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DÉGAGEMENT DE L’ÉLECTRICITÉ DANS LES ACTIONS CHIMIQUES

Toutes les fois que l’équilibre moléculaire des corps est troublé par une cause mécanique ou physique, il y a dégagement d’électricité.

Il en est de même lorsque cet équilibre est modifié sous l’influence de la force mystérieuse que nous appelons V affinité, alors que deux corps en présence peuvent réagir chimiquement l’un sur l’autre.

Les effets obtenus dans ces circonstances obéissent aux deux lois suivantes établies par M. Becquerel :

1? Lorsque deux corps réagissent chimiquement l’un sur l’autre pour se combiner, celui qui joue le rôle de base prend l’électricité négative, et celui qui joue le rôle d’acide, l’électricité positive.

2° Réciproquement, lorsqu’un corps composé subit une décomposition chimique, le corps qui joue le rôle de basé prend l’électricité positive, et le corps qui joue le rôle d’acide, l’électricité négative.

Une des expériences les plus simples pour mettre en évidence ces phénomènes est la suivante : On prend deux fils d’or en communication chacun par un bout avec un galvanomètre, et l’on plonge les deux autres extrémités dans de l’acide nitrique pur; il ne se produit aucun courant électrique. Si l’on vient alors à ajouter une goutte d’acide chlorhydrique près de la partie immergée de l’un des fils, on constate aussitôt la production d’un courant électrique indiquant que le fil attaqué prend l’électricité négative. Si l’on ne touche pas aux fils et que l’on tourne avec précaution le vase qui contient l’acide nitrique, de façon à amener près du second fil la région qui contient la goutte d’eau régale formée, on constate un nouveau courant électrique inverse du premier, le second fil d’or étant à son tour négatif. En remplaçant l’un des fils d’or par un fil de platine, les effets sont les mêmes. On voit donc que lorsqu’un acide réagit sur un métal, l’acide prend l’électricité positive ; le métal, l’électricité négative.

Réactions des dissolutk ns les unes sur les autres. — La réaction chimique qui s’opère entre deux dissolutions est en général accompagnée d’un dégagement d’électricité. Supposons que l’on mette dans une petite cuiller de platine, en communication avec l’un des bouts du fil d’un galvanomètre, une

solution de potasse caustique, et. que l’on plonge dans cette solution une spaule en platine humectée d’acide nitrique et communiquant avec l’autre extrémité du fil du galvanomètre, on a aussitôt un courant très énergique, montrant que l’acide est positif et la potasse négative.

On peut faire l’expérience en plongeant un petit morceau de potasse fixé à une pince en platine, dans une capsule en platine contenant de l’acide nitrique. Mais pour avoir un effet plus prolongé il vaut mieux prendre deux capsules en porcelaine, contenant l’une l’acide nitrique, l’autre la dissolution de potasse, et dans chacune desquelles plonge une lame de platine en communication avec un galvanomètre. On réunit alors les deux capsules par une mèche de coton ou d’asbeste, et il y a aussitôt réaction de l’acide sur la potasse, et courant électrique dans le sens indiqué plus haut. On peut encore remplacer les deux lames de platine par deux tiges de charbon, ce qui montre que la présence du métal n’est pas nécessaire au dégagement de l’électricité.

Dans ces expériences, le platine est en contact avec des dissolutions différentes ; afin d’éviter des objections que nous discuterons plus loin, on peut opérer comme il suit : On prend deux capsules en platine remplies d’acide nitrique, mises en communication avec un galvanomètre au moyen de fils de platine et de lames du même métal; on les place à 10 centimètres environ l’une de l’autre et on les fait communiquer par une mèche de coton imbibée d’eau, convenablement soutenue en son milieu par un tube de verre. Cette mèche, en vertu de sa longueur et de la différence de densité des deux liquides, s’oppose longtemps à leur réunion. Vers le milieu de la mèche, on pose doucement, à côté l’une de l’autre, une goutte d’acide nitrique et une goutte de la solution de potasse : tant que les deux gouttes sont séparées on n’observe aucun effet, mais à l’instant de leur réunion il naît un courant électrique qui montre que l’acide est positif et la potasse négative. Dans ce cas on ne saurait attribuer la production d’électricité à des contacts métalliques hétérogènes, comme le pensent certains physiciens, puisque ces contacts sont les mêmes pendant les diverses phases de l’expérience, et qu’au commencement de celle-ci il n’y a aucun courant électrique.

