DE LA PRÉFECTURE DE POLICE A PARIS
Le laboratoire municipal, fondé en oclobre 1878 comme simple annexe de la dégustation des vins, se composait alors des pièces désignées sur le plan comme bureau et laboratoire du chef, avec la salle de travail correspondante au soussol. Les services qu’il rendit attirèrent l’attention du Conseil municipal, désireux d’introduire dans le contrôle de l’alimentation parisienne un élément scientifique, et de remplacer par des analyses exactes l’examen des experts ou dégustateurs chargés des différents services. Le public fut admis à déposer ses produits de consommation à la nouvelle institution, et le 1" mars 1881, le laboratoire commençait à fonctionner dans son nouveau local.
Le laboratoire se compose de deux parties séparées : d’une part, la réception du public, comprenant une antichambre avec le bureau de réception, qui accepte les échantillons déposés parle public et enregistre les produits; puis une pièce située au sous-sol, destinée aux inspecteurs du service extérieur, et dans laquelle ils rédigent leur rapport quotidien et reçoivent leurs instructions pour le lendemain ; d’autre part, le laboratoire dont l’entrée est interdite au public, et dont nous donnons les plans.
Les planches XXV et XXVI représentent l’état actuel du laboratoire depuis le 1" mars 1881, avec la disposition des appareils constamment prêts pour les analyses.
Le bureau du chef possède une table micrographique, disposée devant la fenêtre, et recouverte d’une feuille épaisse de caoutchouc, puis d’une grande glace; elle sert aux recherches micrographiques délicates, coupes de viandes, etc.
Le laboratoire du chef correspond par un téléphone avec le bureau de réception du public; il contient une boîte à réactifs de cent flacons, surmontée d’armoires à produits ; un évier et une hotte occupent l’autre côté ; une grande table occupe le milieu de la salle. Une étuve à eau et une à l’huile complètent l’aménagement.
La bibliothèque renferme les manuels d’analyse chimique les plus récents, les journaux d’analyse chimique et d’hygiène français et étrangers, les traités d’hygiène, de police administrative, et les ouvrages relatifs à l’art de fabriquer ou de préparer les matières alimentaires.
Enfin une grande vitrine renferme les instruments de précision, parmi lesquels nous citerons :
GIRARD ET PABST. — LABORATOIRE MUNICIPAL A PARIS. Cl
Le colorimètre de Duboscq (fig. 151) (1) ;
Les réserves et les collections de burettes, pipettes, thernioraètres et instruments gradués;
Les densimètres, construits par M. Alvergniat, donnant de 0,G00 à 20C0 la densité des liquides au millième près ;
L’ébullioscope de M. Malligand ;
La pipette à gaz de M. Saletetl’eudiomètredeM. Dupré (pl. XXVllI, fig.2et5);
Un microscope complet avec micromètres oculaire et objectif, oculaire spectral, compte-globules de Hayem, platine chauffante, platine mobile, compresseur, appareil polarisant, éclaii-ages divers ;
Appareils et objectifs photographiques et micro-photographiques ;
Les microscopes de poche des experts-inspecteurs, pouvant se replier et rentrer complètement dans une boîte de la forme et de la grandeur d’un étui à cigares, et pesant environ 600 grammes ;
Les trousses des inspecteurs, contenant quelques réactifs et instruments pour l’essai sommaire des aliments.
Dans la salle voisine travaillent six chimistes ; deux places sont disposées près des fenêtres, et une grande table reçoit quatre analystes. Une partie de cette salle est séparée par une cloison vitrée, et renferme les balances.
Le modèle adopté par le laboratoire est celui de Collot (fig. 26) ; la salle renferme deux modèles pouvant peser 300 grammes, au demi-milligramme près : les couteaux et plans sont en agate ; les plateaux, doubles et de huit centimètres de diamètre, sont suspendus par des étriers, le tout en cuivre nickelé, de manière à laisser peser des capsules assez grandes ; en outre deux balances pareilles, mais ne pesant que 100 grammes, servent à peser les petits vases à extraits.
L’éclairage de ces balances se fait avec des becs à doubles genoux munis de papillons horizontaux.
En outre, une balance de Deleuil, servant à peser trois kilogrammes au demicentigramme près, est quelquefois employée pour recevoir des vases volumineux dans lesquels on fait fermenter des liquides. Ce modèle présente un grave défaut: les tiges qui soutiennent les plateaux sont trop faibles et ne peuvent empêcher des trépidations incessantes qui gênent la pesée.
