‹ Encore les femmes (volume 3)Chapitre 36 sur 39 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Un beau jour d'été allait finir. — Sur une côte, au .bord de la mer, à une lieue du port de ***, — je vous dirai tout à Tlieure pourquoi je ne nomme pas ce port, — un groupe de personnes de costumes et de conditions divers avaient les regards fixés sur TOcéan.

n était facile de voir que ce n'était pas le magnifique spectacle d'un soleil couchant sur la mer qui attirait leurs regards. ,

Le ciel, à l'ouest, resplendissait des plus riches

couleurs.

Le soleil se trouvait en ce moment derrière une

longue bande formée par un nuage noir frangé d'or, ■■i»

Au-dessous du nuage, un espace qui semblait aux l^ yeux seulement de quelques pieds était d'un bleu lim- p?' pide glacé d'or. ■ "^

Au-4essus d^ nuage, un grand espace dn vert^QQ particulier à certaines ttifquoisds.

Au-desfius de cet espace, des nuages rouge de feu; 1*^ puis, si Ton relevait la tête, on voyait au zénith un * ciel lapis parsemé de nuages roses.

La mer, sous le ciel, était d'un vert sombre, sur lequel s'étendait un glacis de feu.

Eh bien I ce n'était pa? de ce côté que les personnages que j'ai désignés avaient les r.egards tournés.

C'était, au contraire, du côté du port, du cftté 4® 1^ l*est, où le ciel et la mer étaient gris et voilés.

Le gi'oupe se composait :

D'une jeune femme jolie, svelte, simplement, mais élégamment vêtue ,d'une robe de soie à carreaux écossais verts et bleus, et d'un chapeau de paille sur lequel se croisaient des rubans de Ja même couleur que la robe. Un col uni, empesé et rabattu, ses gants d'un brun clair, ses bottines ver! es, venaient évidepiment de Paris ;

D'une servante habillée à la mode du pays, avec

let à large; ailes qui se remplace désagréable^ ir un bonnet de coton; upe jupe à mes rouî sorte de gilet W l^ne grise ; enfant de neuf à dix ans, — : habillée d'u^^ laine à ç^rç^uiç écosssâs y^rts et rovige^^ — arit q;ue juscju'auxjsMrets ^t Jai^sai^t ies jw^Q? us des chaussettes à oarreau^ pareils à çeu:;^ abe; sur la tête un large chapeau de paille

boiQine grand et asse% gros^ fu visuga rwge ! par Iq yent, les yeux d*uu bleu pôle et vsAye la ruse ; — il était vêtu d'une très-lonçue te bleue qui lui descendait presque jusqu'au:;: an chapeau de castor hérissé y de gros ^nt3 \ roulés dw§ we main, uu pantalon de nwp^r I court.

une fen^me était madame Héloïse Noëmi 4'A- , femme du capitaine au long cours d^ <^^

avait vingt-huit ans et le capitaiiie en i^y^t ite ; — il Tavait épousée upe dizaine d'années irant après Tavoir rencontrée par hasard dans ison pour laquelle il avait des n^arcliandisas. 11, orpheline, sans aucune fortune, avait été

recueillie par des parents éloignés, qui lui faisaient payer l'hospitalité qu'ils lui donnaient -— au prix où |lec cela se paie chez des parents riches, avares et vaniteux, la

Noëmi était belle, instruite, spirituelle, — le cœnr du capitaine Hercule d'ApreviUe en avait été remué sous répaisse poitrine bronzée qui lui avait servi jusque-là de cuirasse impénétrable. Au voyage suivant, le capitaine rapporta pour Noëmi quelques curiosités qu'il lui offrit timidement. Puis, quelque temps après, ayant réglé son compte avec ses armateurs, et se trouvant suffisamment riche pour vivre à sa guise dans une petite maison qu'il avait héritée de sa famille, et dans laquelle il était né, — il s'occupa d'a|rranger cette maison pour s'y retirer ; — il fit faire des peintures, coller des papiers, — il acheta des meubles, — mais il lui semblait qu'il manquait toujours quelque chose.

n retrouva une servante élevée par sa famille, qui depuis s'était mariée et était devenue veuve avec deux enfants. 11 prit chez lui Mathilde, que, par une corruption de mots ordinaire en Normandie, on appelait Maltide, et recommanda l'aîné des garçons à son ami le capitaine Anthime Férouillat, qui, après avoir

ni

fa

LA PÉNÉLOPE NORMANDE. 5 a

navigué longtemps comme son second, avait obtenu le commandement d'un petit bâtiment à vapeur faisant le cabotage à de petites distances et revenait au port tous les cinq jours. Ces anciennes relations, quoique Anthime fût devenu capitaine à son tour, tenaient toujours Férouillat dans une sorte de subordination à l'égard d'Hercule, qui de plus avait sur lui l'avantage immense de la fortune. ,

Hercule d'Aprevîlle mangeait bien, buvait bien, dormsdt la grasse matinée.

Et cependant il n'était pas heureux.

n fît faire un canot charmant pour se livrer à la pêche, — il prit lé second fils de Maltide pour matelot, •— fit venir des tambours et paniers à prendre les homards d'Étretat, — chargea un ami*de lui apporter de Livoume des trémails en soie, — en un mot, s'équipa et s'appléta dételle façon que les pêcheurs de la côte le déclarèrent, — comme oh avait fait jadis pour Alain, — dont j'ai écrit autrefois l'histoire, — l'ennemi du poisson.

Ehbien î celane l'amusaque pendant quelque temps.

n alla passer une partie de ses journées au port voisin, retrouva les capitaines ses confrères, déjeuna, dîna et but avec eux.

9 L4 PâI!«âl.OPB NORMANDE.

JAm en HQ moia il eut épuisé tout ce qu« cM^tti do fUim 1# dosÛM à quMit, et il rèriat ehnlai V^» tomdC ffttîgué par Ve^B-de^e de isidre et lé geniim) <jui 90ïA aus$i aôi^ôasMPes poitr jouer aux ddiifilidt qtt0 I^s domines Aus-mômô».

Cet^ ^^«rtiQH e«t ino^Kftfite ; eUa ^èehe pat la fr

L'eau-de-vie de cidra et le gealèyre eont plue aésii^ sairi^s ppur joue]? ^us dQmi»<»« que lea dâoiinbs.

— Je n'ai jamais vu .quatre mérihe dane les tllH souterrains où ijg «a ^réunissent «*^ jotiw aux dooittbs sans avoiir su? la table une oànette d'eau^e-vte le ddre et une de SQuièyra^

S:t il n'est pas rare de les Voir en môme nomBre aâ« tour d'une taUe, où ils se sofit assis pour Jouer aitt dotgiinQs» vider à plusieurs reptiseï les poH d'saii-fieÀ vie et de genièvre en fumant**^8an8 penser à sertir ft^ leur l>Qite les dominos que le gardon finit par donne» à d'antres jouenrn sans qu'Us s'en aperçoiventé

Le capitaine Hercule se reposa un peu cfaex lui, puis, voyant qu'il s'ennujrait toujours^ U allu pasiër nn mois 4 Paris, U visita tous les monumentii : la colonne de la place Vendôme, le Louvre» le Paâ» théon, etc., puis Versailles, un jour de gf^n49$

tôujôUfâ Vtï lés iharins S*6nipress6iè, dâûS lèùfs es à Paris, d'aller voir joudr tëi gfaiiàts t(ÙjA à [lies.

lent beaucoup sur leuré plages de la 3tupéf action 'admiration écrasante qu*éprouvent leç jParisiens )ect de la mer.

: réservent leur admiration pour les jets d'^au, scades et les robinets de YersaiUes,

es tous les monumentsi il alla voir tau« les es. Après, quoi?

^taine Hercule d'ApmiriUe âéeouvrit, un peu Itt fin de son mois, qu'il s'ennuyait égâlesimit è \ que l'ennui y était plus chef, mais qu'ofl en 30ur son argent; qu'il y était parfaitement cdHné et de bonne qualité.

Uéttr^, un marin né tarde pa^s beaucoup ft èé déèï* îe matin : « Ah çà! où est donc la ïftèr? » Ces ns dé pierres et de maisons, où les yeux volent :nei' et s'émoussei* sans cesse la pointe de leurs Is accotttutoés à plus d'espace, ne tardent pas à iguer et â leur donner le mal de terre.

capitaine revint à sa petite maison. Le premier il s*y trouva très-lieui*eux; il dormit tuieux dans

"si

son lit; il dîna mieux en mangeant sur la table le frtcot apprêté par Maltide.

Le lendemain, il s'amusa énormément à la pèche.

Le surlendemain il s*y ennuya.

Le jour d'après il resta chez lui et se dit : — Mais que diable manque-t-il dans cette maison!

Le dimanche d'après il alla à la messe.