En substituant d’autres liquides à l’acide nitrique et à la dissolution de tasse, on observe les résultats suivants :

L’acide nitrique est positif avec

l’acide chlorhydrique,

— acétique,

— azoteux,

les dissolutions alcalines,

— des azotates,

— des sulfates,

— des chlorures neutres.

L’acide nitrique est négatif avec

(l’acide sulfurique,

( — phosphorique.

L’acide phosphorique est positif avec

i l’acide chlorhydrique,

— sulfurique,

les dissolutions alcalines, salines, etc.

BECQUEREL. — ÉLECTRO-CHIMIE. m

Pour étudier les effets électriques produits dans la réaction des acides et des alcalis sur l’eau, et les actions des dissolutions neutres les unes sur les autres, on peut opérer de la manière suivante :

Si l’acide est solide, on le fixe à une pince de platine et on le plonge dans l’eau contenue dans une cuiller de platine. S’il est liquide, on en imprègne une éponge de platine en communication avec un galvanomètre, et on plonge celle-ci dans l’eau. On trouve ainsi que l’eau se comporte comme une base avec les acides et comme un acide avec les bases.

Ainsi lorsqu’une solution de potasse et un acide communiquent ensemble au moyen d’un tube coudé rempli d’eau, il y a réaction de l’acide et de l’alcali sur l’eau, et il en résulte des effets électriques dirigés dans le même sens que si l’acide réagissait immédiatement sur la base.

On peut encore placer l’une des dissolutions dans un vase poreux qui plonge dans un vase contenant l’autre dissolution ; l’électricité est recueillie par des lames de platine plongeant dans chaque dissolution.

Les sels neutres ne sont pas généralement conducteurs lorsqu’ils sont à l’état solide et desséchés ; on ne peut donc étudier que leurs dissolutions à différents degrés de concentration. Les dissolutions les plus concentrées se comportent à l’égard des moins concentrées comme les acides envers les bases.

Les doubles décompositions opérées dans la réaction de deux sels neutres ne donnent lieu à aucun effet électrique. Dans ce cas, on peut admettre qu’il y a neutralisation complète des effets électriques qui doivent accompagner le travail chimique. Il est nécessaire, d’une part, que les solutions soient parfaitement neutres, car l’excès d’acide ou de bases en réagissant sur l’eau de l’autre dissolution, donnerait lieu à des effets électriques ; d’autre part, que les deux solutions renferment des poids atomiques équivalents des deux sels.

Effets électriques produits dans la réaction des liquides sur les métaux. —

Reprenons une expérience citée plus haut, et supposons deux lames d’or plongeant chacune dans une capsule pleine d’acide nitrique ; les deux capsules communiquent par une mèche d’asbeste. Lorsque les surfaces des lames d’or ont été lavées avec soin, on n’obtient aucun effet électrique.

Ajoutons maintenant dans une des capsules un peu de chlorure d’or, aussitôt un courant se produit et la lame plongeant dans la capsule devient négative. Si l’on verse au lieu de chlorure d’or, un peu d’acide chlorhydrique, l’effet est le même. Dans lq premier cas, le courant est dû à la réaction de l’acide nitrique sur le chlorure d’or ; dans le second, à l’action de l’eau régale sur I or, et à. celle du chlorure formé sur l’acide nitrique. Les deux réactions donnent donc des effets dans le même sens. Il est donc nécessaire, pour étudier les réactions entre les acides et les métaux, de pouvoir éliminer le dégagement d’électricité dû à la réaction mutuelle des produits formés. On peut y parvenir en opérant de la manière suivante :

