‹ Encore les femmes (volume 3)Chapitre 25 sur 39 · DES SUCCÈS DÀÎSS LA RUE · texte numérisé non relu

DES SUCCÈS DÀÎSS LA RUE

n est une illusion que , malgré mon désir de leur être'agféable, il m'est impossible de laisser aux femmes : — c'est celle qui fait leur prendre pour des succès certaines manifràtàtions relatives à leurs charmes. — Il faut leur expliquer que c'est d'une insulte qu'elles sont fières, que c'est d'une humiliation qu'elles s'enorgueillissent.

Je.reàx parler des succès de la rue, d'une admira-. tSon excessive, exprimée dans les endroits publics, et des conséquences d'icelle.

Il n'est pas rare de voir une femme d'une beauté *ssez ordinaire raconter volontiers avec un apparent dépit^ qui dissimule très*mal ou très^ueu une vive sa*

tisfactioD, qu'elle ne peut sortir sans être suivie, que que les hommes sont bien ennuyeux.

En môme temps on voit des femmes d'une grande et incontestable beauté n*étre jamais suivies par personne, ne jamais savoir l'opinion des passants sur leur compte , et traverser sans périls et môme sans inconvénients les parages les plus fertiles pour les autres en dangers et en aventures. Je vous disais tout à rtieure qu'on ne sait pas jusqu'où va la timidité des hommes; — pour ma part, j'ai plus de quarante ans, je suis dans les circonstances ordinaires de la vie à. peu près aussi résolu qu'un autre, — eh bien! je déclare qu'une fille de seize ans m'intimidera jusqu'à la confusion quand elle voudm , non pas par de grands mots et par des phrases de livres, mais par l'aspect de la candeur, de la dignité et de la réserve.

Il faut ajouter un second axiome au premier :

Les hommes sont plus timides et moins désintéressés qu'on ne croit.

Quand un homme manifeste par des paroles, par des regards, l'admiration qu'il éprouve pour une femme rencontrée dans la rue, je ne vous dirai pas comme le libretto de l'ancien ballet de Noverre, Vmlètement des Sabines : « Les Romains témoignent par leurs gestes qu'ils manquent de femmes. > Je

TOUS dirai que ces témoignages ne sont pas arrachés malgré eux aux passants, comme le oh! ou le ah! qui s*exhale avec un soupir d'une poitrine oppressée au spectacle d'un beau coucher du soleil sur la mer, ou à la lecture d'un beau livre , ou h Taspect d'une très-belle femme dont il serait donné de contempler en réalité la beauté , non pas dans la rue enveloppée, affublée, défigurée, mais chez elle ou dans un salon un jour de bal. Non, ce n*est pas un excès d'admiration qui déborde du cœur comme d'une coupe trop pleine. Ce qui fait qu'un homme suit une femme dans la rue, ce n'est pas ce sentiment qui faisait que les disciples suivaient le prophète , que le troupeau suit le pasteur tout en le précédant Ce n'est pas la reconnaissance spontanée de la souveraineté. Hélas! non, c'est une chanson qui se pourrait traduire ainsi :

Mon Dieu, monsieur Corbeau, que vous êtes Joli; Vous vous faites sans doute habiller à Paris.

Cela ressemble aussi au miroir que le chasseur fait tourner pour attirer, éblouir et prendre les alouettes. Le loup aussi suivait le petit Chaperon-Rouge par les chemins, et c'était pour le manger. Àhl vous croyez que c'est par admiration pour votre chapeau

S5a ËNÇPJRE LES FEMBIES^

neuf et pour votre gentillesse que l'on ypus suit? Ahl vous croyez que Ton ne peut s'empêcher de louer votre bçau plumage ! — Ah ! vous croyez que c'eM pour tous être agréable que Von fait ^purnoye^ insipidement et d'une façon écœurante les diverses facettes de phrs^ses vulgaires , toujours les inêmes , qi^e vous trouvez charmantes quand elles vous soiit adressées , n^ais quç vous jugez mim% quand ç'^st i^ne autr^ qui en est rpbjet !

