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RÉFLEXIONS GÉNÉRALES

ï 57. — En terminant, il n’est pas inutile de jeter un coup d’œil d'ensemble sur les données diverses que le but principal de ce travail était de réunir.

I. — Dans la.première partie, nous avons étudié d’abord, uniquement au point de vue de l’expérience, tous les phénomènes où un certain partage s’établit entre les éléments et où la combinaison demeure incomplète quel que soit le temps pendant lequel ils sont maintenus en présence. Ces équilibres chimiques ont été divisés en trois groupes principaux : dans les premiers, l’affinité chimique est contre-balancée par l’action physique de la chaleur (dissociation) ; dans les seconds, une action chimique se trouve opposée à une autre action chimique (éthérification, par exemple) ; dans les troisièmes enfin, une action chimique, produite grâce à l’énergie électrique, est contre-balancée par l’action physique de la chaleur.

Nous avons examiné dans le détail toutes les circonstances qui exercent leur influence pour la production de l’équilibre: variations de température et de pression ; excès de l’un des corps ; présence d’un corps poreux. En outre, il nous a paru intéressant d’étudier la marche progressive du phénomène : la vitesse des réactions peut, dans beaucoup de cas, donner des indications utiles dont l’expérience ne manquera pas d’étendre la portée.

it. — 1 Ces phénomènes si variés ont été résumés dans des lois générales, tant pour les systèmes homogènes que pour les systèmes non homogènes. Des considérations très simples nous ont permis de nous rendre compte par le seul raisonnement de l’ensemble de ces lois.

. III. — Dans la troisième et la quatrième partie, nous avons cherché à aller plus loin : nous avons exposé parallèlement les principales théories qui essaient aujourd'hui de suivre numériquement le résultat de ces expériences et qui peuvent guider les recherches nouvelles.

Ces études ont été abordées de deux manières différentes, en partant de la théorie mécanique de la chaleur ou de la théorie de la vitesse des actions limitées par l’action inverse.

1° En se basant sur la théorie mécanique de la chaleur, on a l’avantage de suivre dans tous ses détails l’influence de la température sur les phénomènes considérés: seulement, on ne peut s’occuper que de l’état d’équilibre, abstraction faite des intermédiaires entre l’état initial et l’état final ; on est forcé en outre de supposer aux gaz l’état idéal de gaz parfaits.

2° La théorie des réactions limitées par l’action inverse est celle à laquelle nous nous sommes plus spécialement attachés : elle évalue séparément la loi

des vitesses de chacune des deux actions qui s’équilibrent : on peut ainsi pénétrer en quelque sorte dans la marche progressive et le mécanisme des combinaisons chimiques.

Ces théories distinctes donnent des indications équivalentes et permettent de calculer presque à coup sûr les résultats de l’expérience dans tous les cas où l’on étudie l’influence de l’excès de l’un des corps réagissants sur les conditions de l’équilibre. Elles donnent, au contraire, des indications généralement divergentes dans l’étude des systèmes gazeux dont la pression varie.

La théorie des réactions limitées par l’action inverse, telle que je l’ai proposée dans ce travail, semble la plus propre à concilier tout l’ensemble des exigences multiples imposées par l’expérience. J’ai montré, du reste, que "pour un même système de corps gazeux, on peut avoir deux lois différentes suivant qu’on opère à de fortes pressions ou à de faibles pressions, c’est-à-dire suivant quel’actionchimique s’étend ou non jusqu’à la distance de l’intervalle moyen des molécules. Ce point de vue me semble de nature à expliquer les divergences entre certains des résultats obtenus.

Cet examen comparatif des différentes théories peut précisément être utilisé pour mettre en lumière les points sur lesquels l’expérience aurait aujourd’hui le plus d’intérêt à se porter. On peut décomposer un gaz à certaines températures par le seul fait de la diminution de pression, au moins quand ce gaz résulte d’une combinaison avec condensation. L’influence de la pression dans la dissociation des systèmes gazeux mériterait donc certainement d’être étudiée dans des limites beaucoup plus étendues que celles qui ont pu jusqu’ici être abordées par des mesures précises. Des études intéressantes p ouïraient se faire sous ce rapport en profitant de cette série continue de pressions excessivement différentes que l’on peut réaliser aujourd’hui et dans laquelle se placent comme termes extrêmes : d’un côté les gaz si extraordinairement condensés produits par les matières explosibles ; de l’autre, les gaz si raréfiés de M. Crookes, où la pression est dix millions de fois plus petite que nos pressions ordinaires.

Le but de ce travail serait atteint s’il pouvait provoquer de nouvelles expériences méthodiques et vulgariser en même temps l’application des procédés mathématiques pour la direction de diverses recherches de chimie. Les expériences et les théories sont des forces qu’il faut unir entre elles. La chimie se lie aujourd’hui de plus en plus étroitement aux autres sciences : elle tend à prendre un caractère de plus en plus élevé et philosophique.

TABLE DES MATIÈRES

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