‹ Encyclopédie chimique. Tome Ier.- Introduction. 2e fasciculeChapitre 161 sur 259 · ACTION DES COURANTS ÉLECTRIQUES · texte numérisé non relu

ACTION DES COURANTS ÉLECTRIQUES

Décompositions électro-chimiques.

Presque aussitôt après la découverte de la pile par Yolta, en 1800, Nicholson et Carlisle reconnurent que la décharge de la pile, traversant un tube plein d’eau, faisait naître dans le liquide des bulles gazeuses. En substituant aux fils de cuivre dont ils s’étaient servi dans leur première expérience, des fils de platine, ils purent recueillir les gaz aux extrémités des fils plongés dans le liquide : ils trouvèrent d’un côté de l’oxygène, de l’autre de l’hydrogène, les deux gaz étant dans la proportion nécessaire pour former de l’eau. Peu après ils observèrent que divers sels dissous dans l’eau étaient également décomposés, et que les éléments de ces sels apparaissaient aux extrémités des fils plongés dans les dissolutions.

Presque tous les physiciens et les chimistes de cette époque se mirent alors à étudier les effets du passage des courants électriques à travers les corps, et leurs expériences conduisirent à formuler la loi suivante :

Lorsqu’un corps conducteur, traversé par un courant électrique, est décomposé par ce courant, les métaux, les bases, l’hydrogène, deviennent libre au pôle négatif, l’oxygène et les acides au pôle positif.

(On appelle pôle positif l’extrémité du fil en communication avec le cuivre d’un couple à sulfate de cuivre).

Pour expliquer comment les éléments décomposés n’apparaissent qu’aux pôles mêmes, Grotthus, qui s’était beaucoup occupé de recherches électro-chimiques, émit une hypothèse qui représente assez fidèlement les phénomènes observés et qui, jusqu’ici, est restée dans la science. Cette hypothèse consiste à supposer que la décomposition a réellement lieu pour toutes les particules traversées par le courant électrique, mais que, sous l’influence même des effets électriques qui accompagnent la décomposition, les éléments basiques d’une molécule se combinent avec les éléments acides de la molécule voisine, de façon à reconstituer le corps décomposé et à ne laisser libres ces éléments qu’aux points mêmes où le courant électrique entre dans la dissolution ou bien en sort.

Parmi les physiciens qui, dès l’origine, s’illustrèrent par leurs recherches électro-chimiques, on doit citer en première ligne H. Davy à qui l’on doit la préparation des métaux alcalins. Cette découverte eut lieu dès 1806. Davy plaça un morceau de potasse humide sur une lame de platine, mit cette lame en communication avec le pôle positif d’une pile très puissante, et toucha la

potasse avec un fil de platine relié au pôle négatif de la pile ; il y eut aussitôt une action très vive et il apparut autour du fil des petits globules brillants, brûlant à l’air avec explosion. Ces globules étaient du potassium. Pour recueillir le métal on profite aujourd’hui de l’affinité de ce corps pour le mercure, et l’on prépare l’amalgame de potassium. L’expérience se fait comme précédemment, seulement on a soin de creuser dans le fragment de potasse une petite cavité que l’on remplit de mercure, et l’on met ce mercure en communication avec le pôle négatif de la pile par l’intermédiaire d’un fil de platine. Il se forme alors au pôle négatif un amalgame de potassium.

On obtient le sodium en substituant la soude à la potasse dans l’expérience précédente.

En 1808, Berzelius écrivit à Davy qu’il était parvenu à décomposer par la pile la baryte et la chaux. Davy reprit ses expériences, obtint les amalgames de baryum et de calcium. On retira de même le strontium de la strontiane, et le magnésium de la magnésie ou du sulfate de magnésie.

M. Bunsen a retiré le lithium de la lithine ; les mêmes procédés peuvent servir pour isoler les métaux nombreux de cette classe, que l’analyse spectrale a permis de découvrir.