Carie capitaine Hercule d'Apreville jurait, sacrait, avait parfois aimé des négresses, en se contentant de leur part d'un consentement incomplet, — avait d'autres fois tué des nègres malgré leur refus fonnel, — 3 avait dans son commerce exercé l'épicerie à main armée, et ne s'était pas toujours piqué de donner le prix entier des marchandises qu'il prenait, ni le poids exact de celles qu'il livrait.

Mais, néanmoins, le capitaine Hercule d'Apreville n'aurait manqué pour aucun prix une des solennités de l'Église. Jamais il ne se mettait en route sans avoir fait dire préalablement une messe ppur la prospérité de son voyage. Il n'était pas fâché d'avoir à terre quelqu'un qui, pendant une tempête, faisait à son intention brûler quelques petits cierges devant saint Sauveur, un saint inventé parles marins.

En effet, ces hommes, qui à chaque instant peuvent

iver dans les dangers où la force de tous les es réunis ne pourrait rien pour leur salut, tour^ laturellement leurs regards vers le ciel, avait dans Téglise de la commune un tableau entant le navire du capitaine d'Apreville dans mpête; sur ce navire on voyait le capitaine lui-

— un peu plus grand que les mâts, — joignant ains et implorant le ciel, et dans un nuage la Vierge et Tenfant Jésus, ait le résultat d'un vœu qu'avait fait le capitaine nt une furieuse tempête , où il n'avait dû, disait-il, lut, celui des hommes de son équipage et de son î, qu'à la protection de la Vierge, expliquait parfaitement apx autres marins qu'il ait plus aucunes ressources dans la science et a pratique du métier ; qu'il était inévitablement

sans l'intervention de la puissance divine, et ms qui se piquaient avec raison de savoir leur p tombaient d'accord avec lui; que l'homme n'a- [us rien à faire pour son propre salut dans les istances où il s'était trouvé.

aurait pu prouver, qui aurait pu soutenir que ns se trompaient? Je déclare que ce n'aurait pas

46 LÀ i*Èl4feLè#B kôfcMAl^Dfc;

Lé èftt>iliiiie Hérëulë d'Aprëviîle, k rêgilsë, saiVkH atlèâtiVefliôût là mësâe et ohaiitait â haute vdix kvéë les chanii*èê -^ efl làtbi.

En sortant âé l'église j le capîtaîue fît ïnadéniOisélle Ndëihi Vàllîer, à laquelle il oôWt de l*èaa héfllte, ptiîé il tenV^ÊL che* lui, dbucieux et préoccupé ; — tt tiE^ottfa la maisdii pliis ridé que jamais; -^ sa tabte phië triste, quoique Mallldè eûtpartîctiliëi'emént sdlgiiS la fricassée ce jour-là. -*- Il retoàrqtlà t'ërottlfiatt Çiiî l*ÉttèiÉaàJt pour dlné^ à midi, heure d'usage, ^^ HtOntant sdùteât les mêniès hiâtdil^s. — Il l*appek pîtlâ s&thrèfit qu<^ âe éOBltime « Noirmaiid, » â osiu^e qtië Férouiilat était ttô dànS là vallée d*Auge ethas-ÎÏOift^mdi m qcti est te N^HtiàÉfd p&Llt èieeâehée. tfaii^ il eëiâ^rît eé qu! tàànqtiàrt âShs là Èatâisah, et tl âë ief#êéëj*ta qii'â efettè tâble^ YOit en fticè de hii le ^râcf eiîi êl friiift tisagë de îfoiëM, àeMî nU hôHzon Mén ptû^ agféalile efiiS k i^M lâMéé et goudrbhdêé du «aj^-

Hti}l|oiÉI^ Àprèt 1} dètÉrandé AétHoM de I^ôëfUi à séà parents; -;- à elle-mêttîe, 9 n'^urârt pas àëé,

VtoëM M cë&sttftèè uft pe« t^oitr la teifffle, fcàr fes ^etttsr ttrcmtarênt trës-sortable uiié uïiion â^é trè' homme qui ne demandait rien.

LÀ PÉNfeLOPte NOhMANbè. <l

f^ âé dot, céîà ne lèà îri^ùîë tàîi giiére ; — Us étaient sIMeh résolus a n'etipàs donner! — maïs on pouvait 3éihânder un trousseau, et it aurait été difficile de ûe pas èri donner au moins une imitation. Noêmi comprît que , du jour où elle aurait refusé iin établissement, -— elle serait dans un état dliostilitè permanent avec une famille qui désirait vivement se débarrasser d'elle, et qui était abolit de la magnanimité peu coûteuse qu'elle s'étàîi; plus d'une fois repentie d*avoir commencé à manifester.

D'autre part, — être mariée, — être chez soi, — rie plus attendre d'une générosité paresseuse - — les robes, les chapeaux, etc., que sa parente avait soin de se payer, eh les cboîsissant de couleurs et de formes désagréables — c'étaitune perspective fort séduisante.

Et elle s'efforça d'oublier que le capitaine d'Apre- VÎtié fi'éàit ni beau, ni jeûne, ni élégant, ni instruit, à part les connaissances de son métier qu'il possédait àunâegrê remarquable ; — elle pensaqu'elle s'accoutumerait même à l'odeur du tabac, se réservant de Tem- ^êbhë]^ à^én mâcher, — ^ même aux petits anneaux d'or <ïii*îl portait aux oreilles.

ïfàêmi dônii à son corèéjitepie.nt et devint madame d'Apreville.

De ce jour, le capitaine fut le j^iis henrenxdes hommes; son amour pour Noëmi, qu'il considérait avec quelque raison comme une créature d'un ordre supérieur à lui, tenait singulièrement du culte. — Jamais il ne put se persuader que cette femme était à lui, — il lui faisait la cour tous les soirs, et était ému et tremblant d 'incertitude vers dix heures . Noëmi était la madone de la maison. — Maltide ne partageait pas tout à fait l'admiration de son msdtre pour la nouvelle venue. — D'abord elle avait été forcée d'abdiquer le gouvernement de la maison, — puis elle ne trouvait pas Noêmi très^jolie.

« Ce frais visage, un peu pâle comme une rose du Bengale carnée, ne lui semblait pas aussi beau qu'une figure ornée de deux belles plaques rouges sur les joues. Cette taille, un peu mince et souple, [ajoutée à la blancheur de la peau, lui paraissait plutôt un signe de faiblesse et de maladie qu'une grâce et une beauté.

Elle ne put s'empêcher de le dire un jour à Noêmi elle-même.

Maltide avait été célèbre pour sa beauté dans sa jeunesse. Et voici comment feu Gésaû^ Valin l'avait demandée pour Onésime Valin, son fils, àMartin Glam, père de ladite Maltide :

—Dites donc, voisin, savais-vousqu Vous avais enne fiUe qu'elle est joliment lourde, tout de même ?

— Vous êtes ben honnête , voisin Valin, mais votre fille, la Valaine, est, je crois, encore plus lourde.

— Faut pas dire ça 'devant les jeunesses, voisin Glam, c'est déjà assez porté à s'en faire accroire, — j'avouerai que la Valaine est pas mal lourde aussi ;— r ça fait deux beaux brins de fille. — Mais pour Maltide, y en a point une dans la paroisse pour être si rouge qu'elle.

— Ça, c'est vrai qu'elle est rouge, — c'est une vraie pomme, — mais la vôtre est bien aussi rouge.

— Vous mentais... y en apoint une comme Maltide. C'est pas ça, — c'est qu'y a Onésime qu'a dit comme ça qu'il en voulait ps^s d'autre.

— nm'a bien semblait aussi qu'y s'parlaient.

— Onésime est un fort gars, — ça vous soulève une barrique de cidre, — et cala met sur une table.

— C'est pas qu 'faudrait pas gager cher que Maltide en ferait pas autant.

— Eh ben I voisin Glam, j'y vas pas par quatre chezains, Onésime est un fin pêcheur ; vous savez qull flaire le hareng d'une lieue, — il a deux lots de filets et sa pouche garnie.

U LA ^ÉMÉLOPB NORMAÏ^DB.

-^ Maltide n'a psa tiûe matiVAire cbflMë.

— Ëh ben ! ça va-t^U ?

— Ça va, — goûtez un peu de iiot'cîdre.

Quelques heures après, les grands parents, com- 1 plétement ivres, avaient réuni leurs enfants, leur avaient fait des discours sages, — et, un mois plus tard, Maltide avait épousé Onésime , qui depuis s'était perdu dans un voyage.

Elle n'avait pas oublié son ancienne célébrité pour la force et Téclat des joues, et ne trouvant Noëmi ni lourde, ni rouge, elle lui dit :

— Ah çà î à Paris, c'est donc pas la même espèce qu'ici? — Vous autres, tantplus que vous êtes blanches, tant plus que vous êtes belles; — nous, ici, tant plus qu'on est rouge» tant plus qu'on est belle.

Elle soignait Noëmi comme quelque chQse de fragile appartenant à son msûtre, — comme une poreelai&e, —» mais sans l'aimer pcnir son eoxapte.

