‹ Encyclopédie chimique. Tome Ier.- Introduction. 2e fasciculeChapitre 223 sur 259 · CARNOT. — LES LABORATOIRES DE L’ÉCOLE NATIONALE DES MINES · texte numérisé non relu

CARNOT. — LES LABORATOIRES DE L’ÉCOLE NATIONALE DES MINES

Descotils a marché dans la même voie et a surtout travaillé au progrès des . industries chimiques.

Ses successeurs furent tous des ingénieurs appartenant au corps des mines, et leur marque originelle, pour ainsi dire, se retrouve dans toutes leurs œuvres.

Berthier, pendant sa longue carrière scientifique, a rendu les plus signalés services tant à la minéralogie et à la docimasie qu’à l’agriculture et à la métallurgie; il a fait connaître la véritable constitution de beaucoup de minéraux et surtout de minerais utiles ; il a consigné dans son excellent Traité des essais par la voie sèche, les nombreuses observations qu’il avait faites et les procédés d’essai qu’il avait employés ; citons, parmi eux, la méthode simple, qui a gardé son nom, pour la détermination du pouvoir calorifique des combustibles. Il a éveillé l’attention sur le rôle important des phosphates et leur diffusion dans la nature. En comparant la composition de différents sols et celle des cendres d’un grand nombre de plantes et de graines, dont il avait fait l’analyse, il a inauguré un genre de recherches, qui devait plus tard conduire aux résultats les plus importants pour l’agriculture. Ses essais sur les silicates, ses analyses de produits d’usines en même temps que sa parfaite connaissance des conditions pratiques de la métallurgie, le conduisirent à des vues nouvelles et remarquablement exactes sur les réactions qui se passent à l’intérieur des fourneaux, sur le traitement à faire subir aux minerais de fer chargés de soufre ou de phosphore, sur l’utilisation possible des flammes des hauts fourneaux, etc. On peut dire que, sur ces divers points, il a ouvert la voie, dans laquelle la métallurgie s’est engagée depuis.

Victor Régnault n’a passé que peu d’années au laboratoire de l’École des mines ; il y a marqué sa place par des analyses rigoureuses de divers combustibles, anthracites, houilles, lignites, tourbes et bois, par ses recherches relatives à l’action de l’eau sur les métaux, par ses travaux devenus classiques sur la substitution progressive du chlore à l’hydrogène dans les hydrocarbures. Une brillante place lui était assurément réservée parmi les chimistes, si la suite de sa carrière n’avait été absorbée par les travaux de précision, qui l’ont placé au rang des premiers physiciens.

Ebelmen a été, sur plusieurs points, le continuateur de Berthier ; mais il a trouvé, pour toutes les études qu’il a abordées, des voies nouvelles et originales. Appliquant l’analyse chimique aux produits gazeux de la combustion, il parvint à établir sur des bases certaines la théorie de la carbonisation du bois en meules, celle de la réduction des minerais de fer à l’intérieur des hauts-fourneaux, celle de l’affinage de la fonte ; il démontra l’avantage que devait procurer l’emploi, non seulement des produits gazeux des hauts fourneaux, mais aussi des gaz obtenus par la transformation des combustibles solides, et, comme consécration de la théorie, il conçut un premier type des appareils que l’on a appelés générateurs de gaz et qui, perfectionnés depuis, sont devenus un si puissant moyen de progrès dans l’industrie.

Le génie inventif d’Ebelmen se révéla encore dans deux autres séries de recherches. Il fixa par de nombreuses analyses le mode d’altération qu’éprouvent les roches sous l’influence des agents atmosphériques. Il imagina, d’autre part une méthode pour la production artificielle, à l’état cristallisé, des minéraux infu-

sibles, tels que nos principales pierres gemmes ; c’était le premier pas dans un domaine où la science a fait, après Ebelmen, de remarquables conquêtes et où les savants français tiennent incontestablement la première place.

Rivot s’est à la fois signalé comme chimiste, comme métallurgiste et comme ingénieur. Il a fait de nombreux voyages et publié des éludes sur les gîtes métallifères, la préparation mécanique des minerais et leur traitement; il a dirigé lui-même l’exploitation des filons de Vialas (Lozère), découvert leur prolongement dans le Rouergue et laissé sur ces mines une monographie des plus remarquables. Il a écrit sur la métallurgie du cuivre, du plomb et de l’argent deux volumes pleins d’enseignements, où il examine en détail les principales méthodes de traitement des minerais et en fait connaître les avantages et les défauts, sans manquer de tenir compte des circonstances particulières où elles sont employées. Il a proposé lui-même pour les minerais d’or et d’argent de l’Amérique, de composition très complexe et rebelles aux procédé? antérieurement essayés, une méthode nouvelle de traitement, dont sa mort est malheureusement venue interrompre la mise en pratique industrielle.

Rivot a introduit dans l’analyse chimique un assez grand nombre de procédés nouveaux de séparation et de dosage. Beaucoup d’autres, précédemment suivis, ont été par lui plus ou moins modifiés. lia donné, dans son grand traité de Docimasie, l’ensemble des résultats auxquels il était parvenu, en utilisant les exemples si nombreux et si variés que lui fournissait l’analyse des échantillons présentés au bureau d’essai. Les méthodes qu’il a adoptées ne sont pas toujours les plus rapides, mais sont ordinairement assez simples ; elles n’exigent l’emploi, ni de tours de main personnels, ni de dispositions spéciales d’appareils, et peuvent être appliquées dans tous les laboratoires d’ingénieurs. D’ailleurs Rivot, dans son ouvrage, a pris soin de discuter de près chacune d’elles et de mettre en garde contre les causes d’erreur qu’elle comporte. On lui a même quelquefois reproché d’avoir poussé trop loin la sévérité de ses appréciations et d’avoir, par là, inspiré aux jeunes gens une défiance excessive à l’égard de l’analyse chimique. Mais, en réalité, il ne cherchait qu’à leur bien montrer à quel prix s’obtient l’exactitude des résultats.

Je ne poursuivrai pas plus loin cette revue historique des travaux des principaux ingénieurs qui ont dirigé les laboratoires de l’École des mines, ne voulant point parler de l’œuvre des successeurs vivants de Rivot. Ce qui précède suffira, je pense, à montrer l’exactitude de ce que j’ai dit au début sur le caractère particulier de ces travaux. L’instruction puisée à l’École, le commerce fréquent des autres ingénieurs plus ou moins directement attachés à l’industrie, la préoccupation de se rendre utiles aux sciences et aux arts qu’ils voient cultiver autour d’eux, tout les conduit à donner un but pratique à leurs études, plutôt qu’à se livrer aux spéculations de la science pure.

LES LABORATOIRES DE CHIMIE

Page 1