L’alumine, la silice et la zircone, soumises au même mode d’action, ne donnèrent aucun indice de décomposition : pour opérer leur réduction, Davy, en combinant avec l’effet d’un courant électrique, l’action de substances avides d’oxygène, était parvenu à décomposer ces corps. Aujourd’hui on obtient l’aluminium, le silicium, par d’autres procédés, notamment par les actions lentes, comme nous le verrons plus loin.

L’une des découvertes de Davy qui attirèrent l’attention des savants, est la formation de l’amalgame que l’on obtient en traitant par la pile et le mercure le sel ammoniac. On connaît toutes les discussions qu’a soulevées l’hypothèse de l’ammonium.

En répétant les expériences de Volta avec une grande pile àauge,Gay-Lussac et Thénard avaient été conduits à prendre pour mesure de la quantité d’électricité fournie par la pile, la quantité d’eau décomposée par un voltamètre traversé par le courant électrique.

Les travaux remarquables de M. Faraday sont venus sanctionner cette manière de voir de la façon la plus décisive. Faraday a montré que si l’on transmet un même courant électrique au travers de plusieurs dissolutions, par exemple du nitrate de cuivre, du nitrate d’argent, du nitrate de plomb, les quantités de métal déposées au pôle négatif dans chacune de ces dissolutions, sont proportionnelles aux équivalents chimiques des métaux correspondants. Si l’on place un voltamètre dans le circuit, on reconnaît que, pour un équivalent de métal déposé, il y a un équivalent d’hydrogène dégagé dans le voltamètre.

En soumettant au même mode d’action les sels métalliques fondus, qui sont décomposés par l’électricité, on obtient le même résultat.

La plupart du temps, quand on opère la décomposition électro-chimique des sels dissous dans l’eau, la réduction du métal au pôle négatif est le résultat d’une action secondaire due à l’hydrogène naissant. Dans ce cas, la quantité ENCYCLOP. CHIM. 32

d’hydrogène dégagée étant en proportion définie avec les actions chimiques du même courant sur d’autres corps, la même loi s’observe.

On peut donc énoncer ainsi la loi qui régit ces décompositions :

Lorsqu’un courant électrique traverse une série de composés binaires renfermant un équivalent de chacun des corps élémentaires, les quantités décomposées sont chimiquement équivalentes.

M. Matteucci étendit cette loi aux sels neutres. M. Daniell a résolu la même question par rapport aux composés binaires, tels que les sulfates de soude, de potasse, etc. ; il a montré que si un courant électrique qui, dans un temps donné, produit le dépôt d’un équivalent de métal, passe dans une dissolution de ces sels, on observe simultanément au pôle négatif un équivalent d’hydrogène et un de soude et de potasse ; un seul équivalent de sulfate est décomposé, mais l’hydrogène dégagé est dû à une action secondaire provenant de ce que le potassium ou le sodium réduit par le courant décompose l’eau.

Pour éviter ces actions secondaires, M. E. Becquerel, en 1844, a étudié les effets obtenus avec des combinaisons anhydres et fondues, et des solutions aqueuses dans lesquelles le sel dissous est seul décomposé. Ces dissolutions contiennent seulement la très petite quantité d’eau nécessaire pour dissoudre les sels; la masse de ces derniers étant prépondérante, on observe que l’eau n’est pas décomposée.

Certaines dissolutions pouvaient s’altérer à l’air : on avait soin de les enfermer dans une cloche où l’on pouvait introduire un gaz quelconque. Les chlorures se prêtent très bien à ce genre d’expériences ; les résultats obtenus par M. Ed. Becquerel peuvent se formuler comme il suit, en appelant équivalent d’électricité la quantité d’électricité nécessaire pour décomposer un équivalent d’eau :

1° Les protochlorures R,Cl, formés d’un équivalent de base R et d’un équivalent de chlore Cl, donnent au pôle négatif un équivalent de métal pour un équivalent d’ électricité (protochlorure d’étain, chlorure d’argent en solution ammoniacale et protochlorure de fer) ;

2° Les protochlorures R- Cl formés de deux équivalents de métal pour un de chlore, donnent pour un équivalent d’électricité, deux équivalents de métal au pôle négatif (protochlorure de cuivre Gu'2Gl en solution dans l’acide chlorhydrique);

3° Les sesquichloruresR?CP donnent aupôle négatif les g de l’ équivalent de

la base (protochlorure d’antimoine en solution dans l’acide chlorhydrique).