On remplit deux capsules d’une dissolution saturée de nitrate de cuivre, très neutre, et on les réunit par une mèche de coton. Dans chacune plonge une lame de cuivre parfaitement décapée et communiquant avec un galvanomètre: on n’observe aucun dégagement d’électricité. On verse alors une goutte d’acide

nitrique dans l’une des capsules, et la lame de cuivre qui plonge dans celle-ci devient aussitôt fortement négative. Dans ce cas on a bien l’effet électrique résultant de Faction de l’acide sur le métal, car le courant produit par la réaction du composé sur la dissolution environnante doit être nul, si la dissolution est saturée.

L’étain et le sulfate d’étain, le fer et le chlorure deTer, l’antimoine, le bismuth et le plomb agissent de même que le cuivre par rapport à leurs dissolutions quand on ajoute quelques gouttes d’acide. Il en est de même du fer et du zinc avec leurs nitrates ; le métal attaqué prend l’électricité négative. Mais avec les dissolutions de leurs sulfates ces deux métaux présentent quelquefois des effets inverses. Lorsqu’on ajoute quelques gouttes d’acide sulfurique, le métal devient positif.

Voyons ce qui se passe dans la réaction simultanée d’un ou de plusieurs liquides sur deux métaux. Lorsqu’un métal est attaqué par un liquide qui agit comme acide, le métal rend libre l’électricité négative, et le liquide de l’électricité positive. Si l’on plonge deux métaux différents dans un même liquide actif, on aura un courant électrique dû à la différence des effets produits ave» chacun d’eux, puisque l’on a deux courants dirigés en sens contraires. Dès lors, pour obtenir le maximum d’effet il faudra que l’un soit attaqué et que l’autre ne le soit pas.

Citons comme exemples quelques cas intéressants.

Supposons deux capsules remplies de sulfate de zine, et mises en communication par une mèche d’asbeste ; dans l’une plonge une lame de zinc, dans l’autre une lame de cuivre. On obtient un courant électrique et le zinc est négatif, ce qui montre qu’il est plus attaqué que le cuivre par les solutions de sulfate de zinc. Si l’on vient à ajouter quelques gouttes d’acide nitrique ou de nitrate de cuivre dans la capsule où plonge le cuivre et où l’action chimique est la moins forte, le courant, au lieu de diminuer parce que le cuivre est plus attaqué, augmente et se maintient constant pendant quelque temps.

Pour expliquer ce fait, il suffît de tenir compte de la réaction de l’acide nitrique et du nitrate de cuivre sur le sulfate de zinc. Dans cette réaction, la solution de nitrate de cuivre étant positive par rapport à celle du nitrate de zinc, on a un courant dans le même sens que le premier. L’intensité du courant électrique résultant doit donc être augmentée.

Si l’on ajoute la même quantité d’acide nitrique dans l’autre capsule, l’intensité du courant est sensiblement diminuée, ce qui ne peut provenir que de la réaction de l’acide nitrique ou du nitrate de zinc sur le sulfate, réaction qui donne lieu à un courant de sens inverse de celui qui est produit par la réaction du sulfate sur le zinc.

On peut encore mettre en évidence les réactions des dissolutions les unes sur les autres, en prenant une petite boîte en verre ou en bois, divisée en deux compartiments par une cloison poreuse, un diaphragme en baudruche, et en versant dans chacun de ces compartiments des solutions diverses.

On a fait notamment l’expérience suivante :

D’un côté, une lame de zinc plongeant dans une dissolution de sulfate de zinc, de l’autre, une lame de cuivre dans une dissolution de sulfate de cuivre,

les deux dissolutions étant saturées, et l’on a obtenu un courant très énergique. Ces diverses expériences sont dues à M. Becquerel, et l’ont conduit à la découverte des couples à courant constant. La dernière disposition n’est autre que le couple à sulfate de cuivre, aujourd’hui universellement employé. Nous reviendrons plus loin sur l’application qui a été faite de ces principes à la construction des piles électriques.