Quand Noëmi devint grosse et qvaiid elle mA ira Éttonde là pêtitft EsFfher, — * Maltide ftrt t^ès-étennée ; — elle iamt é'abofd que l'enfaflf de celte feaiméfifMe tHîhi^chê né Thrait pas.

Mais Esther, au contraire, fut bieti portante (?t d'utie

UA FÉNBLOPE ItORMANDB. 15

santé parfaite. — «Maltîde Taima pour la part qu'y mimi 80B maître.

àprèa quelques aimées, Noëmi deviut tristei — et ifereule la pressa tant de questioas qu'elle âult pai* «vouer qu'elle s*ennuyaU \

Le pkus terrible aveu qu'une femme puisse fiire.

«^ Une femme qui s'emiuie est capable de tout. -^ 0B en a vu enipoiaonner leur mari pour se dé8eI^•

Les femmes ne meurent que d'ennui.

-^ Ahnez-les, si vous vmdea^ mais, si youb les lais* ses s^ennuyer^ elles ne feront l^as plus de eas de votre imaur, quelque ardent, quelque dévoué qu'il soit, que d'uM paite de gants fsmés ou d'un chapeau dont la coupe n'est plus à la mode.

PM^Etî avoua, en outre, que, née à Pans, elle mourfàtf ai étte n'y retouiiiait pas. Le eaphalne eomptd, iccompta, en hsi faisant l^exposé de sa petite fortune, ^«^ et Ini demanda si elle sérail suffisante pour vivre à lNu4t. — Noëmi répondit néçativeslenit et prit ks airs fissiles les plus attendrissants.

B^retiIeSt ee qàli sfveM fait poar hn-iiiêfiié^ HèliMcha tous les moyens imaginables Ae te dMratl^) âiëis

WwBm9 xOWRta«8a

Alors, il lui dit un soir :

— Noëmi, la mer, qui m'a fait ma petite fortune, me doit bien encore quelque chose. Il se présente une I . magnifique occasion; il y a un coup de commerce 1 ^ important à faire ; mais je ne veux plus partager avec 1^^ les armateurs, qui ont toujours soin de se réserver 1^ la plus grosse part. Je vais retourner à la mer pendant quinze mois ou deux ans d'abord; puis, s'il est nécessaire, je ferai un second voyage; mais j'ai bonne idée du premier. Il y a, sur le chantier de Crescent, le charpentier^ une goélette qu'on est en train de mater. C'est un modèle de goélette ; ça doit serrer le vent comme un goéland. Il avait fait ça pour nn négociant qui a fait la culbute. On l'aurait à bon marché.

Noëmi fit quelques objections, mais se laissa battre. Hercule d'Apreville acheta la goélette, qui fut baptisée en grande pompe. — Anthime térouiUat en fut le parrain avec Noëmi pour marraine, — comme il avait été parrain d'Esther avec Julie Quesnel, une amie de madame d'Apreville qui s'était mariée depuis et avait été habiter Paris , ce qui n'avait pas été étranger à la nostalgie de Noêmi.

Les lecteurs qui voudront savoir les détails exacts

et intéressants du baptême d'un navire les trouveront dans la Famille Alain, — roman de leur serviteur.

La goélette fut appelée « la Belle Noëmi. )>

C'était donc pour voir sortir du port « la Belle Noëmi » , sous le commandement du capitaine Hercule d'Apreville, que les personnages dont nous avons parlé étaient réunis sur la côte, les yeux tournés vers l'est,

A l'exception d'Anthime Férouillat, qui fixait de temps en temps sur la femme de son ami des regards ardents qu'il détournait lorsqu'il craignait d'être aperçu un peu par elle et beaucoup par Maltide.

Une exclamation de Maltide, qui avait les yeux presque aussi exercés que Férouillat et qui était moins distraite, — signala la sortie de la goélette.

Une jolie brise qui s'élève souvent à la fin du jour dans la belle saison la faisait glisser §ur une mer unie. — Elle gagna le large pour s'élever au vent, puis d'une seconde bordée se rapprocha beaucoup de la terre. — De telle sorte qu'on vit un homme agitant un mouchoir. * — C'était le capitaine.

On répondit de terre par des signaux semblables.

Et Anthime, d'un ton un peu brusque, dit à Noëmi gui agitait son mouchoir :

«s LA PÉNÉLOPE NORMANDE,

— Si vous croyez qu'il tous regarde... une fois àlA mef , Hercule ne pense plus qu'à son havirë.

A la troisième bordée, la goëlette ae trouva assez élevée et commença sa route en avant le vent grand largue.

Le ciel, pendant le temps qu'elle avait niis à gagflêir ce point dé là haute mer, avait cbah^é d'aspect; -* le soleil descendu sous l'eau allumait d'un feu orailfçè vif toute la partie limpide qtii s'étendait de la âié^ au nombre nuage . — La goélette passa sur ce fond orangft comme une noire silhouette. On put voir alors là pointe de sa mâture inclinée un peu en arrière.

Puis elle ne tarda pas à disparaître dans les brumes de l'horizon.

Férouîllat reconduisit Noëmi jusqu'à sa porte ; il partait cette même nuit, pour son trajet périodique.

— Dans cinq jours, lui dit-il.

— Dans cinq jours, répondit-elle.

Maltide- pleurait. — Ce n'est pas dans cinq jours, pensait-elle, que reviendra le maître de la maison, ni dans cinq mois non plus : — qui sait s'il reviendra?

— Et tout cela, parce que cette créature ne trouve pas notre Normandie un pays assez beau ipotkt elle.

hk t»«lNÈLÔPE iHÔkMÀNDB. f$

Néimi té^B, petidant la fitdt -^ que le ««{litai^ë a*Âïrîre^«41te êtdt tévènn àVèc Hd vaiàs^aU S'fVoh« H des voiles de sàtiii^ — le natirfe étaft îfthàt^ê d'or. Noèml âviait une maison â Pàrië,-;*- tine toiture *^ et sa loge àttx Italiens.

ËÛé fat rtteilléè «-* pat le vent, qui fafa&it trembler la maison/

-*. Qtièl temps ! dit Maltide ; jprottrvU «înll soit seulement sorti dé la Btâilcliè.

Elle s*êchàppâ, alla à l'église, -* fît une pûètt et dluma écuit petit* cierges devant Tautel de la Vierge.

tfïE PARENTHÈSE DE L'AtJtÊuà

k ptà^às , j'all^s oublier de vous dire potirèfudi je ne vous ai pas a]^pris le véritable nom du port àuprte duquel se jpassë l'histoire t|ti6 je vous raconte.

-^ Voici ma raison :

C'est que cette histoire n*est pas atttant un rotHàja qtt*on le potil-rait croire, — et que je ne veux pas itoter queli^ues-uité des personnsigiis dé se reeoiinalfa^.

Ce danger de voir les gens se reconnaître n'est aussi réel qu'on le supposerait. C'est pourquoi je dis que je ne veux pas y obliger les gens.

Je me rappelle avec quelle inquiétude je retouruai dans le monde il y a quelques années, après avoir publié un roman de Clotiidt^ dont madame George Sand a bien voulu accepter la dédicace.

Le caractère de Clotilde est pris sur nature ; son portrait physique même est extrêmement ex?ict; — j'avais seulement changé pn peu la couleur de ses cheveux; j'avais fait Clotilde blonde, et le modèle avait les cheveux bruns ; -r- mais elle n'en était pas moins de l'espèce blonde.

J'ai toujours le projet de faire un traité : De la férocité des blondes.

n y a des blondes qui ont les cheveux bruns.

Tant pis pour ceux qui ne me comprennent pas.

Ce roman avait eu quelque succès. — Je rédoutais singulièrement la rencontre de l'héroïne.

'Je me demandais, alors que j'étais redescendu dans la vie réelle, si j'avais eu le droit de faire un portrait aussi ressemblant. J'évitai d'abord un peu les maisons où j'avais le plus de chances de la rencontrer; mais un soir je la vis resplendir de tout l'éclat de sa

jolie petite personne. Elle était assise sur un canapé, et me fit signe de venir à elle.

J*obéîs , en désirant que le lustre tombât et tuât quelqu'un, ce qui aurait amené une diversion. Mais le lustre ne tomba pas.

— J*ai cru, me dit-elle , que vous faisiez semblant de ne pas me voir.

Naturellement je répondis aussi maladroitement que possible :

— Et qui a pu vous faire croire... Après cela, j*aî la vue basse.

— Et depuis quand? •

— Je veux dire fatiguée ; j'ai travaillé le soir.

•— C'est justement de cela que je veux vous parler.

— Ah I

— J'ai lu Clotilde.

— Comment se porte votre mari ?

— Bien. — Je vous disais que j'ai lu Clotilde, — et j'ai eu à vous défendre. — H y a des gens qui trouvent le caractère de Clotilde exagéré. — Eh bien I non ! il y a des femmes comme ça.

Puis elle parla d'autre chose. .