Upe femme avpu?dt çepi : — « ;|^ieii n'est pî^s ennuyeux que les compliments q^ie l'çin fait à unç autre. »

Non , non , mes bellesf orgueilleuses , c'f^st h yotrft frpinage, c'est à votre petit pot de beur^'e et à votre galette qpe l'on en veut ; c'est vous-mêmes que l'on veut manger toutes crues , comme le loup naangea le petit Chaperon-Rouge ; — on veut vous prendre comme les alouettes, je vous le dis en vérité.

Certes , si ma ^énionstratipn s'arrêtait }à , j'aurais fait une assez mauvaise besogne. — Celles de mes lectrice^ qui <i qe peuvent (^ire viQ p^s s^qs étfe suivies » diraient : — Eh bienl après? ^QWt ce que vous 0ites li, s'appligup s^ V^W^^F ^"^ !^^^^ inspirons souç qiielqqp fqrole et pn quelque^ ]\i^\\ qu'j^ s^ prés^te.

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Vais ce n*est qu'un premier point que je termine en disant : Voilà pour le désintéressement (^es hommc^ç dans ce genre d'hommages.

Continuons.

Si maUre Renard ayant dit h maitre Corbeau : — Bonjour, monsieur Corbeau, comment ypu^pprtez- Fous? le Cprbeau, au lieu de lui réppnclre :

— ilerci, monsieur Renard, ça ne va pas mal, — et yousî

Avait persévéré à becqueter et à gp^qt^r spn fromage, maître Renard aur^t syouté un yefs ou ^e^x; mais s'il n'^vaif pas obtenu de réponse, il aurait continué sa route. Si le petit Ç^aperon-Rouge n'avait pas raconté aq loup qu'il allait chez la mère-grand porter mi§ galette et un petit pot de beurre, le loup ne serait pas ^\lé manger d'abord la mère-grand et epsuite le petit Ct^aperpn-Rouge comme dessert.

Si les alouettes ne venaient pas planer béteinent audessus du miroir que fait tourner le chasseur, le çhf(sseur sp lasserait bien vite de tirer la ficelle.

J§ voudf'ais bien vous exprimer très-poliment par )à qu'une femme trop suivie ou trop complimentée dans la rue doit s'en offenser et s'en affliger» puis exercpr sur ^ tournure, sur sadémsfrche, sur ises aip de tOte, sizy §a toUette, lîpe Révère alfentiQi<. I| ^ a

quelque part un point qui dénote, probablement très à tort, une femme un peu légère , un peu facile , une femme qui laisse supposer qu'on peut aller l'attendre chez la mère-grand , — une femme qui ne tient pas kien son fromage, — une femme qui s'approchera à portée du filet.

L'homme est trop timide pour ne pas croire de telles aventures impossibles, pour peu qu'une femme ait de la simplicité dans la toilette, de la réserve dans la démarche, de la dignité dans les manières, une grâce austère sur le visage; — un homme, — je parle toujours d'un homme bien élevé, — est trop timide pour suivre une femme qui n'accusera pas par quelque chose, non-seulement que cela lui est agréabte, tnais encore qu'elle pourrait bien donner pour ce plaisir qu'on lui fait une récompense honnête, — car il n'est pas désintéressé. Donc, je le répète, il faut être humilié de pareils succès, en voyant des personnes extrêmement belles ne pas les obtenir, — et il faut chercher en soi quel est le côté par lequel on ne paraît pas sufiisamment à tous une femme honnête et comme il faut; — il faut chercher cela avec l'opiniâtreté d'un caissier qui rentre chez lui, préoccupé, soucieux, qui n'embrasse ni sa femme ni ses enfants, qui attendaient son retour comme une téie^ qui ne mange pas, qui ne

boit pas, jusqu'à ce qu'il ait retrouvé la cause d'une erreur de 30 centimes dans un compte de 4, 800,000 fr.

Il faut chercher, il faut trouver.

Voulez-vous que je vous aide un peu ?

