‹ Encore les femmesChapitre 9 sur 33 · ÊTRE PROPRE · texte numérisé non relu

ÊTRE PROPRE

// faut bien être propre. — Une grande probabilité qu'il ne s'agit pas là seulement de savon et de pâte d'amandes, c'est que j*ai entendu une femme faire cette réponse à un mari qui faisait des représentations sur un mémoire de 7,000 francs : « Il faut bien être propre. »

É^re tomme tout le monde. — Cela veut dire:

Avoir des robes, des dentelles, des chapeaux en nombre égal, en magnificence égale à celle des femmes ^n^ l'on connaît qui a le pUis de robes obères, des ilenlelles'iiautes et de cbapeaux frais, — et les avoir un «peu plus chères, un peu plus hautes f»îun peu plus frais qu'elle.

NE PAS FAIRE PEUl^ ÊTRE A FAIRE «PEDIl.

Si à celle question : Je suis à faire 'peur, une femme ne cêpondaii; rp&s : « Yous êtes ^divinement iiiisc;)» ot un bomme: cJe ne vous ai jamais vue

plus jolie, » ce serait manquer de polilesse. Bb efifèt; par cette phrase ou demande h la femme mk compliment sur sa toilette, à Thomme un compUmentsursa) figure. A chacun selon sa capacité. ^

lf*ATOIR PAS UNE ROBE' OU OIV C1Il/kP£i3l  SB! lIETVn.

n y a des maris qui répondent sottement à ces* pSiK rôles : « Je n'ai pas une robe, pas un chapeau^ h iwr mettre, » par une énumêration des jupes et des chapeaux variés qu'ils connaissent à leur femme. C'est qu'ils n'ont pas compris la phrase. « Je a/ai pas ubs robe, pas un chapeau à me mettrev » veut dicer qiu- il se présente une occasion ou un prétexte âimok ime robe neuve ou ub nouveau; chapeau,, et qa'oa a^eai % pas profité : un changement de saison, une fête,, tca mariage, un deuil, une représentation exfraoïrdinaidre^ une course de chevaux, une étoffe nouvellement arrivée de Lyon, une très-belle robe ou un frais chapea» arborés par une amie.

Il fait si froid qu'il faut bien aicheler mi coba de velours, — qui commencera au-dessous des épaides.

Il fait si chaud et le soleil est si ardent, qu'il faut bien acheter un chapeau de paille d'Italie, — qui com?menceca derrière la tête et ne garantira absûlun^ot rien.

100 ENCORE LES FEUME3.

« Je a*ai pas une robe, je n*ai pas un chapeau à me nièttre, » veut dire : « Il y a longtemps que je n'ai acheté une robe neuve, un chapeau neuf. »

YotcQ femme aurait cent cinquante robes et cent cinquante chapeaux, il ne faudrait pas penser h tirer de là une objection : elle ne serait pas admise, et, de plus, ce n*est pas h ce qu'on vous dit que vous répondriez.

Ce n*est pas seulement pour avoir des robes et des chapeaux qu'on en achète. Il y a dans Faction d'ach^ ter un plaisir particulier pour les femmes. La femme qui achète a par cet acte même un moment de domination.

Une douzaine de femmes sont arrêtées devant les vitres d*uh riche magasin d'étoffes. La femme qui entre triomphe d'elles toutes. Ce que les autres regardent, contemplent, admirent, envient , elle veut le prendre, l'avoir à elle, remporter. Tacheter surtout.

Les femmes font peu d'affaires et manient peu d'argent ; elles sont sous ce rapport, pour la plupart, soumises à leurs maris. C'est « monsieur » qui paye les fournisseurs, les loyers, les gens; c'est lui qui reçoit l'argent et donne les quittances, etc.

ENCORE LES FEMMES. iOI

La femme qui entre dans un magasin va acheter elle-même, payer elle-même ; si on envoie la note chez elle, c*est elle que Ton demandera, c'est en son nom qu'elle est faite.

. Un côté moins puéril est celui-ci : — « Cette femme entre là et va y acheter probablement ce que je désire. Son mari lui donne donc beaucoup d'argent? Son mari est donc bien riche? On Ta dono trouvée plus belle que moi? Est-ce qu'elle est plus belle que moi? »

n faut s'arrêter quelques instants devant ces trébuehets, ces souricières tendues chaque matin sous le nom de magasins de nouveautés. Il faut voir la démarche, l'atlitude et les yeux de la femme qui entre dans le magasin en dérangeant pour passer celles qui regardent aux vitres ; elle a l'air de ne pas les apercevoir; elle marche droit, c'est à elles à se déranger. Il faut voir aussi le regard des femmes dérangées : ce regard qui suit la femme qui entre, commence triste et finit dédaigneux. — Le dédain est un masque qu'on met sur la tristesse.

^. La femme qui achète domine dans le magasin ; elle ordonne, elle se sent obéie, non à cause de sa beauté» elle est un peu blasée sur ce plaisir-là, mais à caasc de son argent; c'est un triomphe d'homme.