Revenons à la Pénélope normande.

n L4 PÉNÉLOPE MORMÀliD];.

Batre ce que je viens de raconter, — çt ç$ gui ifi| suivre, — il se passa un peu plus dQ quiftze m^

René de Sorbiires à Augustin Sanajou.

Mardi..... juin*

(( Nq va pas à la diligence san^edi prochaiii attendre Tarrivée de ton ami. Je rester^ encore ici une

semaine.

(( Des affaires imprévues... allons, j'allais te faire

un mensonge , — point d'affaires , mais ce q^i est

plus sérieux , un plaisir , et un plaisir imprévu, et un

plaisir incertain, me retient encore ici une huitaine de jours.

« Voici riiîstoire :

(r II y a trois jours , Je m'éf afe promené dans la forêt pendant quatre heures avec mon chien et mon fusil, sans rien voir. Je rentrais d'assez mauvaise humeur à ma petite maison. Au haut de la colline, ^ous les grand* châtaigniers, cmnme j^'dpprochate de la hâte qui entoure le J^irdîn, Je vîi^ une femme sortir Ijmsquement de la f onrieHe de vigne tîerge et s*enfuir à ma vue. Je la valaêtî, niais ceffe déntonstratidit pacifique me parut n'erroir d'atrtre effet qttcr de rendre sa fuite plus T9^ùê.

LA PSNELOPE NORMANDS. 23

<f ^en de si facile que de placer momentanément son bonheur da^as quelque chqse qu'on ne fait qu'entmoif et qui fuit, — ^ peut-être est-ce même là la définition la plus claire du bonheur.

«Mc^TieiUe servante remporta, sans que je l'eusse touché, w poulet un peu trop rôti qui m'attendait depuis Icmgtempa, -^ et je passai la soirée à me pro* maneir dan» la forêt, que je Irouyai aussi peuplées de rêves eharmants que je l'avais trouvée quelques heure» i^uparavant dépeuplée de gibier.

« Le matin, je reçus une lettre ;

(ç Pardon, monsieur, d'abord pour la manière dont j'ai ^ftvahi votre domicile; ensuite et surtout pour rîmpertmence de ma fuite à votre approche. Ma sauvilgerie peut loe faire passer pour la femme du monde la plue mal élevée; -^ mai» je tiens à vous prouver que marn second mouvement vaut mieux que le pi«^ miep. Je vous prie de n'en conserver aucujte mai»* iW0e impression et de vouloir bien me permettre de m^ reposer quelquefois dans mej» promenades sous ce hcBceaa tcmflù qni me plaît tant.

et Beoevez^ monsieur, avec mes excuse», Fassurasee, etc.

« N. n'ÀPftEvnxs. n

« Je ne sais si cette petite lettre a coûté beaucoup de peine à écrire à celle qui me l'envoyait, — mais moi je griffonnai et déchirai dix billets avant d'en faire un dont je fusse content.

« n est vrai que j'y voulais absolument mettre infiniment d'esprit, infiniment de cœur, un peu d'héroïsme, un peu de dévouement, un peu de générosité, beaucoup de poésie, avec une nuance sufi^ante de respect, de réserve, de dignité, sans cependant oublier de laisser entrevoir une imagination ardente et un cœur passionné.

« Tout en écrivant, je voyais devant mes yeux le paysan qui avait apporté le billet et qui attendait une réponse ; -7 il regardait en Tair et faisait tourner ses pouces. — Je venais de déchirer, de froisser et de rouler en tampon mon dixième essai et de le jeter en colère à l'autre extrémité de la chambre, lorsque je pensai que, ma lettre une fois réussie et bien faite, — Dieu sait quand j'auriverais à ce résultat, •— le temps que j'aurais mis à l'écrire dénoncerait le travail et la préméditation. — Il n'était plus temps d'avoir fait une réponse du courant de la plume; je me décidai à n'écrire que quelques lignes auxquelles on ne pourrait attribuer le retard du messager.

« J'offîrais mon jardin tout entier, —j'expliquais que,

si j'avais aperçu d'avance ma visiteuse, j'aurais évité

de la déranger et de Teffrayer. Je comprenais que les

fortifications de la haie fussent un attrait pour une

femme aussi peureuse. Ma discrétion la garantirait au

dedans comme la haïe au dehors.

« Le lendemain je reçus une réponse à mon billet ?

« Vous êtes bon et aimable, monsieur, on me l'avait dit, — et je vous sais un gré infini de m'en avoir fourni une preuve par cette petite lettre qui répond bien généreusement à mon impertinence d'avanthier.

« Je regrette que la réclusion où je vis m'oblige à ne pas vous demander de venir recevoir chez moi tous mes remercîments pour l'offre gracieuse dont j'aurai le plus grand plaisir à profiter.

« La première fois que j'irai sous la tonnelle, ce ne sera pas seulement pour y être fortifiée, mais aussi pour avoir le plaisir de vous exprimer ma reconnaissance pour votre hospitalité, et surtout pour la façon dont vous l'offrez, la seule qui me permette de l'accepter. NoÉMi d'Apreville. »

<( Voilà où j'en suis, mon cher Augustin : — je veux

M (îA PâNELOPB NORMANDB.

avoir fait les honneurs de ma tonnelle i eette j^ra* 4eQtB personne ayant mon départ ; — ag^ a^treittelit m aérait pas très-civil ; — mais il a pin presfUç toute 1^ nuitr lespropienades dans la forêt iie ^ont paspf)»sibles. «^ J'ai fait i ma vieille servante quelques q^e^tions sm; madame d'Âpreville. — C'est la femme d'ipi capitaine qui av^t abandonné la mer depuis son mariage, il y a quelques années^ et qui y est rçtomné'il y a un an. — * Les marias, dit la mère Breschet,^ ça a Tair quelquefois d'aimer les femmes, mais au fond ça o's^iiQe que la mer. |iIadame.d'Apreville est une femme qui s'ennuie, — c'est facile à prendre au lacet cpsuoe un pise,au affamé par un tei^ps de neige< Je me donne donc u^e semaine pour mettre à fin cette avepture; il serait honteux pour tOA élève^ pour René de Sorbières, de ne pas, en une 9çmçdne, ^ener à ufiid v^e f^innie qni s'ennuie; — c'est we entreprisiie feeile à l'usage dès conamençante.

« A toi, R. DK §. tt

« Décidément l«is hommes ne sont pas forts.

<r Qliand un nai'i conçoit de rinquiétiide à f^rôpos

LA PËNÉLOFË NORIAFfDE. Sf

ptoi« il ]^N)èéëd «{«lè trétël t ^ il ftifttltlè l'êàfaéfilt 4 sa leoima éa lui disant s ^m. 6^ett uA sédm^HP, mu mauvais sujet, ua hofiune (^i a eti trùia aénts maltè ti>$6S9ii» Qui ta f^t un jaa d^ jetçr la tvouMa isM les laépaff^lb Q^ta» j m ja vQUi airartt^ du âoageri etaé

If 4h§u9 4a <igi bQQRâtea maria m «'avisa da fmfiHr €ff^ Qe df^sr Q-sflt UA dtegar f U0 iiQttr lui» it m't mu m^ ftPHB épQQTanta* «^ at Qua pandant q[li'il na»â trace ce ili|41 furôit un aifroux portrait, t»-*^ noua éiit6ii« dfna 60BÎ s *««- O^eat nu homme très«aiiiu)dé, Mi-aéditiaai|t^ qa^U aaipait tpèst^orléux da fixav; ^i teèso a^aUa d^ule^ër aut autpes féfl|mea%

A 6n de eaa âeniièni aeirs, ja m'annuyala tèllattîf m q«a J'ai ftdt une fable sur <îe sujet. ««^ J'aipèra aa là pas mettre en vers^ —je vois A rhdriaon una distt^aè-^ tien qui ne m'en laissera jpaS le ^istd loislri Vôièt là sujet de ma fable :

« Un perJNiquét dit à un lapin : •r^, Lapin^ inoii amîj je vais te doaaer un conseil daiis ton intérêt : évita ateo sein d^aller dans eette partie du jardin^ -^ il y a là tout un grand carré de persil; -m» quand on maiige dà persil, les plumes vous tombent, le faeo s'amollit^ la tète tourna ât Von meurt empois(m|iè. -*• Penpo*

quet, répond le lapin, les lapins n'ont pas peur de perdre leurs plumes ; le persil n'empoisonne que les perroquets, — et il court du côté où on lui a signalé le persil dont il fait un splendide repas.

