DE LA FIDÉLITÉ
Dieu sait quelle rigôurôiîse verlu efet la fidélité que chacun des deux amants exige de Fautre I rigoureuse surtout si on la compare à celle qu'il s'impose à luimôme. Vous voulez que la femme qui vous aime ne voie que vous au monde, soit avare pour vous de sa beauté, et la cache soigneusement au reste des mortels, dont Fadmiration ne serait plus pour elle qu'un chagrin et une offense. — Mais alors que ferez-vous de voire côté, en échange de ce sentiment exclusif? Vous ne manquerez aucune occasion de le trahir ; vous vous excuserez à vos propres yeux par des théories qui vous mettraient en fureur si votre partenaire, j*al^
lais dire votre adversaire , les mettait en pratique, od seulement s'avisait de les émettre. — Vous établirez des nuances fine^ et laborieusement cherchées entre la fldélité et la constance, — et vous avez raison , car le seul moyen d'inspirer ce sentiment exclusif , c'est de ne pas l'éprouver soi-même; c'est Finquiétude que vous donnez qui fait que Ton ne vous considère pas comme acquis ; — de même cette préoccupation unique, cette scrupuleuse fidélité que vous exigez et que vous n'obtenez qu'en ne la méritant pas, vous ne l'accorderez à votre tour que lorsque vous aurez à faire une guerre défensive, c'est-à-dire, lorsque V objet aimij vieux style, aura cessé de mériter, selon vous^ des sentiments absolus*
Quand on sait ses poules bien tranquillement occupées à caqueter dais un poulailler bien clos, on prend volontiers son fusil, et l'on s'en va dans la plaine & la recherche du gibier» dùt^on ne tuer qu'une mésange sur une haie ou un moineau sur le bord d'un toit. Mais qtte l'on sache que le renard rôde autour de la ferme ; qu'une poule se rappelle quelque matin qu'au fond elle est un oiseau, et essayant ses ailes engour* dies, passe par-dessus les palissades du poulailler, oh I alors, vous ne penserez pas au gibier qui court ou voltige au dehors.
« Entre deux amants, il y en a un qui aime Faulre, ci l'autre qui est aimé. » Seulement, il n'est pas rare que tous deux changent de rôle, que celui qui se laissait aimer s'avise d'aimer à son tour, s'il craint une infidélité, tandis que l'autre enfin rassuré se permet quelques distractions. Entre deux amants, il y a une somme d'amour à dépenser ; ce que l'un dépense de plus que sa part, l'autre le dépense de moins. Et pourtant quelles élégies 1 Â quelles plaintes amëres adressées au monde entier, en vers et en prose, ont donné lieu des infidélités que celui qui en souffrait aurait fait subir à l'autre, si l'autre s'était conforme aux ver* tus que l'on exigeait de lui I