Beaucoup, par décorum, n'emportent pas dans Icîïr

voiture ce qu^^es ont acheté; c'est an sacrifice ass» dur à une^ convention. Si on a un grand nom, (m un nom illustre, on un nom célèbre; si on demeure dans un certain quartier, on donne son adresse de façon à. être entendue ; après avoir battu les fournies qui regardaient aux vitres, on bal celles qui sont entrées comme vous, on est victorieuse des victoriaises. CepeodanV si on a une voiture à soi, si la livrée est belle, si lespanneaux sont annoriës, onpeutà la question duamiK mis : c On portera che^ madame ? » répondre^ sans trop se comproinetire : « Non^ j'ai nra voiture; »

La femme qui rentre chez elle après tnairoehetif se sent du plaisir vis-à-vis dé sa femme de ehambr», vis à vis de sa portière.

En effet; un homme ne tient pas à batClre tons lés^ hommes ; il en est beaucoup qui ne peuvent fumais se rencontrer sur' son- chemin ; il n'est pas en rivatitô avec le portier ni avec son valet de chambre.

Mais la femme sait et sent qu'il n'y a d'égalité réelle entre les femmes que celle de la beauté. Une jolie femme de diambre est une femme, et vaut la peine qu'on lui fasse sentir sa supériorité et qu'os ^oto^se^ «eBHr i{^ "ni-même.

Les femmes bien élevées ne se servent jamais , à. regard des autres femmes, de phrases mal sonnantes. Comme les sauvages, elles lancent des flèches élégantes, empennées des plumes de pourpre, d*azur et d'émeraudes, dont la pointe est empoisonnée.

Elles se servent de compliments vénénmix.

Une femme bien faite ^ c'est une femme qui a des marques de petite vérole, ou les cheveux rares et mal plantés, ou une bouche trop grande; en un mot, une femme bien faite est une femme dont on nie la figure .

Une belle personne^ c'est une femme qui n'est plus* très-jeune, qui a la taille un peu épaisse, qui manque d'élégance, et qui a une grosse gorge placée trop haut.

Si Ton veut pousser cette injure à sa dernière limite et la rendre l'équivalent de grosse femme commune» on dit : Elle a une belle santé. Mais cela ne se dit que rarement ; c'est un peu trop violent pour être toutii fait de bonne compagnie.

Une femme d: esprit ^ une femme très-aimable ^c* est une femme qui n'est ni jolie ni bien faite.

Une bonne personne, cela veut dire laide et béte»

îOh ENCORE LES FEMMES.

Une excellente personne est un gros mot que je ne traduirai pas ici.

Cest une inconséquence. On répond « c'est ane inconséquence » à une accusation grave portée contre une autre femme. Cela a un triple effet excellent : 1 <> on paraît indulgente ; 2** on accepte comme vraie l'accusation portée et on ne la nie pas 5 3® cela excite l'accusateur à appuyer un peu pour justifier la îjévérité de son jugement.

En effet, supposons que M. G— dise de madameC... qu'elle est fort compromise avec M. B.«, — Madame D..., amie de madame C..., pourrait répondre : « Mais elle le connaît à peine; il ne va pas chez elle... C'est une calomnie! » '

Au lieu de cela, elle dit : — « Mon Dieu ! qu'on est méchant ! je n'en crois pas un mot ; je suis sûre qu'il n'y a que des inconséquences. »

M. G... réplique :

€ Vous êtes bien bonne d'appeler cela c des inconséquences 1 » Moi j'appelle cela..^ (un gros mot au clioix).

Résultat de cette parade qu'on a eu Fair de faire contre le coup porté à une autre femme.

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Ccst ce qui arriverait si on parait mollement avec lin sabre le coup qu'un autre sabre adresserait à un adversaire : le patient recevrait les deux armes sur la tête; seulement son ennemi un peu irrité donnerait un second coup.

Total, trois coups de sabre.

Vous ne me comprenez pas, cela veut dire :

Vous me comprenez trop bien, et vous ne voulez pas croire aux mensonges que j'avais espéré vous faire accepter.

Un homme sans conséquence ^ c'est un homme auquel on fait faire pour rien tout ce qu'un autre ne ferait que pour tout.

Il est bon de dire aux femmes, — s'il en est quelqu'une qui ne le sache pas, — qu'il n'y a pas d'homme qui soit à ses propres yeux « un homme sans conséquence. »

Donc, l'homme dont vous usez et abusez sous prétexte que vous l'avez déclaré « sans conséquence » n'a pas accepté la convention que vous lui imposeriez les corvées, les ennuis, les sacrifices môme, et que vou*

fM ENCORE LES FEMMES.

ne lui devriez rien pour cela; qu*ilferail; lescorrées pour Famour des corvées, qu'il subirait les ennuis

pour le charme des ennuis, qu'il ferait au besoin les

sacrifices parce qu*U aimerait à. se sacrifier.

Cet homme espère parfaitement être payé, croit £tie payé, et se trouve indignement volé quand son espérance est trompée.

Dans cette situation , vous prétendez qu'on vous donne pour rien ce que vous achetez à crédit aveaUintention de ne pas le payer. Cest , il me semble ^ une nuance assez tranchée. Les coquettes appellent « rester honnêtes » ne pas payer comptant , mais faire des billets et renier leur signature lorsqu'en «ient Técbéance.

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