Pour amener les capsules à la température de la balance, au lieu des exsiccateurs employés ordinairement, on les introduit dans des armoires en bois et verre (pl. XXXI, fig. 2), et dont la porte est garnie, sur les bords du cadre, de feuilles de caoutchouc assurant une fermeture hermétique. Le fond est occupé par une cuvette photographique remplie de pierre ponce et d’acide sulfurique. Une galerie de verre et une table perforée en cuivre nickelé reçoivent les vases qui se refroidissent ainsi dans l’air sec.
Le fond de la grande salle de travail est occupé par une vaste hotte terminée d’un côté par un évier, de l’autre par un bain-marie, placé dans une cage vitrée, et muni de sa cheminée spéciale débouchant au sommet de la hotte. Des canali-
(1) Les chiffres des figures sans indications de planches, renvoient à l’atlas des instruments décrits par M. Terreil.
62 ENCYCLOPÉDIE CUIMIQÜE.
salions spéciales amènent du sous-sol sur la paillasse l’oxygène ou l’air comprimé, l’hydrogène ou l’acide carbonique, l’hydrogène sulfuré; enfin un tuyau met en communication la hotte avec la trompe disposée sur l’évier.
La pompe .à mercure (pl. XXX, fig. 1) est celle d’Alvergniat, à réservoirs d’un demi-litre ; pour empêcher la manœuvre intempestive de l’appareil, sous le robinet à trois voies on a disposé une pièce à charnière qui empêche détourner la clef dans la position verticale, et un cadenas assure par son secret la sûreté de ce moyen.
Entre la cuve à eau et la fenêtre, se trouve l’installation pour l’analyse du lait, qui comprend :
Sous la table une cuve à courant d’eau constant, et dont le couvercle plonge dans l’eau d’une rigole pour faire fermeture hydraulique ; elle est destinée aux crémomètres qui doivent rester douze heures au moins dans une eau à température constante et fraîche.
Sur la table, la burette à liqueur de Fehling (pl. XXVIII, fig. 4) pour le sucre; les supports à lacto-densimètres ; le râtelier à lacto-butyromètres et le bain constamment chauffé à 40 degrés (pl. XXIX, fig. 3), muni d’un régulateur de Schloesing, qui peut recevoir 34 lacto-butyromètres ; enfin les pipettes à robinet et à remplissage automatique pour l’alcool éthéré, l’eau et le lait.
On adapte sur la bouteille de lait, aussitôt arrivée, un bouchon portant la pipette (pl. XXVIl, fig. 6), et en pressant sur la poire de caoutchouc, on remplit la pipette, dont le trop-plein s’écoule par le déversoir latéral; on rince une ou deux fois avec le lait le tube mesureur, puis on fait couler le volume mesuré de lait, 10 centimètres cubes, dans les lacto-butyromètres, puis dans le vase à extrait, enfin dans un matras conique (pl. XXVIII, fig. 7) pour doser la lactose; une pipette analogue (pl. XXVIII, fig. 8) débite 20 centimètres cubes de l’alcool éthéré ammoniacal dans les lacto-butyromètres ; enfin une troisième pipette de 10 centimètres cubes sert à mesurer la solution de sous-àcétate de plomb pour le dosage de la lactose. Les crémomètres, lacto-butyromètres et vases à extraits sont numérotés pour rendre le travail plus rapide.
Contre les fenêtres sont, comme nous l’avons dit, des tables de travail pour deux chimistes : ces tables sont munies de tiroirs et d’armoires fermant à clef; le plan porte l’indication des cuvettes disposées sur la table; elles sont en fonte émaillée avec siphon hydraulique, et chacune est munie de deux robinets d’eau, dont la clef est montée à pas de vis, et qui débitent l’eau à la pression de six mètres. Le gaz débouche au milieu de la table, par un simple teton à caoutchouc, dont le débit est réglé par un robinet placé sur le bord même de la table et en dessous, de sorte que s’il arrivait un accident, rupture d’un ballon d’éther ou de benzine, il serait toujours facile d’éteindre le gaz sans s’exposer à se brûler le visage ou le bras dans la flamme du liquide enflammé.
La salle est munie d’une trompe à eau double d’Alvergnlal(pl. XXXIII, fig. 3), qui communique par des tuyaux de plomb avec la paillasse, et avec un distributeur de vide, placé au-dessus de la petite table portant la mention cloches àvidet à côté de l’évier. Cette table porte quatre cloches en verre (pl. XXIX, fig- 2) * douille garnie d’un bouchon de caoutchouc, et d’uu robinet de verre dont la ciel a un petit trou de 1 millimètre et demi au plus; leur bord est dressé à l’émen
et s’applique sur un plan de glace dépolie dont on détermine l’adhérence avec du suif ; un manomètre, un cristallisoir, renfermant l’acide sulfurique, et un support pour les vases à extrait complètent l’appareil. Le vide est distribué à ces cloches au moyen d’un réservoir cylindrique en plomb, de 2 litres environ, portant 6 robinets, dont un communique avec la trompe, un avec un manomètre et les quatre autres avec les cloches; le trou du robinet étant très petit, et les orifices de la trompe très gros, on peut faire le vide dans deux ou trois cloches à la fois sans se gêner réciproquement. Cette petitesse d’orifice du robinet présente un autre avantage, c’est que l’air éprouve plus de frottement et par conséquent de difficulté pour rentrer dans la cloche par le robinet, avec de grosses clefs et de petits trous, que dans des conditions inverses, si les robinets sont bien rodés, ce que le constructeur peut faire facilement.