Nous venons de voir que lorsqu’on plonge deux lames de métal différent dam une solution neutre, acide ou alcaline, la direction et l’intensité du courant dépendent de la conductibilité de la solution, et principalement de l’action exercée par le liquide sur chacune des lames. On peut donc prévoir à priori dans le plus grand nombre des cas, le sens dans lequel sera dirigé le courant électrique.

Par exemple, si l’on prend un couple fer-cuivre plongeant dans de l’eau acidulée par l’acide sulfurique, le fer prend l’électricité négative, car il est plus attaqué que le cuivre ; mais si le liquide est une solution de sulfure de potassium, le courant est inverse, parce que le cuivre est plus attaqué que le fer et devient alors négatif.

Une lame d’étain et une lame de cuivre plongées dans une solution acide ou saline donnent naissance à un courant qui va de l’étain au cuivre à travers les dissolutions, comme dans le cas du cuivre et du zinc. Avec l’ammoniaque le courant suit une direction opposée.

En plongeant, comme l’a fait M. de la Rive, dans l’acide nitrique concentré et dans l’acide nitrique étendu, divers couples métallioues, on forme les tableaux suivants, dans lesquels chaque métal est négatif par rapport à celui qui le précède :

Acide nitrique concentré.

Fer oxydé.

Argent.

Mercure, lomb.

Cuivre

Fer.

Zinc.

Élaîn.

Acide nitr*que étendu*

Ai gent.

C livre.

Fer jxydé.

Fer.

Plomr

Mercure.

Étai...

L’ordre n’est pas le même dans les deux tableaux, car l’acide nitrique, suivant qu’il est concentré ou étendu, attaque diversement les métaux.

Un couple or et cuivre ne donne aucun effet lorsqu’on emploie le mercure comme corps liquide. L’amalgamation est cependant accompagnée d’une manifestation calorifique qui indique une action chimique ; on a pensé que la grande conductibilité du mercure empêchait toute manifestation électrique extérieure au couple. Nous reviendrons du reste, plus loin, sur les particularités que présentent les divers amalgames, au point de vue électro-chimique.

Dégagement d'électricité dans la combustion. — Les actions chimiques ne donnent lieu à un dégagement d’électricité que si les deux corps qui réagissent chimiquement l’un sur l’autre sont conducteurs de l’électricité.

Dans la combustion du soufre et du phosphore par exemple, on n’observe aucune production d’électricité. 11 n’en est pas de même de la combustion du charbon. Pour observer les effets produits dans ce cas, on place un cône de charbon verticalement à quelques centimètres au-dessous d’une plaque touchant au plateau inférieur d’un électroscope condensateur, et l’on fait communiquer le charbon avec le sol. Lorsqu’on allume le charbon à sa partie supérieure, une colonne de gaz acide carbonique s’élève et transmet au plateau un excès d’électricité positive. On peut recueillir l’électricité négative du charbon en le posant, comme l’a fait M. Pouillet, sur le plateau supérieur du condensateur, et en activant le feu avec un soufflet pour enlever le gaz chargé d’électricité positive.

M. Matteucci a trouvé que l’on n’observait aucun effet électrique avec le gaz oxygène sec, et a attribué les effets produits à la présence de l’eau ou d’un électrolyte pouvant être décomposé. M. Becquerel pensait au contraire que la cause en était due à la non-conductibilité de l’oxygène sec, qui ne permettait pas de recueillir l’électricité dégagée.

On obtient des effets très marqués avec la combustion du charbon dans le chlorate de potasse fondu, en opérant avec une cuiller de platine.

Quand il s’agit des flammes, on éprouve la plus grande difficulté à recueillir , l’électricité due à l’action chimique, parce qu’il faut éliminer les effets thermoélectriques. Un fil de platine plongé dans une flamme alimentée par un courant de gaz hydrogène prend l’électricité positive ou négative, selon que la température est plus ou moins élevée; en mettant la flamme en communication avec le sol par un aütre fil de métal, on recueille avec un condensateur l’électricité acquise par le fil qui plonge dans la flamme.