(( Mon pauvre bon mari m'a fait de notre voisin inconnu, M. René de Sorbières, le portrait ci-dessns rapporté, — puis il est parti tranquille après m'avoir signalé le danger, et aussi heureux qu'a pu l'être Jean Racine après avoir terminé le portrait du monstre qui effraie si fort les .coursiers d'Hippolyte. , « Mais depuis un an M. de Sorbières n'a pas paru ici, •— et depuis un an il s'est passé des choses que je ne lui pardonnerai pas. — Le Férouillat, auquel mon mari m'a donnée à garder, n'aurait pas obtenu à force d'ennui, de lassitude... ce qu'il a obtenu, si mon imagination avait pu s'occuper ailleurs. — Une femme de vingt-cinq ans ne peut que difficilement ne pas iaimev;

— elle ne peut pas du tout ne pas se sentir aimée ;

— on peut à la rigueur ne pas accueillir d'amour, — mais au moins faut-il en avoir un à repousser. FérouQlat était là, — seul, — toujours là et toujours seul,

— il a bien fallu le préférer; — aujourd'hui M. de Sorbières arrive trop tard, ils me le paieront tous les deux. On ne peut avoir deux amants que s'ils sont

malheureux tous les deux. — M. de Sorbières n'arrivera pas, et Férouillat sera précipité. Après tout, les amants malheureux sont les seuls fidèles, les seuls aimables , les seuls dévoués. Va donc pour deux amants malheureux!

« Il me semblait naturel que M. de Sorbières arrivant à sa ferme , s'informât un peu du personnel féminin du pays ; — un monstre insatiable, comme me l'a peint cet excellent Hercule, devait naturellement s'enquérir de ce qu'il trouverait à mettre sous la dent pendant son séjour ici. Mais je crains que mon mari ne Tait singulièrement flatté. —7 II n'a pas passé sous mes fenêtres; il n'a pas paru à l'église, même devant cette chapelle invisible que le diable a, dit-on, dans toutes les églises. Je voulais l'éviter et le fuir; cela donne de l'ardeur aux poursuites. Mais il ne m'en a pas donné l'occasion. — Il û'est pas possible, cependant, que M. René de Sorbières soit sensible aux attraits robustes de ces hommes femelles qui servent de femmes aux paysans. Je ne pouvais attribuer son indifférence qu'à l'ignorance de mon séjour ici. — Ma foi! j'ai pris un grand parti, je suis allée le fuir chez lui.

« Il y a une charmante petite maisonnette dans les

3é LA HNiLêKE ]l6iiiAlrfel.

bôB, «n haut â'ttne o^lhre. ^ AinlUiÉé Pifeottlal m'j^ avait fàètiée penâaât r^Bsèitéé dé M. Reiiè, Dft jardin on voit le solëi! se ëôuèbèir Sèttièfè )és éittëft des châtaigniers; -^ il y à beàtièottp de fleurs et êêH tonnelles épaisses et embaumées-^et ^eâdàiit qa^Aft^ thimô in'y parlait de èa flâmthe, *^ je me dirais : *- Quel tiiarmànt endroit pdttr f ahûer ttn autre !

a Je sais attée me re|^6$ei^ soiis une àèà tennèSêë du jardin. M. héné ^evfttt dé ta éhà^èë pfèsçu* h fin du Jour. J^attendis, pouï* être shïrprfse et ëftàyée de sa brusque apparrfiôii, ^uHl fât asseîr [^s âë lâdi polir bien voir les (Jùëlqtteà faîfc*èé éfcvàâtégeè ^ rèû veut bien m'accorder; tt ii^^ârt çu^ cjûèt^ës p*^ de là fôUneÙe, loi^sqtië |é jeki tïn petit cH et pdrâi 1^

là fuite. — Comme je me fetoilrtiais i^ôu* vejîr si te

monstre ne me poursuh'àtt pas, — Je ï^apérçtrs à h place où il m'avait vué.-^Ô më sàfuà gi-àciétteemeirt?

— lé plus gracieux étant, eoi fait d'àîfcrotir , ttoë prc^ mière hostilité, jé i-éddùMai raideur dé iûà fttîie.

« S'il m'âvaît poursuîtiê pottr i^'êxéusef', Je mé serais laissé atteindre , màîs îf parsûf quif mé cm effrayée pour tout de bdn,-^ ou qîi*Û avait t^ès-fhlïa

— car il entra dans la maison. J'étais piquée; — t< lendemain, je lui écrivis pour lui éémàndeé |»ardoi

àê tai )i«f^eBi6 d'étie enM^ chedc lui al du )1iti^olitoistt de iqa Mtei «^gur b {ifemm pekil) Jo la Gmjraii ateest; *n- an» le aeeconfi^ |e aéis affligée d'eue ietia* oibte timidité^ ete.

« M. René eie vépi^dit h fielit biUet k plas UOnoi* rieeseBEiesi iBài§nîfieat fu^li peisate iHÉ^poer; *m oèpeûdaiLt il Mé priait dfi^ ne pas ifitorroQiFr® vk9$ promenades dans son enclos; -^ il m'effreit d'é^ialr ma {Nrêaedace poiÉT lie pe» m'eSo^widie^ , t te, -<^ Je fm» deT(ûr ïépeiMbe paer Femerner piomâireili«att.

% ici eràk fee }'aimi$ pvefilé nn peu tr6p lèl d<i k pttrmiaiîon, saee ttet ptuie lâetilatsaiMè 91» eet i»ea«e Nndr» ]Éeiet«useeîeiit uaapaasîUle eioëi déiliavdQi^ tfep pie^pte^ 4iM oe s'est qu'Ufe^ ^m je suia eUée à lu teâuMle^^ÂH toeia aveeidà petite Istt&er; ««-iaaas ôliewii dem^ il iôMl eds ant^^om^» eêst ff éiâ» à péim difiÉi «s «âiAttlea fip3é|é l'fed tû artiv^f^t ^ ai titt»^ Mé èlMl pte^ léelle et inenx jeui^e que le aiieÉiie )

Tatittepèar yôh» reni^itt»^ ei tons tantafblev de

« DM pei^j •^ttfi peu ^ubatra^sè ^ -^ la p^è»fWÉ9 é^Ë^kerv ^t'fli déolere aque^bàreieftlN» eetaM^ ûe psral foe te ceoUktoi^dè JeM.

(c Nous causâmes de choses et d'autres ; —je parlai de mon mari, — de sa tendresse paternelle pour moi, — de mon affection et de mon estime pour lui. — Je lui contai son absence et la façon originale dont il me donnait de ses nouvelles, — enm'envoyant parles navires qu'il rencontre les produits précieux des singuliers pays où il se trouve , de la poudre d'or, un châle, des nattes, etc.

« L'enfant et le mari rendirent M. de Sorbières très-froid, — je le savais bien, — mais c'est un effet nullement dangereux, au contraire.— Je me l'explique par cette nouvelle médecine par l'eau : — on vous enveloppe d'un drap glacé , — puis il s'opère une réaction, et il vous vient à la peau une chaleur presque fiévreuse. — Très-peu d'hommes ont en réalité le désir qu'ils affichent tous de rencontrer au désert cette fleur qui s'épanouit solitaire; — ^ils ne prendraient pas la peine de se pencher sur elle pour respirer ses parfums : — c'est la fleur à la boutonnière ou â la main d'un autre qui leur fait envie ; — c'est misérable, maïs c'est comme ça. — On prend les amoureux à la pipée, comme les oiseleurs prennent les oiseaux, en ayant d'autres oiseaux déjà pris et attachés par là patte. Les hommes vous apportent bien plus volon-

tiers leur cœur sur un tas de cœurs déjà amoncelés à vos pieds,— de même que les fermières mettent des œufs frais ou faux dans les nids des poules pour les engager à y venir pondre.

«J'ai laissé M. René mécontent et amoureux. —Il est fort bien. —Je ne lui pardonnerai jamais d'être venu trop tard, — pas plus que je ne pardonnerai à Pérouillat -d'être venu trop tôt.

« NOEMI. »

Rtnè deSorbilres à Augtistin Sanajou.

« Ma foi, tant pis f — je partirai demain. — Au lieu d'une semaine, j'en ai pris deux, et, je l'avouerai à ma honte, je ne suis pas plus avancé que le premier jour. — Cependant je vois madafme d'Apr^ville tous les jours, — elle vient regarder coucher le soleil dans mon jardin ; — quand elle est partie, je rappelle ses paroles et les miennes, je rappelle jusqu'à ses gestes et aux inflexions de sa voix, — et je ne sais rien.

« Si je veux choisir dans ce qu'elle fait , dans ce qu'elle dit, — dans ses manières d'agir et de parler, — en en prenant à peu près la moitié, — je me persuade, je me prouve qu'elle m'aime.

94 LA PÊ«Ç|,flpj* RPR^4ïj»P.

HÎHs^i^ J'aiitf^ moitié »e prQttv^ p^ffeite»e|it te

(< Qu^ j§ J^n JRgSir IS te0 4 If fois, ;^ |^S08 s'étourdit complètement ^^i» i|§ i^ pjuf i^\^^ « Tantôt §Ufi ?t|« 4it 4^(î§i PWfttef 4'«i»e faïïiUiiriké

i»q)i ^^88 Am» im^ im^ if#<i ufie dçm% ^Mm^

— puis, aussitôt après, fg^ )§î§s§ tOP^l>ftf ^^ i^t ^ froideur, (l'iRéiffii^rpnce, qui mêle de la glace à mon sang et me précipite des riants sommets où m'avaient enlevé les §iles 4e V^spéranpe.