Je ne vous parlerai pas des grosses nuances, d*un regard engageant, d'une marche ralentie, d'un arrêt intempestif devant une boutique lorsqu'on se sent suivie, d'un châle alors serré pour dessiner mieux la taille, d'un ruisseau passé avec trop de sollicitude pour la jupe. — Aucune de mes lectrices n'est capable de pareilles provocations préméditées; — un avis sur ces fautes-là serait indigne du respect que je professe pour elles.

Non, je chercherai avec elles dans les nuances fines, délicates, insaisissables.

Non, certes, vous ne faites rien de ce que je viens de mentionner, surtout vous n'en faites rien avec intention, mais vous ne songez peut-être pas assez à ne pas le faire. Vous pensez trop à préserver votre robe de la boue, et pas assez à préserver vos jambes du regard. Sur ce point, prenez exemple sur une femme qui a la jambe mal faite. Vous verrez quel proclige d'adresse décente.

Mais peut-être, si vous 'vous sentez regardée et suivie, montrez-vous de la mauvaise humeur quand il

Soa CNGORE LES FEMMES.

ne faudrait montrer que de Tinsouciance ou mieux encore de l'ignorance?

L'exagération d'un sentiment peut en être la néga- • tion. Peut-être avez-vous peur et le faites-vous paraître, et vous retournez-vous une fois ou deux pour voir si le danger est passé? Ce que Thomme qui vous suit prend pour un désir de savoir si « Thommage » se continue et si l'admiration s'obstine.

Peut-être... faut-il dire peut-être? portez-vous dans la rue un costume trop riche, trop somptueux, trop voyant, pour me servir d'un mot de couturière; — c'est une mode générale aujourd'hui, — et elle a de •nombreux inconvénients dont j'ai déjà parlé, et sur lesquels je n'ai pas tout dit.

Comme les anciens preux qui couraient le monde, la lance au poing, Farmet en tête, pour faire avouer aux autres chevaliers et aux géants vaincus que la dame de leur pensée était la plus belle personne du monde , vous vous mettez en campagne armées de toutes vos pièces aussi, mais prêtes à combattre pour votre propre beauté, car chacune est bien véritablement la dame de ses propres pensées.

Eh bien I de même que les chevaliers allaient dans les déserts les plus reculés pour accomplir la mission qu'ils s'étaient imposée, de même que don Quichotte

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fit avouer & un galérien, la lame sur la forge, (|uc Dulcinée de Toboso était la plus belle et la seule entre les belles, vous ne dédaignez aucun triomphe ; TOUS ne vous contentez pas de vaincre dans le salon et au théâtre, vous voulez vaincre aussi dans la rue, et vous l'acceptez pour arène dans la lutte que vous acceptez avec celles qui n'ont pas d'autre salon que la rue.

Cela a de la grandeur, de la générosité. — Ces pauvres créatures ne peuvent venir vous livrer bataille dans le monde, dans les salons. ~ Eh bien ! vous descendez dans la rue.— Cela rappelle un prince du sang qui, ayant offensé un hobereau, lui donna un

rendez-vous dans un bois et voulut croiser l'épée ^vec lui, lui livranfr, avant le com)3at, ses lettres de^grâce toutes scellées pour le cas où il le tuerait.

Cela rappelle aussi, et un peu trop peut-être, le gentilhomme qui, insulté par un boueux, descend de son carrosse armorié et « tire la savate, » avec le manant.

Cela a de la grandeur, montre du courage, — je le veux bien, — mais cela vous expose à être confondues avec les adversaires contre lesquelles vous ne dédaignez pas de lutter de beauté et de parure.

Finissons sur ce sujet par deux vérités : jamais une

femme honnête ne pourra lutter de parure avec lorette, — car tant qu'elle est femme honnête, ell peut ruiner que son mari.

Jamais une lorette ne pourra lutter de simpi avec une femme honnête, — elle perdrait son éta et voici pourquoi.

Les hommes sont, sous le rapport du cœur, coi les poules sous le rapport des œufs.

Les fermières laissent toujours un œuf dans le où elles veulent que les poules aillent pondre.

Les hommes ne portent leur cœur que dans h eu ils en voient d'autres.

Une lorette ne peut témoigner des cœurs qu ont été provisoirement livrés que par l'exhibitio l'argent et des nippes qu'elle en a retirés.

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