Si l’on met en contact un fil de platine avec la flamme d’une lampe à alcool brûlant dans un vase de cuivre en communication avec le sol, le fil prend un excès d’éleetricité négative, résultat inverse de celui qu’on aurait obtenu si l’effet était dû uniquement à la combustion.

Les effets que nous venons de décrire ont été étudiés par MM. Pouillet et Grove, qui ne leur attribuent pas une origine thermo-électrique. M. Becquerel, qui avait déjà fait des expériences de ce genre, les a reprises, et a démontré qu’en opérant comme il vient d’être dit on obtenait au contraire des effets thermo-électriques.

L’expérience suivante est à l’abri de cette cause d’erreur, et manifeste le dégagement de l’électricité pendant la combustion. On prend un morceau de charbon bon conducteur, que l’on met en communication avec un galvanomètre, par un fil de platine ; on le pose sur un support, de manière que le bout le plus éloigné des points de jonction avec le fil de platine soit en contact avec la flamme et puisse brûler. Si l’on prend ensuite une spirale de platine que l’on plonge en un point quelconque de la flamme, le charbon prend toujours l’électricité négative. Le dégagement d’électricité est d’autant plus considérable que la combustion est plus vive, ce que l’on obtient en activant la combustion avec un chalumeau. Le charbon prend donc l’électricité négative, et l’acide carbonique l'électricité positive.

Courants pyro-électriques . — M. Becquerel, en combinant l’action de la

chaleur à haute température avec les affinités chimiques, a montré que l’on obtenait des courants électriques dont le mode de production est très curieux.

Ces courants sont constants lorsque la température ne varie pas ; ils sont produits toutes les fois que des substances métalliques ou auires, conductrices de l’électricité et solides, sont en contact avec le verre ou toute autre substance vitreuse à l’état de fusion ignée, ou ramollie par la chaleur. Le maximum d’effet n’a lieu que lorsque la substance est fondue.

On peut former un couple de ce genre au moyen d’une tige en fer et d’une tige en cuivre introduites dans un tube de verre chauffé jusqu’au ramollissement. Le fer s’oxyde et est négatif. En substituant au fer un cylindre de charbon, on obtient un courant de môme sens: le charbon, qui brûle, est négatif.

Les courants pyro-électriques peuvent, comme les autres courants, produire des décompositions chimiques ; mais pour avoir une force électromotrice suffisante, on doit employer des dispositions spéciales. ( Voy. Becquerel Éléments d’électro-chimie appliquée aux sciences naturelles et aux arts, 2e édition.)

Ces expériences permettent de supposer qu’il existe des courants électriques terrestres à la limite de la partie solide et de la partie en fusion du globe, où se trouvent des substances solides conductrices partiellement empâtées dans des silicates fondus.

Effets électriques produits par les gaz adhérents aux métaux. — Phénomènes de polarisation. — Lorsque l’on fait passer un courant électrique à travers de l’eau au moyen de deux lames de platine en communication avec une pile, si l’on intercepte la communication au bout de quelques instants, et que l’on mettre les lames en communication avec un galvanomètre, on constate un courant inverse du premier. Ces courants inverses appelés courants secondaires ont été observés pour la première fois par Gautherot.

On peut donner, de ce phénomène, l’explication suivante :

Quand deux lames de platine plongeant dans une solution saline font partie d’un circuit voltaïque, la surface positive se couvre d’éléments acides et d’oxygène; la surface négative, d’éléments alcalins et d’hydrogène. Les deux lames se trouvent donc dans le même état que si la première avait été mise en contact avec une solution acide et l’autre avec une solution alcaline.

Si l’on met en contact pendant quelque temps les lames avec du gaz hydrogène et du gaz oxygène, puis qu’on les plonge dans l’eau distillée, la lame plongée dans l’hydrogène devient négative. Les deux gaz ont donc donné lieu à des effets analogues à ceux que produirait la combinaison de l’hydrogène avec l’oxygène. Les lames conservent longtemps cette propriété ; pour la leur enlever, même au bout de plusieurs heures, il faut les faire rougir.