On peut prendre pour électrode positive une lame de métal oxydable, et l’on trouve qu’il disparaît le poids de métal exactement nécessaire pour former la quantité de chlorure décomposé.

La loi de décomposition déduite de ces expériences n’est donc pas celle qui a été énoncée par Faraday, puisqu’il ne se dépose pas au pôle négatif des quantités de métal proportionnelles aux équivalents, mais l’énoncé en est aussi simple puisque, dans chaque cas, un équivalent de chlore a été transporté au pôle positif.

Les perchlorures conduisent aux mêmes conséquences, seulement les résul-

tats peuvent varier avec l’intensité du courant électrique qui effectue la décomposition ; il se dépose du métal au pôle négatif, ou, par action secondaire, il se forme un protochlorure, mais le chlore se porte toujours au pôle positif.

M. Ed. Becquerel a spécialement étudié le bichlorure de cuivre, CuCl, le perchlorure de fer, Fe2GP,le bichlorure d’étain, SnCl2, en solution dans l’eau, et le perchlorure d’antimoine, Sb2Cl6, dans l’acide chlorhydrique étendu.

Il a reconnu que pour un équivalent d’électricité il y avait toujours un équivalent de chlore mis en liberté au pôle positif, et que les quantités de métal

déposées au pôle négatif étaient respectivement 1, g, g, g, de l’équivalent de

chaque métal, de sorte qu’au point de vue électrochimique, les perchlorures que nousvenons de citer doivent s’écrire :

CuCl, Felci, Su *01, SbïCl.

Quelques iodures ont donné les mêmes effets que les chlorures.

Comme exemple des actions secondaires qui peuvent prendre naissance, nous citerons les résultats obtenus avec les chlorures de sodium et de potassium. Lorsque ces corps sont en dissolution dans l’eau au pôle négatif il se dégage de l’hydrogène si le courant a une certaine énergie et autour de l’électrode même il se transporte de la potasse ou de la soude, tandis qu’au pôle positif on trouve du chlore, et quelquefois de l’oxygène mélangé avec le chlore.

Si le courant n’a qu’une énergie suffisante pour décomposer le sel, il se transporte du chlore d’un côté, et du potassium ou du sodium de l’autre, ces métaux décomposent l’eau, absorbent l’oxygène et l’hydrogène est mis en liberté.

Le résultat final est donc toujours un équivalent de soude ou de potasse ainsi qu’un équivalent d’hydrogène au pôle négatif, et un équivalent de chlore au pôle positif ; mais si l’eau est décomposée par le courant on trouve de l’oxygène mêlé au chlore au pôle positif.

Les oxydes métalliques ont conduit aux mêmes conclusions que les chlorures. Dès lors, en généralisant les faits, on peut, d’après M. Ed. Becquerel, formuler très simplement comme il suit la loi des décompositions électro-chimiques :

Lorsqu'un courant électrique traverse deux ou plusieurs combinaisons binaires placées sur sa route, la décomposition se fait toujours enproportions définies de telle sorte que, pour un équivalent d'électricité, un équivalent chimique du corps qui joue le rôle d’acide ou d’élément électro-négatif, se porte au pôle positif ; il se dépose au pôle négatif la quantité correspond dante de l’élément électro-positif.

Lorsqu’un courant électrique traverse simultanément une combinaison chimique binaire et un mélange de deux ou plusieurs combinaisons chimiques binaires et que ces dernières sont décomposées ensemble par le courant, la décomposition se fait toujours de telle sorte que la somme des quotients obtenus, en divisant le poids des éléments électro-négatifs transportés au pôle positif par leurs équivalents chimiques, est toujours égal au quotient du poids de

l’élément électro-négatif transporté au pôle positif dans la combinaison binaire seule par son équivalent chimique.