« Je te prie de remarquer que je ine sers îci des phnaed d'uf sga et d» Imgage co]|«^^^ « p^i^ Vwtfiii86F fUBmr téia 4 jfti^ çmtfâ nfti^iifQiiie,

« if»[|&B>3 d-àprevilie est jolie ; fétje ikm» squI^ i^m les bois^ peHflaBt l'été } t^. la ^«mpApift m ^l^ttd m* s«B) si Vén n'y est amQBiieiui»'« Tair d-»» m^^gnîSfiiis oadre îiide; On y met qe qu'aa pa«l. «»^ Maid âe U i utté d^ ees grapdes pàs^ifuas 4ea f»»fiiai> U j a â^ h distaseé. Tûutd 9m\vi^ joliç ^fl^q^ei 4 li i^«l«§ é^ m^ dame d^Aprey)lle, pQ^rr§it tdfti ii^if^^i biç»Q 1^1)0% 1<

rôle Qu'eUe r^i^pUt 4ft9§ eçl^ yê\it^ oomëdi^ 4^^ V%

mpur qu'il faut bien JQUQr g^r ur tUétoe to^t j«rô comme celui où mm m^ %mmii F^HÇQfitré^ ; «

du^gâléît, ië Vàmrèi éé§ ârbfeéf, dès fléuf*s, âds parlims, dê§ clièCnf^ d^ofeêëiti , des tnurïnùrëè du vent dââs lëêf btâtiéliè^ éi dé mti êtinê l'herbe, lès éplètifieiifs dtf ÉàW qtri ^§ étltrcïl^ dèttis ses ctitirtînèà de pôiift)rê.— AÏÎMs dôrfè f les frièrM s'affttgfàiêirf, sll iîe se iïàm^t pas M tttt hmsté etMë femme, tbîîà Ô^ iôUvs (Jtiê f es§âié ëù téBft fté fflë faire affl^^éîr iné ^^^Rëtt, lé fiti Siâi]^ W nfëilde.

(f lé M tt «t,^ 8 jr à ^tAs jë^s' : — Je siii? elfe ISâtïftôé litfnieiîf, fi tàtd tàiscifhmehf^m faille à Péris. Je VdtiMls Étté fak^er dèÉSâttdétf :^ î i^èstcz-lrOîié WngtetoïJSf ^ Hlë «'a pris fafti y Smgët. Èlîë ftt'èr dit : ^ M t#^â|iftifts'^ ]^ ô(f hem iëm^ë: Et séf vëbi n'nfmm lUn à éëm ^tié Irï^MfièHté. -^ Le tôk est une musique qui modifie ^rt^ièréthéwt lô Sens Ê^ I^(Aè».' 9rmf Sfë étfSl^ë^f éte £iiil»e ple^#r ses auditeurs en leur faisant entendre : « Bonjéitfi^ji it&itêievifi n^ A dSt <ta^ qâ'ëftpe^^è:— #è t^s^ plains, par ce beau temf^f ifm W» K»((kif6^8tMê6 ëntéwbe : (f /é mm pUmit, -»> môî ^i akmë tàta à jouir avec YGm âé é« iiéëtÈ téMpi^( » ^ et lé diîâïte sdtt si e'est l9i sG^tpkm& 0k l'ha^ffiOnlO (fai manque à là^ vd» de Aiddame â'Â|¥evill€f. ~ L'a^ n'a pas dit pMs que las paroUBi -i- et tes ^â!?oles éfaletti sèches.

« Dix fois depuis trois jours, je suis revenu sur le sujet de mon départ. — Le plus près qu'elle se soit approchée de la question que je voulais entendre aitt ceci : « Nous ne sommet qu'au commencement de Tété, » voulant dire que je verrais encore de beaux •; jours, mon absence fût-elle longue ou courte. —Et • encore : « Me permettrez-vous de cueillir quelques . reines-marguerites, quand elles seront épanouies^ je ^ veux les peindre. » Or , les reines-marguerites ne SL'ront pas épanouies avant six semaines. J'aurais pu, si j'avais été complaisant, dire : — Je vous les oôrirai moi-même, je ne serai pas si longtemps absent, etc. — Mais non ; puisqu'elle s'opiniâtre à ne pas demander franchement ce qu'elle veut savoir, je m'obstinerai à ne point le lui dire.

« Elle a été moins réservée sur les causes de mon absence :

« — Je comprends, m'a-t-elle dit, qu'un homme du monde s'ennuie vite à la campagne.

(( — Moi, madame? dis-je en la regardant tendrement, ce n'est pas l'ennui qui me fait aller à Paris.

({ — Ah ! dit-elle, v(ms y avez vos amitiés, — c'est bien naturel. » — Et comme elle avait dit cela d'uii air froid et un peu piqué, je pensai avec raison que

par « mes amitiés » «elle entendait un sentiment plus tendre; — je crus sottement devoir la rassurer :

« — Non, dis-je, ici je ne regrette rien : — ce sont des affaires qui m'appellent à Paris.

« Une petite moue dédaigneuse me rappela trop tard' ces paroles d'Alphonse Karr : « Il y a deux choses que les femmes ne pardonnent jamais : le sommeil et les affaires. » Certes une femme ne serait pas tombée dans la même faute que moi ; -~- leur dureté, leur férocité , ]es sauvent de ces maladresses. — Une femme n'aurait pas perdu de vue que l'amant souffre d'une inquiétude, mais que l'amour n'en souffre pas : — le cœur a besoin d'être déchiré comme la terre pour recevoir la semence et produire la moisson.

« Elle m'aurait un moment détesté et haï si je lui avais laissé penser ^ue j'allais à Paris pour voir une autre femme; — mais après tout, cela lui aurait laissé voir un cœur tout consacré à l'amour — et valant la peine d'être pris, — tandis que je lui ai montré un esprit occupé d'affaires et faisant entendre raison à mon cœur ; — sa voix , son regard , m'ont fait comprendre que je venais par une seule parole maladroite d'être changé en quelque chose comme un crapaud

ou pis encore, en quelque chose d'inerte et d'inanimé,

une souche de bois ou une pierre.

« Et Tétat où elle me laissa en me quittant me prouva encore mieux que j'aurais dû laisser à cette féroce imagination une petite inquiétude à grignoter pendant mon absence. Il ne tiendrait qu'à moi d'en emporter une. Mais pas de mauvaise plaisanterie. Ne faisons pas un duel d'un petit tournoi à armes courtoises. Ne nous laissons pas dominer par une petite campagnarde. Je pars, sans rien lui dire sur la durée de mon absence. Je la ferai assez longue pour l'inquiéter à son tour. Ah! vous êtes adroite : eh bien! nous jouerons le grand jeu. Je n'ai jamais vu en amour celui qui fuyait ne pas remporter la victoire. L'amour est une chasse où le chasseur doit se faire poursuivre par le gibier.

« A demain.

IVoëmi d' Api'eville à Julie Quesnet.

<i Le combat est engagé. — Dans une escarmoucb^ qui a duré trois jours, je suis restée victorieuse. — J* ne sais si lé grand séducteur a voulu user d'une petii^^

absence et me prendre parla lamine^ ou s'il a réelleaient des affairu gui l'appellent i Paris. — Toujours est-il qu'il tenait beaucoup à juger de l'effet de cette absence volontaire ou forcée, et qu'il voulait m'en voir triste, abattue, inquiète. — Je n'ai même pas été curieuse : je l'ai au contraire assez rudoyé , et cela sans tactique, de la meilleure foi et surtout du meilleur cœur du monde. — Rien d'impertinent comme de

ytarier à une fenune des affaires par opposition à l'amour. &t-ce donc un jeu que l'amour? N'est-<îe pas la plus importante des affaires ? -— Même quand ii nous plaît de prendre l'amour comme un jeu ou comme une dislaraction , nous voulons qu'il soit pour notre... adversaire — la seule affaire de sa vie ; — ia coquetterie féminine a un peu de la voracité dédaigneuse de l'ours, qui ne mange que des animaux bien vivants.

« ,Ce départ est survenu la veille d'une des arrivées périodiques de Férouillat , — qui commande toujours ce bateau à vapeur et qui, grâce à Dieu, ne peut venir m'apporter ses hommages que tous les cinq jours. — 11 tn'a trouvée aussi irritée de sa présence que de l'absence de M. de Sorbières,' et, ma foi! il a payé pour tous les deux. Ah! ma cb^re, il faut absolument *

avoir deux amants, — j'entends deux amants malheureux; — autrement j ce serait immonde. On ne traduit sa faiblesse pour Tun que par sa force contre l'autre, — et cela ne compromet pas. — Ainsi, je défie bien M. de Sorbières de prendre avantage sur moi de Tennui que me cause son voyage , — cet ennui ne s'expliquant que par mes duretés à l'égard du malheureux Anthime.

