‹ Encore les femmesChapitre 6 sur 33 · DES FILLES A MARIER · texte numérisé non relu

DES FILLES A MARIER

^Plusieurs familles de ceïïes cpil ont tous les droits à voir leurs membres exercer les professions libérales, ont pl9£6 leurs enfants dans les écoles d*agricoltore ; ils en sortiront citoyens utiles et distingués ; mais, dès le commencement de leur carrière, ils trouveront un obstacle qui mérite qu'on s'en occupe. ^H . n faut que Tagricuiteur se marie jeune ; il a besoin dSine compagne qui s*associe & ses travaux et soit le charme de sa vie. L'isolement où le place l'exercice de sa belle profession ne met & sa disposition que les heureuses , complètes et sérieuses joies de la famille. Eh bien ! Fagriculteur dont nous parlons, ragriculteur instruit, dont l'esprit cultivé se sera enrichi de fleuri

n ENCORE LES FEMMES.

et de fruits, trouvera difficilement à se marier conve- Dablement.

^ Si certains bons esprits commencent à voir ce qu*il y a de noble, d'élevé, d'indépendant dans la profession d'agriculteur , je doute que Ton ait rien fait jusquld pour faire naître et cultiver ces sentiments et ces idées dans l'esprit des femmes. Une jeune fille de la bour* geoisie rêve de devenir la femme, d'abord d'un homme riche, puis d'un médecin, d'un avocat, d'un notaire. Si vous lui parlez d'un agriculteur, elle fera des moues dédaigneuses et ira pleurer dans sa chambre.

De sorte que notre jeune agriculteur n'aura à choisir que parmi les filles qui feraient galerie et tapisserie, et qui se verront exposées à coiffer sainte Catherine. De sorte que dans l'état actuel des idées, le jeune agriculteur sera considéré comme un € pis-aller, » et ne verra sa recherche accueillie que lorsqu'on sera sûre de ne plus voir se présenter de notaire, d'avocat ou d"» médecin, ou même de riche industriel.^

Cela n'est qu'un des côtés et un des points de vue • de la question.

Toute jeune fille bien élevée est toute prête à remplir .convenablement les fonctions de femme d'un médecin, d'un notaire, d'un avocat, d'un négociant

Il n'en est pas de même des fonctions de la femm^

ENCORE LES FEMMESL n

d*un agriculteur. II faut pour les exercer avoir certainet connaissances.

n faut qu'elle partage les goûts de son mari, qu'elle comprenne la grandeur, la noblesse etTindépendancê de sa profession, et qu'elle en soit fiëre. Il faut qu'elle connaisse les grands et les petits bonheurs decette nobla vie des champs» et qu'elle ne la prenne pas pour ua eiil.

Il faudrait ensuite qu'elle fût en état de surveiller une ferme et une nombreuse famille de servantes et de domestiques; qu'elle pût diriger la basse-cour^ suppléer son mari pour les ordres à donner dans les absences ou pendant la maladie du maître; ce qui na l'empêcherait nullement de dessiner si elle le voulait» et surtout d'avoir son piano , de faire de la musique, de chanter, de lire ; en un mot, d'avoir tous les plaî* sirs intellectuels.

Mais le jeune agriculteur, qui d'abord aura été pris

faute de mieux , non-seulement ne trouvera pas dans

sa jeune femme ces connaissances utiles, qu'au besoin

il pourrait lui procurer lui-môme, mais il ne rencoo-

Jrera pas le désir de les acquérir. Sa femme, au lieu

de lui être un aide et un bonheur, sera un obstacle et

un chagrin.

Les Jeunes (illcà rivent aujourd'hui la position bn

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rarre et anormale qu*ont les femmes de la cmsse (nie bourgeoise. Les maris travaillent, et les femmes n'ont diantre sooci (Çuede ;s'habillar, de se dôshabiller et de babiller. jElles isomt d*ane condition supérieure à. celle de leurs mnris^ qui sont des ilotes obligiés de travailler et de faire pis pour les entceliQQir dans iin luxe gui est toujours tellômenl croissant que Ton abandonne les professions correctes , qui ne peuvent plus nournr les familles, et^ue Fon sejeti^ daojs un jeu effréné, liéguifié.aoHS Je nom d'aOairea.

iLes femmes oskt la situalion, commode ^peuiiêtre, mais peu honorable» dejolis animaux ,cjue Von nonr- !iiit pour le .plaisir ides jeux^des ouistitis, dos benga- JSs, ou depâlitschiens bichons, ûu^pisreiicnEe, de filles .enisetenues.