L’eau oxygénée, qui est considérée comme un bioxyde d’hydrogène, donne un résultat qui paraît en désaccord avec cette conclusion. On trouve, en décomposant ce corps, qu’il se porte au pôle positif le double d’oxygène qu’en opérant avec l’eau ordinaire, et au pôle négatif la même quantité d’hydrogène.

M. Ed. Becquerel a également déduit de ses recherches que si un équivalent d’un corps, soit simple soit composé, se combine avec un ou plusieurs éléments d'un autre, si le premier joue le rôle d’acide ou d’élément électro-négatif dans la combinaison, le dégagement d’électricité qui résulte de leur action chimique produit l’équivalent d’électricité. Ainsi, la quantité d’électricité mise en jeu ne dépendrait que du corps qui joue le rôle d’acide.

L’ensemble de ces considérations conduit donc à cette conséquence remarquable que les équivalents des corps dégagent en se combinant la même quantité d’électricité. On peut rappeler à cette occasion que, d’après Dulong et Petit, les équivalents des corps, pour s’échauffer de 1 degré, exigent la même quantité de chaleur.

Les effets de la décomposition électro-chimique en proportions définies varient suivant la température, la nature du dissolvant et celle du composé dissous, suivant la nature des électrodes et l’intensité du courant.

Si plusieurs sels sont mélangés, l’action décomposante, tout en ayant lieu en proportions définies, ne se porte pas simultanément sur les deux sels ; l’action du courant peut s’exercer sur l’un à l’exclusion de l’autre; mais, si l’on augmente la proportion de ce dernier, on peut arriver à obtenir sa décomposition à l’exclusion du premier.

Ce phénomène a été appelé par M. Becquerel Yinfluence des masses. Comme exemple, nous citerons les expériences suivantes :

Quand on soumet à l’action du courant constant de quelques couples ordinaires des dissolutions contenant une partie de nitrate d’argent, et deux, quatre, huit, seize, trente-deux, soixante-quatre parties de nitrate de cuivre, dans cent parties d’eau distillée, le nitrate de cuivre ne commence à être décomposé que lorsqu’il s’en, trouve plus de soixante parties pour une de nitrate d’argent.

En continuant à augmenter la proportion de nitrate de cuivre, on arrive à un terme où le dépôt renferme des quantités atomiques égales de cuivre et d’argent; on a. alors dans la dissolution soixante-sept parties de nitrate de cuivre pour une d’argent. Quand il y a quatre-vingt-six parties de nitrate de cuivre pour une de nitrate d’argent, on obtient un dépôt électro-chimique contenant une partie d’argent et deux parties de cuivre.

Cette influence des masses ne se fait sentir que si la quantité de liquide employée reste la même pour le même courant ; car, les molécules n’étant plus à la même distance, le rapport des masses peut varier à mesure qu’on étend la dissolution. Les résultats sont les mêmes avec une pile de dix, vingt, trente éléments ; mais on conçoit que, si l’on dépasse une certaine limite d’intensité pour le courant électrique, on finirait par décomposer en partie ou en totalité les deux substances en dissolution.

Faraday a reconnu que, dans le dégagement de gaz provenant de la décom-

position de Beau, il y avait souvent proportionnellement plus d’hydrogène que d’oxygène; cela provenait de la solubilité de ce dernier gaz. On peut, en se servant de fils comme électrodes et d’une dissolution de potasse, s’opposer à la disparition du gaz. II se forme aussi, au pôle positif, de l’eau oxygénée; ce qui fait disparaître une partie du gaz, en vertu d’actions secondaires. C’est ce qu’ont montré des expériences de MM. Jamin, Leblanc, Soret, et Meidinger.