« Avec quelle noble dignité je l'ai accueilli! — pas de brutalités, pas de caprices : — des réflexions seasées, des remords, un retour d'estime, de reconnaissance, de tendresse pour mon mari, -^ des reproches de sa conduite à l'égard de son ami qu'il a trompé en me faisant tomber dans le piège de ses séductions.

« Il était beau de voir l'épais personnage se défendre d'être un séducteur, protester contre l'accusation de piège. — Tu n'aurais pu tenir ton sérieux : —il m*

dit qu'il n'avait pas prémédité de trahir son ami, mais que, voyant cet abandon maladroit d'une jeune femme livrée au pillage , il avait fait comme le chien de La Fontaine, qui, ne pouvant défendre contre Ips autres chiens le dîner de son maître, se décida à en manger sa part. Il m'a reproché avec une assez touchante tristesse que « je ne l'aime plus — maintenant

LA PÉNÉLOPE NORMANDE. 4i

ue cet amour est devenu son bonheur et sa vie. » 'ai protesté à mon tour contre toute accusation de aprice. — Non, je Taime toujours ; mais la réflexion

épuré mon amour. — Soyez mon frère, lui aî-je dit, 5 vous aimerai sans remords.

« Il m'a donné de très-bonnes raisons pour ne pas ccepter, mais j'ai été inflexible. — Je ne lui pardonter ai pas d'avoir usurpé, à la faveur de la solitude et le l'ennui, les bénéfices d'un amour dont il ne pouvait aisonnablement être l'objet. — J'ai contre lui la coère d'un homme qui s'apercevrait que son cocher tonduit des bourgeois à l'heure et à la course dans sa alèche.

« Le soir j'ai parlé à FérouîUat du ciel, des nuages, les séraphins, de l'âme, de la poésie ; — d'un amour «înt et pur, si longtemps, qu'il en est tombé raîde eniormi sur un fauteuil. — Quand il s'est réveillé, j'ai recommencé inexorablement, il a fini par s'en aller en me disant : « Bonsoir! madame, » avec 1 inflexion qu'il doit mettre sur son navire aux jurons destinés à effrayer ses matelots.

« En voilà pour cinq jours; — je désire, pour lui ,

que d'ici à cinq jours M. de Sorbières soit revenu.

« NOÉMI

Bérénice Bresehêi à M. René de Sarbièrêê ,

à Paris.

« Monsieur, — cette dame qui vient tous les jours au jafdin avec sa petite demoiselle ^ me charge de vous demander paur elle la permission de mettre sur le gazon, attachée i un piquet, une chèvre blaaehâ

qu'elle a achetée à Alain ; — je lui ai dit que si U

chèvre était attachée , elle ne pourrait pas faire da mal, et qu'alors la permission était toute donnée, *^ mais elle s'obstine à dire qu'elle n'amènera pas sa chèvre sans votre consentement. Je vous fais, monsieur, écrire cette lettre par le maître d'école, —ear vous savez que je n'ai pas le Menfait de l'écriture.— Le maître d'école vous présente ses respects ainsi que les miens.

cf BÉRÉNICE, veuve Breschet. »

René de Sorbières à madame TV. d^Apreville.

<( Vous me croyez donc, madame, [un propriétaire bien récemment, bien subitement et bien violemmeû* entré dans la propriété , que vous mé jugez si jaloux

de mes droits et de mon herbe? — Il n'y a dans cette affaire que vos scrupules qui pourraient me fâcher. Mettez votre chèvre dans mon jardin; — • si vous l'attachez, vous sauverez les rosiers, les œillets, les violettes, qui sont à vous comme le reste. — Au lieu d'une chèvre, ayez-en dix, ayez-en vingt, et soyez la bergère de ce capricieux troupeau, — c'est moi qui vous remercierai. — Si les chèvres mangent les fleurs, il n'y aura plus de fleurs , et ce sera vous qui en souffrirez; — moi, je vous regarderai, et je ne penserai pas à autre chose.

« Vous faut-il aussi une permission spéciale pour cueillir des bouquets? Alors, veuillez m'envoyer directement l'ordre de vous envoyer des permissions, — rue Taranne ,18.

« R. DE SORBIÈRES.n

Madame Noëmi d'AprevUle à M. Bmé de Sorhières»

«Non, monsieur, 'je ne m'établirai pas bergère dans votre enclos. Je n'aime ni la figure ni le costumé des vraies bergères, -et je. pense que vous ne les ailleriez pas non plus; — pour ce qui est des bergeries dTirfé et de Vatteau, — en jupe de soie rose et corset

de soie verte, •— il faudrait changer le décor préalablement, — vos arbres devraient devenir bleus et le ciel qui les couvre lilas; — puis après, oseriez-vous venir dans cette bergerie avec votre costume à la mode d'aujourd'hui? — Êtes-vous décidé à ne rentrer chez vous qu'avec une veste gorge de pigeon, des rubans flottants et des talons rouges? Sérieusement, vous avez une manière de donner des permissions assez adroites, si elle veut rendre les usurpatrices discrètes et timorées. — Vous me dites: Détruisez, brisez, gâtez tout, comme quelqu'un qui a désespéré de son jardin du jour où j'y ai mis les pieds.

« Je veux bien accepter la permission de me promener quelquefois dans le jardin d'un voisin de cam^ pagne , que cela ne dérange en rien , mais je n'accepte pas les fleurs, si ce n'est une de temps en temps . que vous me donneriez vous-même quand vous me rencontreriez par hasard chez vous. — Je n'accepte? pas le droit de gâter et de détruire, — Je n'ai àdonner qu'un grand merci en retour de ce que j'ai accepté, -— et ce ne serait pas assez pour ce que vous m'offrez.

(f De plus, j'ai accepté cette permission de la part d'un homme animé pour la cLasse d'une passion.

trop ardente pour ne pas être un peu malheureuse,

— d'un daces mortels qui ont mis leur cœur sous la protection de la chaste Diane, ennemie des amours.

« Je ne pourrais Faccepter de la part d'un homme du monde, qui se croirait obligé d'être poli et galant.

« A propos, voulez-vous des nouvelles de votre jardin? — il est plein de roses et de chants d'oiseaux,

— le soleil se couche splendidement tous les soirs en face de la tonnelle envermillonnée, et les châtaigniers se dessinent en silhouettes noires sur la teinte orangée qu'il laisse à l'horizon; — les roses sentent bon, les oiseaux sont joyeux— absolument comme si le maître du jardin n'était pas absent — Dieu ou le diable savent jusques à quand; — cette ingratitude des arbres, des fleurs et des oiseaux, me paraît si laide que je m'efforce de vous regretter un peu, ne fût-ce que pour vous voir chasser de méchants enfants qui viennent de l'autre côté de la haie essayer de prendre des oiseaux dans des rets.

« N. d'Apreville. »

Bené de Sorbières à madame d'Apreville.

«Je vous remercie bien, madame, de la bonté

46 LA PËNËLOPË NORMANDE.

avec laquelle vous me donnez des nouvelles de ffloâ hêuretix jardin. — Pendant que je lisais votre courte et charmante description, j'ai à vous demander pardon de n'avoir pu voir absolumeiit que vous regardant tout cela. Vous seule pouviez me donnet des nouvelles des roses et du soleil , deux choses trop communes pour que mes autres correspondants daignent y faire attention; — c'était tout ce qui me manquait de renseignements, — car j'ai d'ordinaire une police très-bien faite. Voulez-vous que je vous en donne une seule petite preuve? — Mais, si vous êtes curieuse, be serait bien long d'attendre une réponse à votre réponse ; si vous ne me perthettez pas de vous donner rexemplé en question de l'exactitude dé mes renseignements, ne Usez pas plus loin,' — brûlez cette lettre tout de suite , comme vous la brûlerez naturellement après l'avoir finie , si vous me permettez de continuer.

(( Si vous avez regardé le coucher du soleil, mardi dernier, vous ne l'avez pas regardé seule; vous aurez pu. commu^iquer vos poétiques impressions et ne m'en envoyer que la seconde édition.

(( Agréez , etc. ,

(( R. DE SORBI£R£S. ))

Madame Noëmi d*Apreviille à M* René de Sorbier es,

« Vous êtes bien înformé, monsieur, mais, si voûî^ l'étiez mieux, vous sauriez que cela ne valait pas la peine de vous être rapporté . — ni surtout d'être dit par vous avec eçt air solennel d'un homme qui a siirpris un secret. — Hélas ! je le voudrais, que ce fût ùii secret, je ne me serais pas tant ennuyée ce jour-là. — Si nous devenons jamais de vieux amis, je vous diràî qui était avec moi, et vous rirez comme moi des idées q*ui paraissent vous être vei\ues à ce sujet. Ce bon M. Férouillat serait tout iSer, s'il savait qu'on le prend pour un loup, lui qui n'ambitionne que le rôle do chien fidèle et un peu hargneux.