L’azote se comporte à l’égard de l’oxygène comme l’hydrogène, et à l’égard de ce dernier il joue le rôle de l’oxygène.

Les lames qui jouissent de cette propriété sont dites polarisées. Sous reviendrons plus loin sur ces effets, et nous montrerons comment M. Grove en a fait usage dans la construction des piles à gaz.

4t48 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.

Dégagement d’électricité dans les décompositions chimiques. — Les effets électriques produits dans les décompositions chimiques sont inverses de ceux qui accompagnent les combinaisons. Par exemple, si l’on chauffe sur une lame de platine isolée, communiquant avec un électroscope, de l’oxalate d’argent, ce sel se décompose rapidement en laissant de l’argent sur la lame de platine, qui prend en même temps un excès d’électricité positive.

On peut encore opérer en projetant dans une capsule de platine chauffée au rouge divers liquides ou divers sels, tels que du bicarbonate de soude. Mais dans ces sortes d’expériences il faut avoir égard aux effets de frottement qui peuvent se produire sur les parois de la capsule.

Dégagement d’électricité accompagnant les effets chimiques produits par la lumière. — Les actions chimiques produites par la lumière sont accompagnées d’un développement d’électricité dontl’étude offre un intérêt particulier, parce que ces manifestations permettent de mesurer le travail chimique accompli par la lumière.

M. Edmond Becquerel est le premier qui se soit occupé de cette question, et les résultats de ses premières expériences ont été publiés en 1839 (1). Il avait observé qu’en faisant tomber un faisceau de rayons solaires sur deux liquides superposés avec soin et pouvant agir chimiquement l’un sur l’autre sous l’influence de la lumière, on obtenait un courant électrique accusé par un galvanomètre très sensible dont les extrémités étaient en relation avec deux lames de platine plongeant dans les dissolutions. Le phénomène était complexe, attendu qu’il pouvait provenir de l’action de la lumière sur les lames de platine, et de celle des deux dissolutions l’une sur l’autre. M. Ed. Becquerel a été conduit ainsi à une série d’expériences qui mettent hors de doute le dégagement d’électricité pendant l’action chimique de la lumière.

Pour observer ces effets, on se sert d’une cuve en bois noircie intérieurement et partagée par une membrane en deux compartiments que l’on remplit d’un liquide conducteur dont la nature peut varier. Dans chacun de ces compartiments, plonge une lame de platine ou d’or, chauffée préalablement au rouge et placée horizontalement pour être mieux influencée par les rayons solaires. Chaque compartiment est recouvert d’une planchette mobile formant un écran, que l’on enlève lorsqu’on veut opérer.

Quand les compartiments renferment une solution alcaline, la lame exposée à la lumière prend l’électricité négative. Le contraire a lieu pour une solution acide. Les effets ne sont pas dus à un phénomène calorifique, car on a disposé l’expérience de façon à faire agir sur les lames les divers rayons du spectre solaire, et l’on a reconnu que l’action était presque nulle avec les rayons rouges qui produiraient les effets calorifiques les plus intenses, et qu’au contraire les effets électriques étaient les plus marqués dans les rayons violets etultra-violets. Ce sont également ces rayons qui donnent lieu aux réductions chimiques utilisées en photographie.

Quand les lames d’or ou de platine ont été parfaitement décapées et

(!) E. Becquerel, La Lumière, t. II, p. 121.

chauffées à plusieurs reprises, les effets sont considérablement diminués. Il pourrait se faire que, dans les circonstances qui viennent d’être citées, les effets fussent dus à des corpuscules de matières organiques adhérents aux lames et qui sous l’influence de la lumière se combinent à l’oxygène.

Lorsque les lames métalliques inaltérables se trouvent recouvertes de composés altérables à la lumière, les effets peuvent devenir très énergiques. Les composés d’argent, chlorure, bromure et iodure, se prêtent très bien à cette étude.