Le rez-de-chaussée se complète par un vestiaire, avec une porte donnant .sur l’escalier de la police municipale, et de là sur la grande voûte qui donne accès sur la rue de la Cité : cette porte est exclusivement réservée au personuel du laboratoire. Enfin une petite chambre noire renferme un polarimètre, un spectroscope à vision directe et une des installations de micro-photographie.
L’appareil employé pour la reproduction des objets épais, tels que les grains de fécule, les cristaux, ou les coupes extrêmement minces, se compose d’un tube de §0 centimètres de long et 10 centimètres de diamètre adapté sur une chambre noire, et qui se termine par une pièce formant jonction avec un corps de microscope (pl. XXXIIl, fig. 2).
La chambre noire est à soufflet, du format quart de plaque, et doit être munie d’une bascule pour rétablir le parallélisme exact entre la préparation et la plaque sensible.
Le tube est en cuivre noirci, supporté par des barres de fer entre-croisées, fixées solidement dans le sol de la pièce, afin d’éviter toute trépidation : une planchette fixée à ces barres supporte également la chambre noire ; on obtient de la sorte une stabilité complète. Le tube est muni du côté de la chambre de deux diaphragmes de 9 centimètres de diamètre, l’un près de l’orifice, l’autre à 20 centimètres environ du premier. En outre, à 15 centimètres de l’autre extrémité, on a disposé un diaphragme de 5 centimètres de diamètre; on évite ainsi l’action de la lumière réfléchie sur les parois toujours un peu brillantes du tube.
La monture du microscope que l’on emploie se compose d’une platine à chariot, dont le mouvement se règle de la chambre au moyen d’une tringle glissant dans deux rainures, qui a son point d’attacbe à quelques centimètres en arrière; cette platine porte un pas de vis -destiné à recevoir les différents condensateurs, soit le condensateur Dujardin, avec le diaphragme annulaire destiné à produire les effets de l’éclairage oblique, soit une simple lentille planconvexe dont la face plane est dépolie et tournée vers l’objet, qui se projette ainsi sur un fond vivement éclairé. Une lentille située en avant de la platine concentre tous les rayons sur le condensateur. La mise au point se fait avec une crémaillère pour le mouvement rapide, et une tige adaptée à la vis micrométrique pour régler le mouvement lent de la chambre noire ; on termine en faisant avancer ou reculer le verre dépoli au moyen de la crémaillère de la chambre.
Les objectifs employés peuvent être, pour les faibles grossissements, des objectifs photographiques, dont les plus petits, dits à timbres-poste, ont un foyer de 3 à 4 centimètres et donnent des grossissements de 25 à 30 fois, ou les objectifs microscopiques : parmi ceux-ci les meilleurs sont ceux à petit angle d’ouverture, ou à dissection, de la construction ancienne ; leur foyer est plus long et ils donnent plus de lumière dans la partie centrale de la plaque, la seule utilisée. Le principe de cet appareil est celui des objectifs photographiques à court foyer, et repose sur le parallélisme des rayons utilisés sous un très petit angle, à mesure que les foyers conjugués s’éloignent l’un de l’autre; avec une longueur de 2 à 3 mètres de tuyaux on aurait encore de meilleurs résultats.
L’éclairage des préparations est fourni par une lampe oxhydrique ou électrique, munie d’un système condensateur à court foyer.
Les plaques employées sont au gélatino-bromure; des rayons supportent les différents bains, les cuvettes et les égouttoirs; deux bassins dans lesquels l’eau est incessamment renouvelée reçoivent l’un les plaques, l’autre les papiers positifs à laver. Une fontaine à eau distillée complète l’installation.
Le cabinet est éclairé par deux becs à papillons horizontaux, et les robinets commandant la canalisation de ces deux becs sont placés sous la main des observateurs, aux deux coins de la table. En outre, pour la photographie, un robinet indépendant correspond à un bec placé dans une lanterne à verres rouge et orange superposés, qu’on peut à volonté employer ensemble ou séparément.
La chambre est toute peinte en couleur de noir mat ; le sol est en bitume et recouvert de tapis linoléum noirci.