LES FEMMES DE CRIN
Si j'avais rhonneur d'fttre femme, Je me seatiraii émue^ iiiquiète et indignée d'une chose cpï frappe les yeux, à chaque instant dans les rues.
paris est la seule ville où il n'y ait pas> de femmes tout h fait laides. — La Parisienne s'approprie et s'assimile avec tant d'adresse et de gr&ce toutes sortes de choses qui en réalité ne lui appartiennent pas, — qu'elle fait des attraits qu'elle a et de ceux qu'elle emprunte un tout homogène, un fagot de charmes bien diiScile à démêler; — de sorte qu'on aime dans une Parisienne, — sans s'en apercevoir, — autant de soie que de peau, autant de dentelles que de cheveux. «- Il semble que les fleurs naissent, croissent et s'A-
15S ENCORE LES FEBIMES.
panouisscnt dans sa chevelure tout naturellement, comme les bleuets dans les blés. — Il semble que la dentelle appartient à ses épaules, comme les plumes appartiennent au colibri ;— que la jupe de soie qu'elle traîne fait partie d'elle-même, comme la queue constellée que traîne le paon. — Non-seulement la Parisienne décide des couleurs qu'on portera dans toute la France et dans le monde entier, mais encore elle édite de temps en temps telle ou telle forme inusitée pour le corps féminin. — Ces inventions (je parle des dernières), ne sont pas toujours raisonnables ni heareuses. Mais les lois de la mode sont les seules auxquelles on obéisse dans notre pays. Je crois mémo qu'il n'y a pas en réalité d'autres lois. — On porte telle année des jupes trop longues , et des idées au moins libérales; telle autre des chapeaux trop petits et des idées au moins réactionnaires.
On a vu des Parisiennes faire savoir au monde entier, sous le règne de Louis XVI, que le visage des femmes serait à l'avenir, et jusqu'à nouvel ordre, au milieu du corps, — et le monde entier a obéi... Aujourd'hui il a été décidé que les hanches changeraient de place, et elles ont changé de place. — Le diable sait où elles sont!
Il est une sorte de femmes pour qui ces révolutions
Kont faciles : ce sont celles auxquelles la nature paresseuse a confié le soin de se faire elles-mêmes. — Celles-là n*ont aucune peine à se conformer aux lois qui se succèdent : elles sont dans Tordre physique ce que sont dans Tordre moral les hommes sans idées et sans convictions.
Mais pour celles auxquelles la nature n*a pas té^ moigné la même confiance, pour celles qui ont reçu leurs formes toutes faites, pour celles qui sont en général les plus belles, il se présente d'immenses difficultés, et il est bien rare qu'elles arrivent à ne pas être vaincues par les premières. Ces charmes un peu artificiels ne doivent être servis aux regards que tout prêts, et il est d'une inconcevable imprudence de laisser pénétrer le public dans les coulisses de ces artistes en beauté.
Eh bien, c'est sur cette imprudence que je veux a p> peler Tattention des femmes. — Il n'y a pas aujourd'hui dans Paris une seule rue dans laquelle il ne f* trouve une boutique où Ton fasse Texhibition publiqub aux vitres et dans la montre, — d'objets bizarres eu étoffes de crin, — qui trahissent le secret qu'il y a des marchands de hanches et de mille autres choses.
Cette révolution ne peut manquer de produire Tin crédulité qui a déjà attaqué et renversé tant de choses.
I5ft ENCORE LES FKHHES.
et qui menace îDcessamment de renverser le culte 4 ^ religion de la beauté.
Je ne parlerai pas de l'incoarenance de semblables exhibitions ; je pense qu'il su£St de ce qu'elles ont d'impmdcait et de dangereux pour engager toutes les femmes h défendre à leurs fournisseurs» sous peine d'abandon, d'exposer ainsi aux regards ces secrets terribles.
Q est cruâ pour les hommes, en passant dans la rue, de roir des choses qui tqus forcent i tous demander si TOtre cœur n'a pas battu plus d'une fois pour des attraits empruntés à la crinière d'un che?al de flacjre, et de dire : t le ferai peut-être dans qiunz^ jours des folies pour cette étoffe de cria*là. »