Le chlorure d’argent exposé à la lumière perd du chlore et se change en sous-chlorure. Ce composé est conducteur de l’électricité lorsqu’il est en couche très mince, et l’on peut manifester les effets électriques qui accompagnent la décomposition chimique. On étend sur une lame de platine plongée dans l’eau, du chlorure d’argent nouvellement préparé par précipitation. Dès que cette lame est exposée à la lumière, le chlorure noircit et la lame devient positive. Si l’on opérait avec une lame d’argent, le chlore qui provient de la décomposition attaquerait ce métal et donnerait lieu à un courant électrique de sens inversé à celui qu’on veut étudier.

Des lames d’or substituées au platine produisent les mêmes effets. Si l’oi» veut éviter tout contact entre le chlorure d’argent et le platine, on peut interposer entre le chlorure et la lame une feuille de papier non collé. Le courant obtenu est alors plus faible, mais de même sens que sans l’interposition du papier.

Le bromure d’argent, qui se décompose plus rapidement à la lumière, donne un courant plus intense que le chlorure. M. E. Becquerel a étudié également les effets obtenus avec les composés préparés directement sur les lames métalliques, par l’action de ces corps : l’oxygène, le chlore, le brome, l’iode.

Des lames de laiton plongées dans l’eau légèrement acidulée ont donné à la lumière des effets assez faibles,. dus sans doute à une action de la lumière sur des composés du cuivre adhérents aux lames.

En recouvrant celles-ci d’oxyde ou de protochlorure de cuivre obtenus par voie électro-chimique sur les lames elles-mêmes, les effets ont été plus considérables et ont présenté un maximum pour les rayons verts qui correspondent à la partie la plus active du spectre sur ces substances. Avec des lames d’argent les effets ont été bien plus énergiques et plus réguliers. On a observé des changements dans la direction des courants électriques, suivant la nature ou l’épaisseur de la couche impressionnable. Ainsi, avec une couche mince d’iode, sous l’influence lumineuse, la lame devient positive. Elle devient négative avec une couche épaisse, ce qui montre que, dans ce cas, l’iode a attaqué l’argent sous l’influence de la lumière.

Une lame d’argent exposée aux vapeurs du brome est également devenue négative sous l’action de la lumière.

Actinomètre électro-chimique. — M. E. Becquerel, en se fondant sur ces propriétés, a construit un appareil qu’il a appelé actinomètre électro chimique, et qui permet de mesurer au moyen des courants électriques dégagés, les

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phénomènes chimiques produits par la lumière, et l’activité photo-chimique des divers rayons lumineux sur les corps soumis à l’expérience.

L’appareil se compose essentiellement de deux lames impressionnables identiques, placées verticalement dans une cuve remplie d’eau très légèrement acidulée. Un écran muni d’une fente étroite permet de n’impressionner qu’une partie seulement d’une seule des deux lames. L’intensité du courant électrique produit est mesurée par un galvanomètre convenablement disposé. On peut faire usage des divers composés dont il a été question plus haut, mais la substance qui a présenté les effets les plus remarquables est un sous-chlorure d’argent violet découvert par M. E. Becquerel et qui jouit de la propriété de reproduire les impressions lumineuses avec la couleur des rayons actifs. Cette substance est sensible entre les mêmes limites que la rétine et permet ainsi la photographie des couleurs. Malheureusement, les impressions colorées, très stables à l’obscurité, finissent par s’altérer à la lumière. Nous renvoyons pour plus de détails à l’ouvrage de La lumière (t. II, p. 131 et suiv., 209 et suiv.). Nous rappellerons ici seulement que si l’on fait agir sur l’appareil une source lumineuse de composition et d’intensité constantes, le courant électrique obtenu veste constant pendant des heures entières.

Ce fait, au point de vue qui nous occupe, est des plus importants, en ce qu’il montre bien l’étroite dépendance qui existe entre l’intensité du courant électrique observé et le travail chimique qui lui donne naissance.

Ajoutons encore que l’actinomètre électro-chimique, avec le sous-chlorure d’argent violet, peut servir de photomètre.

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