MM. Daniell et Miller ont signalé les premiers une inégalité de décomposition aux deux pôles de la pile. En séparant en deux parties, au moyen d’une membrane, un vase contenant de l’eau acidulée traversée par un courant faible, il ne se dégage pas de gaz, et l’acide est en excès au pôle positif. En substituant à l’eau acidulée des dissolutions salines, de sulfate de cuivre ou de zinc, par exemple, le métal déposé au pôle négatif provient uniquement du sulfate qui se trouve dans la cuve où plonge cette électrode.

M. Pouillet a fait des observations du même genre en opérant la décomposition d’une dissolution de chlorure d’or dans des tubes en U. MM. Hittorf et d’Âlmeida sont arrivés à des résultats semblables. Ce dernier a analysé les phénomènes dont il est question, et il est arrivé à montrer que, dans le cas où l’on observait des différences d’effets aux deux pôles, la réduction des matières provenait d’une action secondaire due à l’hydrogène naissant : dans ce cas, l’eau seule était directement décomposée par le courant; dans d’autres, le sel seul était décomposé. Il a montré qu’avec les sels neutres, ce dernier effet était obtenu ; mais que, s’ils étaient même légèrement acides, l’eau était, en général, décomposée plus facilement que les sels. On comprend que, si l’un et l’autre de ces effets ont lieu à la fois, on peut avoir des quantités inégales et variables de décomposition aux deux pôles.

La loi de décomposition chimique des liquides en proportions définies exige que toute l’électricité qui passe soit efficace pour les décomposer. Faraday, à l’origine de ses recherches, avait admis que des courants peuvent toujours être suffisamment affaiblis pour traverser l’eau sans la décomposer. M. Matteucci montra qu’en augmentant la dimension des électrodes, on affaiblissait assez le courant électrique, pour que l’iodure de potassium ne présentât pas d’iode au pôle positif. M. Foucault a appuyé cette manière de voir. Il en est de même de M. Despretz, qui a montré que de faibles courants pouvaient traverser pendant longtemps l’eau sans qu’il y eût apparence de décomposition. M. Masson a émis une opinion du même genre, en montrant que l’électricité formée dans un appareil d’induction pouvait passer à travers l’alcool et faire bouillir le liquide sans qu’il y eût trace de décomposition.

Mais il est un fait observé par M. Becquerel, en 1846, et qui consiste en ce que le moindre courant, la moindre décharge, même celle qui pourrait résulter du frottement d’un bâton de gomme laque contre la laine, suffit pour polariser les lames qui servent d’électrodes, et leur donner le pouvoir de produire un courant inverse du premier, preuve de la présence sur les lames des gaz oxygène et hydrogène provenant de la décomposition de l’eau. Si les bulles gazeuses ne se dégagent pas, c’est que les gaz restent en dissolution et se dispersent par diffusion jusque dans l’atmosphère.

MM. de la Rive et Buff sont arrivés à la même conclusion.

Cette dernière objection est la plus sérieuse qu’on ait faite contre la conductibilité propre des liquides ; cependant on voit qu’en supposant même que cette conductibilité existe, et qu’il passe des traces d’électricité sans action efficace quand le courant est très faible, ce fait n’infirmerait pas la loi des décompositions électro-chimiques en proportions définies; car rien n’indique que l’effet ait lieu au moment où l’intensité devient suffisante pour que le courant électrique passe en décomposant abondamment la combinaison, et qu’à ce moment toute l’électricité n’agisse pas efficacement.

Électrode soluble. — Les lames métalliques qui servent à transmettre les courants dans les dissolutions, suivant leur nature, peuvent influer sur les effets observés. Si les lames de ces électrodes sont inoxydables,, comme l’or, le platine, le charbon, les gaz peuvent se dégager facilement. Si elles sont oxydables, au pôle négatif il n’y a aucune action chimique ; mais, au pôle positif, elles sont attaquées par les acides transportés. Il se forme de nouveaux composés qui se déposent sur les lames ou se dissolvent; ils peuvent également réagir sur la dissolution et donner lieu à des effets secondaires.