Dr, jl n*est pas diffijcile de remarqaenque rempressèment pour les doux nœuds deriiymônée, vienxistjle, ^'enica fort diflilDiuantde laipart des hommes, et que, isifâllesn'étateaiiretennAesipar la bienséance et la fierté, roa serait au tour des femmes de témoigner parleurs gestes qu'elles manquent de marii^, rcomme les .Rooxiains du iballet des Sabines faisaient savoir an public (f ulilsiHianquaient de fanmes.

On dit bien encore aux filles, moins qu'aux .fera in es cependant, pasvequeiteUes-^nepeuvient prendre leur»

tdfflirateurstiii mot; on dit bien encore aux filles qu*un de leurs regards vaut toutes les mines de rAustralie , qu*on est prôt à se faire tuer pour un sourire , que baiser le bas de leur robe «est un rêve âOiCt on n*ose presque pas imaginer Taccomplissement, qiae Tor n'est lâen afiprès de leurs cheveux blonds, que les perles «oiït moins que rien auprès de leurs dents, que leurs yeuK bleus ont plus de charmes et surtout plus de prix que les plus belles turquoises, etc.

Mais, par exemple, si la jeune fille répondait : € Eh bien! prenez ces cheveax d'or, ces dents de perle, ces yeux de turquoises, ce sourire à perpétuité, ;i^tc. ; prenez >eela pour -vous seul; prenes-le .pg«ir toujours, » on im dirait : «Minute, mademoiselle* Combien monsieur tviolre papa me dQni^a-4-tl d'argent pour que je consente à entrer en possession de tant âecharmes et d!on ouBsi grand bonheur? »

Bt noflbeiuneQsemeat cette avuriœ masculine, qui ontrefvis était onediose honleiise et justement vilipendée ipar les poâe&, esl devienne aujourd'hui parfaileinent raiBonnaible.

En effet, supposons que la jeune fille réplique etflise .

'€ Hass vous parlez fflah^nant fie ridhessesl Que parhez-tous donc tout â l%eiire fle mes theveux d'or, de mes yeux de turquoise, de mes^cHls<le perle, tous

trésors dont le moindre était, disiez-vous, plus désirable que les mines de l'Australie !

' — J*en parlerais volontiers encore, mademoiselle, oi vous vouliez bien n'avoir jamais d'autre parure, d'autre or, d'autres perles , d'autres turquoises , que vos cheveux, vos dents et vos yeux. Je consentirais encore à les faire entrer dans le chiffre de la dot, si vous vouliez ne pas promener dans de riches carrosses ces dons précieux de la nature. »

Le monde et le mariage ressembleront bientôt à ud bal où il n'y a pas assez de cavaliers.

Triste!

Ce serait dOTîCtroaverQC débouché que d'élever des femmes pour les agriculteurs, en môme temps qu'on commence à élever des agriculteurs intelligents» sa> vants, distingués;

Lesquels feront de l'agriculture, la plus noble et la plus indépendante des professions (c'est à dessein quo je me répète), et aussi une des plus lucratives ; une profession où le nécessaire embsasse une partie du

!uxe des autres professions, luxe laborieusement ao^

quis.

<^ Les beaux jardins, les beaux chevaux, une table abondante font partie pour ainsi dire du mobilier né* ccssaire de l'exploitation. ^

n faudrait d^abord inspirer aux jeunes filles le goût de la vie des champs. Pour cela il suffit de la leur faire connaître. Ce n*est que par ignorance qu*oa ne préfère pas cette vie à toutes les autres.

n faudrait leur donner certaines connaissances indispensables ;

Sans négliger les arts d'agrément» surtout la musique, repos, joie et fête de la maison.

Après tout, supposez qu'une fille élevée ainsi n'épouse pas un de ces heureux, nobles et libres paysans que je rêve et qui vont se réaliser, au pis-aller elle serait pour tout autre mari une bonne ménagère, simple, économe, en même temps qu;une femme modeste» sensée et agréable.

Pourquoi, par exemple, ne donnerait*on pas un peu cette tendance à l'éducation de la maison de Saint- Denis, où sont élevées par l'État les fiUss des légion* naires?

vr

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