car je voyais Torage monter.
« Je m'enfonçai sous les arbres. — Bientôt de larges gouttes d'eau tombèrent avec bruit sur les feuilles. — Puis les éclairs sillonnèrent le ciel, puis le tonnerre gronda au loin. — Je reçus toute la pluie avec une joie profonde. — Évidemment elle avait dû profiter de rhospiîalité de la cahute; — elle y était entrée une fois, — c'était tout.— rLes jours plus courts qui allaient venir, la fraîcheur des soirées, ne l'empêcheraient pas de venir à mon jardin comme je l'avais redouté.
<( Bientôt, — un vent léger chassa la nuée, le bruit du tonnerre s'éloigna, — le ciel a^eparut bleu et limpide, le soleil changea en diamants étincelants les gouttes de pluie restées sur les feuilles, — et il ne restade l'orage qu'une douce senteur exhalée du feuillage des chênes et des fraisiers sauvages. Je rentrai chez moi, — il n'y avait personne, mais la cabane était fermée et la clef accrochée à la place que j'avais indiquée.
« Le lendemain matin, je lui envoyai quelques touflfes de. pervenche, — et une bécasse que j'avais tuée auprès de l'étang.
« Vers deux heures, j*ai trouvé dans la cahute un