Cette action produite à l’électrode positive, formée d’un métal oxydable, donne lieu à un effet qui a été rais à profit en galvanoplastie et dans les applications électro-chimiques de l’électricité. Ainsi, supposons que l’on décompose une dissolution de sulfate de cuivre avec deux lames de cuivre pour électrodes. La lame négative se couvrira de cuivre ; la lame positive recevra de l’oxygène et de l’acide sulfurique, qui, en se combinant avec le cuivre, formeront du sulfate de cuivre, lequel se dissoudra. Si donc la lame négative augmente de poids, la lame positive diminuera dans la même proportion. La perte de poids de la lame positive devrait être égale à l’augmentation de poids de la lame négative; mais, en cherchant à vérifier ce résultat par l’expérience, on trouve des différences provenant d’actions secondaires, de sous-sels qui se forment au pôle positif, de mélanges d’oxyde qui se précipitent avec le métal au pôle négatif, et, probablement, parce qu’une petite partie de l’acide sulfurique est décomposée, Néanmoins, en opérant comme il vient d’être dit, on peut maintenir une dissolution à peu près au même degré de saturation.

Travail chimique des piles. — Il résulte des considérations exposées plus haut, qu’en tous les points du parcours d’un courant électrique, le travail chimique est le même. Ce travail doit évidemment être équivalent à celui qui se produit spontanément dans la pile par l’effet des affinités chimiques, et qui donne lieu au dégagement d’électricité. Ainsi, en faisant usage d’un couple simple, zinc amalgamé, platine, la quantité de zinc dissous dans le couple est équivalente au travail chimique engendré au dehors. Il en est de même des divers couples, pourvu que l’on emploie un zinc amalgamé, qui n’est pas sensiblement attaqué lorsque le circuit n’est pas fermé.

Dans les couples à courants constants, à deux métaux et à deux liquides, l’effet est encore le même ; mais il faut estimer toutes les réactions chimiques intérieures. On trouve alors que la quantité de zinc dissous correspond, à peu près proportionnellement à l’équivalent chimique, à la quantité de métal

décomposé par le courant électrique traversant une dissolution d’un sel métallique quelconque.

Lorsqu’on fait usage d’une pile dont le groupement sert à obtenir un dégagement continu d’électricité en quantité convenable et avec une tension suffisante, on doit observer que, pour un équivalent d’électricité produit, chaque couple consomme un équivalent de zinc.

Nous renvoyons pour plus de détails aux Recherches sur les piles voltdiques, par M. Ed. Becquerel ( Annales du Conservatoire des arts et métiers, t. I, p. 148). Il résulte de ces recherches, que les couples à deux liquides consomment un peu plus de zinc que ne l’indique la théorie.

Emploi de l’électricité comme moyen d’analyse chimique. — Les méthodes électro-chimiques permettent de faire de véritables analyses. Ainsi, lorsqu’on décompose électro-chimiquement des dissolutions contenant du plomb ou du manganèse, ces métaux se suroxydent au pôle positif, de sorte qu’il est facile de séparer ainsi le manganèse du fer et le plomb de l’argent ou du cuivre.

On peut également séparer l’or d’une dissolution qui contient du cuivre, du fer ou du plomb. En employant un appareil simple, on prendra pour électrode positive une lame du métal que l’on veut laisser dans la dissolution. Enfin, comme on l’a vu plus haut, on peut faire usage de la loi des masses, qui permet de retirer d’une dissolution une substance à l’exclusion des autres.

Électrolyse des substances organiques. — L’électrolyse des composés organiques a été l’objet de nombreux travaux. Davy le premier soumit à l’action de la pile diverses substances végétales ; avec une feuille de laurier il obtint au pôle positif de l’acide cyanhydrique. M. Becquerel, en soumettant l’amidon à l’action d’un couple, a obtenu de la soude au pôle négatif ; il en a été de même en opérant avec de la gomme arabique. Le mucilage de graine de lin n’a donné que de la potasse.