« Je ne donnerai plus de nouvelles â un homme qui laisse ici une police aussi vigilante.-^ Vous savez sans doute que le temps est affreux depuis deux jours,

— que le soleil se couche derrière un vilain rideau gris, — et que ma fille me répète, pour m'empèehei* d'aller à votre jardin où j'ai pris un bouquet de rose?? et un gros rhume , tout ce qtie je lui ai dît de choftes ennuyeuses sur les dangers de Thumidité, du froid, etc .

— J'avais espéré qu'elle attendrait, c«3mrae j'ai fait, *

avoir des enfants pour leur rendre Tennni des sermons qne les parents font subir; — si j*ayaispu penser qu'elle me répéterait les miens à moi-même, il est probable que j'en aurais été un peu plus avare.

(( Cependant, monsieur, malgré le mauvais temps qu'il fait ici, cela vaut encore mieux que la grande ville, et, pour vous prouver que je n'ai aucun ressentiment contre les pauvres indiscrétions de votre police, je forme pour vous le souhait que vos affaires ne vous y retiennent pas trop longtemps.

« N. d'Aprevilub. »

Reni de Sorbiires à Augustin Sanajou.

Août.

« Gomme elle avait persévéré à ne pas me demander dans ses lettres : (c Quand revenez-vous ? » je m'étais opiniâtre, de mon côté, à ne pas répondre à ses questions indiscrètes. J'étais chez moi à l'attendre ellemême, lorsqu'elle attendait, sans doute, une lettre de Paris. Je l'attendis inutilement tout le jour. Puis vint l'heure où le soleil disparait derrière les châtaigniers. n y avait de gros nuages noirs avec de larges frangea de feu rouge. Au-dessus, sur un ciel bleu pèle et

.impide, glissaient de petites fleurs de nuées roses. A.u-dessus, et plus loin du soleil , des nuées roses , des nuées lilas; puis, le reflet du soleil ne parvenant pas plus haut, des nuages gris vaporeux et comme mousseux qui n'étaient pas autrement colorés. De loin , on entendait le coassement de quelques grenouilles, qui auraient troublé seules par intervalle le sflence du bois, s'il ne fût venu par bouffées une vieille clianson que chantait, en pressant ses bœufs pour terminer son sillon avant la nuit, un laboureur sur la côte derrière laquelle descendait le soleil, ainsi que derrière les châtaigniers. Le laboureur, la charrue et les grands bœufs formaient sur le ciel rougi une silhouettenoire nettement découpée. « J'entendis derrière moi un léger bruit de pas; je me retournai et aperçus madame d'Apre ville, qui ne témoigna sa surprise de me trouver là que par un sourire presque affectueux qui illumina son charmant visage. Elle me tendit la main, puis ne fit aucune allusion à mon absence. Elle était seule. — Esther est un peu malade, me dit-elle, mais j'ai voulu cependant ne pas manquer de voir coucher le soleil : je n'y manque presque jamais.

« Le lendemain elle vint à la tonnelle avec sa fille

^t resta fort longtemps, — puis le jour d'après je ne la vis pas du tout. Je fus tm peu inquiet; la veiDé, pendant qu'elle était sous la tonnelle , quelques promeneurs ou chasseurs avaient jeté sur iiouS, en passant, un regard curieux.

« Aussi, quand elle est venue hier, — je lui ai dit: Les deux jours qui viennent l'un de s'écouler, l'autre de se traîner, m'ont suggéré des réflexions différentes que j'ai décidé de vous soumettre. — Pourquoi n'êtesvous pas venue hier?

« Elle releva la tête avec fierté.

« — Je ne vous demande pas de réponse ; — je vais la faire moi-même. PeUt-être àviez-vous quelqu'un chez vous, et avez-vous dirigé votre promenade d'un autre côté ? — Ne vous fâchez pas, vous verrez que la conclusion sera parfaitement respectueuse de ma part et commode pour vous.

<( — Eh bien ! dit-elle en souriant, c'est vrai, j'avais chez moi un ami de mon mari, et j'ai dirigé ma promenade du soir d'un autre côté. — Le soleil s'est couché assez maussade, il m'a semblé qu'il n'était beau que quand on le voyait d'ici.

<( — Vous n'êtes pas vernie ici parce que vous avez craint mon indiscrétion : il peut arriver que vous

LA PÉNÉLOPE NORMANDE, .il

ous ttonviez ayec des personnes auxquelles vous "ayez pas Tintention de dire quelles connaissances ons avez faîtes; — il peut arriver que vous craigniez es interprétations sottement malveillantes; — il se peut ussî que, venant seule ici, vous ne soyez pas dispoéè à causer, qu'il vous plaise d'assister seule à la fin lu jour; ou d*y promener des rêveries dont il vous erait pénible d'être réveillée ; — il se peut que vous le veniez qu'avec l'intention de promener votre jolie îsther, et que ma présence perpétuelle vous fasse ïuelquefbis hésiter. — J'ai compris que, dans mon ntérêt, je devais me montrer plus discret que je ne 'ai été jusqu'ici, car j'aime mi^ux ne vous voir quele loin, que de ne pas vous voir; — ^j'aime mieux, sans ^ous voir, vous savoir là, sous cette tonnelle, que de le pas savoir où voua êtes.

(f Mais, d'autre part, si je suis trop discret, je serai i moi-même un cruel ennemi ; — je veux être assez discret, mais pas trop. Si je dois mesurer moi-même ma discrétion, c'est-à-dire juger quand ma présence ne vous sera pas désagréable, je serai nécessairement victime dé la modestie qu'on doit faire semblant d'avoir. Ce serait pour moi une perte très-affligeante que celle de quelques instants où j'aurais évité de m'ap-

procber de vous, et pendant lesquels vous m'auriez supporté sans ennui. — Eh bien ! pour que vous soyez sûre que je serai assez discret, il faut que vous ayez l'indulgence de m'empêcher de l'être trop. — Dans cette position, je veux vous proposer un traité: je ne vous aborderai pas, — je ne vous saluerai pas, — je ne manifesterai pas que je vous vois, que vous ne m'ayez fait comprendre par un signe quelconque que vous me le permettez. — En un mot, comme vous, madame^ vous ne pouvez pas douter du plaisir que j'aurai d'être auprès de vous, — c'est vous qui désormais ferez toutes les avances.

« A ces mots, elle a un peu froncé le sourcil, —le plus charmant sourcil du monde ; — puis elle a réfléchi un instant et m'a dit d'un air très-sérieux :

« — Vous avez raison, cela vaut beaucoup mieux; — vous avez raison, même, c'est indispensable.

« Comme elle partait : — Je vous dis adieu , madame, car, d'après notre traité, auquel je serai parfaitement fidèle, il ne dépend plus de .moi de jamiais vous parler.

« Elle me tendit la main et me dit : — Au revoir!

« Ma promesse faite, j'avisai aux moyens de la te-

nir sans que cela me coûtât ^trop. — Dans une autre

artie du janlin, à Topposé de la tonnelle, est cette Drte de petite chaumière où tu te cachais pour assasiner des becs-figues, — et qui sert Thiver à abriter îs outils de jardinage et à mettre à couvert du froid uelques héliotropes frileux, quelques jasmins et uelques géraniums délicats.

« Je passai un peu de la nuit seul et toute là matiée avec des ouvriers à me faire de cette cahate une 3rte de cabinet de travail où je puisse me réfugier. - De là, je pourrai lavoir sans être vu. — De plus, uand les jours vont diminuer, quand il va faire un eu plus froid;— je lui abandonnerai cKte cabane et le réfugierai dans la maison ; — c'est une transition réparée pour qu'elle puisse, quand viendra l'hiver, ntrer dans la maison ; — de la tonnelle à la maison \ passage serait trop brusque. Je ne sais si elle a 3ulu essayer et mettre à l'épreuve ma soumission à otre traité, mais le jour même, c'est-à-dire il y a uelques heures, elle est venue sous la tonnelle avec i fille et une sorte de servante ; — elle m'a salué de un d'un air réservé, — j'ai rendu respectueusement 1 salut, et je n'ai plus regardé de son côté ; —je suis Qtré dans la cabane, puis j'en suis ressorti et suis lié dans le bois avec mon fusil sans même retourner

54 LA PÉNÉLOPE iNORMANDE.

la tête. Je pense qu'elle a di s'approcher de la cahute après mon départ et regarder ce que c'était.— Je l'avais laissée ouverte pour favoriser cette curiosité, et aussi pour que cela tînt au moins autant que la tonnelle de la maison, —je ne suis rentré qu'à la nuit. — ^T'avouerai-je que je suis allé sous la tonnelle où je l'avais vue et que je suis resté très-tard? Ensuite, je n'avais pas sommeil, — et je t'ai écrit. — Maintenant je suis fatigué et je te dis bonsoir. Voici le jour — et les oiseaux qui chantent.

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