MM. Pelletier et Couerbe, en faisant agir sur de l’opium des courants d’une grande intensité, obtinrent au pôle négatif de la morphine.

L’alcool anhydre ne conduit pas l’électricité ; une trace de potasse lui donne une conductibilité suffisante pour permettre l’électrolyse. M. Connel a obtenu, dans ces circonstances, de l’hydrogène au pôle négatif, et de l’oxygène qui produisait au pôle positif des réactions secondaires. L’éther n’a donné aucun résultat.

En mélangeant à l’alcool de l’acide chlorhydrique, M. Riche a obtenu de l’hvdrogène au pôle positif et au pôle négatif de l’aldéhyde, de l’acide acétique et de l’acide chloracétique. M. Jaillard, en ajoutant à l’alcool de l’acide sulfurique ou de la potasse, a obtenu également de l’aldéhyde au pôle négatif.

M. Kolbe, en électrolysant l’acétate de potasse a obtenu de l’acide carbonique et du méthyle au pôle positif. Le valérate de potasse lui a donné du butyle. Avec un mélange de valérate et d’œnanthylate de potasse, M. Wurtz a isolé parmi les hydrocarbures qui se produisent, un hydrure de décyle particulier, le butyle-hexyle.

M. Kekulé a électrolysé les sels des acides succinique, fumarique, maléique, bromo-maléique. Le succinate de soude a donné de l’acide carbonique et de l’éthylène au pôle positif, les acides fumarique et maléique ont donné de l’acétylène.

M. Berthelot a décomposé un acide tribasique, l’acide aconitique ; il s’est formé de l’oxyde de carbone mélangé d’un peu d’acétylène.

M. Bourgoin a fait des recherches étendues sur l’électrolyse de divers acides organiques et de leurs sels. L’acide formique et les formiates donnent de l’acide carbonique au pôle positif, et de l’hydrogène au pôle négatif. L’acide benzoïque ne fournit que de l’oxygène. Les benzoates sont oxydés; il se forme de l’oxyde1 de carbone, de l’acide carbonique et un peu d’acétylène. Le tartrate neutre de potasse donne de la crème de tartre et de l’acide carbonique.

M. Friedel, avec un mélange d’acétone et d’eau, a obtenu, outre l’acide carbonique, des acides acétique et formique.

M. Connel pensait que dans l’électrolyse de l’alcool et des diverses solutions alcooliques qu’il avait étudiées, l’eau de l’alcool était seul décomposée, et que les éléments libres produisaient des réactions secondaires. M. Bourgoin a conclu au contraire de ses expériences que l’eau ne joue dans l’électrolyse des acides que le rôle de dissolvant et d’hydratant.

Citons encore quelques expériences de M. Renard, qui a étudié l’action de l’oxygène électrolytique sur les alcools vinique et méthylique. Avec le premier il a obtenu du formiate d’éthyle, de l’acétate d’éthyle, de l’acétal et du monoéthylate d’éthylidène ; avec le second, de l’acide acétique, du formiate de méthyle, du méthylal et de l’acétate de méthyle. La même action oxydante sur la •glycérine a produit des acides formique et acétique de l’acide glycérique et de l’aldéhyde glycérique.

Divers expérimentateurs ont électrolysé les sels d’aniline qui s’oxydent au pôle positif et se colorent.

Les quelques exemples qui précèdent suffisent à montrer l’intérêt de ces phénomènes. La complexité des réactions ne permet pas, quant à présent,’ de formuler aucune règle précise ; on peut seulement dire que lorsque l’électricité passe au travers d’un composé de nature organique en provoquant la décomposition de celui-ci, les éléments acides se rendent au pôle positif, les éléments basiques au pôle négatif, et que les éléments mis en liberté donnent lieu eux-mêmes à des réactions secondaires avec les corps étudiés, de manière à former des produits que les méthodes chimiques n’ont parfois pas la faculté d’obtenir.

Page 1